Maison de maître

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Habitation Murat

La maison de maître, appelée aussi demeure de maître, est un terme d'architecture rurale, qui désigne exclusivement en Europe, depuis la rome antique, la demeure occupée par le propriétaire d'un domaine rural.

Elle ne peut être confondue avec une construction pavillonnaire en milieu urbain.

Grand bâtisse située exclusivement en milieu rural, il est souvent reconnaissable à sa base de forme rectangulaire et à ses grandes pierres angulaires apparentes[1]. L'existence de ces constructions est lié aux domaines agricoles, et s'étale de l'antiquité jusqu'à la fin du XIXème siècle.

L'architecture extérieure peut être sobre, mais la demeure s'en distingue pat la forme de son toit, le volume , le nombre d'étages, de fenêtres et de portes, ainsi que, selon la latitude, le nombre de cheminées, révélant ainsi le nombre de pièces[2].

Si la maison de maître est essentiellement une construction rurale, il peut arriver qu'aujourd'hui certaines de ces demeures soient intégrées aux périphéries urbaines, à la suite des différends démembrements qui ont suivi la crise des revenus agricoles au XIXème, et à l'extension du maillage urbain. Mais ces maisons ne doivent évidemment pas être confondues avec les constructions pavillonnaires beaucoup plus modestes qui se sont développées en périphérie des villes au cours du XXème siècle[3].

Le terme de « maison de maître » est souvent utilisé pour qualifier une très belle propriété[4]. Les logis, manoirs et gentilhommières d'avant la révolution sont des maisons de maître, et l'on parle dans les contrées ultra marines, d "habitations".

Histoire[modifier | modifier le code]

De l'antiquité à la crise des revenus agricoles.[modifier | modifier le code]

La maison de maître existe depuis l'apparition des domaines agricoles[5], dès l'antiquité, elle abrite le propriétaire et sa maisonnée. Les serviteurs ont logés dans des bâtiments adjacents. A l'époque moderne, le métayer ou le fermier sont logés dans une habitation proche des bâtiments d'exploitation, afin d'en faciliter l'usage. Jusqu'à la révolution, les domaines agricoles sont possédés indisctinctement par des nobles ou des roturiers, sous formes de fiefs.[6]

L'architecture des maisons situées sur les domaines varie surtout selon la fortune de leur propriétaire, et l'investissement qu'il y consacre. Le style, lui, suit la mode et l'époque, et varie selon les régions, mais les maisons se reconnaissent assez facilement par leur taille, le nombre de fenêtres et d'étages, la porte d'entrée ouvragée, la pente du toit et des attributs seigneuriaux, comme la girouette[7].

La Masselière, en anjou
Maison de Maître

Si elle peut s'en rapprocher par le style, la maison de maître est a l'opposé de la villa : en effet, la maison de maître est liée à l'activité d'un domaine : d'une trentaine d'hectares dans les régions viticoles de Cognac, d'Anjou ou de Champaggne, à plusieurs centaines pour des activités sylvicoles ou des activités d'élevage. La villa quant à elle, est seulement destinée à accueillir temporairement une maisonnée pour leurs loisirs, et est essentiellement un lieu de villégiature.

L'agriculture a le vent en poupe sous Napoléon III[8], notamment à cause du développement des transports et du début de la mécanisation : cette période marque l'apogée des domaines agricoles, avant l'écroulement des prix de la rente foncière durant la décennie 1880[9].

