Maison basque

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La maison basque (etxe en basque) ou ferme basque (Baserri) désigne, dans le sens architectural courant, le type de construction domestique propre au Pays Basque, mais aussi, dans une acception plus spécifique à l'anthropologie historique, le principe d'organisation de la vie sociale traditionnelle du Pays basque, unité de base et pierre angulaire de la société. Selon les lois des Basques, ou Fors, la maison était généralement transmise, ainsi que toutes ses dépendances, à l'ainé de la famille, voire à l'aînée en Labourd.

La maison basque, qui s'identifie volontiers à la famille (notamment par le nom porté), est un des exemples historiquement les plus caractéristiques dans le monde de système à maison, concept des sciences sociales maintenant assimilé à celui de famille souche. Ce système de droit coutumier fondé sur la permanence de la résidence transmise en succession unique (préciputaire), connu au Pays Basque depuis plusieurs siècles, a aussi été décrit sous des formes variables dans le grand quart sud-ouest de la France actuelle, le Nord de l'Espagne, l'arc alpin ou encore le Japon (Ie). La maison basque se distingue de la plupart des systèmes à maison par la persistance de ses traditions au XXIe siècle.

La maison comme unité sociale[modifier | modifier le code]

Fermiers basques au Guipuscoa.
Fermiers à Orozko.

Si les fors et la valeur sociale particulière de la maison basque sont connus et identifiés depuis plusieurs siècles, c'est surtout à partir des années 1960 qu'ils ont commencé à être étudiés de façon systématique et ont acquis une notoriété académique particulière, avec le développement international d'une véritable histoire de la famille, sous l'impulsion de l'anthropologie historique comme courant universitaire constitué, notamment à Paris (EPHE puis EHESS) et en Angleterre (Université de Cambridge). L'anthropologue basque espagnol Julio Caro Baroja fut un pionnier des études académiques sur la maison basque, qu'il débuta dès les années 1940; sa monographie La vida rural en Vera de Bidasoa (1944)[1] reste encore aujourd'hui un grand classique de l'ethnologie rurale et a inspiré de nombreuses recherches, faisant du Pays Basque l'une des régions de système à maison les plus étudiées au monde[2]. Des ethnologues français et anglo-saxons se sont particulièrement intéressés à l'importance structurale de la maison, aux rites funéraires[3], aux pratiques d'élevage[4], aux spécificités du système d'héritage[5], à la place de la femme dans la société basque[6].

Transmission de la propriété[modifier | modifier le code]

La propriété de la ferme et ses terrains ont toujours été transmis intégralement au sein d'une même famille. Cette tradition de ne pas morceler la propriété garantissait la survie et le maintien au dessus du minimum nécessaire[7]. Comme dans les autres régions de système à maison, la maison basque, intimement liée à la terre qui est la source de subsistance, est d’une extrême importance. Elle symbolise la pérennité, la sécurité et la continuité de la propriété doit être protégée pour que celle de la famille soit assurée. Au Pays basque, un système juridique original s’est constitué qui, tout en garantissant la transmission de la propriété au sein de la famille, a fortement influé sur le système politique régional (voir ci-après L’Etxe, objet social et politique), s’appuyant sur les assemblées de « maîtres de maison ». Ce droit coutumier, appelé For en français (Fueros en castillan) en usage jusqu’à la Révolution, a perduré en pointillé jusqu’à nos jours, faisant fi de la Constitution et du Code Napoléon.

La maison et ses dépendances se transmettent en totalité à un seul héritier, le plus souvent l’aîné, qu’il soit garçon ou fille en Labourd. Il est le ‘’Maître de maison’’ en tant qu’héritier d’une « maison de Maître ». Les biens de famille, dits avitins, c'est-à-dire marqués d’indisponibilité, ne peuvent être vendus, légués ou hypothéqués sans l’accord formel de l’héritier. Il arrivait que celui-ci, frappé par la mauvaise fortune dusse revendre tout ou partie de son héritage. Lui-même ou ses descendants disposaient alors pendant 41 ans du droit de racheter la propriété au prix de vente initial (droit de retrait lignager).

Ce droit coutumier désavantageait à l’évidence les cadets de la famille. Certains d’entre eux se révoltèrent et occupèrent, comme à Saint-Étienne-de-Baïgorry, des terres communes, possédées par les maîtres, ou s’installèrent dans des bordas (maisons rustiques destinées aux troupeaux et à leurs bergers) et créèrent ainsi de nouveaux peuplements. Ces nouveaux feux sont à l’origine, entre autres, des villages de Banca, des Aldudes et d’Urepel.

