Fabien Clain

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Fabien Clain
Terroriste islamiste et djihadiste
Information
Naissance
Toulouse (France)
Décès (à 41 ans)
Al-Baghouz Fouqani (Syrie)
Cause du décès Bombardement aérien
Nationalité Français
Allégeance Drapeau de l'État islamique État islamique
Idéologie Salafisme djihadiste
Surnom « Omar »
« Abou Anas »
« Abou Adam Al-Faransi »
Condamnation 2009
Sentence 5 ans de prison (libéré en 2012)
Actions criminelles Membre de l'organisation État islamique
Affaires Filière d'Artigat

Fabien Clain, surnommé Omar, Abou Anas ou Abou Adam Al-Faransi, né le à Toulouse, en France, et mort le à Al-Baghouz Fouqani, en Syrie, est un djihadiste français.

Il était suivi par les services antiterroristes depuis 2001. Considéré comme un haut cadre de la branche médiatique francophone de l'organisation terroriste État islamique, c'est notamment lui qui revendique dans un communiqué audio les attentats du 13 novembre 2015 en France, qui ont fait 130 morts et 352 blessés.

Il trouve la mort pendant l'offensive de Deir ez-Zor, dans l'ultime réduit tenu par l'État islamique à Al-Baghouz Fouqani, frappé par un drone de la coalition internationale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Durant son enfance, Fabien Clain a vécu à Alençon dans l'Orne[1], ayant à peine connu son père resté à La Réunion[2].

À l'école primaire, il a rencontré Mylène, qui deviendra son épouse à 21 ans. Alors que sa mère dispense des cours de catéchisme, il est dans sa jeunesse un chrétien fervent[3]. Il obtient un BEP de métallurgie et son frère un BEP de comptabilité[4]. En 1996, Fabien Clain se convertit à un islam rigoriste suivant une influence introduite par le mariage de sa sœur Anne-Diana avec un Tunisien[4]. Il se fait appeler « Omar », son frère (« Abdelwali ») et ses deux sœurs (« Fatima » et « Khadija »)[1], dont l'une épousera le djihadiste Mohamed Megherbi capturé en Syrie par les Kurdes le ) se convertissent aussi. Avec sa femme, il part s'installer à Toulouse, là où il est né, et où le voile islamique est mieux toléré[3]. À cette époque, Clain est rappeur amateur : il écrit des chansons et son frère, Jean-Michel, les chante. Il se qualifie alors de « rappeleur », car il écrit des chansons à la gloire de la religion musulmane[5]. Fabien et son frère Jean-Michel épousent des converties à l'islam entièrement voilées[1].

C'est à Toulouse, dans le quartier du Mirail, que Clain se radicalise, de même que son épouse qui a commencé à porter le niqab en Normandie. Dans cette région, il suit les enseignements prodigués à Artigat (Ariège) par Olivier Corel (un Syrien naturalisé français sous ce nouveau nom en 1983, né Abdel Ilat al-Dandachi) où il côtoie notamment Abdelkader et Mohammed Merah[3]. Grâce à son charisme, son allure bonhomme et protectrice (1,88 m et plus de 100 kg), il embrigade de nombreuses personnes, dont le djihadiste Sabri Essid, le beau-frère de Mohammed Merah, auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Il est considéré comme le cerveau de la filière dite d’Artigat fondée par Olivier Corel qui envoie des recrues au Proche-Orient[3]. Il effectue plusieurs séjours en Belgique, devenue la plaque tournante du salafisme en Europe, entre janvier 2003 et mai 2004 et noue des contacts avec des réseaux de transferts de djihadistes, notamment celui qui enverra Muriel Degauque au Moyen-Orient[4] et l'exorciste Abou Chayma dont Clain devient un adepte[6]. Actifs sur les réseaux sociaux, les deux frères créent l'un des premiers forums radicaux sur internet, Ansar Al Haqq, et géreront le site de l'association radicale Sanabil[4]. Il embrigade notamment Adrien Guihal dont la voix est identifiée dans la revendication du double meurtre du 13 juin 2016 à Magnanville[4].

