Dynastie Jin (265-420)

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Dynastie Jin
晉 (zh)

265420

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoire de la dynastie Jin dans sa plus grande étendue, vers 280

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Successivement Luoyang, Chang'an et Jiankang
Histoire et événements
265 Fondation de la dynastie Jin, à la suite de la conquête du royaume de Shu par le Wei
280 Conquête du royaume de Wu
304-439 Période des Seize Royaumes : partition de la Chine entre nord (les 16 royaumes) et sud (Jin)
420 Liu Yu dépose Jin Gongdi et fonde la dynastie Song du Sud
Empereurs
(1er) 265-290 Sima Yan
(Der) 418-420 Jin Gongdi

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Guerres des Trois Royaumes
Informations générales
Date 220-280
Lieu Chine
Issue Victoire de Jin
Belligérants
Wei, remplacé par Jin après 265 Shu Wu

Batailles

Yiling/Xiaoting - Campagne contre le Wu - Campagne du Sud - Expéditions de Zhuge Liang - Shiting - Liaodong - Offensive du Wu - Xingshi - Koguryo - Gaoping - Expéditions de Jiang Wei (Didao) - Dongxing - Shouchun - Cao Mao - chute du Shu - Zhong Hui - Chute du Wu

La dynastie Jin (晉[1], 265420), divisée en Jin occidentaux ou Jin de l'Ouest ou Xi Jin (西晉)(265-316) et Jin orientaux ou Jin de l'Est ou Dong Jin (東晉)(316-420), succède au Royaume de Wei de la période des Trois royaumes de Chine et compte en tout 15 empereurs. Ses capitales sont Luoyang (265-311) puis Jiankang (316-420), avec un bref intermède à Chang'an (311-316). Les Seize Royaumes occupent le Nord de la Chine durant la période des Jin orientaux. Ces derniers finissent par être évincés en 420 par la dynastie Liu-Song ou Song du Sud, événement qui marque le début de la période des dynasties du Nord et du Sud.

Elle appartient à la période dite des « Six Dynasties » (220-589) : la période des Trois Royaumes (220-260: 40 ans), la dynastie des Jin occidentaux (265-316 : 51 ans), la dynastie des Jin orientaux en Chine du Sud (317-420 : 103 ans) et les Seize Royaumes en Chine du Nord (304-439: 135 ans) et enfin les dynasties du Nord et du Sud (420-589 : 169 ans).

C'est une période cruciale de l'histoire de la Chine, car ses premières années représentent une brève parenthèse de paix après les dévastations qui ont marqué la période des trois Royaumes. Elle réunifie le territoire chinois[2] et amène une brève période de prospérité entre 280 et 304, ce qui n’empêche pas l'émergence de nombreux problèmes politiques et sociaux, dont la migration continue de tribus non sinisées au sein du territoire des Jin.

Profitant du Chaos généré par la guerre des huit princes, ces tribus s'érigent en royaumes et prennent le contrôle de la plus grande partie des plaines du nord de la Chine[3], qui sont à l'époque le cœur économique et politique du pays. Chassés du nord, les Jin se replient sur les territoires situés au sud de la rivière Huai. C'est le début de la dynastie des Jin Orientaux .

Affaibli par la perte du nord, le gouvernement des Jin Orientaux doit composer en permanence avec les grands clans du Sud et de puissants généraux, comme Wang Dun et Huan Wen. Ces généraux lancent régulièrement des expéditions pour reconquérir le nord de la Chine, mais en vain. En effet, la conjugaison de la faiblesse économique du Sud et des tensions perpétuelles entre le gouvernements et l'armée provoque l'échec de la plupart de ces expéditions.