L’etxe, objet social et politique[modifier | modifier le code]

« La maison traditionnelle basque est une institution de caractère économique, social et religieux, intégrée dans une famille, qui représente les habitants actuels en communion avec l’âme des ancêtres. Elle est porteuse d’une tradition, chargée de fonctions religieuses auxquelles elle ne peut renoncer. Tout ceci a modelé l’etxe de telle sorte qu’elle a pu jouir du droit d’asile ; elle a été inviolable et devait être transmise intacte, indivise, au sein de la famille.(…) La famille est la société de ceux qui ont le même sang et sont unis à la même maison. Elle est constituée par les parents, les enfants et les ancêtres. Ils ont la même maison pour refuge, lieu de travail et de réunion, chapelle et tombe. Cette maison, ainsi que les terres et les biens qui lui sont attachés, maintiennent fortement unis, jusqu’à nos jours, à la maison, ceux de la maison. » [8] C'est ce sentiment de codépendance famille/maison que traduit le vocable Gure Etxea (cf. photo P1, et première strophe du poème Sortetxeari ci-dessous).

La vie sociale et politique des Basques s'organise autour de l’etxe ou etche. Seuls les chefs de famille propriétaires d’une maison assistaient aux assemblées du village. C’est l'élément initial d’intégration dans la communauté. L’aîné de la famille héritait de la maison. Jusqu'au XVIIe siècle, il est fréquent que le nom de la maison devienne le patronyme de l'enfant qui y naît. Témoin de l'importance que les Basques accordaient à leurs maisons, aujourd'hui encore des familles entières portent des noms de maisons, comme Etcheverry → maison neuve, Harguindeguy → atelier du maçon, etc. Qu'elle soit de statut noble, franche ou fivatière (dépendant d'une autre maison), les termes de "maison" et d'"homme" étaient interchangeables et comme synonymes.[9]. La société basque privilégiait donc, non l'individu, mais la famille.

Le droit coutumier se traduit également en termes de démocratie locale puisque jusqu’à la fin du XIXe siècle, une voix dans les assemblées capitulaires, sortes de conseils municipaux, où se traitaient les décisions concernant la vie de la paroisse rurale (utilisation des forêts communales, droits de pacage, etc.), était accordée à chaque maison. Le suffrage universel scellera le sort de ce droit coutumier, qui ne donnait le droit de vote qu’à quelques-uns, les maîtres de maison, porte-parole de leur famille. Une hiérarchie, découlant de ce droit coutumier, trouve sa lecture dans certains éléments de la maison basque, puisque chaque niveau tenait à faire reconnaître sa prééminence sur les niveaux inférieurs, et souhaitait s’en distinguer. En particulier, certains linteaux en portent la trace, comme celui de cette maison de Saint-Étienne-de-Baïgorry qui arbore la devise suivante : « Infançon sortu niz, Infançon hilen niz » « Infançon je suis né, Infançon je mourrai ».

Au Labourd et en Navarre[modifier | modifier le code]

Au Labourd, l'égalité de tous les maîtres de maison était la règle, sauf pour les Nobles, exclus de la vie politique. La société navarraise était plus complexe, car la féodalité médiévale avait influencé ce royaume. Ainsi, du bas de la pyramide vers le haut :

  • Les demeures fivatières : leurs propriétaires étaient gestionnaires de parcelles d’un bien noble qu’ils avaient défrichées. Ils étaient redevables d’un « cens », redevance en argent ou nature, et parfois prestation de main-d’œuvre. N’étant pas propriétaires, il ne leur était accordé aucune voix aux assemblées délibératives, d’où, d’ailleurs, ils étaient parfois exclus.
  • Les maisons franches : leurs maîtres, roturiers, étaient propriétaires du domaine, sans restriction. Ils ne payaient pas la taille mais versaient chaque année un don « volontaire » au roi. Ils participaient aux assemblées et envoyaient des délégués au Biltzar du Labourd (Ustaritz), aux États de Basse-Navarre, et à la Cour d’Ordre de Soule. En 1609, Pierre de Lancre s’indigne du sentiment de dignité exacerbé de ces maîtres de maisons franches : « Je ne veux oublier qu’en Labourd les villageois et villageoises les plus gueux se font appeler sieurs et dames d’une telle maison qui sont des maisons que chacun d’eux a en son village, quand ce ne seroit qu’un parc à pourceaux ! ».
  • Les maisons enfançonnes : elles existaient en Basse-Navarre (87 vers 1700) et en Labourd (33 en 1505) et semblent être une qualité revendiquée par les descendants de cadets de la noblesse navarraise mariés avec l’héritière d’une maison franche. À part l’absence de représentation aux États de Navarre, leurs propriétaires jouissaient de tous les avantages et responsabilités de la noblesse. Contrairement au droit coutumier usuel, ces dernières propriétés étaient transmises au premier héritier mâle.

