Dynastie des Xia occidentaux

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Xia occidentaux
西夏 (zh)

Minyak (bo)

10321227

Description de cette image, également commentée ci-après

Le royaume des Xia occidentaux (Xi Xia au Nord-Ouest) dans la Chine de 1142

Informations générales
Capitale Xingqing
Langue Tibéto-birman
Religion Bouddhisme tibétain
Histoire et événements
982 Fondation d'un État tangoute
1032 Naissance de la dynastie
1038 Li Yuanhao se proclame empereur
1227 Intégration à l'empire mongol de Gengis Khan
Empereurs
(1er) 1032-1048 Jǐngzōng
(Der) 1226-1227 Mòzhǔ

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie des Xia Occidentaux (chinois : 西夏 ; pinyin : xīxià), gouvernait, de à selon l'historiographie chinoise, l'État appelé « royaume des Xia occidentaux » (Xixia) par les Chinois Han, « Empire tangoute » (Тангуд улс) par les Mongols et « Minyak » par les Tibétains[1]. Le territoire de cet État fondé par les Tangoutes, un peuple de langue tibéto-birmane, correspondait approximativement aux actuelles provinces chinoises du Gansu, du Shaanxi, du Ningxia, à l'est du Qinghai, au nord du Shaanxi, au nord-est du Xinjiang, au sud-ouest de la Mongolie intérieure et au sud de la Mongolie. Le tout représente une surface de 800 000 km2[2],[3],[4] et recouvre le nord-ouest de la Chine. Au XIIe siècle, la capitale est déplacée à Kharakhoto, qui reste le centre du pouvoir jusqu'à sa destruction en par les troupes de Genghis Khan, le fondateur de l'Empire mongol. En même temps que la cité, toutes les archives écrites du royaume sont brulées, ce qui explique que l'histoire de ce royaume reste longtemps connue de l'Occident uniquement grâce aux documents chinois. Ce n'est qu'en 1907 que le site de la capitale est découvert par l'explorateur russe Piotr Kouzmitch Kozlov et que les fouilles qui s'ensuivent permettent d'en savoir plus sur ce peuple.

Le territoire des Xia occidentaux se situe autour du corridor du Hexi, une des portions de la route de la soie, qui est alors la route commerciale la plus importante entre le nord de la Chine et l'Asie centrale. Tout au long de leur existence, les Xia font des progrès importants dans la littérature, l'art, la musique et l'architecture, qui a été décrite comme étant "rayonnante et étincelante"[5]. Leur existence même et leur maitrise d'un territoire aussi important alors qu'ils sont frontaliers de puissants empires rivaux tels que les Liao, les Song et les Jin; s’explique par leur organisation militaire efficace qui combine cavalerie, chars, archers, fantassins protégés, artillerie (canons primitifs portés à dos de chameaux) et troupes amphibies exercées au combat sur terre et l’eau[6].

Noms[modifier | modifier le code]

Le nom complet que les Xia Occidentaux donnent à leur royaume est 𗴂𗹭𘜶𗴲𗂧, ou phiow1-bjij2-lhjij-lhjij2, ce que l'on peut traduire par "pays-grand-blanc-élevé" (白高大夏國). Il existe aussi des formules plus courtes comme mjɨ-njaa ou khjɨ-dwuu-lhjij (萬祕國). La région en elle-même est appelée Minyak par les Tangoutes et les Tibétains[1],[7].

Le nom "Xia Occidentaux" est la traduction littérale de celui que les Chinois ont donné à ce royaume. Il dérive de son emplacement géographique, sur la rive ouest du fleuve Jaune, en opposition aux dynasties Liao (916–1125) et Jin (1115–1234) qui sont sur la rive est et à la dynastie Song au sud-est. le terme anglais "Tangut" et le terme français "Tangoute" dérivent du nom mongol du pays: Tangghut (mongol : ᠲᠠᠩᠭᠤᠳ). Les linguistes pensent qu'il s'agit du même mot que "Dangxiang" (chinois traditionnel : 黨項), qui, lui, apparait dans la littérature chinoise.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et fondation de la dynastie[modifier | modifier le code]

Les Tangoutes sont à l'origine un peuple nomade rangés par les Han dans la catégorie des barbares nomades (Qiang, , qiāng, composé des sinogrammes personne () et mouton (, yáng)). Ils se seraient fixés sur les hauteurs du Sichuan occidental peu avant le Xe siècle.