En 383 les Jin de l'est doivent faire face à la menace de l'empire des Qin antérieur, qui ont réunifié le nord de la Chine à leur profit. Malgré une infériorité numérique écrasante, l'armée des Jin réussit à vaincre ses ennemis lors de la bataille de la rivière Fei, ce qui provoque la chute des Qin antérieurs et une nouvelle division du nord de la Chine entre divers royaumes concurrents[4]. Tirant avantage de ce retournement de situation, les armées Jin dirigées par Xie An, puis par Liu Yu, lancent une série d'expéditions qui permettent l'annexion de la plupart des territoires situé au sud du fleuve Jaune, ce malgré une décennie de guerre civile. Les Jin ne tirent parti de ces victoires, car en 420, le général Liu Yu destitue Jin Gongdi, le dernier empereur des Jin de l'est, mettant ainsi fin à la dynastie.

La dynastie Jin est en lutte constante contre les seigneurs de guerre et les souverains des ethnies non Han qui finissent par occuper le Nord. La faiblesse des institutions étatiques permet aux grandes familles et aux généraux de disputer le pouvoir aux empereurs, ce qui entraîne une instabilité politique chronique. Cette instabilité empêche les Jin de consolider leur position sur l’ensemble du pays.

Le déplacement de la cour et de l’aristocratie dans la région de l’actuelle Nankin après la chute des Jin occidentaux contribue à la poursuite de l’intégration du Sud dans l’empire. En dépit de - ou grâce à - l’instabilité politique, la période est féconde sur le plan de la philosophie et de la religion :naissance et développement des courants de pensée Xuanxue et Qingtan, apogée des Maîtres célestes et naissance de nouveaux courants taoïstes, développement de l’alchimie et du bouddhisme du Sud avec des personnalités comme Ge Hong et Huiyuan. Des progrès techniques eurent lieu, en particulier dans les domaines du tissage, des couleurs de papier, de la médecine et de la métallurgie. Dans le domaine des arts, on peut citer le calligraphe Wang Xizhi (303-361) ainsi que le poète Tao Yuanming.

Les débuts de la Dynastieː Les Jin occidentaux ou Xi Jin (西晉)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dynastie Jin de l'Ouest.
La période des Six Dynasties
« Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans
Chine du Nord : Wei à Luoyang (220-265) Chine du Sud-Ouest : Shu (221-263) ; Chine du Sud-Est : Wu (229-280)
Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans (réunification : 280-316)
nouvelles fragmentations
au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans
« Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »
Wei du Nord 386-534 : 148 ans Song du Sud 420-479 : 59 ans
Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi du Sud 479-502 : 23 ans
Wei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ans
Qi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ans
Zhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans

Fondation[modifier | modifier le code]

Bouddha datant de la dynastie Jin.

La dynastie Jin est fondée par le clan Sima, un clan très puissant du royaume de Wei, qui est le plus puissant des trois royaumes qui se partagent la Chine à cette époque. En 249, suite à l'incident des tombes de Gaoping, Sima Yi, le patriarche du clan, réussit à prendre le contrôle de l'armée et du gouvernement du Wei.

Après sa mort, ses enfants éliminent systématiquement tous ceux qui s'opposent au clan Sima et renforcent leur légitimité politique en annexant un des deux royaumes en conflit avec le Wei. Finalement, Sima Yan, le petit-fils de Sima Yi, dépose le dernier empereur du Wei en 265 et fonde la dynastie JIn en se proclamant Empereur[5].

Premières années et conquête du Wu[modifier | modifier le code]

Une fois devenu l'Empereur Jin Wudi, Sima Yan se concentre immédiatement sur la conquête du Wu, le dernier des trois royaumes, qui contrôle le sud-est de la Chine. En effet, les troupes du Wu harcèlent en permanence celles des Jin tout le long de la frontière et la réunification de la Chine permettrait à Wudi d’asseoir définitivement son pouvoir; mais le Wu n'est pas le seul problème militaire auquel le nouvel empereur doit faire face. En effet, les Xianbei et les Qiang, deux peuples non-Han vivant dans les provinces de Qin (秦) et de Liang (涼), entrent en rébellion et la plupart des fonctionnaires de la cour sont plus préoccupés par ces révoltes que par le Wu. Ils craignent également que les Xiongnu ne se rebellent à leur tour, car cet autre peuple non-Han c'est installé dans la zone qui correspond actuellement au Shanxi après la destruction de leur royaume par Cao Cao en 216. Depuis cette date, ils sont surveillés et crains pour leurs capacités militaires.

