Attentat de la préfecture de police de Paris

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Attentat de la préfecture de police de Paris
Image illustrative de l’article Attentat de la préfecture de police de Paris
Entrée de la préfecture de police de Paris dans la rue de la Cité.

Localisation Préfecture de police de Paris, (4e arrondissement de Paris), Drapeau de la France France
Cible Policiers, agent administratif
Coordonnées 48° 51′ 16″ nord, 2° 20′ 48″ est
Date
12 h 5313 h 0 (CEST)
Type Attaque au couteau
Tuerie de masse
Armes Couteaux
Morts 5 (dont l'auteur)
Blessés 2
Auteurs Mickaël Harpon
Mouvance Terrorisme islamiste

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Attentat de la préfecture de police de Paris

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Attentat de la préfecture de police de Paris

Géolocalisation sur la carte : 4e arrondissement de Paris

(Voir situation sur carte : 4e arrondissement de Paris)
Attentat de la préfecture de police de Paris

Géolocalisation sur la carte : 1er arrondissement de Paris

(Voir situation sur carte : 1er arrondissement de Paris)
Attentat de la préfecture de police de Paris

L'attentat de la préfecture de police de Paris est une attaque au couteau survenue le dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris. Outre le tueur, elle fait quatre morts (trois policiers et un agent administratif) et deux blessés parmi les employés de l'administration.

L'enquête suggère que l’assaillant est un islamiste employé comme adjoint administratif à la Direction du Renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) depuis 15 ans, ce qui met en difficulté le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui écarte la piste terroriste peu après l'attaque. L'événement relance le débat sur l'infiltration par des islamistes des autorités chargées de lutter contre l’islam radical et entraîne des appels à la démission de Christophe Castaner.

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis , la France est confrontée à une vague d’attentats liés à l'islamisme, dont le dernier en date est celui de la rue Victor-Hugo de Lyon (). Les victimes décédées à la suite de l’attentat de la préfecture de police porte à 263 le nombre de morts dus au terrorisme islamiste depuis 2012[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

L’attaque se déroule pendant sept minutes le , à l'intérieur des locaux de la préfecture de police de Paris, ensemble de bâtiments situé sur l'Île de la Cité, dans le centre historique de la capitale et qui regroupe les principales directions de la police parisienne, à l'exception de la police judiciaire, située dans le palais de justice de Paris.

En début de matinée, le tueur arrive dans son bureau de la préfecture de police de Paris[2]. Entre 11 h 21 et 11 h 50, il échange avec son épouse 33 SMS à « connotation exclusivement religieuse »[note 1],[3],[4]. L’adjoint administratif quitte son bureau à 12 h 18 et achète deux couteaux — un couteau de cuisine métallique avec une lame de 20 cm et un couteau à huîtres — à 12 h 24[2]. Dans un SMS envoyé à sa femme peu avant les meurtres, il évoque cet achat, ce à quoi celle-ci répond : « Seul Dieu te jugera. Allahu akbar »[5],[6].

À partir de 12 h 53, l’assaillant tue trois collègues dans deux bureaux, au premier étage du bâtiment, puis s’en prend à deux femmes, qu'il croise dans les escaliers[7]. Il a égorgé sa première victime, un membre de la DRPP ayant décliné une invitation à déjeuner avec des collègues, et qui se trouvait donc à son bureau. Les autres victimes ont reçu des coups au niveau du thorax[6],[8].

À 13 h, descendu dans la cour de la préfecture, le tueur est abattu après sommations, de plusieurs balles de HK G36, dont au moins une dans la tête, par un policier stagiaire de 24 ans de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), en poste depuis six jours[9],[10],[11].

Victimes[modifier | modifier le code]

Outre l'assassin, quatre personnes sont tuées : Damien Ernest, major responsable d’une unité au sein de la DRPP avec 28 ans de service, Anthony Lancelot, gardien de la paix avec 11 ans de service, Brice Le Mescam, adjoint administratif principal à la direction du renseignement avec 6 ans de service, et Aurélia Trifiro, gardienne de la paix à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne avec 17 ans d’ancienneté. Ils sont tous quatre faits chevaliers de la Légion d’honneur à titre posthume au cours d’un hommage national présidé par Emmanuel Macron le [12]. La femme grièvement blessée travaille à la direction des ressources humaines[13]. Un autre fonctionnaire est moins sérieusement blessé, mais également hospitalisé[7].