Ils ont pour ancêtre le clan Tuoba (chinois : 拓跋氏 ; pinyin : tuòbáshì ; EFEO : T’o-Pa ) des Xianbei, un peuple turc qui fonda la dynastie des Wei du Nord (386-534) en Chine du nord, autour du delta du fleuve Jaune. Ils fondent ensuite le royaume de Tuyuhun, qui prospère jusqu'à son anéantissement en 663 par l'Empire tibétain. Les survivants s'enfuient et demandent protection à la dynastie Tang. Ils sont menés par le prince Tuoba Chici, qui domine les Qiangs du Dangxiang. Lorsque ce dernier fait acte de soumission auprès des Tang, ces derniers l'autorisent à prendre Li (李) comme nom de famille, soit le nom de famille des empereurs de cette dynastie. À la fin de la dynastie Tang, les troupes des Tuoba sont utilisées pour réprimer la révolte de Huang Chao (874–884). Ils en profitent pour prendre le contrôle des territoires de l'ancien royaume de Xia (407-431), ou Xia Zhou, au nord du Shaanxi, en 881.

Après la chute des Tang en 907, les descendants des Tuoba restent sur place et luttent contre la nouvelle dynastie Song. En , leur chef Li Jiqian noue une alliance militaire avec la dynastie Liao afin d'obtenir de l'aide contre les Song. Il épouse une princesse Liao et l'empereur Liao Shengzong (辽圣宗) lui donne le titre de "Roi de Xiping (西平王)". Il s'établit à Suzhou (ce qui correspond à l'actuelle ville de Lingwu 灵武), marquant ainsi le premier pas vers l'indépendance totale des Tangoutes. Son fils ainé Li Deming (李德明) fonde l'État tangoute et adopte de nombreuses coutumes et habitudes Han. Au cours des vingt années suivantes, il parvient à agrandir considérablement le territoire qu'il contrôle. En 1028, il nomme son fils Li Yuanhao (chinois : 李元昊) prince héritier et lorsque ce dernier monte sur le trône en 1031, il se proclame empereur sous le nom de Jingzong, fondant ainsi la dynastie des Xia occidentaux.

Le nouvel empereur envoie une ambassade à la cour impériale des Song pour que l'empereur chinois le reconnaisse comme étant son égal. Ce dernier répond en reconnaissant Li Yuanhao comme étant un gouverneur et non un empereur, titre réservé au fils du ciel. En 1043, après une intense activité diplomatique, les Xia acceptent de reconnaitre le souverain Song comme étant l'empereur, en échange de cadeaux annuels. Même si le mot n'est pas utilisé directement, il s'agit bel et bien du versement d'un tribut par les Song aux Xia, ce qui revient à reconnaitre implicitement la puissance militaire des Tangoutes.

Très attaché aux coutumes de ses ancêtres, Jingzong fait créer en , probablement par un savant nommé maître Iri, une écriture tangoute dont les quelque 6 000 signes s'inspirent des sinogrammes[1],[8]. Néanmoins, l'écriture tibétaine semble avoir été utilisée de préférence à l'écriture tangoute pour les textes religieux. Li Yuanhao impose également à la population le port du costume et de la coiffure tangouts. Enfin, il renomme sa capitale Xingqing (兴庆 / 興慶, xīngqìng).

Les successeurs de Jingzong[modifier | modifier le code]

Après la mort de Jingzong en 1048, son fils Yizong devient empereur à l’âge de deux ans. C'est la mère du nouvel empereur qui assume la régence. En 1049, le royaume est attaqué par la dynastie Liao lors d'une courte guerre qui s'achève par la défaite des Xia occidentaux et leur soumission aux Liao dont ils deviennent les vassaux. Cette défaite entame le prestige et l'autorité de la régente, qui est tuée en 1056. C'est l'oncle de Yizong qui devient le nouveau régent jusqu'en 1061, date à laquelle l'empereur apprend que le régent et un de ses cousins complotent contre lui. Tous deux sont exécutés et Yizong assume seul la direction du royaume. Il augmente le nombre de fonctionnaires, parmi lesquels on trouve des Tibétains, des Ouïghours, des Chinois et des Tangoutes[9]. Il réforme également l'armée et étend son domaine en multipliant les raids contre les peuples voisins.

