Cellule terroriste de Cannes - Torcy

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La cellule de Cannes-Torcy est le nom donné au groupe terroriste impliqué dans un attentat antisémite commis à Sarcelles, dans le département du Val-d'Oise le 19 septembre 2012, et démantelé dans les semaines suivantes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

La cellule de Cannes-Torcy est issue de la rencontre de deux bandes : une de Cannes, dans les Alpes-Maritimes, et l'autre de Torcy en Seine-et-Marne[1]. A l'été 2012, quelques mois après les attentats de Mohammed Merah, six membres du groupe francilien descendent à Cannes à bord d'un camping-car, où ils retrouvent dix personnes dirigées par Jérémie Louis-Sidney. Ce séjour de deux semaines, pendant lequel des velléités d'attentat sont exprimées, est l'acte fondateur de la cellule terroriste[1].

Attentat à Sarcelles[modifier | modifier le code]

Attentat de Sarcelles

Localisation Sarcelles, Drapeau de la France France
Cible Superette casher
Coordonnées 48° 58′ 33″ nord, 2° 22′ 57″ est
Date
Armes Grenade
Blessés 1
Participants 2
Mouvance Terrorisme islamiste

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Le , deux hommes habillés de noir et cagoulés brisent la vitrine d'une supérette casher de Sarcelles avec un pavé en béton avant de lancer à l'intérieur une grenade de faible puissance[1]. L'attaque ne fait qu'un blessé léger car la grenade se coince sous un chariot de supermarché. L'ADN de Jérémie Louis-Sidney est retrouvé sur la cuillère de la grenade[1]. Son complice présumé n'est autre que Jérémy Bailly, son lieutenant. Un troisième homme, Kevin P., conduit la voiture à bord de laquelle ils s'échappent. Cet attentat manqué déclenche le démantèlement de la cellule dite de Cannes - Torcy qui préparait des départs de djihadistes vers la Syrie et d'autres attentats[2].

Départs pour la Syrie[modifier | modifier le code]

Trois Cannois de l'entourage de Louis-Sidney partent pour la Syrie pendant l'automne 2012[1]. Désireux de « participer aux combats aux côtés des djihadistes », ils rejoignent l'organisation islamiste Al-Qaïda qui vient de s'implanter dans le pays[1]. Ils y sont surnommés le « Gang de Cannes »[3].

Démantèlement[modifier | modifier le code]

Deux semaines après l'attaque de Sarcelles, la cellule est démantelée par la Police le grâce à l'identification de l'empreinte digitale laissée par Jérémie Louis-Sidney sur la cuillère de la grenade. Onze personnes sont placées en garde à vue. Jérémie Louis-Sidney est tué par des tirs de réplique de policiers lors de son interpellation à Strasbourg alors qu'il venait de vider son chargeur sur les forces de l'ordre. Il faisait partie des meneurs du groupe avec un autre converti, Jérémy Bailly, originaire de Torcy en Seine-et-Marne et arrêté lors de ce coup de filet[2].

Suites en 2017[modifier | modifier le code]

Le , le préfet de Seine-et-Marne décide la fermeture de la mosquée de Torcy, installée dans des préfabriqués au 16, avenue de Lingenfeld, et gérée par l’association Rahma, où ont été tenus des propos légitimant le «jihad armé» et «ouvertement hostiles aux institutions républicaines». Président de l’association de gestion de la mosquée, l'imam Abdelali Bouhnik est interpellé[4]. Professeur de mathématiques au lycée Jean-Moulin de Torcy, il est rapidement suspendu de ses fonctions par l’Éducation nationale en attendant la convocation d'une commission disciplinaire[5].

Plusieurs des accusés de la cellule de Cannes-Torcy sont d’anciens élèves de Bouhnik, notamment Yassine Chebil — probablement mort en Syrie — et Jérémy Bailly. «Cheikh Abdelali» n'a pas condamné les actions de cette cellule. Dans ses prêches, il attaquait régulièrement l’État qu'il accusait à propos de la loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public de promulguer « des lois contre l’islam »[4].

