Invasion du Tibet par les Gurkhas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Invasion du Tibet par les Gurkhas
Description de cette image, également commentée ci-après
Bataille de Betrawati, seconde guerre Népal-Tibet (1791)
Informations générales
Date 1788 — 1789
Lieu Tibet
Issue Victoire de la dynastie Qing, les chinois permettent aux Gurkhas de se retirer du Tibet.
Belligérants
Dynastie Qing Royaume du Népal
Commandants
Qianlong
Fuk'anggan
Rana Bahadur Shah
Forces en présence
10 000 10 000
Pertes
inconnues inconnues

Guerre sino-népalaise

L'invasion du Tibet par les Gurkhas (chinois simplifié : 廓尔喀之役 ; chinois traditionnel : 廓爾喀之役 ; pinyin : kuòěrkā zhī yì ; littéralement : « bataille (des) Gurkhas » ; népalais : नेपाल-चीन युद्ध translittération ISO-15919 : nēpāla-cīna yuddha, littéralement : guerre sino-népalaise) en 1788 puis en 1791, sous le règne de Jamphel Gyatso (1758-1804) le 8e dalaï-lama.

Les Gurkhas occupèrent une partie du Tibet et pillèrent le monastère de Tashilhunpo à Shigatsé. En 1792, le Tibet demanda l'aide de la Chine pour se défaire de ses envahisseurs.

Présentation des Gurkhas[modifier | modifier le code]

Les Gurkhas sont des membres du clan rajput Khasi de l'Inde du Nord qui ont émigré du Rajasthan vers le territoire actuel du Népal, au XVIe siècle. En 1559, quelques-uns des Gurkhas émigrent vers l'est et se découpent un petit royaume sur le territoire du Népal actuel, à 80 km au nord-ouest de Katmandou, territoire auquel ils donnent le nom de Gorkha.

En 1769, ils s'emparent de la majorité du territoire actuel du Népal, alors dirigé par les Malla, et s'installent à Katmandou, où ils font de l'hindouisme la religion d'État.

Incursion de 1788[modifier | modifier le code]

À l'été 1788, à la suite d'une querelle entre le Népal et le Tibet, les forces gurkha, envoyées par le roi Rana Bahadur (1775-1806) occupent un certain nombre de poste-frontière tibétains, pour finalement s'en retirer l'année suivante sous certaines conditions[1] : les Tibétains doivent verser au Népal 11 tonnes d'argent par an[2].

Invasion de 1791[modifier | modifier le code]

Monastère de Tashilhunpo en 2002

Les Tibétains étant revenus sur leurs engagements, En 1791, les Gurkhas népalais, venant de Katmandou, pénètrent au Tibet une deuxième fois. Ils occupent Shigatse, détruisant, pillant, et défigurant le grand monastère de Tashilhunpo. Le jeune panchen-lama est contraint de fuir à Lhassa. L'Empereur mandchou Qianlong, conscient que l'écrasement du Tibet ferait de ce dernier le vassal du Népal[3], envoie, au Tibet, depuis la province du Sichuan, une armée de 17 000 hommes, composée de Han, de Mongols, de Mandchous et de Jin et commandée par le général Fukang'an[4]. En 1793, avec l'assistance de troupes tibétaines, elle repousse les troupes népalaises jusqu'à peu près 30 km de Katmandou, forçant les Gurkhas à admettre leur défaite et à restituer les trésors qu'ils avaient volés[5]. Le paiement d'un tribut est imposé à ces derniers et ce tribut continuera à être versé par le Népal à la Chine jusqu'au renversement de l'Empire chinois[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le Major Hiranya Bahadur Bista Kshatriya[7], à la mission diplomatique népalaise, gardée par des Gurkhas

L’incapacité des Tibétains à repousser les forces népalaises sans l’aide de l’armée impériale, conjuguée à l’inefficacité de leur gouvernement dans la direction et la gestion des affaires, amènent les Qing à prendre les choses en main une nouvelle fois. Ainsi en 1792, Qianlong signe un décret intitulé The 29-Article Royal Decree for Better Governing in Tibet (« décret royal en 29 articles pour mieux gouverner le Tibet »)[8] qui resserre la tutelle impériale sur le Tibet qui devient un protectorat.

Ce décret renforce les pouvoirs dont disposent les ambans, lesquels ont désormais prééminence dans les affaires politiques sur le kashag et le régent. Le dalaï-lama et le panchen lama doivent passer par eux pour adresser une pétition à l’empereur. Les ambans sont chargés également de la défense des frontières et de la conduite des affaires étrangères. La correspondance des autorités tibétaines avec l’étranger (dont les Mongols du Kokonor) doit être visée par les ambans. La garnison impériale et l’armée tibétaine sont placées sous leur commandement. Pour voyager, il faut être muni de documents délivrés par les ambans. Les décisions de justice sont soumises à leur aval. La monnaie tibétaine, qui avait été la cause du conflit avec le Népal, devient du seul ressort de Pékin[9]. Le nouveau décret confère aux ambans une autorité égale à celle du dalaï-lama pour ce qui est des questions et nominations administratives importantes et exige que les nominations aux postes les plus élevés (comme celui de ministre du conseil) soient soumises à l'empereur pour approbation. Une disposition interdit aux proches parents des dalaï-lamas et panchen-lamas d’occuper des fonctions officielles jusqu’à la mort de ces derniers. Le décret renferme également des dispositions visant à empêcher l’abus des corvées infligées à la paysannerie. Mais surtout, selon l’article premier, le choix de la réincarnation du dalaï-lama et celle du panchen lama se fera au moyen du tirage au sort dans une urne d’or afin d’éviter d’éventuelles manipulations conduisant à la désignation de rejetons de puissantes familles laïques. Constatant que « L'absence de l'armée officielle dans la région du Tibet a eu pour conséquence l'instauration de conscriptions d'urgence en temps de crise, ce qui s'est avéré dommageable pour le peuple tibétain », le 4e article décrète la formation d'une infanterie tibétaine de 3 000 hommes). Partant du principe qu'un drapeau militaire est une nécessité pour l'entraînement quotidien d'une armée, le gouvernement central des Qing instaure le « drapeau au lion des neiges » comme drapeau militaire du Tibet[10].