Auteur[modifier | modifier le code]

Mickaël Harpon
Terroriste islamiste
Information
Nom de naissance Mickaël Harpon
Naissance
Fort-de-France, Martinique (France)
Décès (à 45 ans)
Paris (France)
Cause du décès Abattu par la police
Nationalité Drapeau de France Français
Idéologie Salafisme djihadiste[14]
Sexe Masculin
Actions criminelles Attentat
Attentats Tuerie de la préfecture de police de Paris
Victimes 4 morts
2 blessés

L'assaillant abattu, Mickaël Harpon, est né à Fort-de-France (Martinique) en 1974[15].

Adjoint administratif à la préfecture de police depuis 2003, adjoint administratif de catégorie C, il était notamment chargé de la maintenance informatique auprès du millier de fonctionnaires de la DRPP[16],[17]. Ayant accès aux fichiers de police, messageries professionnelles et codes d’accès individuels, il était habilité « secret défense », la plus haute habilitation au sein de la police[18],[19]. Selon Le Canard enchaîné, Mickaël Harpon pouvait ainsi avoir accès à la liste des policiers infiltrés dans les mosquées[20].

Jean-François Ricard, procureur de la République antiterroriste, indique que l’assaillant s’était converti à l’islam il y a une dizaine d’années : en contact avec la mouvance salafiste, il fréquentait la mosquée de la Fauconnière, à Gonesse (Val-d'Oise)[8],[10],[21],[22] dont l'imam jusqu'en était fiché S comme radicalisé[23]. En 2015, notamment, un signalement d'un de ses collègues avait fait état de sa réjouissance après l’attentat contre Charlie Hebdo[24],[25], mais les différents signalements oraux effectués à la sous-direction de la sécurité intérieure (SDSI) ne sont pas remontés dans la hiérarchie[6].

Enquête[modifier | modifier le code]

Dans la soirée du , après plus d'une journée de flottements alors que plusieurs éléments allant dans le sens d'une radicalisation étaient rapidement connus[6], les investigations sont confiées par le parquet national antiterroriste (PNAT) à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ), la sous-direction anti-terroriste de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en co-saisine[13].

Une enquête est ouverte pour « assassinat et tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste » et pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle »[2]. Le procureur de la République antiterroriste affirme le que les autopsies « attestent d'une scène d'une extrême violence » et que « le comportement de l’individu n’a trahi aucune fébrilité »[2],[8]. Les enquêteurs n’excluent pas l’hypothèse que l'assaillant ait pu bénéficier de complicités ou avoir établi un contact avec une organisation terroriste[26].

L'épouse du tueur, Ilham Eddibes, de nationalité marocaine, est placée en garde à vue[27]. Elle affirme que son mari a « entendu des voix » la nuit précédant l'attaque et qu'il « était incohérent »[28]. Un voisin du domicile du tueur indique aux enquêteurs que celui-ci a crié « Allahu akbar » à plusieurs reprises la nuit précédant les meurtres[21]. L’épouse est relâchée le , après une prolongation de garde à vue[29].

Auditionnés, plusieurs fonctionnaires affectés à la DRPP évoquent de nombreux signes de radicalisation du meurtrier et affirment avoir reçu des pressions pour qu’ils se taisent[6]. Des témoignages indiquent que le tueur avait récemment changé d’attitude envers les femmes, qu'il refusait de saluer, et portait des vêtements traditionnels à la mosquée[6],[2].