Lorsqu'il meurt brusquement en 1067, c'est son fils Huizong qui lui succède à l'âge de 6 ans. Dame Liang, la veuve de Yizong et mère du nouvel empereur, devient la régente du royaume. Elle organise une invasion de l'empire des Song, qui se solde par un échec. Lorsque Huizong atteint l'âge de 16 ans en 1076, la régence est supposée prendre fin. En réalité, l'influence de sa mère est tellement forte qu'il reste sous sa coupe jusqu'à sa mort en 1086 à l'âge de 26 ans.

Son fils Chongzong devient le nouvel empereur, mais comme il est alors âgé de 3 ans, c'est sa grand-mère, Dame Liang, qui redevient la régente du royaume. Elle déclenche de nouvelles guerres contre la dynastie Liao et la dynastie Song, qui se soldent à nouveau par des échecs. En 1099, la régente est empoisonnée par un ambassadeur des Liao et Chongzong prend réellement le pouvoir. Après avoir fait la paix avec les Liao et les Song, il réforme profondément l'État et diminue le pouvoir des grands clans tangoutes. En 1115, la dynastie Liao est vaincue par les Jürchen qui fondent la dynastie Jin. En 1123, l'ancien empereur du Liao vient se réfugier à la Cour des Xia occidentaux, mais Chongzong le livre au nouvel empereur des Jin lorsque ce dernier lui en fait la demande. Par ce geste, il devient un vassal des Jin. Ces derniers lancent deux invasions contre les Song en 1125 et en 1127, la dernière se concluant par l'annexion du nord de la Chine par les Jin aux dépens des Song. Les Xia occidentaux participent à ces invasions comme alliés des Jin et reçoivent plusieurs milliers de km² de terres comme récompense de leur aide.

Chongzong meurt en 1139 et c'est son fils ainé Renzong qui monte sur le trône à l'âge de 16 ans. Le règne de Renzong représente l'apogée et le début du déclin des Xia. Il resserre les liens diplomatiques avec les Jin et force de nombreuses tribus vivant au nord et à l'ouest du royaume à devenir ses vassaux. Ayant ainsi assuré la paix sur ses frontières, il se concentre sur la politique intérieure et renforce l'efficacité du gouvernement. Il fait construire de nombreuses écoles et bien qu'étant bouddhiste, il respecte le confucianisme. La situation se dégrade à partir de 1170, date à laquelle il découvre un complot contre lui. Il fait exécuter les généraux qui dirigent les comploteurs et n'accorde plus aucune confiance à ceux qui survivent à cette purge. Dès lors, son armée perd graduellement sa puissance. Il doit également faire face à de nombreuses catastrophes naturelles.

Conquête et destruction par les Mongols[modifier | modifier le code]

Une kalavinka ailée, en poterie grise, dynastie des Xia occidentaux

Après la mort de Renzong, c'est l'empereur Huanzong qui monte sur le trône. C'est durant son règne que la perte de puissance des Xia occidentaux devient vraiment visible.

Durant la fin des années 1190 et le début des années 1200, Temujin, qui n'est pas encore devenu Gengis Khan, consolide son pouvoir en Mongolie. Durant la période qui sépare la mort de Tooril Khan, le Khan des Kéraït, et la fondation de l'empire mongol par Temujin en 1203, le chef Kéraït Nilqa Senggum se réfugie avec ses proches chez les Xia occidentaux[10]. Cependant, comme les nouveaux réfugiés se livrent au pillage aux dépens de la population locale, Nilqa et les siens sont rapidement expulsés du territoire des Xia[10].

Durant la même période, alors que Gengis Khan achève l'unification des tribus des prairies du Nord de la Mongolie, les Xianbei qui résident à proximité du mont Yin s'autoproclament "Mongols blancs" et le rejoignent. Ces nouveaux alliés sont dès lors traités comme les autres Mongols et prennent part aux conquêtes de l'empire Mongol en Asie et en Europe[11].

