Grève des joueurs français lors de la Coupe du monde de football 2010

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La grève des joueurs français lors de la Coupe du monde de football 2010 constitue le paroxysme d'une série d'évènements connus sous le nom de fiasco de Knysna qui désigne l'échec sportif, les conflits internes, la grève d'un entraînement par les joueurs et, plus généralement, la crise connue par l'équipe de France de football et ses joueurs durant la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Considérée comme la plus grave crise que l'équipe de France de football ait connue de son histoire, elle se produit dans la ville sud-africaine de Knysna où se trouve le centre d'entraînement de la sélection française.

Malmenés durant les éliminatoires où la France se qualifie grâce à une main de Thierry Henry, les Bleus connaissent une préparation compliquée marquée par plusieurs polémiques avant de sombrer dès le premier tour de la compétition finissant sans aucune victoire. Toutefois, l’évènement prend une toute autre tournure lorsque la presse révèle que l'attaquant Nicolas Anelka a insulté le sélectionneur Raymond Domenech durant la mi-temps du match France-Mexique. Tandis que la FFF décide d'exclure l’attaquant de Chelsea, les joueurs marquent leur opposition à cette décision en boycottant un entraînement prévu le . Cette grève, marquée par les images des joueurs refusant de descendre du bus, constitue alors une situation inédite et aggrave considérablement la situation des Bleus en Afrique du Sud. La défaite finale face aux sud-africains lors du troisième et dernier match provoque l’élimination déjà imminente de la France au Mondial et achève le fiasco de Knysna.

Vivement relayée par les médias français et internationaux, cette crise occupe une grande partie de l'espace médiatique durant l'été 2010 en France à l'instar de l'Affaire Woerth-Bettencourt. En effet, cette crise et les évènements relatés en Afrique du Sud provoquent un large scandale dans l'opinion publique et dans la presse. Une telle ampleur qui oblige même le président de la République Nicolas Sarkozy à intervenir par l’intermédiaire de ses ministres, Roselyne Bachelot ou encore Rama Yade tandis que l'affaire se retrouve devant l'Assemblée Nationale. Cette crise a de nombreuses conséquences avec un vaste changement à la fédération et des sanctions sportives et financières à l'encontre de plusieurs joueurs. De manière plus générale, ce fiasco contribue à une perte de réputation massive de l'équipe de France et du football français à l'étranger. Plusieurs enquêtes, livres et documentaires sont parus depuis l'été 2010 pour expliquer les raisons de ce fiasco.

De plus, cette crise marque profondément les esprits que ce soit chez les observateurs ou les acteurs et donne naissance à un désamour de la part du public français. Elle précipite la fin de la carrière internationale de plusieurs joueurs et voit l'arrivée d'une nouvelle génération. Elle marque aussi l’apparition de plusieurs joueurs champions du monde 1998 aux commandes de l'équipe de France et notamment l’intronisation de Laurent Blanc en tant que sélectionneur.

Contexte[modifier | modifier le code]

Avant le mondial[modifier | modifier le code]

Alors même que la France, finaliste lors de la Coupe du monde en 2006, termine dernière du groupe C lors de l'Euro 2008, avec notamment une large défaite face aux Pays-Bas (4-1), et une autre 0-2 face à l'Italie, Raymond Domenech est reconduit dans ses fonctions d'entraîneur.

À l'issue des éliminatoires du mondial 2010, La France termine deuxième de son groupe derrière la Serbie et doit disputer deux matchs de barrages pour se qualifier à la coupe du monde 2010. Tête de série grâce à son rang au classement mondial de la FIFA, l'équipe de France affronte la République d'Irlande et se qualifie sur un but de William Gallas (1-1) après une main de Thierry Henry qui crée la polémique[1],[2].

Au printemps 2010, un « scandale » éclate à la suite de la révélation d'une affaire de mœurs concernant des relations de plusieurs joueurs de l'équipe de France, Franck Ribéry, Sidney Govou et Karim Benzema, avec une prostituée du nom de Zahia Dehar, mineure au moment des faits. Très médiatique, l'« affaire Zahia » prend de l'ampleur et met dans la tourmente plusieurs de ces joueurs.