À partir de 1865, un certain ralentissement se fait sentir et en 1874 l'évolution des prix est à la stagnation[10]; mais ce n'est qu'en 1880 que les prix baissent pour ne plus remonter. À partir de cette décennie, la rentabilité de ces domaines ne cessera de chuter. Dès le milieu du XIXème siècle, les constructions nouvelles sont rares. Le démarrage de la première guerre mondiale avec la mobilisation général de la main d'oeuvre et de leurs propriétaires, porte un coup sérieux à la filière agricole.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, certaines maisons de maître qui ont été séparées de leur domaine agricole deviennent des résidences secondaires ; exclusivement dédiées à la villégiature de leur propriétaire. Leur patrimoine est bien souvent vendu et dispersé. En effet, comme toutes les grandes habitations, elles sont coûteuses en entretien. Se pose aussi le problème de leur modernisation (électricité, sanitaires...) qui représente un coût élevé pour ces grandes bâtisses et bien souvent les héritiers de ces domaines choisissent de vendre et d'habiter des maisons plus modernes et plus confortables[11] lorsque les revenus du domaine ne suffisent plus a assurer l'entretien de la demeure.

Ainsi, certaines d'entre elles sont devenues de simples maisons dépossédées de leurs terres et de leurs fermes.

Par essence, la maison de maître est différente de la villa moderne qui elle, est destinée seulement aux loisirs[12]. Au XIXeme, les maisons de maître et leur domaines sont entre les mains d'une frange relativement endogame de propriétaires, attachés à leur patrimoine foncier et qui veillent à leurs affaires.

Elle est au centre d'un domaine ou d'un ensemble immobilier de production dont la superficie peut varier de quelques centaines de mètres carrés à une trentaine d'hectares dans des domaines viticoles d'Anjou , de Cognac ou de Champagne, à plusieurs centaines d'hectares pour des domaines consacrés à l'élevage ou la sylviculture.

L'ensemble de la propriété est souvent constitué d'un seul tenant, ou de plusieurs grandes étendues comprenant chacune une ferme, touchant l'ensemble d'un village ou d'une ville[2].

Si la production est le plus souvent agricole elle peut être aussi minière : on parle de la demeure d'un maître de forges, ou d'un maître papetier, s'il possède un moulin suffisamment important.

Par l'emplacement de sa maison, située à l'écart mais non loin des bâtiments de production, le propriétaire veille à la direction de ses affaires.

Le fermier, pour sa part, habite un logement situé dans le mas rural dépendant du domaine [13]

Éléments caractéristiques[modifier | modifier le code]

Stuc muraux
Maison du Bailli, charleroi

La maison de maître est parfois construite par des architectes célèbres comme Pierre-Louis Moreau-Desproux, au XVIIIe siècle, et Adrien Dubos[14], au XIXe siècle. La plupart du temps, les plans sont établis par des architectes reconnus pour leur savoir faire adapté à la rusticité d'un habitat rural[15].

Dans certaines régions viticoles, la maison de maître peut être celle d'un très riche vigneron, s'il est lui-même propriétaire et désignée dans la tradition orale sous le nom du premier propriétaire ou de celui qui a marqué l'histoire de la maison.(exemple : la maison « Boscus» )[2]. Mais la plupart du temps ces maisons prennent le nom de leur domaine.

Chien assis

La propriété doit répondre aux exigences de son propriétaire, notamment avoir des pièces suffisamment grandes pour y recevoir, et constituer un accueillant et chaleureux, sans ostentation, et faire vivre sa maisonnée.

La maison de maître n'est pas nécessairement luxueuse, au contraire, la décoration renvoie plutôt à une élégance discrète, qui déparaît moins en milieu rural, avec quelques éléments de décoration dans l'air du temps.

Une maison de maître du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Agencement[modifier | modifier le code]

La maison de maître en milieu rural du XIXe siècle: elle peut avoir été bâtie sur une construction plus ancienne ou être une extension de la précédente. Le rez-de-chaussée comporte généralement plusieurs portes d'accès, dont au moins deux principales ornées d'un un fronton ouvragé, au sommet d'un court escalier. La façade du premier étage comporte la plupart du temps, au moins cinq fenêtres[16] alignées sur la porte et les fenêtres du niveau inférieur, qui peuvent être de plain pied.