Les maisons nobles (jauregui ou salha) : l’édifice social était couronné par les gentilshommes, propriétaires de maisons nobles et dits « terre-tenants » en Soule, soulignant que la noblesse était attachée à la propriété du sol, et non liée au sang. Ainsi un chroniqueur, Froidour, note au XVIIe siècle : « Fussiés-vous le dernier roturier de la province, si vous possédez une de ces maisons vous êtes réputé noble et jouissez des privilèges de la noblesse. Fussiés-vous aussi gentilhomme comme le Roy, si vous ne possédez point de maison noble, vous n’y jouissez d’aucune prérogative non plus que le moindre paysan».

Au Guipuscoa[modifier | modifier le code]

Au Guipuscoa, on retrouve quatre groupes sociaux définis selon le rapport à la propriété de la terre[7].

  • Nagusiak, la classe des propriétaires de plusieurs fermes.
  • Etxejabeak, petits propriétaires en minorité, constituaient l’enseigne du pays, exploitant les ressources de leur maison domaniale héritée.
  • Maisterrak est le groupe le plus nombreux était celui des affermataires[10] ou , qui, en vertu d’un contrat renouvelable, s’installaient dans les fermes des autres et nourrissaient avec leurs récoltes les familles aristocratiques locales.
  • Morroiak sont au niveau le plus bas, ce sont des domestiques ruraux qui toute leur vie, en échange de leur travail reçoivent de la nourriture, un logement et des vêtements. N'ayant aucune ressource, ils étaient condamnés à ne jamais pouvoir fonder de famille. Quant aux piontzak ou ouvriers agricoles salariés, leur nombre était insignifiant au Guipuscoa[7].

La maison comme unité architecturale[modifier | modifier le code]

Types de maisons au Pays basque[modifier | modifier le code]

Différents types architecturaux du Pays basque[11].

Caro Baroja classe les types de maisons selon les différences architecturales et du matériel utilisé[11] :

  1. atlantique : maison de pierres avec structure en bois et un toit peu incliné (20-40o) à deux versants et le faît perpendiculaire à la façade principale ;
  2. pyrénéen : maison de pierres avec une toiture à croupe à pente raide (inclinaison de 40-60o) recouverte d'ardoises ;
  3. central : maison de pierre avec toiture à deux versants et le faîte est soit parallèle ou perpendiculaire à la façade principale ;
  4. méridional : construction faite de pierres en partie, mais aussi de terre, de briques, d'adobes, de mur de terre et souvent un toit à un seul versant (inclinaison de 10-20o).

Étymologie[modifier | modifier le code]

P1 - Ahetze, linteau sculpté au-dessus du lorio - Gure Etxea : notre maison.
P2 - Ahetze, maison labourdine dissymétrique.
P3 - Saint-Pée-sur-Nivelle, linteau sculpté.
P4 - Bidarray, soleil au centre du linteau.
P5 - Bidarray, rejet d'eaux de ruissellement au-dessus des fenêtres.
P6 - Larressore, façade en briques.
P7 - Saint-Étienne-de-Baïgorry, porte « bouteille ».
P8 - Saint-Jean-Pied-de-Port, détail du linteau d'une maison, N inversés.
P9 - Saint-Étienne-de-Baïgorry, balcon suspendu entre deux murs gouttereaux.
Porte « bouteille » en grès rose.
La ferme Gaintxurizketa, Lezo.
Une borde dans le parc naturel de Gorbeia, ancienne ferme aujourd'hui servant à abriter le bétail, au parc naturel de Gorbeia.
À Loiu, la ferme Bengoetxe.

