Opération Sentinelle

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Opération Sentinelle

Pendant Vigipirate

Description de cette image, également commentée ci-après

Patrouille de l’opération Sentinelle devant une école juive de Strasbourg (1er régiment de chasseurs à cheval).

Localisation Drapeau de la France France
Planifiée par Ministère de la Défense
Objectif Faire face à la menace terroriste et protéger les « points » sensibles du territoire
Participant Armée de terre française
Armée de l'air française,
Marine nationale française,
Gendarmerie nationale française

L’opération Sentinelle est une opération de l’armée française déployée au lendemain des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, pour faire face à la menace terroriste et protéger les « points » sensibles du territoire. Elle est renforcée lors des attaques du 13 novembre 2015 en Île-de-France.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Décidée par le président de la République française, François Hollande, l’opération Sentinelle vient renforcer la sécurité sur le territoire national en complément du plan Vigipirate. Elle est opérationnelle depuis le 12 janvier 2015[1].

Forces engagées[modifier | modifier le code]

L’opération Sentinelle à Strasbourg (35e régiment d'infanterie).
L’opération Sentinelle à Strasbourg (16e bataillon de chasseurs à pied).
Véhicule de l'opération Sentinelle à Lyon.

10 412 militaires sont déployés au 13 février[2], dont 6 000 en Île-de-France. Ce dispositif est complété par 4 700 policiers et gendarmes et est maintenu au moins jusqu'à l’été[3]. Ces forces sont chargées de sécuriser 830 points sensibles en France : lieux de culte, écoles, représentations diplomatiques et consulaires, organes de presse sont surveillés 24 heures sur 24[4].

154 unités ont été déployées sur 722 sites classés « sensibles » par les préfets[2]

Après avoir établi un dispositif d’urgence face à une situation de crise, l’armée décide d’adapter progressivement son mode d’action vers plus de mobilité. Les patrouilles militaires statiques sont remplacées par des patrouilles plus mobiles. L’objectif est de « rendre la présence des militaires moins prédictible »[4] et de « faire diminuer l’effectif militaire par paliers, pour le porter à 7 500, puis 3 000 »[2].

Le 29 avril, face à l’évolution de la menace terroriste, le président de la République annonce la pérennisation de l’opération antiterroriste intérieure, avec le maintien de la mobilisation de 7 000 militaires[5].

Après les attentats du 13 novembre 2015, l’effectif de Sentinelle est porté à 10 000 militaires[6]. 6 500 sont déployés en Île-de-France et 3 500 en Province. Au total ce sont 50 unités qui ont été mobilisées pour faire face à cette augmentation du nombre de militaires participants à l'opération Sentinelle[7]. À cela s'ajoutent les 1 500 marins qui assurent la défense des approches maritimes de la France et les 1 000 militaires de l'Armée de l'Air qui assurent la sécurité permanente de l'espace aérien français. Cela porte donc à environ 13 000 militaires militaires qui assurent la sécurité sur le territoire métropolitain[8].

Les véhicules civils affectés à l'opération Sentinelle sont sérigraphiés « Mission Vigipirate » et « Vigipirate - Opération Sentinelle ». Les militaires y circulent en uniforme.

En juillet 2016, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian annonce que l'opération Sentinelle sera maintenue mais qu'elle devra « s'adapter ». Le ministre parle notamment d'une probable baisse d'effectifs après l'Euro 2016[9].