Avant le début du Mondial, des tensions apparaissent déjà dans le groupe des Bleus. En effet, alors que Franck Ribéry revendiquait un repositionnement dans le couloir gauche depuis plusieurs mois malgré les réticences du sélectionneur, Raymond Domenech choisit de mettre finalement le capitaine et meilleur buteur Thierry Henry sur le banc, par suite de performances moyennes en club. Le capitanat est récupéré par Patrice Évra, ce qui provoque la colère de William Gallas, habituel vice-capitaine, estimant ne pas avoir « été prévenu ». De plus, une partie des médias révèle l'apparition de « clans » dans le groupe opposant les « cadres » (Évra, Gallas, Ribéry, Abidal), les « remplaçants » (Squilacci, Planus...) et les « Lyonnais » (Lloris, Toulalan, Gourcuff). Parmi ces derniers, Yoann Gourcuff serait victime, selon la presse, de bizutages de la part de ses coéquipiers et serait en conflit ouvert avec Franck Ribéry qui n’accepterait pas son nouveau statut. Ces tensions ajoutées aux difficultés sur le terrain ne placent pas l'équipe de France dans les meilleures conditions pour le premier match contre l'Uruguay.

Enfin, de nouvelles critiques s’abattent sur les Bleus concernant le luxe de l'hôtel de résidence de l'équipe (Pezula Resort) qui est le plus cher de tous les hôtels des équipes participant à la compétition. « Je n'aurais pas choisi cet hôtel. L'Espagne, par exemple, a choisi un campus universitaire », déclare la secrétaire d’État Rama Yade sur Radio J. « J'attends que l'équipe de France nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant des hôtels. Moi, je les ai appelés à la décence en temps de crise », a-t-elle ajouté[3]. Les joueurs refusent d'aller à Soweto avec Rama Yade, avant qu'elle-même ne se fasse épingler par le Canard enchaîné pour le prix de son hôtel, plus élevé que celui des footballeurs d'après le journal satirique.

Les matchs contre l'Uruguay et le Mexique[modifier | modifier le code]

À quelques jours du premier match d'ouverture contre l'Uruguay, le climat est de plus en plus tendu dans le groupe des Bleus. Alors que certains joueurs refusent de se rendre en conférence de presse, Raymond Domenech relate le manque d'investissement et les états d'âme de ses joueurs lors des entraînements et les mises en place en particulier. D'ailleurs, la presse révèle déjà quelques frictions comme Florent Malouda qui refuse de jouer milieu défensif et aurait taclé violemment Mathieu Valbuena. Malgré toutes ces dispersions, le capitaine Patrice Évra tente de remobiliser ses troupes la veille du match.

Le 11 juin, au Cap, l'équipe de France fait son entrée en Coupe du monde par un match nul face à l'Uruguay (0-0).

Cuauhtémoc Blanco tirant le penalty lors de France-Mexique.

La période entre les deux matchs est marquée par le débat tactique auquel est confronté Raymond Domenech. Dans Tout seul, ce dernier confie qu'il ne parvient plus à remettre Anelka dans sa position de pointe et que les autres joueurs ne parviennent pas à s'accorder avec Yoann Gourcuff dans le jeu. Thierry Henry, devenu remplaçant, ne se sent plus vraiment concerné. Lassé, Domenech inscrit dans son journal de bord : « J'en eus plein le dos de leurs jérémiades ». En outre, le troisième gardien Cédric Carrasso est obligé de déclarer forfait pour une blessure à la cuisse gauche. Il est alors remplacé par Stéphane Ruffier, gardien de l'AS Monaco.