Membres principaux[modifier | modifier le code]

Jérémie Louis-Sidney[modifier | modifier le code]

Jérémie Louis-Sidney
Terroriste islamiste
Information
Nom de naissance Jérémie Louis-Sidney
Naissance
Melun (Seine-et-Marne)
Décès (à 33 ans)
Strasbourg (Bas-Rhin)
Surnom « James », « Anas »
Cause du décès Abattu par le GIPN
Affaires Attentat de Sarcelles
Victimes Un blessé
Pays Drapeau de la France France
Ville Sarcelles

Jérémie Louis-Sidney est né le à Melun (Seine-et-Marne)[6], seul fils d'une famille martiniquaise de sept enfants[7]. Sa scolarité est difficile et Jérémie commet de petits délits qui le conduisent en famille d'accueil, puis en foyer, dont il fuit à l'âge de 17 ans pour le sud de la France[7]. C'est à ce moment qu'il se serait converti à l'islam. Il s'installe à Cannes où il rencontre une femme qui devient la mère de ses deux premiers enfants[7]. Le , à 28 ans, il est arrêté pour trafic de stupéfiants et est placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Grasse[7]. Le , il est condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis[6]. Il bénéficie alors d'un aménagement de peine et sort libre, sous contrôle judiciaire. Il semble regretter ses actes et fait preuve de volonté de réinsertion, il commence à travailler dans la restauration[7]. Sa conversion à l'islam est parfois datée de cette période derrière les barreaux[8].

Le moment où Jérémie Louis-Sidney commence à se radicaliser n'est pas établi avec certitude[7]. Sa famille et leur avocat considèrent que c'est en prison, mais l'ancienne avocate de Jérémie déclare n'avoir « rien remarqué de particulier » à sa sortie[7]. En revanche, en 2009, il lui apparaît clairement qu'il a changé : il est devenu très croyant et « ne jur[e] que par l'islam », dans un discours qu'elle ne juge pas pour autant radical[7]. Il se lance dans le rap et sort en une vidéo dans laquelle il attaque violemment la société occidentale, dénonce les « trafics de gosses » et les « trafics d'organes » et remet en cause la version officielle du 11-Septembre[6]. Il scande : « Sachez que vous êtes manipulés. Si tu ne comprends pas, renseigne-toi. Allah Akbar. »[7]. Il poursuit sa radicalisation à l'occasion de séjours au Maghreb[6].

En octobre 2011, il crée à Torcy une société de vente au détail qui n'aurait été qu'une couverture pour ses projets terroristes[6]. Ses prêches salafistes attirent l'attention de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, future DGSI) au printemps 2012. Il est placé sur écoute mais pas convoqué par les services car seuls des soupçons pèsent sur lui[6].

Après l'attentat de Sarcelles, il se réfugie chez sa seconde compagne Inès dans un appartement du quartier de l'Esplanade, à Strasbourg[6]. Il se rase la barbe[9]. C'est là qu'il est trouvé par les policiers du GIPN le 6 octobre 2012, et abattu alors qu'il vide sur eux le barillet de son revolver Smith & Wesson de calibre .357 Magnum[6],[9]. Il souhaitait mourir en « martyr », comme Mohammed Merah[9].

Jérémie Louis-Sidney était polygame et s'était marié religieusement à au moins deux femmes : une Cannoise de 23 ans avec qui il a plusieurs enfants et qu'il rejette car elle refuse de porter le voile, et Inès, chez qui il se trouve le jour de sa mort, et qui lui a aussi donné deux enfants[6].

Jérémy Bailly[modifier | modifier le code]

Jérémy Bailly
Terroriste islamiste
Information
Nom de naissance Jérémy Jacques Claude Bailly
Naissance (29 ans)
Sarcelles (Val-d'Oise)
Surnom « Abderrahmane »
Affaires Attentat de Sarcelles
Victimes Un blessé
Pays Drapeau de la France France
Ville Sarcelles
Arrestation

Jérémy Bailly est né à Sarcelles (Val-d'Oise), fils unique d'un père chauffeur de taxi et d'une mère aide-comptable[10]. Il grandit à Torcy et a l'habitude d'aller passer des vacances à Cannes, chez sa tante. À 22 ans, il est pris pour trafic de haschich et est condamné à du sursis[10]. Il fréquente à cette période des militants islamistes et finit par se convertir[10]. Il pratique un islam rigoureux, s'habillant en djellaba et priant cinq fois par jour dans la mosquée en préfabriqué de Torcy : c'est là qu'il rencontre Jérémie Louis-Sidney et se lie d'amitié avec lui[10]. Ils lisent ensemble Inspire, le magazine en ligne d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique[10].