Suivant les conseils de ses généraux Yang Hu et Wang Jun et ceux de son stratège Zhang Hua, Wudi remet à plus tard ses projets de conquête et envois des troupes mater les rebelles, mais dans un premier temps, il disperse ses forces entre la préparation de la future annexion du Wu et la répression de la rébellion. Ce n'est qu'après plusieurs défaites de ses troupe face a Tufa Shujineng (禿髮樹機能), le principal chef de guerre Xianbei, que l'Empereur concentre toutes ses forces sur la mise au pas des peuples révoltés. En 271, c'est au tour de Liu Meng (劉猛), un chef Xiongnu, de se rebeller. Toutes ces rébellions détourne l'attention de Wudi, ce qui laisse le champ libre au Wu. Ainsi en 271, la province de Jiao (交州)[6], qui avait fait allégeance au Jin depuis le début du règne de Jin Wudi, est reconquise par le Wu. En 272, le général Bu Chan (步闡) du Wu veut faire défection au profit du Jin en ouvrant les portes de la ville de Xiling (西陵), un important point stratégique, aux troupes de Wudi. Hélas pour Chan, les troupes que le Jin lui envois en renfort sont stoppée par le général Lu Kang du Wu, qui le tue ensuite après avoir repris Xiling. À la lumière de ces échecs et puisqu'il n'a pas les moyens militaires de se battre sur autant de fronts, Wudi change de tactique. Comme Sun Hao, l'empereur du Wu, est connut pour être cruel et incompétent,Jin Wudi décide d'en tirer profit en mettant en place une politique de détente avec Lu Kang et en traitant généreusement les populations frontalières du Wu, afin d'améliorer l'image qu'elles ont de la dynastie Jin.

En 280, toutes les rébellions sont matée et une armée composée de 200 000 soldats est fin prête pour envahir le Wu. Les troupes de Wudi sont divisées en six colonnes, et attaquent le Wu par terre et par voie fluviale, depuis le nord et le Sichuan. La combinaison de l’entraînement poussé des troupes d'invasion, de l'incompétence de Sun Hao et de la préparation "psychologique" effectuée auprès des frontaliers donne des résultats impressionnant. L 'armée du Jin balaye rapidement toute résistance, y compris la tentative de Zhang Di, le chancelier du Wu, d’arrêter les envahisseurs avec une armée de 30 000 homme. Très vite, les troupes de Sima Yan assiègent Nanjing, la capitale du Wu, qui n'est défendue que par 20 000 soldats. Comprenant que tout est perdu, Sun Hao se rend. C'est la fin de la période des trois royaumes, la Chine est réunifiée au profit de la dynastie Jin[7].

La prospérité de l’ère Taikang[modifier | modifier le code]

Un clerc remettant un rapport. Terre cuite funéraire, mingqi. Changsha, Hunan. Musée national de Chine, Pékin

Sous le règne de Wudi, la Chine connaît une période de prospérité. Le pouvoir central encourage la reconstruction en diminuant les taxes et en lançant une politique de grands travaux d'irrigation et autres constructions bénéficiant à l'agriculture. L'économie est également stimulée par la reprise du commerce qui fait suite à la réunification[2].

Un bon indicateur de cette prospérité est le luxe de plus en plus tapageur dans lequel vit l'empereur. Un des officiels de la cour rapporte avoir fait venir un porc qui se nourrit de lait humain pour distraire l'empereur, pendant qu'un autre dépense 20 000 Wushu par jour en nourriture. Enfin, l'empereur se constitue l’un des gynécées les plus importants de l’histoire impériale, allant jusqu’à interdire en 273 les mariages pour choisir ses concubines en priorité. Cette décadence est critiquée par les autres officiels de la cour, qui s’inquiètent des migrations de plus en plus importantes, qui se traduisent par l'installation de peuples non sinisés dans le nord de la Chine[8].