Le deuxième match face au Mexique, le 17 juin, à Polokwane, est un échec pour l'équipe de France. Alors qu'Éric Abidal a mal joué le hors-jeu sur le but d'Hernández, il est également à l'origine de la faute qui entraîne le penalty transformé par les Mexicains. Les Bleus s'inclinent 2-0 face à la formation mexicaine et sont quasiment éliminés de la Coupe du monde.

Les faits[modifier | modifier le code]

Anelka insulte Domenech[modifier | modifier le code]

Au cours de la mi-temps du match France-Mexique, Raymond Domenech, très agacé par la première période de ses joueurs, demande à Nicolas Anelka d'effectuer plus d'appels en profondeur et de cesser de « décrocher », l'international tricolore exprime son désaccord envers son sélectionneur et finit par lui adresser son mécontentement par une phrase insultante dans les vestiaires en le tutoyant. Objets de débats, les vrais mots d'Anelka varient selon les sources même si celle de Domenech paraît la plus probable, ce dernier précisant qu'il n'a « pas entendu la phrase telle qu'elle a été imprimée à la Une de L'Équipe. ». Cette incertitude s'explique par le fait que Raymond Domenech était seul face aux joueurs et qu'aucun membre de l'encadrement n'était présent dans le vestiaire à ce moment-là.

  • « Enculé, t'as qu'à la faire tout seul ton équipe de merde ! J'arrête, moi... » selon Raymond Domenech (Tout seul).
  • « Va te faire enculer, sale fils de pute » selon la Une de L’Équipe le 19 juin 2010.
  • « T'as raison, va te faire enculer, toi et ton système de jeu ! Sale fils de pute ! » selon Bruno Godard (La décennie décadente du football français)
  • « Va te faire enculer avec ton équipe. Fais l'équipe que tu veux ! » selon le Parisien

La Une du journal L'Équipe[modifier | modifier le code]

Le lendemain de la rencontre, l'encadrement évoque la décision d'exclure Nicolas Anelka tout en sachant que la Coupe du monde est déjà presque terminée pour les Français. Une avalanche de critiques s'abat sur les Bleus à la suite de la défaite contre le Mexique. Cependant, la révélation de la dispute entre le sélectionneur et Anelka va changer considérablement la donne. En effet, Anelka puis l'encadrement sont prévenus dans la nuit du 18 au 19 juin que l'altercation se retrouvera dans L'Équipe le lendemain. Le 19 juin, le quotidien sportif français publie en première page l'image sombre de Raymond Domenech et de Nicolas Anelka, en inscrivant en gros titre : « Va te faire enculer, sale fils de pute », propos prêtés au joueur[4].

Dans l'après-midi, Jean-Louis Valentin (directeur délégué de la Fédération), Jean-Pierre Escalettes et Patrice Évra se rendent en conférence de presse. Tandis que le président de la FFF tente de minimiser l'incident, Patrice Évra déclare alors : « Mais le problème de l'équipe de France, ce n'est pas Anelka, c'est le traître qui est parmi nous, il faut le dire. Comment cette chose a pu sortir dans la presse ? Il n'y a que nous, les joueurs et le staff, qui savions. C'est ce traître qu'il faut éliminer du groupe. », citation restée dans les annales et qui lui sera vivement reprochée par la suite. En effet, à la suite de cette publication polémique du journal L'Équipe, les joueurs de l'équipe de France cherchent à connaître l'identité de celui qui a parlé à un membre extérieur de l'équipe de France de l'altercation entre Domenech et Anelka, qu'ils surnomment « la taupe ». Cet intérêt pour retrouver « la taupe » plutôt que de se concentrer sur le dernier match provoque la consternation des observateurs[5].

Devenu très médiatique, cet épisode extra-sportif a des conséquences directes sur la gestion du groupe en interne. Prévenu, le président de la Fédération française de football, Jean-Pierre Escalettes, affirme qu'« il faut le renvoyer chez lui, pour le futur, pour l'image et pour l'exemple ». Peu après, à la demande du capitaine Patrice Évra, Domenech et Escalettes acceptent de garder Nicolas Anelka à condition qu'il s’excuse « publiquement, devant le staff et l'équipe ». Devant le refus de ce dernier de s'excuser publiquement même s'il avait engagé une démarche avec le sélectionneur, la FFF publie un communiqué en début de soirée qui annonce le renvoi du joueur de Chelsea.