D’après Caro Baroja, le mot etxe apparaît dès le XIIe siècle dans le « Guide du pèlerin de Compostelle ». Dans de vieux documents navarrais, on trouve les formes : Echeverri, Echerry, Echarry et au Moyen Âge : Echagüe, Echano, Echarri ainsi que Esceverrianensis pour « d’Etcheverria ». Le mot eche se trouve dans des toponymes alavais du XIe siècle (un document de 1025, provenant de San Millán, cite deux Essavarri dans le district de Gamboa)[12]. Rappelons enfin que le prénom « Xavier » (Xabier) dérive du mot basque exaberri (maison neuve).

Le type atlantique[modifier | modifier le code]

Les maisons traditionnelles dans la campagne basque reprennent un plan assez courant, celles-ci servant à accueillir les hommes et leurs bêtes sous le même toit. Du fait de sa construction initiale, par additions de poteaux et de fermes, et de la nature des sols, la maison basque n'a pas de cave et elle est posée, sans fondation, sur le sol.

La maison basque a été conçue dans un premier temps par les charpentiers (mahisturu), sur la base d'une infrastructure conçue autour de fermes en bois. L'extérieur est reconnaissable par ses pans de bois. À l'intérieur, les supports verticaux espacés de plusieurs mètres partent d'un seul bois du sol jusqu'à la charpente ("maisons de bois longs"). Par la suite, la pierre a été employée comme support de base, le bois étant relégué au premier niveau (ou grenier) * ou seulement pour la charpente. Les maçons (hargin) ont ainsi pris la place des charpentiers dans la conception des habitations. Cette évolution a été favorisée par une situation économique plus favorable, permettant à la population de financer un matériau plus coûteux, et par le risque d'incendie que couraient les anciennes bâtisses.

Rares sont les maisons visibles actuellement qui datent d'avant la fin du XVIe siècle. Le pays ruiné par les guerres de religion se redresse sous Henri IV et semble frappé d'une frénésie de construction : d'après un procès-verbal dressé par les soins de la sénéchaussée de Bayonne et enregistré à la Trésorerie Générale de Bordeaux le 25 mai 1608, il est dit qu'en Labourd, les maisons grandes, moyennes et autres, bâties depuis trente ans sont au nombre de 3 500.[13] Cette « frénésie » s'explique par la brusque augmentation démographique des XVIe et XVIIe siècles. En effet, introduit en Europe par le Pays basque, le maïs, plante américaine, mieux adaptée que le blé, a permis aux Basques de mieux se nourrir, et a fait diminuer les famines.

La maison labourdine[modifier | modifier le code]

Faite de torchis, elle a des pans de bois apparents, peints le plus souvent en rouge brun. Son orientation traditionnelle est Est-Ouest, avec l’entrée à l’est, pour se protéger des vents chargés de pluie provenant de l'océan à l’ouest. Elle est constituée d’un bloc rectangulaire, parallélépipède long, étroit et haut, qui évolue en fonction des reconversions (agriculture vers l’élevage intensif par exemple) ou de l’agrandissement de la famille (donnant ainsi l’aspect dissymétrique final si caractéristique (cf. photo P2), souvent constaté en Labourd, qui est donc une résultante de transformations de la maison et non un plan type initial), surmonté d’une toiture à deux versants en pente douce bien que le climat soit pluvieux (les tuiles canal n’ont ni trou, ni rebord permettant de les accrocher. De plus la faible pente offre moins de prise au vent), de faîtage parallèle au grand côté, débordant beaucoup à l’est et peu ou pas à l’ouest.

Chacune des quatre façades est traitée différemment des trois autres en raison de leur adaptation aux conditions climatiques :

  • la façade orientale, largement percée avec son porche caractéristique (lorio), est entourée de trois murs en maçonnerie. Elle est particulièrement soignée. La porte d’entrée est en général très travaillée, le linteau (atalarri) donnant des informations sur les propriétaires (cf. photo P3). Il a également souvent une fonction religieuse, le soleil étant assimilé à l’œil de Dieu (iguzki : le soleil levant ou l’œil de Dieu, l'une des deux filles de Mari, la terre, à côté d' ilarguia, la lune ou le visage de Dieu - cf. photo P4 - ce détail se retrouve dans tout le Pays basque). Sont ainsi accrochées à l’entrée de la maison diverses plantes représentant le soleil (fleurs de carde) et préservant de la foudre (tximista kontra - on dispose également des tuiles en forme de croix, sur le toit de la maison). Le coq, gravé sur un linteau, annonciateur du soleil levant (eguzkiari begira), traduit la même croyance ;
  • le pignon occidental est aveugle et peut remonter au-dessus du toit, à proximité de l’océan ;
  • le mur latéral nord est percé d’ouvertures petites et peu nombreuses éclairant ou desservant les zones d’intérêt secondaire ;
  • la façade méridionale est plus largement ouverte pour profiter du soleil tout en s’en protégeant par l’intermédiaire de l’avant toit.