Le rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de 2015, le député PS Sébastien Pietrasanta s'interroge : « Alors que la contribution des armées au plan Vigipirate s’élevait à un peu moins de 800 soldats à la veille des attaques, elle est passée subitement à 10 000 hommes. Dix-huit mois après, alors que cette contribution n’a pas baissé, votre rapporteur s’interroge sur la valeur ajoutée réelle de cette opération dans la sécurisation du territoire national ». Le député Georges Fenech (LR) préconise de « diminuer progressivement le volume des effectifs engagés dans l’opération Sentinelle afin, à court terme, de le concentrer sur la seule protection de certains points stratégiques ». Il est rejoint par le député MRC Jean-Luc Laurent « Aujourd'hui Sentinelle se déroule dans de mauvaises conditions de vie qui pèsent sur le moral des troupes et leur entraînement opérationnel. [Elle] vient s’ajouter à de véritables opérations militaires, sur des théâtres extérieurs, [et] doit être arrêtée ». Selon la commission, depuis le déploiement de l’opération, les militaires n’ont fait usage qu’à une seule reprise de leur arme de dotation, le à Valence, en état de légitime défense suite à l’attaque d’un trinôme Sentinelle. D'une manière plus générale, « ils ont fait usage de la force à 28 reprises, dont 17 fois en état de légitime défense, 6 en prêt de main forte aux forces de l’ordre et 5 pour des interpositions ou flagrants délits ». Enfin, si l’on considère l’ensemble des interventions réalisées auprès du public par les militaires depuis le début de l’opération, « ils ont constitué 1 302 périmètres de sécurité, prêté main forte aux forces de sécurité intérieure à 285 reprises, ont porté 151 fois secours à la population, ont constaté 42 accidents de la circulation, ont fait l’objet de 509 provocations/insultes répertoriés – le nombre d’incidents étant bien supérieur »[10].

La baisse des effectifs de l'opération à 7 000 hommes est annulée après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Selon le ministre de la Défense, la mission de Sentinelle va au contraire « s'élargir » en étant « plus déployée en province » et en agissant « à la fois sur la sécurisation des frontières », avec les forces de sécurité intérieure, et « sur les flux », notamment dans « les zones touristiques » et « au moment des grands événements culturels ou de musique »[10]. Pour être moins prévisibles et donner plus d'autonomie aux soldats, les patrouilles empruntent par la suite des circuits variés et aléatoires[11].

En février 2017, on dénombrait 7 000 (pouvant aller jusqu'à 10 000) déployés sur tout le territoire de manière homogène. Leur répartition est néanmoins adaptée aux périodes « à risque » au cours de l'année[12].

Coûts de l’opération[modifier | modifier le code]

Selon le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le coût de l’opération s'élève à un million d'euros par jour[4]. Le 2 juillet 2015, il annonce qu'une prime de cinq euros par jour va être octroyée aux militaires participant à l'opération, et ce avec effet rétroactif au 7 janvier[13]. Ainsi, les militaires actuellement en Sentinelle recevront 245 euros supplémentaires sur leur solde pour 6 semaines de travail[14].

Problématique sur la condition des militaires[modifier | modifier le code]

L'opération Sentinelle entraîne une baisse du taux d'entraînement des militaires, une fatigue importante des troupes due aux mauvaises conditions de vie[15] ainsi qu'à l'éloignement des familles avec une compensation minime[16],[17]. De plus, la différenciation de statut et de prise en charge entre militaires, gendarmes et policiers provoquent des tensions[16],[18]. Suite au déploiement en urgence en région, à l'issue des attentats de 2016, la problématique de l'hébergement des troupes reste prégnante, comme ce fut le cas en 2015[19],[17].

Attaques contre les militaires de l'opération Sentinelle[modifier | modifier le code]

En avril 2017, on recensait quatre attaques contre des militaires de l'opération Sentinelle[11] :

Le , un homme attaque et blesse au couteau trois militaires du 54e régiment d'artillerie de Hyères en faction devant un centre communautaire juif de Nice[20]. Il est immobilisé et arrêté par un troisième militaire. Ces trois soldats sont récompensés le lendemain par la Médaille d'honneur pour acte de courage et de dévouement échelon or décernée par le préfet des Alpes-Maritimes[21]. Un homme de 30 ans, Moussa Coulibaly, originaire de Mantes-la-Jolie (Yvelines), est arrêté[20]. Au , le commandement recensait 371 incidents contre les militaires dont « des reconnaissances, prises de vue ou films » et « 14 agressions graves, que ce soit au couteau, par laser, voire coup de crosse »[2],[22].