Chute des Jin Occidentaux[modifier | modifier le code]

Guerre des Huit princes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des huit princes.

Dès la mort de Jin Wudi, le clan Sima se déchire pour déterminer qui va prendre le contrôle de la cour et du nouvel empereur, Jin Huidi, un handicapé mental incapable de diriger l'empire seul. Ce conflit interne au clan régnant dégénère rapidement en une sanglante guerre civile, la guerre des huit princes(bawangzhiluan), qui ravage le cœur économique et politique de la Chine entre 291 et 306.

Après la mort de Wudi, c'est l'impératrice douairière Yang Zhi, la belle-mère de l'empereur, qui prend le contrôle de la cour impériale. Elle place les membres de sa famille, le clan Yang, aux différents postes-clefs et donne de grands pouvoirs à Yang Jun, son père. L'impératrice Jia Nanfeng, la femme de l'empereur, est totalement exclue de la conduite des affaires de l'État, ce qui l’exaspère. Elle se rapproche de Sima Liang et de son petit-neveu Sima Wei pour leur demander de l'aide. Dans un premier temps, Sima Wei se débarrasse de l'impératrice douairière et fait exécuter 3000 membres de son clan. Après cela, l'impératrice Jia élimine Liang et Wei en utilisant rumeurs et faux édits impériaux, ce qui lui permet de prendre le contrôle de la cour. Elle gère les affaires de l'empire en plaçant les membres de son clan et ses hommes de confiance aux différents postes-clefs, ce aux dépens des membres du clan Sima. Pendant son "règne", soit entre 291 et 299, la Chine connaît une relative stabilité politique, mais des rumeurs commencent à courir sur l'impératrice Jia ; l'accusant de débauche et de tyrannie. Ces rumeurs font le lit du mécontentement et servent les ambitions des membres du clan Sima, qui veulent revenir au pouvoir. Tout ceci dégénère en révolte ouverte à la fin de la décennie.

En 300, l'impératrice organise la chute et la mise à mort du prince héritier Sima Yu, sur lequel le clan Sima plaçait de grands espoirs et qui aurait pu revendiquer la direction des affaires de l'empire. Ce nouveau complot de la reine va causer sa chute, car après cette exécution, Sima Lun décide d'agir. Prince de Zhao et petit-frère de Sima Liang, Sima Lun est un ancien gouverneur provincial devenu chef de la garde impériale, qui était jusqu'alors l'allié de l'impératrice. Après l'exécution de Yu, il change d’allégeance et fait assassiner l'impératrice avant de prendre le poste de premier ministre, éliminant au passage plusieurs personnalités de l'élite politique de l'empire. Grâce à ce coup de force, le clan Sima a réussi à préserver son pouvoir, pour mieux se déchirer pour déterminer qui doit diriger au sein dudit clan. Ainsi, Lun est à peine nommé premier ministre que le prince de Huainan conteste son autorité et entre en rébellion. Une fois ce rebelle tué devant les portes du palais impérial, le prince de Zhao en profite pour déposer l'empereur et monter sur le trône. Plusieurs autres princes entrent aussitôt en rébellion contre lui pour protéger l'autorité de l'empereur déchu : Sima Jiong le prince de Qi, Sima Ying le prince de Chengdu et Sima Yong le prince de Hejian, qui sont trois des principaux commandants militaires provinciaux. Prises en tenaille, les troupes de Sima Lun sont vaincues et ce dernier est exécuté tandis que l'empereur Hui est libéré[9].