Sa cellule est démantelée à la fin des années 2000 et Fabien Clain est condamné à une peine de cinq ans de prison en 2009 à son retour d’Égypte[3]. Libéré en 2012, il s’installe d’abord à Alençon puis à Toulouse, avant de gagner la Syrie en mars 2015 avec son frère[1], où se trouve déjà le mari de l'une de ses sœurs, le djihadiste Mohamed Megherbi. De là, il intègre avec sa femme et ses enfants les rangs de l’État islamique, et apparaît dans des vidéos du groupe terroriste[7]. En Île-de-France, lui et son frère fréquentent la mosquée salafiste Al Rawda — avenue Gaston Monmousseau[8] — à Stains (Seine-Saint-Denis), qui sera l'objet d'une fermeture administrative temporaire en novembre 2016[9],[10].

Il est de retour à Toulouse pour acheter du matériel d'enregistrement fin , quelques semaines seulement après les attentats de janvier 2015 en France. C'est probablement avec cet équipement qu'il a, par la suite, réalisé la vidéo de revendication des attentats du 13 novembre 2015 en France[11]. Il repart vers la Syrie en mars 2015[1]. Son épouse et ses trois enfants le suivent en Syrie, avec deux mois de retard sur lui en raison d'un refoulement à la frontière turque. La mère des fils Clain pénètre aussi en Syrie, mais meurt rapidement de maladie à Raqqa[4].

En Syrie, Fabien Clain travaille pour la radio Al-Bayane et son frère pour Ajnad, un autre média de propagande de l'État islamique[12]. Ils produisent des chants et de la propagande[12],[13]. Ils participent également à des combats[12],[13]

La voix de Fabien Clain est identifiée comme revendiquant les attentats du 13 novembre 2015 alors que celle de son frère est reconnue dans les chants religieux présents dans l’enregistrement[14].

En septembre 2016, sa sœur est arrêtée à sa descente d'avion en compagnie de son mari et de leurs quatre enfants après que la famille a été arrêtée en Turquie, le . Elle avait quitté la France à l'été 2015 pour vraisemblablement séjourner en Syrie. Le mari, qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt, est présenté à un juge, alors que les trois plus jeunes enfants ont fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire. La mère et son fils aîné sont placés en garde à vue[1].

En 2018, Jonathan G., Abu Ibrahim ou Abu Sayfidine, un membre de l’État islamique capturé en Syrie, est entendu par un juge d'instruction, sur le projet des frères Clain visant à envoyer des enfants-soldats pour frapper l'Europe[15]. Les deux frères font en juin 2018 l'objet d'un mandat d'arrêt international pour leur rôle supposé dans les attentats du 13-Novembre[16]. Fin décembre 2018, il diffuse un dernier message audio de 13 minutes sur la radio de propagande Al-Bayan, où dans une étonnante allusion au mouvement des Gilets jaunes il appelle à se rebeller contre le gouvernement français et à commettre des attentats[4].

Fabien Clain est tué par un tir de drone de la coalition internationale lors de l'offensive de Deir ez-Zor, le , contre le dernier réduit contrôlé par l'État islamique à Al-Baghouz Fouqani[17]. Son frère, Jean-Michel, est grièvement blessé dans cette même frappe[17]. Annoncée le 21 février par France Info[17], la mort de Fabien Clain est confirmée le 28 février par la coalition[18], puis le 15 mars par le magazine Al-Naba de l'État islamique[12]. Selon l'EI, la fille aînée de Fabien Clain est également tuée à Baghouz[12].