Peu avant son départ, Nicolas Anelka a l'autorisation de rester pour le repas avec ses coéquipiers. Lors d'une réunion improvisée, l'ensemble des joueurs se réunissent une dernière fois. Tandis que quelques applaudissements sont entendus, il semblerait que c'est lors de ce conciliabule que l'idée de faire grève en soutien à Nicolas Anelka aurait germé. Le joueur de Chelsea reprend l'avion quelques heures plus tard à destination de Londres.

Journée du 20 juin 2010[modifier | modifier le code]

Franck Ribéry s'invite dans Téléfoot[modifier | modifier le code]

Le matin du 20 juin, TF1 anime en direct depuis Knysna son émission dominicale dédiée au football, Téléfoot. L'émission recevait Raymond Domenech pour essentiellement parler de la déroute des joueurs français face au Mexique et de l'exclusion de Nicolas Anelka à la suite des propos relatés par le journal L'Équipe. C'est alors qu'en milieu d'émission, de manière totalement imprévue, Franck Ribéry décide de rejoindre le plateau de l'émission en short, claquettes et socquettes blanches. Très ému, il fait part du mal-être au sein de l'équipe, parlant clairement d'une souffrance, et s'excuse devant les Français de ne pas avoir mouillé le maillot lors des matchs comme ils auraient dû. Il en profite également pour démentir des rumeurs concernant une altercation entre lui et Yoann Gourcuff, et rejoint les propos de Patrice Évra concernant la taupe : selon lui, cette affaire n'aurait dû rester qu'un simple fait de vestiaire. Il promet cependant de faire son maximum afin que l'équipe de France, malgré les mauvais résultats, parvienne à se qualifier pour les huitièmes de finale en s'imposant face à l'Afrique du Sud[6].

Ces excuses sont vite relayées par la presse mais elles perdront vite leur crédibilité au vu de la grève qui se préparait déjà au sein de l'équipe, à l’initiative des cadres, Ribéry et Evra en tête[7], et qui éclatera quelques heures après l'émission.

La grève du bus[modifier | modifier le code]

Alors qu'ils se rendaient à l'entraînement, les joueurs refusent de s'entraîner en soutien à l'attaquant français, exclu du groupe. Après avoir salué les supporters présents au Field of Dreams (le nom du stade), les Bleus refusent de participer à l'entraînement et remontent dans leur bus. Cette décision provoque la colère du préparateur physique Robert Duverne, qui a alors une altercation avec le capitaine des Tricolores, Patrice Évra. Les deux hommes finissent par être séparés par Raymond Domenech. Cet épisode reste marqué par l'image de Robert Duverne, jetant son chronomètre au sol, excédé par le comportement des joueurs[8].

En compagnie d'Évra, remonté dans le bus, les joueurs de l'équipe de France vont pendant près d'une demi-heure s'entretenir à l'écart des membres de l'encadrement technique, restés sur la pelouse. Raymond Domenech sort finalement du bus pour lire devant les médias présents un communiqué de presse des joueurs expliquant les raisons de cette mutinerie : « Par ce communiqué, tous les joueurs de l’équipe de France, sans exception, souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération française d’exclure Nicolas Anelka »[9].

Face à cette situation inédite, Jean-Louis Valentin, le directeur délégué de la FFF, annonce vouloir présenter sa démission et quitter l'Afrique du Sud pour rentrer à Paris. À la suite de la lecture du communiqué expliquant le refus de s'entraîner, les joueurs, restés dans le bus, repartent en direction de leur hôtel, sans Robert Duverne[10].

D'après Patrice Evra, les Bleus envisageaient initialement de faire grève pour le match contre l'Afrique du Sud, et c'est lui qui aurait convaincu ses coéquipiers d'y renoncer pour, à la place, faire une grève de l'entrainement[11].