Le lorio, caractéristique de la maison labourdine, provient de l’agrandissement du surplomb de l’encorbellement qui fournissait un abri pour dépouiller le maïs. Il fournissait un abri devant l’entrée (aire de dépôt pour les marchandises ou de repos et d’attente pour les mulets à l’arrêt) et pouvait être utilisé pour les assemblées de village. Il est souvent surmonté d’un linteau de bois, en général d’une seule pièce, sa portée étant alors limitée à 7 ou 8 m.

La charpente (zuralde) en chêne est très robuste, est conçue pour résister à la pluie et aux vents violents. Des prises d’air latérales, ressortant sur la façade orientale lui assurent, ainsi qu’aux combles, une très bonne aération (utiles pour garder le fenil - seilharu - sain et pour le séchage des jambons, les minuscules ouvertures en forme de triangle ne sont donc en rien destinées aux pigeons). Elle est bâtie pour supporter la lourde couverture en tuiles canal rouge clair. Les cheminées massives et simples sont généralement disposées au nord, évitant ainsi de devoir dépasser le faîtage pour des raisons de tirage.

Les fenêtres les plus exposées sont souvent surmontées d’un rejet d’eau de ruissellement constitué à l’origine d’une simple dalle de grès fichée horizontalement dans le mur, dépassant de 15 à 20 cm. (voir photo P5).

Les volets pleins en bois à barre sont peints de la même couleur que les autres pièces de bois des façades ou de la charpente. Ils sont en général d’un rouge assez foncé dit rouge basque (à l’origine, le sang de bœuf était utilisé pour enduire les pièces de bois, mêlant un aspect rituel à l’aspect pratique - le sang de bœuf était renommé pour avoir des vertus protectrices contre les insectes et le pourrissement). On trouve également, à partir du XIXe siècle un bleu très foncé, sorte de bleu de Prusse, ou un vert « profond » également foncé, et parfois un gris très clair. À Arcangues, le marquis d’Arcangues a introduit un bleu plus clair. Les contrastes de la couleur avec le blanc chaulé (une fois par an, souvent en juin avant la Fête-Dieu) des murs confèrent à la façade cette légèreté distinctive et surprenante pour une maison relativement massive et imposante, qu’on ne retrouve pas en Basse-Navarre.

La maison de Basse-Navarre et du nord de la Navarre[modifier | modifier le code]

La maison de Basse-Navarre a subi l’influence de la Navarre espagnole (dont elle fit partie jusqu'en 1530 - Merindad de Ultra Puertos) et de la géologie des sols de la région. On trouvera ainsi des maisons tout en pierre, à façade plate (sans encorbellement ni lorio) et sans colombage en bois. La pierre donc a été un des matériaux de base de la construction, mais la présence d’argile (et de briqueteries qui se développent au XVIIIe siècle) a également influencé la physionomie de cette bâtisse, et la brique plate a été utilisée comme matériau de remplissage des murs (cf. photo P6).

La maison navarraise est une succession de rectangles de proportion 1:2 dont la petite longueur (qui donne sur la façade principale) est d’environ 4.5 m, à cause de la portée limitée des poutres supportant le plancher de l’étage. Elle est à l’origine symétrique et s’est vue adjoindre des dépendances d’une largeur égale au quart de la longueur de la façade initiale.

  • L’un de ces rectangles (celui de gauche et donc du sud), comprenant la cuisine (sukaldea) et les chambres (ganbara ou gela), accueille la vie familiale.
  • Le second (ezkaratze, eskaratz ou eskatz), est la pièce de travail centrale de la maison.
  • On trouve ensuite, en se déplaçant vers la droite (vers le nord), les parties destinées aux animaux, telles que l’écurie (behitegi) et la porcherie (urdetegi).