Même si Senggum a été rapidement expulsé par les Xia occidentaux, Temujin utilise la courte période où son rival était présent dans le royaume tangoute comme prétexte pour entrer en guerre contre eux. Il commence par lancer un raid en 1205 dans la région d'Edsin[10],[12],[13]. Les Mongols pillent les villages frontaliers et un noble Xia de la région fait sa soumission aux Mongols[14]. L’année suivante, Temujin est officiellement proclamé Gengis Khan, souverain de tous les Mongols, marquant ainsi le début officiel de l’Empire Mongol. La même année, l'empereur Hanzong est victime d'un coup d'état et est tué par Li Anquan qui monte sur le trône et devient l'empereur Xiangzong. En 1207, Genghis lance un autre raid contre les Xia occidentaux dans la région du plateau d’Ordos, avant de se retirer en 1208[13],[15].

En 1209, Gengis lance une campagne bien plus importante, pour forcer les Xia occidentaux à devenir ses vassaux. Après avoir vaincu devant les murs de Wulahai une armée commandée par Kao Liang-Hui, il prend la ville et s'enfonce ensuite vers le cœur du royaume Tangoute en longeant les rives du fleuve Jaune. Il prend plusieurs villes et assiège la capitale Yinchuan, qui est défendue par une garnison forte de 150 000 soldats[16]. Les Mongols, qui n'ont alors aucune expérience de la guerre de siège, tentent d’inonder la ville en détournant le fleuve Jaune, mais la digue qu'ils construisent cède et c'est leur camp qui est inondé[10]. Néanmoins, l'empereur Xiangzong finit par admettre qu'il ne recevra aucun secours de la part de la dynastie Jin, se rend et fait sa soumission à l’Empire Mongol. Pour démontrer sa loyauté, il donne une de ses filles, Chaka, en mariage à Gengis et lui verse un tribut composé de chameaux, de faucons et de tissus[17].

En 1210,juste après leur défaite face aux Mongols, les Xia occidentaux attaquent la dynastie Jin, pour punir ces derniers de leur refus de les aider contre les Mongols[18]. Dés 1211, les Mongols rejoignent les Xia et lancent une campagne contre les Jin qui va durer 23 ans. La même année, l'empereur Xiangzong abdique au profit de l'empereur Shénzōng , puis meurt avant la fin de l'année.

En 1219, Genghis Khan lance une campagne contre le territoire de la dynastie des Khwârezm-Shahs en Asie centrale et demande aux Xia occidentaux d'envoyer des troupes pour l'aider. Ces derniers refusent de prendre part à cette campagne, déclarant que si Genghis a trop peu de troupes pour attaquer le Khwarezm, alors il n'a aucune raison de revendiquer le pouvoir suprême[19],[20]. Furieux, Genghis jure de se venger et part envahir le Khwarezm, tandis que les Xia occidentaux tentent, en vain, de nouer des alliances avec les dynasties Jin et Song contre les Mongols[21].

Après avoir vaincu les Khwârezm-Shahs en 1221, Genghis prépare ses troupes pour lancer une expédition punitive contre les Xia occidentaux. En 1223, alors que les Mongols poursuivent leurs préparatifs, l'empereur Shenzong abdique et c'est l'empereur Xianzong, son fils, qui monte sur le trône. En 1225, Gengis attaque les Xia avec une armée forte d'environ 180 000 hommes[22]. Après la prise de Khara-Khoto, les Mongols progressent vers le sud et font tomber les villes des Xia les unes après les autres. Asha, le commandant des troupes Xia occidentaux, est bloqué à la capitale avec le gros des troupes, car il y a 500 kilomètres de désert entre lui et les envahisseurs[23]. Malgré cela, chaque ville Xia offre une résistance farouche aux Mongols avant de tomber entre leurs mains. Cela rend Gengis Khan tellement fou de rage qu'il décide de détruire chaque garnison et chaque ville du royaume tangoute[19],[21],[24]. Il divise son armée en deux pour être sûr qu'aucune cité ne lui échappera et prend personnellement la tête du gros des troupes pour avancer vers l'est, en direction de la capitale. Ganzhou est la seule ville à échapper à la destruction, car elle est la ville natale de Chagaan, un des généraux du Khan[25].