Jours suivants et élimination[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 2010, les Bleus jouent leur dernier match de la Coupe du monde contre l'Afrique du Sud. Au vu des scores du Groupe A, la France était quasiment éliminée, car elle devait absolument gagner avec 4 buts d'écart (si l'Uruguay gagne) ou 5 (si le Mexique gagne). En effet, un match nul entre l'Uruguay et le Mexique les qualifierait tous les deux.

Après que son équipe a encaissé deux buts, Florent Malouda inscrit l'unique but des Bleus dans cette Coupe du monde à la 70e minute. La France est donc éliminée sur le score final de 2 buts à 1 pour l'Afrique du Sud. La fin du match prend une tout autre tournure puisque Raymond Domenech refuse de serrer la main du sélectionneur de l'Afrique du Sud, Carlos Alberto Parreira qui avait déclaré que l'équipe de France ne méritait pas de participer à la Coupe du monde à la suite de la main de Thierry Henry.

Intervention de la classe politique[modifier | modifier le code]

L'échec des Bleus à la Coupe du monde 2010, qui constitue le deuxième consécutif après celui de l'Euro 2008, a provoqué un large scandale dans l'opinion publique, ce qui a amené le Président de la République Nicolas Sarkozy à intervenir par l'intermédiaire de la Ministre des Sports Roselyne Bachelot, et la Secrétaire d'État aux Sports Rama Yade. Il a demandé à apporter des réponses structurelles au mal-être de l'Équipe de France, et a annoncé le 23 juin 2010, après diffusion du communiqué de l'Élysée, une réunion des États Généraux sur la gouvernance du football français d'ici octobre 2010.

Après avoir rencontré Thierry Henry à l'Élysée, le président a ainsi convoqué le Premier Ministre François Fillon, la Ministre des Sports Roselyne Bachelot, et la Secrétaire d'État aux Sports Rama Yade afin de traiter la déroute des Bleus en tant que dossier politique. Il a demandé aux ministres d'obtenir des responsables de tirer les conséquences du désastre et de ne verser aucune prime aux joueurs.

Le 23 juin 2010, Rama Yade, invitée du journal de 20 heures de France 2, a ainsi appelé à une refondation de l'Équipe de France « pour porter une nouvelle ambition footballistique pour la France », et a rappelé l'enjeu de la refonte de la FFF[12].

Roselyne Bachelot a du reste, attaqué l'Équipe de France comme étant une équipe où « des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé et sans autorité, une Fédération française de football aux abois », et qualifie leur parcours de « désastre financier, technique et logistique »[13].

Le 26 juin 2010, en réaction à l'intervention politique sur la FFF, le secrétaire administratif de la FIFA Jérôme Valcke a averti la France que toute ingérence des autorités politiques reconnue sur la Fédération entraînerait des sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion de l'Équipe de France des compétitions internationales[14]. À l'issue de l'audition de Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech par une commission parlementaire, le porte-parole de la FIFA Nicolas Maingot ne dispose d'aucune information révélant une ingérence gouvernementale et l'Équipe de France n'est pas sanctionnée[15].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Retombées médiatiques[modifier | modifier le code]

La grève des joueurs et l'altercation entre Patrice Évra et Robert Duverne ont été filmées (en coupant le son de la scène d'altercation) et diffusées en boucle par de nombreuses chaînes internationales de télévision. L'Équipe de France prend alors une médiatisation extrême au sein de la Coupe du monde 2010.

À la suite de l'élimination de l'Équipe de France de football, et de l'intervention du Président de la République Nicolas Sarkozy au sein de la FFF, les commentateurs ont qualifié la participation des Bleus comme un désastre moral au regard de la série d'évènements scandaleux produits.