Ces différents rectangles communiquent entre eux et ont un accès à la façade par des portes de dimensions respectables, à la mesure de la façade (dont la largeur est rarement inférieure à 10 m et jusqu’à 20 m), de l’ordre de 2.40 m de largeur pour 3 m de hauteur. Ces portes permettaient l’entrée des engins de travail (charrettes de bois, de paille ou de foin). Les murs intérieurs sont aussi épais et imposants que les murs extérieurs.

La porte d’entrée, imposante, entourée de pierres de taille de couleur (grès rose) qui donnent une forme de bouteille à l’ensemble (cf. photo P7), est surmontée d'une petite fenêtre et d’un linteau qui indique le nom et les qualités du propriétaire. Cette carte de visite est écrite en français, mais l’influence espagnole perce et souvent le mot « año » remplace l’ « année ». Le « N » est souvent inversé (cf. photo P8) et les lettres sont de taille irrégulière sur la même ligne. Il est vraisemblable qu'à l'époque, les tailleurs de pierre basques, connaissant mal le français, faisaient des fautes dans l'orthographe ou la graphie des lettres.

Le toit est couvert de tuiles rousses et des pierres d'angle apparentes renforcent l’impression de robustesse de la maison. Le colombage, quand il existe, est toujours situé au-dessus du 1er étage, rarement sur toute la façade mais limité à l’une des parties latérale ou centrale. Les fenêtres sont assez petites, et dites « à petit bois » c’est-à-dire à petits carreaux et réparties symétriquement par rapport à un axe vertical.

À Saint-Étienne-de-Baïgorry et dans la vallée des Aldudes, le balcon, qui s’étend sur toute la façade, est accroché entre les deux murs gouttereaux au-dessus du premier étage (cf. photo P9). Ce balcon a une fonction utilitaire précise. Il était utilisé pour mettre à sécher les graines qui serviraient de semences telles que le maïs, le lin, le chabre ou les piments.

La maison biscaïenne[modifier | modifier le code]

La maison guipuscoanne[modifier | modifier le code]

Après avoir passé un contrat entre les propriétaires et les maîtres charpentiers et tailleurs de pierre professionnels, le maître de maison (etxeko jauna) discutait avec le maître d’œuvre des différentes caractéristiques de la demeure. Toutes les anciennes fermes de cette province basque ont été édifiées par des maitres artisans qui leurs donnaient un caractère de robustesse et de qualité, peu fréquent dans les demeures des paysans européens[14]

Le type pyrénéen: Soule et nord-est de la Navarre[modifier | modifier le code]

Du fait de sa position géographique à l’Est du Pays basque, à la frontière avec le Béarn, et sur les premières pentes d’altitude des Pyrénées, la maison souletine diffère fortement de ses cousines des autres provinces d’Iparralde. Elle subit les influences climatiques de la montagne, éloignée de l’océan (donc moins soumises aux pluies portées par les vents d’ouest) et économiques et religieuses du Béarn. Elle n’en demeure pas moins basque, mais en marquant sa différence, comme le dialecte souletin le fait au sein de la langue basque. Elle est prête à affronter la neige et ses toits sont pointus et à forte pente, souvent terminés par un coyau qui se redresse à l’extrémité de la toiture.

La maison n’est plus d’un seul tenant massif comme en Labourd ou en Basse-Navarre, mais peut s’ériger en équerre, en T, ou se répartir en plusieurs bâtiments autour d’une cour, tout comme en Béarn. Les murs, sans pan de bois, sont en pierre, calcaires ou marnes, ou en galets des torrents se rapprochant ainsi de la maison béarnaise avec ses murs ornés de galets des gaves. La couverture est en tuiles. La porte d’entrée n’est plus orientée systématiquement à l’est, comme ses cousines occidentales qui se protègent des pluies océaniques. Elle s’ouvre dans un mur latéral et non plus en façade.