Ces dispositions ont d'ailleurs été imitées de façon beaucoup plus modeste par les pavillons individuels construits au début du XXème siècle, qui comportaient une entrée encadrée par deux fenêtres, et parfois un chien assis[3].

Salle de Billard
Salle de Billard

Au rez de chaussée se trouvent diverses pièces : l'office, la cuisine, l'accès à la cave, et au cellier, le vestibule, la bibiothèque, l'entrée, un couloir, un fumoir, le petit salon, grand salon, la salle à manger , il se trouve aussi un bureau, et une salle de billard.

Les pièces de réception que sont le fumoir, le billard, le petit salon le grand salon la salle à manger[1]. Ces pièces, dont la décoration est travaillée, à travers notamment les cheminées, plafonds, boiseries, sont destinées à recevoir. Le vestibule fait aussi partie de cet ensemble; souvent joliment décoré. Chaque pièce joue un rôle précis dans la vie de la maison[17].

Le premier étage regroupe les chambres , les salles d'eau, et le dernier l'espace de vie des domestiques ; ce qui définit une sorte pyramide sociale inversée dans la distribution des étages. Schéma qui se retrouve également dans les immeubles haussmanniens où les plus aisés habitaient le premier étage et les plus modestes, les derniers[18].

Avant 1830, la chambre fait intégralement partie de l'espace de réception. La chambre devient dès lors un endroit intime où le confort prime sur le décorum, et où le couple de propriétaires ne fait plus, au fil du temps, chambre à part.

Éléments architecturaux[modifier | modifier le code]

La maison de maître recèle cependant quelque éléments d'architecture caractéristique[19] :

  • le nombre important de fenêtres et des ouvertures généralement alignées et symétriques.
  • présence assez fréquente de chien-assis sur le toit ;
  • ses matériaux : pierres de taille ou moellon ; les murs peuvent avoir jusqu'à 1 m d'épaisseur ;
  • la hauteur des plafonds (minimum 3m50 ) ;
  • la présence de cheminées, en marbre ou en pierres, dans la salle à manger, le salon, et également les chambres ;
  • parfois un plafond à caissons ou moulures.
  • un escalier intérieur
  • il arrive qu'une maison de maître sois qualifiée de "château" selon la taille et celle de son domaine.
  • elle peut être entourée de vastes jardins agrémentés de fontaines ou de bassins, ou de parcs aux arbres centenaires, avec étangs ou sources ;
  • La maison n'est jamais accolée aux bâtiments de production, c'est en revanche le cas de celle du métayer ou du fermier.
  • une grille ancienne en fer forgé indique généralement l'entrée de la maison.

Galerie[modifier | modifier le code]

Quelques exemples de maisons de maître françaises selon leurs régions

Autres exemples de maisons de maître[modifier | modifier le code]

Maison de maître des habitations coloniales[modifier | modifier le code]

Au sein des « habitations », exploitations agricoles coloniales qui s'appuyait à l'origine sur l'esclavage, se trouve également une maison de maître, accompagnée de bâtiments utilitaires (entrepôts, usine), et des cases pour loger les captifs puis les employés. La maison de maître, au sein de la maison coloniale peut être plus ou moins modeste en fonction de l'importance de la plantation. Elles sont d'une grande diversité architecturale, et s'inspirent parfois du style de la région d'origine du colon. Se retrouvent néanmoins des caractéristiques fréquentes dues à l'adaptation au climat, comme la présence de portiques, de persiennes, de galeries courantes[20].

Maison de maître dans les autres pays[modifier | modifier le code]

Wakehurst
Wakehurst place, the mansion

Extrêmement banal en Europe, où la production agricole est l'activité économique la plus ancienne, la maison de maître en tant qu' habitation du propriétaire d'un domaine à vocation agricole, recouvre plusieurs appellations.

En Angleterre, la maison de maître est la mansion d'un Estate. Aux États-Unis, on évoque les Master's house des plantations du sud. Dans le monde hispanophone, l'équivalent le plus proche serait l’Hacienda, et au Chili la casa patronale qui correspond assez bien au terme français[21].