Jean-Michel Clain aurait quant à lui succombé à ses blessures quelques jours plus tard. Le 2 mars, Le Monde entre en contact avec une djihadiste toujours présente à l'intérieur de la poche de Baghouz qui déclare avoir appris de son épouse que Jean-Michel Clain était mort deux jours plus tôt, soit le 28 février, des suites de ses blessures[19]. « Une information à prendre avec la plus grande précaution » selon Le Monde[19]. La femme de Jean-Michel Clain, Dorothée Maquere, est évacuée de la poche de Baghouz le 5 mars avec ses cinq enfants[20]. Elle affirme que son époux est mort et indique qu'il aurait été tué par un tir de mortier, soit deux jours plus tôt — le 3 mars — soit deux jours après la mort de Fabien Clain — le 22 février[21],[20],[22]. Le 15 mars, l'État islamique confirme la mort de Jean-Michel Clain en même temps que celle de son frère[12].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f Eric Pelletier et Timothée Boutry, « Attentats : la sœur de Fabien Clain arrêtée mardi soir à Roissy-CDG », sur leparisien.fr, (consulté le 21 septembre 2016).
  2. Paris-Match, Chez l'émir blanc d'Artigat, plaque tournante du djihadisme.
  3. a b c d et e Willy Le Devin, « Fabien Clain : la voix des attentats du 13 Novembre est morte », sur liberation.fr, (consulté le 24 février 2019)
  4. a b c d e f et g Élise Vincent, « Fabien Clain, du prosélytisme au djihad », lemonde.fr, (consulté le 3 mars 2019)
  5. « Fabien Clain, le djihadiste passe-partout », sur liberation.fr (consulté le 17 juillet 2016)
  6. GVV, 6 juillet 2019, « Topterrorist die de stiel in België leerde: zelfs na zijn dood had hij nog aanslagen in petto », sur Het Laatste Nieuws (consulté le 9 mars 2020)
  7. « De Toulouse à la Syrie : Fabien Clain, le parrain djihadiste, qui a revendiqué les attentats », sur tempsreel.nouvelobs.com (consulté le 17 juillet 2016).
  8. « Mosquée Rawda », patrimoine-religieux.fr (consulté le 9 novembre 2016)
  9. Julia Pascual et Élise Vincent, « Fermeture de quatre mosquées considérées comme lieux de “référence pour la mouvance salafiste” », lemonde.fr, (consulté le 9 novembre 2016).
  10. Julia Pascual et Elise Vincent, « Seine-Saint-Denis : deux mosquées “radicales” fermées, les maires “surpris” », (consulté le 9 novembre 2016).
  11. Marie-Christine Tabet, « Fabien Clain était en France en janvier 2015 pour acheter des objets high-tech - leJDD.fr », sur lejdd.fr (consulté le 17 juillet 2016).
  12. a b c d e et f Syrie : l'EI confirme la mort des frères Clain, jihadistes français, AFP, 15 mars 2019.
  13. a et b [vidéo] Qui était le jihadiste français Fabien Clain, tué en SYRIE ?, France 24, 21 février 2019.
  14. Arthur Mary, « Jouissance et surmoi chez le kamikaze fanatisé (à partir d’une musique djihadiste) », congrès ICSA,‎ (lire en ligne).
  15. « Terrorisme: le "revenant" français qui balance sur Daech », L'Express.
  16. « Attentats du 13-Novembre : mandats d’arrêt contre les frères Clain », sur Le Monde, (consulté le 11 juillet 2018).
  17. a b et c Nathalie Hernandez, INFO FRANCEINFO. « 13-Novembre : le jihadiste Fabien Clain a été tué en Syrie, son frère Jean-Michel est gravement blessé », Franceinfo, 21 février 2019.
  18. Elise Vincent, «La coalition internationale confirme officiellement la mort du djihadiste Fabien Clain en Syrie», Le Monde 28 février 2019
  19. a et b Laurence Geai et Hélène Sallon, A Baghouz, en Syrie, l’assaut contre le dernier réduit de l’EI est lancé, Le Monde, 2 mars 2019.
  20. a et b Le djihadiste toulousain Jean-Michel Clain tué en Syrie, deux jours après son frère Fabien, AFP, 5 mars 2019.
  21. Le jihadiste français Jean-Michel Clain tué en Syrie, selon son épouse, RFI, 5 mars 2019.
  22. Le jihadiste français Jean-Michel Clain tué en Syrie, selon son épouse, AFP, 5 mars 2019.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]