La guerre civile ne s’arrête pas pour autant et prend même une nouvelle ampleur en 302, avec la mort de l'héritier désigné, qui ouvre une crise pour la nomination d'un successeur. Dans un premier temps, c'est Sima Jiong, le prince de Qi, qui domine la cour, mais celui de Hejian se retourne contre lui et obtient l'appui de Sima Yih le prince de Changsha. Ce dernier est le commandant d'une troupe de la capitale et profite de sa situation pour éliminer Sima Jiong. L'empire est dès lors partagé entre le prince de Changsha, établi à Luoyang, celui de Hejian qui est à Chang'an, et celui de Chengdu, qui est à Ye. En 303, le deuxième et le troisième s'allièrent contre le premier, et leurs troupes assiégèrent la capitale. Le prince de Changsha est trahi à son tour par Sima Yue qui est à la fois le prince de Donghai et le commandant d'un corps de troupes de la cour. Le prince de Changsha est livré à un général servant le prince de Hejian, qui le fait mettre à mort. Le prince de Chengdu a à peine le temps de placer la cour sous sa tutelle, que le prince de Donghai s'allie à l'empereur contre lui. Leur campagne se solde par un échec et le prince de Donghai s'enfuit dans ses terres dans le Shandong, tandis que l'empereur est capturé et emmené à Ye, où réside le prince de Chengdu[10]. Mais les troupes frontalières du Nord continuent de soutenir le prince de Donghai et lancent une attaque contre Ye, ce qui contraint le prince de Chengdu à s'enfuir avec l'empereur. Capturés par les troupes du prince de Hejian, il sont emmenés dans son fief de Chang'an. Le prince de Donghai décide alors de lever des troupes et attaque le prince de Hejian, ce qui étend le conflit à de nombreuses provinces de l'empire, dont les gouverneurs prennent parti pour l'un ou pour l'autre des princes. En 306, Chang'an tombe et est mis à sac, ce qui permet au prince de Donghai de prendre le dessus. Dans l'année qui suit, plusieurs des principaux acteurs de cette guerre meurent : l'empereur Hui, auquel succéda son jeune frère Sima Zhi ; le prince de Chengdu et ses fils, exécutés à l'instigation du prince de Donghai et le prince de Hejian, mis à mort par un des frères du prince de Donghai contre l'avis de ce dernier[11].

Dans le même temps, des rébellions contre l’empire inspirées par le nationalisme Wu ont lieu dans le Sud. D’origine populaire, elles sont réprimées par les grandes familles locales Zhou – basés à Yixing- et Shen – basés à Wuxing

A ce stade du conflit, le pays et la dynastie Jin sont considérablement affaiblis, la puissance militaire des membres du clan Sima et de leurs alliés est quasiment réduite à néant et l'empire va bientôt devoir faire face à une nouvelle menace[12].

La révolte des "Wu Hu"[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Seize Royaumes.

Des nombreux peuples non Han qui se sont installés au nord de la Chine au cours des siècles précédents, la tradition a retenu les cinq plus importants, sous le nom de « Cinq Barbares » (Wu Hu). Ces Wu Hu sont ː

  • Les Xiongnu, peuple originaire des steppes de Mongolie, divisé entre les Xiongnu du Nord, vivant en dehors de l'espace chinois et les Xiongnu du Sud, installés au Shanxi et dans les provinces voisines du Gansu et du Shaanxi[13].
  • Les Xianbei, peuple turco-mongol vivant dans les régions du Nord-Est, divisés en plusieurs groupes à l'époque. Les deux plus importants sont les Murong, en Mandchourie et au nord du Hebei[14], et les Tuoba (Tabgatch) qui évoluent sur les marges nord de la Chine, entre le Hebei et le Gansu[15].
  • Les Qiang qui sont répartis entre le Gansu, le Qinghai et le Sichuan[16]
  • Les Di qu'on trouve dans le Shaanxi, le Gansu et le Sichuan[17].