Plusieurs personnalités politiques se sont exprimées dans les différents médias : dans le journal Le Parisien, François Bayrou déclarait le comportement des joueurs comme révoltant, tandis que la Ministre des Sports Roselyne Bachelot dénonçait le spectacle navrant des Bleus et s'est exprimée au 20 heures de TF1 le 20 juin 2010. Elle a décidé néanmoins de rester en Afrique du Sud pour suivre les Bleus et a organisé une réunion de crise lundi avec les joueurs, le sélectionneur et les représentants de la FFF. Georges Tron, quant à lui, a dénoncé la reconduction de Raymond Domenech après l'échec de l'Euro 2008 sur BFM TV. Enfin, Jérôme Cahuzac s'indigne du « climat de l'Équipe de France qu'a exalté le président Nicolas Sarkozy, à savoir l'individualisme, l'égoïsme, le chacun pour soi », sur Radio J[16].

Un évènement devenu enjeu de débat public[modifier | modifier le code]

Dépassant le cadre purement sportif, l'épisode de Knysna a provoqué l'intervention de certains politiques, à l'image de Roselyne Bachelot. L'ancienne ministre avait déclaré à propos des leaders de ce mouvement de grève avoir affaire à des « caïds immatures »[17].

Comme énoncé plus haut, cette intervention de l'État s'est poursuivie avec la rencontre entre Thierry Henry et le président de la République Nicolas Sarkozy au palais de l'Élysée, le jeudi . Le président français s'est par la suite entretenu avec quelques membres de son gouvernement (François Fillon, Roselyne Bachelot et Rama Yade) après cette déconvenue des Tricolores. Le gouvernement avait alors demandé à la FFF de ne pas verser de primes financières aux joueurs.

La grève de Knysna, par l'ampleur du débat public qu'elle a provoqué, a même fait l'objet de plusieurs ouvrages[18],[19],[20]. Des personnalités du spectacle, des journalistes, des anciens joueurs champions du monde 1998 et des anciens sélectionneurs ont témoigné pour expliquer les raisons du fiasco sur le plan sportif, relationnel entre les joueurs, et gouvernemental.

Bouleversements à la FFF[modifier | modifier le code]

Le fiasco de Knysna a provoqué un déchaînement médiatique de la presse mondiale qui révéla des dysfonctionnements au sein de la FFF. Jean-Louis Valentin, directeur délégué de la FFF, s'est exprimé sur RTL le 23 juin 2010 et a déclaré que « la Fédération n'avait pas su faire preuve d'autorité » et « avait laissé Raymond Domenech gérer l'Équipe de France tout seul ». Il a dénoncé les problèmes de communication de fond du président à l'égard de l'encadrement technique, de l'entraîneur et des joueurs de l'Équipe de France contrairement à ce qu'il se passerait dans un club[21].

Dans un communiqué publié sur le site de la FFF, après avoir « consulté ses collègues élus, ses collaborateurs et ses proches », le président Jean-Pierre Escalettes a annoncé sa démission le 28 juin 2010, dans le cadre de « sa volonté de préserver et faciliter l'évolution de l'institution ». Sa démission a été sollicitée par de nombreuses personnalités sportives et politiques qui appellent à une refondation de la fédération, mais le président a décidé de ne pas y répondre, pour éviter une sanction de l'Équipe de France par la FIFA.

Fernand Duchossoy assurera l'intérim de la présidence de la FFF, dont sa mission est de construire le nouveau projet de l'Équipe de France et de remédier au fiasco de Knysna, en offrant des gages et versé 2 millions d'euros aux partenaires commerciaux de la FFF, et en instaurant un système bonus-malus dans ses nouveaux contrats de sponsoring en fonction des performances des Bleus[22].

Jean-Pierre Escalettes sera remplacé officiellement par Noël Le Graet le 18 juin 2011.

Sanctions et affaires ultérieures[modifier | modifier le code]

Une mission d'information a été mise en place par la Fédération Française de Football, composée de 3 membres : Jacques Riolacci (ex-président de la commission de discipline de la LFP), Laurent Davenas (magistrat), Patrick Braouezec (député de Seine-Saint-Denis et président de la Fondation du Football).