Lors de la perquisition du bureau de Mickaël Harpon à la préfecture, les enquêteurs découvrent une clé USB comportant des milliers de documents, dont des vidéos de décapitations de l’État islamique ainsi que les coordonnées et des données personnelles de plusieurs dizaines de collègues du tueur[30]. En première analyse, les experts informatiques indiquent que la clé n'a pas été connectée à d'autres ordinateurs que ceux de son service à la préfecture. Selon Europe 1, les vidéos de décapitations n'auraient dans ce cas pas été téléchargées depuis Internet mais à partir d'ordinateurs de la police[31]. D'après une source proche du dossier, les experts qui travaillent à la DRPP peuvent collecter des photos et vidéos de propagande de l’État islamique, Mickaël Harpon ayant ainsi pu être amené à faire des copies du contenu des ordinateurs[30].

Suites et conséquences politiques[modifier | modifier le code]

L’opposition appelle à la démission du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui avait immédiatement écarté la piste terroriste en indiquant que l’assaillant n'avait « jamais présenté de difficulté comportementale », ni « le moindre signe d'alerte »[32],[33]. Il doit être auditionné par la délégation parlementaire au renseignement[34]. Le Parisien du se demande si « les autorités ont cherché à minimiser la réalité ou, à tout le moins, à retarder l’échéance de l’annonce d’un acte terroriste commis de l’intérieur[6] ». Les hypothèses d’un calcul politique ou d’une volonté d’étouffer l’affaire sont évoquées[2]. Le , Christophe Castaner reconnait des « failles » dans le suivi de l’assassin, mais exclut de démissionner[35].

En parallèle, le débat sur la détection d’islamistes ou de partisans du djihad au sein des autorités chargées de combattre l’islam radical est relancé alors qu’aucune mesure n’avait été prise malgré des alertes sur une possible radicalisation de Mickaël Harpon[6],[26].