Les exigences du gouvernement central sont communiquées au dalaï-lama par le général Fu Kangan, commandant du corps expéditionnaire[11].

Enfin, des garnisons militaires sont établies près de la frontière népalaise, à Shigatsé et à Tingri[12].

Laurent Deshayes affirme qu'au milieu du XIXe siècle le Tibet n'était pas considéré comme intégré à l'empire[13]. Pour Frédéric Lenoir, ces réformes furent peu appliquées et le protectorat ne fut jamais exercé par les autorités de Pékin. Il en veut pour preuve le fait que les armées du Tibet affrontèrent seules celles du Ladakh en 1841 et du Népal en 1854 ainsi qu'un corps expéditionnaire britannique en 1904. Seuls des représentants du gouvernement tibétain signent les traités de paix mettant fin à ces guerres[14].

Une mission diplomatique népalaise est établie à Lhassa en 1792[15],[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Ram Rahul, Central Asia: an outline history, New Delhi, Concept Publishing Company, 1997, p. 46 : « Nepal invaded Tibet in the summer of 1788. The Gorkhas withdrew [the] next year on certain terms ».
  2. Jean Dif,Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde (Suite 1).
  3. Ram Rahul, op. cit., p. 46 : « The Manchu court realized that the defeat of Tibet by the Gorhkas (Chin : Kuo-er-k'ao) might reduce it to the status of a vassal of Nepal ».
  4. Wang Jiawei et Nyima Gyaincain‏, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, 2003, 367 pages, p. 73.
  5. (en) Kate Teltscher, The High Road to China : George Bogle, the Panchen Lama, and the First British Expedition to Tibet, New York, Farrar, Straus and Giroux, , 244-246 p. (ISBN 978-0-374-21700-6)
  6. Alexandra David-Néel, Le vieux Tibet face à la Chine nouvelle, Plon, 1953, chap. I, Coup d'œil d'ensemble sur la situation (réédition de 1999, in Grand Tibet et Vaste Chine, p. 961-1110, (ISBN 2-259-19169-X)), p. 965.
  7. Isrun Engelhardt, Tibet in 1938-1939: Photographs from the Ernst Schäfer Expedition to Tibet
  8. Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, op. cit., p. 19 : « The inability of the Tibetans to expel the Nepalese forces without an army from China, coupled with charges of poor leadership and organization in the Tibetan government, prompted yet another Qing reorganization of the Tibetan government, this time through a written plan called the "Twenty-Nine Regulations for Better Government in Tibet ».
  9. Warren W. Smith Jr., Tibetan Nation: A History Of Tibetan Nationalism And Sino-Tibetan Relations, Westview Press, 1997, p. 134-135.
  10. (en) Melvyn C. Goldstein et Dawei Sherap, A Tibetan revolutionary the political life and times of Bapa Phüntso Wangye, University of California Press, (ISBN 9781417545148, lire en ligne), pp. 174-175, 194-195.
  11. Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, op. cit., p. 19 : « This reform package included the selection of top incarnations (hutuktus ) like the Dalai and Panchen Lamas through a lottery conducted in a golden urn, the aim being to prevent the selection of incarnations being manipulated to fall in politically powerful lay families.[14] It also elevated the ambans to equal political authority with the Dalai Lama for major administrative issues and appointments and mandated that nominations for top positions like council minister be submitted to the emperor for approval. The reforms also included regulations forbidding exploitation of peasants through the misuse of corvee labor, and prohibited the relatives of the Dalai and Panchen Lamas from holding public office during the lamas' lifetimes [...] The Qing rationale for these changes was conveyed by Fu Kangan, the general in charge of the expeditionary force, in comments to the Dalai Lama at that time ».
  12. Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, op. cit., p. 19 : « Qing military garrisons staffed with Qing troops, moreover, were now established near the Nepalese border at Shigatse and Dingri ».
  13. Laurent Deshayes, Les Chinois au Tibet : « Mais, en réalité, jamais Pékin n'exerça d'autorité à la hauteur de ses prétentions. Les réformes imposées, qui touchaient les rites funéraires comme la sélection des grands religieux réincarnés, ne furent jamais vraiment appliquées, soit par incompétence de l'empire et de ses agents, soit parce que les Tibétains s'y refusaient, et ce n'est pas faire une caricature que de dire que le seul élément tangible de la protection chinoise fut l'octroi de titres nobiliaires honorifiques aux grandes familles tibétaines. Sous une formulation qui se voulait plus concrète, le rapport traditionnel de « religieux-protecteur » restait inchangé dans les faits, une fois passés les armées chinoises et le vent réformateur. Au milieu du XIXe siècle d'ailleurs, le gouvernement de Pékin ne considérait toujours pas le Tibet comme une province, encore moins comme une dépendance, mais au contraire, comme un pays à part entière dans lequel, pour le bien-être de la population, il entendait exercer une sorte de droit de regard de manière à sécuriser ses propres frontières. »
  14. Frédéric Lenoir, Tibet Le moment de vérité, Plon, mai 2008
  15. Wangpo Bashi, Relations historiques entre le Népal et le Tibet, 23 novembre 2010.
  16. Roland Barraux, Histoire des Dalaï-Lamas, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, édition Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel. (ISBN 2226133178), p. 345.

Articles connexes[modifier | modifier le code]