18 des 23 joueurs grévistes ont été audités. À la suite du rapport de la commission de discipline, la FFF a décidé de convoquer les cinq joueurs suivants : Nicolas Anelka (pour ses insultes à l'encontre du sélectionneur), Patrice Évra, Franck Ribéry, Jeremy Toulalan, Éric Abidal.

Le 17 août 2010, la commission de discipline de la FFF a rendu son verdict et a infligé : 18 matches de suspension ferme pour Nicolas Anelka, 5 à Patrice Évra, 3 à Franck Ribery et 1 à Jérémy Toulalan. Seul Éric Abidal n'a pas été sanctionné. Le lendemain, Nicolas Anelka a du reste déclaré qu'il était mort de rire et qualifie les dirigeants de la FFF de « clowns » en annonçant que sa carrière internationale était terminée après son éviction de Knysna.

Le 23 août 2010, Patrice Évra a annoncé qu'il ferait appel à sa sanction, que la FFF confirmera le 9 septembre 2010. Le lendemain, les ex-sélectionneurs Michel Hidalgo, Aimé Jacquet, Guy Roux et Jean Djorkaeff (président de la commission fédérale de la Coupe de France), Sylvain Kastendeuch (vice-président), Philippe Piat (président de l'Union Nationale des Footballeurs Professionnelles), demandent dans une lettre ouverte adressée à la FFF, l'annulation des sanctions. À l'inverse de Patrice Évra, Franck Ribéry a annoncé le 25 août 2010 qu'il ne fera pas appel des sanctions. Quant à Yoann Gourcuff, désigné par Frank Ribéry et Nicolas Anelka comme « la taupe », et Jérémy Toulalan, ils ne se relèveront pas de cette affaire, Gourcuff sera miné par les blessures et Toulalan refusera de revêtir le maillot bleu et partira dans la foulée pour Malaga avant de devenir capitaine de l'AS Monaco.

De plus, le 5 septembre 2010, Raymond Domenech est officiellement licencié par la FFF pour « faute grave » dans sa gestion de la grève et son attitude en Afrique du Sud (refus de serrer la main du sélectionneur de l'Afrique du Sud)[23].

Postérité[modifier | modifier le code]

Pour son premier match en tant que sélectionneur face à la Norvège le 11 août 2010, Laurent Blanc, successeur de Domenech, a décidé de n'aligner aucun des 23 joueurs français présents à la Coupe du monde.

Thierry Henry a décidé de mettre fin à sa carrière en Équipe de France et s'est exilé aux États-Unis pour rejoindre le club Red Bulls New York.

Juste avant la coupe du monde de 2014 au Brésil, l'ancien équipementier de l'équipe de France, Adidas, a réalisé lors du lancement de sa campagne publicitaire un coup médiatique en détruisant en banlieue parisienne une réplique du bus de Knysna en public, afin de définitivement tourner la page. Les réactions furent mitigées, certaines personnes considérant que ce « bus de la honte » aurait pu servir pour une association ou un petit club plutôt que d'être détruit symboliquement[24]. Les restes du bus sont transformés en œuvre d'art nommé Terminus par Louis-Guillaume Piechaud, la sculpture est exposée dans la boutique des Champs-Elysée de l'équipementier puis est mise au enchère le 1er juillet 2014 sur le site de la Gazette-Drouot, Les 15 000 euros récupérés sont reversés à l'association Diambars militant pour l'éducation par le sport[25].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bénita Rolland, Franck Spengler, Louis Orlowski et Roland de Linares, Plus jamais ça ! : L'échec des Bleus, Éditions Hugo et Compagnie, , 144 p., relié (ISBN 978-2755606645).
  • Jean-Pierre Paclet, L'Implosion, Éditions Michel Lafon, , 199 p., broché (ISBN 978-2749913414).
  • Damien Degorre et Raphaël Raymond, Histoire d'un scoop, Éditions L'Équipe, , 168 p., broché (ISBN 978-2915535983).
  • Bruno Godard et Jérôme Jessel, 2002-2012 : la décennie décadente du foot français, Éditions Flammarion, , e-book (ISBN 978-2081252813).
  • Ryan Ouamara, Le poids de Knysna, Éditions L'Harmattan, , 178 p., broché (ISBN 978-2343016702).
  • François Manardo, Knysna, Éditions Les Arènes, , 206 p., e-book (ISBN 978-2352043300).