Le , le ministère de l’Intérieur interdit un rassemblement de soutien à Mickaël Harpon organisé par Hadama Traoré, « candidat des banlieues » aux élections européennes de , et prévu le devant l'hôtel de ville de Gonesse[36],[37]. La veille, la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio avait demandé l’interdiction de cette manifestation, ce qui lui avait été refusé par la préfecture[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Expression utilisée par le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Depuis 2012, 263 personnes sont mortes dans des attentats islamistes en France », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 7 octobre 2019).
  2. a b c d e et f Flore Thomasset, « Attaque à la préfecture de police, pourquoi la piste terroriste est privilégiée », sur la-croix.com, (consulté le 6 octobre 2019).
  3. Ronan Tésorière, Vincent Gautronneau et Jean-Michel Décugis, « Tuerie à la préfecture de police : l’épouse de Mickaël Harpon remise en liberté », sur leparisien.fr, (consulté le 12 octobre 2019).
  4. « Attentat de la préfecture : le profil de Michael Harpon se précise, Castaner dans la tourmente », sur linternaute.com, (consulté le 6 octobre 2019).
  5. « Attaque à la préfecture de police de Paris : pourquoi le parquet national antiterroriste a-t-il été saisi ? », sur francetvinfo.fr, (consulté le 12 octobre 2019).
  6. a b c d e f g et h Anne Collin, « Tueur de la préfecture de police de Paris : de nombreux indices de radicalisation », sur leparisien.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  7. a et b « Tuerie à la préfecture de police : pourquoi la piste terroriste est privilégiée », sur leparisien.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  8. a b et c « "Une scène d'une extrême violence" : le procureur antiterroriste précise le déroulé de la tuerie de la préfecture de police de Paris », sur francetvinfo.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  9. « Attaque dans la Préfecture de police de Paris : quatre personnes et l’assaillant sont morts », sur lemonde.fr, (consulté le 3 octobre 2019).
  10. a et b « Attaque au couteau à la préfecture de police de Paris : ce que l'on sait », sur lefigaro.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  11. Eric Pelletier, « Tuerie de la préfecture : l’incroyable sang froid du policier stagiaire qui a neutralisé le tueur », sur LeParisien.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  12. « Ernest, Lancelot, Le Mescam et Trifiro : les quatre policiers tués à la préfecture honorés ce mardi », sur nouvelobs.com, (consulté le 8 octobre 2019).
  13. a et b « Le parquet antiterroriste se saisit de l’enquête sur l’attaque à la préfecture de police de Paris », sur lemonde.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  14. « Tuerie à la préfecture de police: l'auteur lié à l'islam "radical" », sur lepoint.fr, (consulté le 5 octobre 2019).
  15. Richard Werly, « À Paris, la police touchée au cœur », sur letemps.ch, (consulté le 6 octobre 2019).
  16. Willy Le Devin, « Préfecture de Paris : la piste terroriste », sur libération.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  17. Thibault Chaffotte, « Attaque à la préfecture : l’auteur de la tuerie était un employé «sans histoire» », sur leparisien.fr, (consulté le 3 octobre 2019).
  18. Michaël Bloch, « 3 questions qui se posent après l'attaque de la préfecture de police », sur lexpress.fr, (consulté le 8 octobre 2019).
  19. « Agression au couteau à Paris : quel était le profil du suspect ? », sur lexpress.fr, (consulté le 4 octobre 2019).
  20. « Le tueur de la Préfecture a pu avoir accès à la liste des policiers infiltrés dans les mosquées, révèle le "Canard" », sur marianne.net, (consulté le 9 octobre 2019).
  21. a et b « Attaque à la préfecture de police de Paris : selon un témoignage, le tueur aurait crié « Allah Akbar !» la nuit précédente », sur lefigaro.fr, (consulté le 4 octobre 2019).
  22. « Attaque à la préfecture de police : la piste terroriste privilégiée », sur francetvinfo.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  23. Le Point, 6 octobre 2019, Mickaël H. fréquentait une mosquée dirigée par un imam radicalisé.
  24. « Attaque à Paris : le parquet antiterroriste saisi », sur leprogres.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  25. Aziz Zemouri, « Attaque au couteau à la préfecture de police : les failles des RG au cœur de l'enquête », sur lepoint.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  26. a et b Angélique Négroni et Jean Chichizola, « Attaque de Paris : l’enquête privilégie la piste terroriste  », sur lefigaro.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  27. « Attaque à Paris : ce que l'on sait sur l'assaillant », sur ledauphine.com, (consulté le 3 octobre 2019).
  28. « Paris : qui est Michael Harpon, l'auteur de l'attaque au couteau à la préfecture de police ? », sur bfmtv.com, (consulté le 6 octobre 2019).
  29. « Tuerie à la préfecture de police : l'épouse de l'assaillant a été remise en liberté », (consulté le 6 octobre 2019).
  30. a et b Thibaut Chevillard, « Attaque à la préfecture de police de Paris : questions autour d'une mystérieuse clé USB », sur 20minutes.fr, (consulté le 8 octobre 2019).
  31. « Attaque à la préfecture de police de Paris : aucune donnée sensible retrouvée au domicile de Michael Harpon », sur europe1.fr, (consulté le 10 octobre 2019).
  32. « Christophe Castaner dans la tourmente après la tuerie de la Préfecture de police de Paris », sur nouvelobs.com, (consulté le 6 octobre 2019).
  33. Yves-Marie Robin, « Attaque terroriste à la préfecture de police de Paris. L'erreur de trop pour Christophe Castaner ? », sur ouest-france.fr, (consulté le 6 octobre 2019).
  34. « Christophe Castaner bientôt auditionné par la délégation parlementaire au renseignement », sur bfmtv.com, (consulté le 6 octobre 2019).
  35. « Tuerie de la préfecture : Castaner reconnait des “failles” et exclut de démissionner », sur lepoint.fr, (consulté le 7 octobre 2019).
  36. Stéphane Kovacs, « Préfecture de police de Paris : une manifestation de soutien au terroriste provoque l’indignation », sur lefigaro.fr, (consulté le 9 octobre 2019).
  37. « Tuerie de la PP: un rassemblement en soutien à l'assaillant interdit », sur lefigaro.fr, (consulté le 9 octobre 2019).
  38. « Tuerie de la préfecture : une manifestation en soutien à l'assaillant interdite », sur lexpress.fr, (consulté le 10 octobre 2010).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]