Dans la sphère néerlandophone le Patroonschap serait le terme le plus proche et germanophone Herrenhaus .

Au Brésil et au Portugal, le terme Fazenda est le plus souvent utilisé.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Thébault,Châteaux et maisons de maître: la propriété foncière érigée en domaine. L'exemple du Midi toulousain aux XIX et XX siècles , Les Cahiers Nantais, 2000
  • Annie Antoine, La maison rurale en pays d'habitat dispersé, Presses universitaires de Rennes, 2005

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La couleur du Zèbre, « Maison de maître - Eco-rénover dans les Vosges du Nord », sur eco-renover.parc-vosges-nord.fr (consulté le )
  2. a b et c Vincent Thébault, La maison rurale en pays d'habitat dispersé : de l'Antiquité au XXe siècle, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 432 p. (ISBN 978-2-7535-2353-1, lire en ligne), p. 63–73
  3. a et b Michel Jean Bertrand, Architecture de l'habitat urbain, Paris, Dunod, , p 72
  4. « Maison de maitre », sur Propriétés Le Figaro (consulté le )
  5. Yannick Le Roux, Réginald Auger, Loyola, l'habitation des jésuites de Remire en guyane française, Université du Québec, , p 79
  6. Olivier de Serres, le Théâtre d'agriculture & ménage des champs, Paris, Jamet Métayer, mdc, p 350-351
  7. Jean Pierre Houssel, Jean Charles Bonnet, Histoire des paysans français du XVIIIe siècle à nos jours, Horvath, , page 107
  8. André Encrevé, Le Second Empire : « Que sais-je ? » n° 739, Presses Universitaires de France, , 128 p. (ISBN 978-2-13-061067-0, lire en ligne)
  9. Jean-Pierre Boinon et Jean Cavailhès, « Essai d'explication de la baisse du prix des terres », Études rurales, vol. 110, no 1,‎ , p. 215–234 (DOI 10.3406/rural.1988.4627, lire en ligne, consulté le )
  10. André Encrevé, Le Second Empire : « Que sais-je ? » n° 739, Presses Universitaires de France, , 128 p. (ISBN 978-2-13-061067-0, lire en ligne)
  11. Vincent Thébault, Les Cahiers Nantais - n°54. Châteaux et maisons de maître : la propriété foncière érigée en domaine., France, , 12 p., p. 3-15
  12. « VILLA : Définition de VILLA », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  13. Philippe Bardel, « Les modèles de l'architecture rurale du pays de Rennes », dans La maison rurale en pays d'habitat dispersé, Presses universitaires de Rennes (lire en ligne), p. 195–206
  14. Archives municipales de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole, « 1897 - Architecte Adrien Dubos : Archives municipales de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole », sur archives.angers.fr (consulté le )
  15. Léon de Perthuis, Traité d'architecture rurale, Paris, Deterville 1810, discours préliminaire.
  16. Agence Immobilière PGA, « comment reconnaître une maison de maître », sur PGA Immobilier
  17. Roger Marx, La salle de billard d'une villa moderne, Gazette des Beaux arts, , p 11
  18. Gérard Peylet, Paysages urbains de 1830 à nos jours, Presses Univ de Bordeaux, , 498 p. (ISBN 978-2-903440-68-8, lire en ligne)
  19. http://www.parc-loire-anjou-touraine.fr/fr/telechargements/architecture-et-habitat/referentiel/fiche2-maisonmaitre-bassedefinition.pdf
  20. Christophe Charlery, « Maisons de maître et habitations coloniales dans les anciens territoires français de l’Amérique tropicale », sur www4.culture.fr (consulté le )
  21. Benavides, Sartor et Terán Bonilla 1990, p. 40. Juán Benavides : "La casa patronal del Fundo chileno"