La maison reste basque et possède un eskatz, qui joue son rôle de pièce de distribution entre l’habitation, souvent couverte d’un toit à quatre-eaux (quatre pentes) et les parties dédiées aux animaux et au stockage (toit à deux pentes). C’est à présent le porche de l’eskatz qui, en façade, est surmonté d’un linteau mentionnant l’identité des maîtres de maison.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Henry O'Shea, La maison basque. Notes et impressions, L. Ribaut, Pau, 1887, XII-80 p.
  • Léandre Vaillat, La maison basque, dans L'art et les artistes, No 1, 1921
  • Philippe Veyrin, L'habitation basque. Le mobilier basque, dans Revista internacional de los estudios vascos (R.I.E.V.), t. XVII, 1926
  • Albert Maumené (éd.), Maisons et meubles basques et béarnais, dans revue Vie à la campagne, Hachette, Paris, numéro extraordinaire, vol. 48, 15 décembre 1927, 58 p., en part. pp. 2-17 (Maisons basques, béarnaises, labourdines, bas-navarraises, souletines)
  • Louis Colas, L'habitation basque, coll. « L'art régional en France », Ch. Massin et Cie, Paris, 1928, 7 p. + 44 p. h. t. (cf réédition à 1942)
  • J. et J. Soupré, Maisons du Pays basque, vol. 1, Labourd, Basse-Navarre, Soule (préface et posface par E. Lambert), Alexis Sinjon, Paris, 1928
  • J. et J. Soupré, Maisons du Pays basque, vol. 2, Navarre, Biscaye, Guipuzcoa, Alava (préface par E. Lambert), Alexis Sinjon, Paris, 1929, 4 p., 56 pl.
  • Louis Colas, L'habitation basque, coll. « L'art régional en France », Ch. Massin et Cie, Paris, 1942, 7 p. + 44 pl. h. t. (cf 1re édition à 1928)
  • René Cuzacq, Toits et toitures béarnais, basques et landais, dans Pyrénées, No 29, 1957, pp. 13-20
  • Marguerite David-Roy, Au Pays basque, inscriptions domestiques et stèles funéraires, extrait de Médecins de France, 1970, 16 p.
  • Jean-Jacques Lahaderne, Notes sur l'Etche basque, dans Maisons payssannes de France, 4e numéro de 1971, No 24, pp. 14-16
  • Claude Dendaletche, Les constructions pastorales d'Artzamendi (Basse-Navarre), dans Bulletin du Musée basque, No 65, 1974, pp. 168-178
  • René Cuzacq, La maison basque labourdine et les maisons voisines, dans Pyrénées, organe du Musée pyrénéen de Lourdes, No 101, 1975
  • N. Guardiola, M. Guyon, N. Monestié, Evolution de l'habitation en milieu rural au Pays Basque, mémoire pour le diplôme d'architecture, Toulouse, 1976
  • Michel Duvert, La maison basque, un espace sacré, dans Etxea ou la maison basque, Les Cahiers de la culture basque, vol. 1, 1979, pp. 11-37
  • Michel Duvert, Indications bibliographiques, dans Etxea ou la maison basque, Les cahiers de culture basque, vol. 1, 1979, pp. 163
  • P. Laffitte, Vocabulaire relatif à la maison, dans Etxea ou la maison basque, Les cahiers de culture basque, vol. 1, 1979, pp. 157-162
  • Maïté Lafourcade, Jean Etcheverry-Ainchart, La transmission juridique de la maison basque, dans Etxea ou la maison basque, Les cahiers de culture basque, vol. 1, 1979, pp. 39-82
  • Michel Doussy, Le Bordelais, les Landes, le Pays Basque, le Béarn, coll. « Styles de France », L'Illustration, Paris, 1980, en part. pp. 6-9 (habitat rural du Bordelais), pp. 31-35 (Landes), pp. 57-62 (Pays Basque), pp. 95-100 (Béarn)
  • Claude Labat, La maison basque, Association Lauburu, Saint-Jean-de-Luz, 1980, 104 p.
  • Jean Loubergé, La maison rurale au Pays basque, dans Maisons paysannes de France, 16e année, 1981, No 4, pp. 8-11
  • Pierre Bidart, Gérard Collomb, Pays aquitains : Bordelais, Gascogne, Pays basque, Béarn, Bigorre, coll. « L'architecture rurale française, corpus des genres, des types et des variantes », Berger-Levrault, Paris, 1984, 254 p.
  • Michel Michel, Etude d'une famille de charpentiers [les Urruty] en Basse-Navarre, dans Bulletin du Musée basque, No 123, 1989, période 3, No 101, pp. 1-48