En août 1226, les troupes mongoles approchent de Wuwei, la deuxième plus grande ville de l’empire des Xia occidentaux, qui se rend sans résister afin d’échapper à la destruction[26]. À la même époque, l'empereur Xianzong meurt et c'est l'empereur Mòzhǔ qui monte sur le trône alors que les Mongols marchent sur la capitale[27]. À l'automne 1226, Gengis Khan prend Liangchow, traverse le désert de Helan Shan et met le siège devant Lingwu, une ville située à peine à 30 kilomètres de Yinchuan[27],[28]. C'est là, lors de la bataille du fleuve Jaune, que les Xia occidentaux tentent une contre-attaque en envoyant contre les Mongols une armée forte de 300 000 soldats. Cette armée est entièrement détruite par les troupes du Khan[27],[29].

Gengis atteint Yinchuan en 1227 et assiège la ville tout en lançant plusieurs offensives contre les Jin pour les empêcher d’envoyer des renforts aux Xia[30]. Après six mois de siège, Gengis Khan ouvre des négociations de paix, tout en ayant secrètement l’intention de tuer l’empereur[31]. Durant ces pourparlers, il poursuit ses opérations militaires contre les Jin, dont il rejette une offre de paix. Avant même d'avoir achevé la conquête des Xia, il prépare déjà un plan pour envahir le territoire de la dynastie Jin en passant par leur frontière avec les Song[32],[33]. Cependant, en août 1227, il décède d’une cause historiquement incertaine et, pour ne pas compromettre la campagne en cours, sa mort est tenue secrète[34],[35]. En septembre 1227, l'empereur Mozhu se rend aux Mongols et est rapidement exécuté[33],[36]. Les Mongols pillent et rasent Yinchuan, tuent la population de la ville, pillent les tombes impériales situées à l’ouest de la ville et achèvent ainsi l’anéantissement total du royaume des Xia occidentaux[21],[33],[37],[38].

La destruction des Xia occidentaux au cours de cette deuxième campagne est presque totale[39],[40]. Selon l'auteur John Man, si les Xia occidentaux sont peu connus en dehors d'un cercle d'experts, c'est précisément à cause de la politique d'élimination complète de Gengis Khan. Toujours selon lui, "Il faut étudier la question de savoir si c’était le premier exemple jamais enregistré de tentative de génocide. C’était certainement un ethnocide très réussi[41]." Cependant, cette destruction n'est pas aussi totale que le désirait le Khan, car certains membres de la famille royale des Xia occidentaux ont émigré vers l’Ouest, au Sichuan, dans le Tibet septentrional, et même peut-être au nord-est de l’Inde, réussissant parfois à devenir des souverains locaux[42]. Un petit État de Xia occidentaux s'établit au Tibet le long du cours supérieur du fleuve Yarlung, tandis que d'autres populations de Xia occidentaux se sont installées dans la zone qui correspond maintenant aux provinces de Henan et du Hebei[40]. En retrouve en Chine des traces des restes des Xia occidentaux jusqu’au milieu de la dynastie Ming[43],[44].

Religion et culture[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme est la religion officielle de l'État. Il s'agit essentiellement de bouddhisme tantrique mélangé de Bön, religion tibétaine pré-bouddhique. L'intégralité du canon bouddhique aurait été traduit en tangoute en seulement 50 ans. Le roi/empereur, quelquefois mentionné sous le terme de bouddha ou de bodhisattva, est considéré comme de nature semi-divine. De nombreux règlements encadrent les activités religieuses. Ainsi, les prêcheurs venus d'Inde ou du Tibet doivent être agréés par les autorités pour avoir le droit d'exercer leurs activités, et personne ne peut se faire moine sans autorisation. Les monastères féminins n'acceptent que les vierges et les veuves.

En 1991, un canon bouddhique bilingue tangoute-chinois a été découvert dans le xian de Helan, dans la province du Ningxia.

La pratique du bouddhisme tantrique chez les Xia conduit à la naissance et à la propagation de coutumes à caractère sexuel. Ainsi, au XIIe siècle, dans l'actuelle province du Shanxi, avant de pouvoir épouser un homme de leur propre ethnie, les femmes ouïghoures doivent attendre d'avoir atteint l'âge de 30 ans. Avant cette âge, elles se doivent d'avoir eu des enfants après avoir eu des relations sexuelles avec plusieurs hommes d'origine chinoise. Plus le nombre d'hommes avec lesquels elles ont eu des relations est élevé, plus elle devient convoitée comme épouse[45],[46],[47].