Le , Raouf El Ayeb, un Français d’origine tunisienne âgé de 29 ans fonce à trois reprises avec son véhicule sur des militaires du dispositif Sentinelle devant la mosquée de Valence. Après avoir fait les sommations d’usage, les militaires ouvrent le feu et maîtrisent le terroriste. Celui-ci déclare « Avoir voulu attaquer les militaires car ils symbolisent à [ses] yeux l’action de la France contre l’État islamique » et revendique « clairement un acte terroriste »[23].

Le au Carrousel du Louvre à Paris, une patrouille de quatre militaires est agressée à la machette par un terroriste présumé qui est blessé grièvement par un des militaires[24].

Le , un homme « connu des services de police et de renseignement » est tué dans le Hall 1 de l'aéroport d'Orly-Sud après avoir tenté de s’emparer de l’arme d’une militaire de l’opération Sentinelle. L’assaillant avait pris en otage une militaire dont il avait dérobé l'arme et mis en joue deux autres militaires[25].

Solidarité avec les militaires[modifier | modifier le code]

En marge de cette opération, de nombreux gestes de solidarité avec les militaires sont remarqués[26]. Des personnes leur apportent une boisson chaude et des repas chauds[27].

Le 12 février, une opération baptisée « Sentinelle, merci à nos soldats », initiée par l’association Voisins solidaires, débute à Paris et s’étend progressivement à toute la France pour encourager et soutenir les militaires mobilisés sur le territoire[28].

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) met en place un site internet « Policiers et militaires qui nous protégez, merci ! », qui recueille les messages de soutien et de remerciements de la population[29]. Le 11 janvier 2016, un reportage de Franceinfo met en lumière que les soldats d'origine musulmane se font parfois insulter par des « gens de confession juive qui leur demandent ce qu’ils font à monter la garde devant une synagogue. »[30]

Le , la mairie de Paris annonce qu’elle met en place des « mesures de gratuité pour faciliter l’accès aux établissements culturels et de loisirs » des quelques 4 000 militaires déployés depuis les attentats en Île-de-France et dont la moitié opère à Paris[31].

Honneurs[modifier | modifier le code]

La Médaille de la protection militaire du territoire est instituée le [32], et une agrafe « Sentinelle » peut être décernée après 60 jours de service dans cette opération[33].

De plus deux agraphes supplémentaires sont créés, l’agrafe "Trident" [34] destinée à récompenser les militaires qui participent de manière effective aux missions de surveillance et de protection militaires des espaces aériens, maritimes et terrestres, sur le territoire national et l'agrafe "Egide" [35] destinée à récompenser les militaires qui participent de manière effective, sur le territoire national, à la protection des emprises militaires, des bâtiments publics de l'Etat, des organisations internationales et des missions diplomatiques et consulaires.

Équivalent étranger[modifier | modifier le code]