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • La Véritable Histoire des Bleus (1958-2012), film documentaire de Stéphane Benamou, France 2, 2012.
  • Les Bleus, "revenus de si loin", enquête de l'émission Enquêtes de foot diffusée sur Canal+ le 20 novembre 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Les Bleus dans le rouge, La Revue, mai 2010

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://fr.fifa.com/worldcup/news/newsid=1120088.html
  2. « La France affrontera l'Irlande en barrages », sur http://www.lexpress.fr,‎ (consulté le 20 mars 2010)
  3. « Equipe de France : Rama Yade critique l'hôtel sud-africain des Bleus », sur lemonde.fr,‎
  4. La une de L'Équipe
  5. Arnaud Ramsay, Perles de Foot, Fetjaine, , p. 121
  6. Bruno Godard, Jérôme Jessel, La décennie décadente du foot français 2002-2012. Enquête au cœur des Bleus, Editions Flammarion, , p. 247
  7. Rémi Dupré, « Mondial 2010 : le dernier secret de Knysna », sur lemonde.fr,‎
  8. Wiliam castel, « Clash Evra-Duverne: les Bleus en grève ! », Agora Vox,‎ (consulté le 23 mars 2013)
  9. Stéphane Beaud, Philippe Guimard, Affreux, riches et méchants ? Un autre regard sur les Bleus, La Découverte, , p. 87
  10. L'express.fr, « La grève des Bleus en soutien à Anelka », L'express,‎ (consulté le 23 mars 2013)
  11. Selon Patrice Evra, la grève du bus à Knysna aurait pu être pire, Huffington Post, le 9 avril 2016
  12. http://www.lejdd.fr/Sport/Football/Actualite/Bleus-Sarkozy-a-l-attaque-202414 Bleus : Sarkozy à l'attaque, le JDD, 23 juin 2010.
  13. Vincent Duluc, Le Livre noir des Bleus. Chronique d'un désastre annoncé, Robert Laffont, , p. 97
  14. La Fifa avertit la France contre toute ingérence du politique, Reuters sur LePoint.fr, le 26 juin 2010
  15. Pas d’ingérence selon la FIFA, Sport24, le 2 juillet 2010
  16. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/les-politiques-denoncent-le-spectacle-navrant-des-bleus_900565.html
  17. « Quelques jours plus tard, à l’Assemblée nationale, Roselyne Bachelot se présentait encore comme une mère en évoquant des caïds immatures » Tout seul, P.330
  18. Stéphane Beaud, Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud, Ed. la Découverte, Paris, 2011.
  19. Rayan Ouamara, Le Poids de Knysna ou l'illusion du mal des banlieues, Éditions L'Harmattan, 2013.
  20. Pierre Ménès, Carton rouge pour les Bleus, Éditions du Rocher, 2010
  21. http://www.rtl.fr/sport/football/jean-louis-valentin-nous-avons-laisse-domenech-gerer-seul-l-equipe-de-france-5943336216 Jean-Louis Valentin : « Nous avons laissé Raymond Domenech gérer seul l'Équipe de France »
  22. http://www.lefigaro.fr/football/2010/09/20/02003-20100920ARTFIG00737-le-football-francaischasse-toujours-ses-demons.php FFF : Duchaussoy s'affirme - Le football français chasse toujours ses démons
  23. Hubert Artus, Donqui Foot, Don Quichotte, , p. 87
  24. Martin Couturié, « Adidas détruit le bus de Knysna », sur lefigaro.fr,‎
  25. Le football business et ses dérives d'Alexandra Patard