Liste des empereurs tangoutes[modifier | modifier le code]

450 ans après la destruction de l'empire tangoute, certains cartes fabriquées en Europe mentionnent toujours l'existence d'un "Royaume de Tenduc ou Tangut" à la frontière nord-ouest de la Chine
Liste officielle des empereurs Xia Occidentaux
Nom de Temple Nom posthume Nom réel Dates
Jǐngzōng 景宗 Wǔlièdì 武烈帝 Lǐ Yuánhào 李元昊 1038–1048
Yìzōng 毅宗 Zhāoyīngdì 昭英帝 Lǐ Liàngzuò 李諒祚 1048–1067
Huìzōng 惠宗 Kāngjìngdì 康靖帝 Lǐ Bǐngcháng 李秉常[48],[49] 1067–1086
Chóngzōng 崇宗 Shèngwéndì 聖文帝 Lǐ Qiánshùn 李乾順[50],[51] 1086–1139
Rénzōng 仁宗 Shèngzhēndì 聖禎帝 Lǐ Rénxiào 李仁孝[52] 1139–1193
Huánzōng 桓宗 Zhāojiǎndì 昭簡帝 Lǐ Chúnyòu 李純佑 1193–1206
Xiāngzōng 襄宗 Jìngmùdì 敬穆帝 Lǐ Ānquán 李安全 1206–1211
Shénzōng 神宗 Yīngwéndì 英文帝 Lǐ Zūnxū 李遵頊 1211–1223
Xiànzōng 獻宗 inexistant Lǐ Déwàng 李德旺[53],[54],[55] 1223–1226
Mòzhǔ 末主 inexistant Lǐ Xiàn 李晛 1226–1227

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (Stein 1972, p. 70-71)
  2. Wang, Tianshun [王天顺] (1993). Xixia zhan shi "The Battle History of Western Xia" 西夏战史. Yinchuan [银川], Ningxia ren min chu ban she "Ningxia People's Press" 宁夏人民出版社.
  3. Bian, Ren [边人] (2005). Xixia: xiao shi zai li shi ji yi zhong de guo du "Western Xia: the kingdom lost in historical memories" 西夏: 消逝在历史记忆中的国度. Pékin [北京], Wai wen chu ban she "Foreign Language Press" 外文出版社.
  4. Li Fanwen [李范文] (2005). Xixia tong shi "Comprehensive History of Western Xia" 西夏通史. Pékin [北京] et Yinchuan [银川], Ren min chu ban she "People's Press" 人民出版社; Ningxia ren min chu ban she "Ningxia People's Press" 宁夏人民出版社.
  5. Zhao, Yanlong [赵彦龙] (2005). Qian tan xi xia gong wen wen feng yu gong wen zai ti "A brief discussion on the writing style in official documents and documental carrier" 浅谈西夏公文文风与公文载体." Xibei min zu yan jiu "Northwest Nationalities Research" 西北民族研究 45(2): 78-84.
  6. Qin, Wenzhong [秦文忠], Zhou Haitao [周海涛] and Qin Ling [秦岭] (1998). "Xixia jun shi ti yu yu ke xue ji shu "The military sports, science and technology of West Xia" 西夏军事体育与科学技术. Ningxia da xue xue bao "Journal of Ningxia University" 宁夏大学学报 79 (2): 48-50.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Kwanten, Luc, « Chingis Kan's Conquest of Tibet, Myth or Reality », Journal of Asian History, vol. 8.1, pages 17-23,‎
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  • Stein, R. A. (1972). Tibetan Civilization. Faber and Faber. London and Stanford University Press. ISBN 0-8047-0806-1 (cloth); ISBN 0-8047-0901-7 (paper).
  • Herbert Franke, « Multilinguisme dans la Chine des Yüan : le comité de rédaction du canon bouddhique (1285-1287) », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 138,‎ (lire en ligne)
  • (en) Frederick W. Mote, Imperial China: 900-1800, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, (ISBN 0674012127)
  • Franke, Herbert and Twitchett, Denis, ed. (1995). The Cambridge History of China: Vol. VI: Alien Regimes & Border States, 907–1368. Cambridge: Cambridge University Press.

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