La Belgique a mis en place[36], après les attentats de janvier 2015 et renforcé suite aux attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis ainsi qu'après les attentats de mars 2016 à Bruxelles, l'Opération Vigilant Guardian, sur le modèle de l’opération Sentinelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « 10.000 militaires déployés en France, un record », Europe 1, 12 janvier 2015.
  2. a, b, c et d Nathalie Guibert, « Premières relèves pour les soldats de Vigipirate », sur Le Monde,
  3. « France: les CRS «épuisés» par le plan Vigipirate », sur rfi.fr,
  4. a, b et c « Attentats : “L’opération Sentinelle coûte 1 million d’euros par jour” », sur Le Parisien,
  5. « Hollande débloque 3,8 milliards d'euros de plus pour la Défense », Le Figaro, 29 avril 2015.
  6. Anne Bauer, « Attentats : 10 000 militaires dans toute la France d’ici mardi », lesechos.fr, 14 novembre 2015.
  7. « Sentinelle : 10 000 », sur www.defense.gouv.fr (consulté le 17 janvier 2016)
  8. « Sentinelle : point de situation au 7 janvier 2016 », sur www.defense.gouv.fr (consulté le 17 janvier 2016)
  9. « Opération Sentinelle. Le Drian annonce qu'elle se poursuivra » (consulté le 14 juillet 2016)
  10. a et b Soazing le Nevé - Agence France Presse, « Sentinelle, une opération guettée de toutes parts », acteurspublics.com, (consulté le 19 juillet 2016)
  11. a et b Timothée Boutry, « Terrorisme : dans les coulisses de l'opération Sentinelle », leparisien.fr, (consulté le 19 avril 2017)
  12. « Avec l'opération Sentinelle, 7000 militaires sont mobilisés en France », sur Le Figaro, (consulté le 19 avril 2017)
  13. Jean-Marc Tanguy, « La Sentinelle à 5 euros », lemamouth.blogspot.fr, 9 juillet 2015.
  14. Alain Ruello, « Attentats : une prime pour les soldats de l’opération Sentinelle », lesechos.fr,
  15. « L'opération Sentinelle vue par des soldats : des pièces insalubres, des insultes... », sur franceinfo.fr (consulté le 1er août 2016)
  16. a et b « L’opération Sentinelle est un facteur de risques pour la condition militaire », sur Zone Militaire (consulté le 27 juillet 2016)
  17. a et b Le Point, magazine, « Sentinelle : les conditions de vie des soldats dénoncées », sur lepoint.fr, (consulté le 1er août 2016)
  18. « Sentinelle : un policier de garde coûte 60% plus cher qu’un militaire », sur lopinion.fr, (consulté le 1er août 2016)
  19. « De nouvelles photos sur les conditions d’hébergement des soldats de l’opération Sentinelle », sur Zone Militaire (consulté le 1er août 2016)
  20. a et b « Trois militaires attaqués à Nice, perquisition au domicile de l'agresseur », L’Express, 3 février 2015.
  21. « Opération Sentinelle : trois soldats exemplaires ! », sur defense.gouv.fr,
  22. « Au moins 371 incidents ont été constates depuis le lancement de l’opération sentinelle. », sur opex360.com
  23. « L’assaillant des militaires revendique un acte terroriste », Le Dauphiné libéré, 8 janvier 2016.
  24. « Attaque au Louvre : les enquêteurs cherchent à savoir si l’assaillant a "agi seul, spontanément, ou sur instruction" », Le Monde.fr, 3 février 2017.
  25. Agence France Presse, « L’auteur de l’attaque contre une militaire à Orly déjà connu de la police », la-croix.com, (consulté le 18 mars 2017)
  26. « Depuis un mois, les soldats sont postés devant leurs bâtiments : les juifs reconnaissants », sur TF1, .
  27. « Vigipirate : les Français se mobilisent pour chouchouter leurs soldats », sur Le Figaro, .
  28. « Opération “merci à nos soldats” », sur Sud Radio, .
  29. « Policiers et militaires qui nous protégez, merci ! », sur Crif, .
  30. Gaële Joly, « L'opération Sentinelle vue par des soldats : des pièces insalubres, des insultes... », sur franceinfo.fr,
  31. «  Vigipirate à Paris : la mairie annonce un accès gratuit à la culture pour les soldats mobilisés dans la capitale », Le Huffington Post, 21 avril 2015.
  32. Décret n° 2015-853 du 13 juillet 2015 portant création de la médaille de la protection militaire du territoire, (lire en ligne)
  33. « Arrêté du 13 juillet 2015 portant ouverture de l'agrafe « Sentinelle » sur la médaille de la protection militaire du territoire | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 28 mai 2017)
  34. Arrêté du 5 avril 2016 portant ouverture de l'agrafe « Trident » sur la médaille de la protection militaire du territoire (lire en ligne)
  35. « Arrêté du 5 avril 2016 portant ouverture de l'agrafe « Egide » sur la médaille de la protection militaire du territoire | Legifrance », sur www.legifrance.gouv.fr (consulté le 28 mai 2017)
  36. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sandra Chenu, Sentinelles, ils veillent sur Paris,