  • Georges Augustins, Comment se perpétuer ?Devenir des lignées et destins des patrimoines dans les paysanneries européennes, Nanterre, Société d’ethnologie, Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Michel Duvert, Maïté Lafourcade, Jean Etcheverry-Ainchart et Alain Lossie, Etxea ou la maison basque, Saint-Jean-de-Luz, Les cahiers de la culture basque, , 169 p. (notice BnF no FRBNF34655522)
  • Jean Loubergé, La maison rurale en Pays basque, Nonette, Créer, coll. « Les Cahiers de construction traditionnelle », , 78 p. (ISSN 0182-2853, notice BnF no FRBNF36262614)
  • Jean-Baptiste Orpustan, Les noms des maisons médiévales en Labourd, Basse-Navarre et Soule, Saint-Étienne-de-Baïgorry, Izpegi, coll. « Recherches », , 496 p. (ISBN 2-909262-23-5, notice BnF no FRBNF37186865)
  • Pierre Bidart, La singularité basque : généalogie et usages, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Ethnologies », , 367 p. (ISBN 213051538X et 9782130515388, OCLC 421684967)
  • Christian Aguerre, Maison basque : au plus profond d'une culture, Anglet, Éditions Atlantica, , 105 p. (ISBN 2-84394-611-5, notice BnF no FRBNF39069072)
  • (en) Julio Caro Baroja (trad. Kristin Addis, préf. William A. Douglass), The Basques [« Los vascos »], University of Nevada, Reno, Center for Basque Studies, coll. « Basque classics series, no. 5. », , 483 p. (ISBN 9781877802928 et 1877802921, OCLC 463675519)
  • Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Biarritz, Éditions Atlantica, , 286 p. (ISBN 978-2-7588-0177-1, notice BnF no FRBNF42187177)
  • Philippe Veyrin, Les Basques de Labourd, de Soule et de Basse Navarre : leur histoire et leurs traditions (monographie), Pau, Cairn [publié avec le concours du conseil régional et la direction régionale des Affaires culturelles de la région Aquitaine], [rééd.] (1re éd. Bayonne, Musée basque et de l'histoire de Bayonne, ), 347 p. (ISBN 9782350682617, OCLC 826784280, notice BnF no FRBNF42791812, présentation en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Julio Caro Baroja, La vida rural en Vera de Bidasoa (Navarra), Madrid, biblioteca de tradiciones populares, 1944
  2. Augustins 1989, p. 155 et p.200.
  3. Douglas William, Death in Murelaga: Funerary Ritual in a Spanish Basque Village. Seattle, University of Washington Press, 1969
  4. Ott Sandra, The circle of mountains: a Basque shepherding community, University of Nevada Press, 1993
  5. Zink Anne, « L'héritier de la maison, géographie coutumière du Sud-Ouest de la France sous l'Ancien Régime », Civilisations et sociétés, 1993
  6. Arrizabalaga Marie-Pierre, « Les héritières de la maison au Pays Basque au XIXe siècle », Lapurdum, Euskal ikerketen aldizkaria/ Revue d'études basques/ Revista de estudios vascos/ Basque studies review, 2002 (7), 37-55
  7. a, b et c Bertan Baserria: La ferme basque au Gipuzkoa : Propriété et héritage
  8. José-Miguel de Barandiarán, prêtre anthropologue du début du XXe siècle, cité dans l’ouvrage « Etxea ou la maison basque », (traduction de Michel Duvert, Maître assistant à l’Université de Bordeaux II.
  9. Jean-Baptiste Orpustan, spécialiste de la domonymie des maisons basques.
  10. Définition de « affermataire »
  11. a et b (en) Julio Caro Baroja (trad. Kristin Addis, préf. William A. Douglass), The Basques [« Los vascos »], University of Nevada, Reno, Center for Basque Studies, coll. « Basque classics series, no. 5. », , 483 p. (ISBN 9781877802928 et 1877802921, OCLC 463675519), p. 95 à 108
  12. J.-C. Lasserre, conservateur de l’Inventaire général, secrétaire régional Aquitaine.
  13. cité par Philippe Veyrin, anthropologue du Pays basque, auteur de Les Basques publié par le Musée basque de Bayonne en 1943.
  14. En outre, comme les maîtres travaillaient indistinctement à l’édification d’églises ou de manoirs, ils ne purent éviter de se laisser influencer par les modes de leur temps, ce qui fit que la ferme, sans perdre son caractère fonctionnel et autochtone, fut spécialement sensible aux divers styles artistiques de chaque époque historique.

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