Ibrahim Boudina[modifier | modifier le code]

À l'âge de 19 ans, ce Cannois d’origine algérienne abandonne ses études pour vivre d'expédients et passe une grande partie de son temps à la mosquée à parler de guerre avec Jérémie Louis-Sidney. Ses options sont confortées par un séjour en Égypte avec son ami Abdelkader Tliba et Rached Riahi. Ils passe ensuite seize mois avec les groupes précurseurs de l’État islamique avant de revenir en Europe par route des migrants. Tliba est interpellé en Italie en janvier 2014. Contrôlé en Grèce porteur d'un manuel de confection de bombes sur une clé USB, Ibrahim Boudina est arrêté le à Nice : des armes et des explosifs sont saisis. Au procés, il est présenté comme 'lun ds profils les plus durs de la cellule[11].

Procès[modifier | modifier le code]

L'instruction du dossier judiciaire est achevée le , précisément le jour des attentats de Saint-Denis et de Paris. Cette cellule terroriste complexe est considérée comme la matrice annonciatrice de toutes les affaires qui occupent le pôle antiterroriste. Il montre la préparation de plus en plus minutieuse des tentatives d’attentat par une nouvelle vague de djihadistes rentrés de Syrie et contient tous les ingrédients du scénario des attentats du 13 novembre[12].

Le procès de la cellule, dont vingt membres présumés sont renvoyés devant la cour d'assises spéciale de Paris, se déroule du 18 avril au 22 juin 2017 juin[13]. Dix sont en détention provisoire, sept sous contrôle judiciaire et trois autres, dont deux seraient en Syrie, visés par un mandat d'arrêt[14]. Le verdict est rendu le 22 juin : Jérémy Bailly est condamné à 28 ans de réclusion criminelle, Kevin Phan, le «chauffeur» ayant amené Louis-Sidney et Bailly à Sarcelles est condamné à 18 ans de réclusion criminelle. D'autres accusés (dont deux en fuite) ont reçu de lourdes peines allant de 18 à 20 ans de prison[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Cellule de Cannes-Torcy : le terrorisme, affaire de potes sur liberation.fr, 16 décembre 2015.
  2. a et b Guillaume Descours, « Vers un procès de la cellule djihadiste de Cannes-Torcy », lefigaro.fr (consulté le 27 juillet 2016)
  3. a et b Cannes-Torcy, djihadisme et attentats (ratés), déjà trois ans sur franceinter.fr, 18 décembre 2015.
  4. a et b Willy Le Devin, « Une mosquée «légitimant le jihad armé» fermée en Seine-et-Marne », liberation.fr, (consulté le 13 avril 2017)
  5. Agence France Presse, « Un imam de la mosquée de Torcy, prof de maths, suspendu par l’Education nationale », liberation.fr, (consulté le 13 avril 2017)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i Jérémie Louis-Sidney. Du rap au terrorisme sur parismatch.com, 9 octobre 2012
  7. a, b, c, d, e, f, g, h et i Celine Rastello, « Jérémie Louis-Sidney, itinéraire d'un délinquant tenté par le jihad » sur nouvelobs.com, 11 octobre 2012.
  8. Une compagne de Jérémie Louis-Sidney : « Je n'ai pas senti qu'il s'était radicalisé » sur leparisien.fr, 11 octobre 2012.
  9. a, b et c Jérémie Louis-Sidney, l’apprenti terroriste qui voulait "finir en martyr" sur france24.com, 7 octobre 2012.
  10. a, b, c, d et e Djihadistes français : comment Jérémy Bailly est devenu Abderrahmane sur nouvelobs.com, 7 novembre 2012.
  11. pascale Egré, « Initinéraire d'un pionnier du djihad », leparisien.fr, (consulté le 3 mai 2017)
  12. Elise Vincent, « Cannes-Torcy », la cellule terroriste prémonitoire, lemonde.fr, (consulté le 27 juillet 2016)
  13. « Djihadisme : 55 jours de procès prévus pour la cellule Cannes-Torcy », larepublique77.fr, (consulté le 13 avril 2017)
  14. « Terrorisme: 20 membres de la filière djihadiste Cannes-Torcy aux Assises », francesoir.fr, (consulté le 28 juillet 2016)
  15. Jean Chichizola, « Lourdes peines pour la cellule djihadiste Cannes-Torcy », sur Le Figaro,