Durant la guerre des huit princes, ces peuples sont utilisés comme mercenaires par les différents belligérants. Voyant le chaos généré par ce conflit et l'affaiblissement des Jin qui s'ensuit, les Xiongnu, dirigés par Liu Yan, se rebellent en 304, fondent le royaume de Han Zhao et sont rapidement rejoints par les autres peuples non Han. Les Jin ont beau se mobiliser pour tenter de contenir cette rébellion, ils subissent en 310 une défaite majeure qui s’achève par la perte d'une armée de 100 000 hommes. Après cette date, les Jin n'ont plus la capacité de contrôler la Chine du nord et en 311, Luoyang, la capitale de l'empire, tombe entre les mains des Wu Hu, dirigés par Liu Yao, un général Xiongnu au service de Liu Yan. La chute de la ville est suivie d'un pillage en règle et du massacre de 30 000 personnes. L’empereur Jin Huaidi est capturé vivant, mais finit par être exécuté en 313[18].

Après cette exécution, un membre du clan Sima se proclame Empereur sous le nom de Jin Mindi et tente de régner depuis Chang'an, la seconde capitale de l'empire. Hélas pour lui, Mindi n'as pas de véritable armée à sa disposition et les zones contrôlées par les Wu Hu le séparent des autres territoires contrôlés par les Jin, tous situés au sud du pays. En 316, Chang'an tombe à son tour face aux troupes de Liu Yao, qui capture Mindi. Ce dernier est exécuté en 318, ce qui entraîne la chute des Jin Occidentaux[19],[18].

La refondation de la Dynastie ː Les Jin orientaux ou Dong Jin (東晉)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dynastie Jin de l'Est.

Débuts difficiles et crises internes[modifier | modifier le code]

La dynastie survit grâce à Sima Rui, qui a été nommé gouverneur militaire de la province de Yangzhou par le régent impérial durant la guerre des huit princes.Lorsque la révolte des Wu Hu éclate, Rui est à poste à Jianye/Jiankang, l'actuelle Nankin et ancienne capitale du royaume de Wu[20]. Après l’exécution de l'empereur Mindi par les Han Zhao en 318, Sima Rui se proclame empereur sous le nom de Jin Yuandi, acte qui marque le début des Jin Orientaux ou Jin de l'Est.

Rui peut compter sur Wang Dao, un de ses proches issu d’une famille de conseillers, qui l’a suivi et s’efforce jusqu’à sa mort en 339 de stabiliser l’État Jin dans le Sud. Sima Rui est rejoint par de nombreux aristocrates et fonctionnaires ayant survécus aux massacres et beaucoup de Hakkas font remonter à cette époque le départ de leurs ancêtres depuis la vallée du fleuve Jaune, bien que les historiens n’en soient pas convaincus. Malgré tout, le nouvel empereur est dans l'incapacité de reprendre le Nord de la Chine, car la nouvelle cour impériale est faible et doit composer avec les clans locaux Zhou et Shen, contre lesquels elle obtient l’appui des clans Zhu, Zhang, Gu et Lu de Wujun, actuelle Suzhou.

De plus, si les aristocrates du nord en exil ont soutenu l’accession au trône de Yuandi; par la suite, ils font tout pour l'empêcher d'exercer pleinement son pouvoir. Cela est facilité par le fait que, originellement placé à la tête d'une province d'importance secondaire et peu peuplée, Yuandi ne dispose pas de moyens militaires importants lors de son accession au trône. Par la suite, les empereurs Jin sont généralement placés sous la coupe des clans les plus puissants. Les Wang, originaires du Shandong et établis dans le Moyen Yangzi, sont les premiers à tenter de dominer la cour de Jiankang, sous l'égide de Wang Dun et Wang Dao. Yuandi tente bien de les mettre au pas, mais cela a pour seul effet d'aboutir à la révolte et à la victoire de Wang Dun en 322[21].

Parallèlement, plusieurs généraux émigrés dans le Sud qui ont fait allégeance à Yuandi luttent contre les chefs de guerre du Nord, dans l'espoir de reprendre pied dans leur région d'origine. Le plus actif dans les premières années des Jin orientaux est Zi Tu, qui reçoit le commandement d'une armée et la mission de reprendre le Nord. À ce moment-la, le plus puissant seigneur de guerre est Shi Le, d'ethnie Jie, qui a supplanté les chefs xiongnu. Mollement soutenu par le pouvoir central, qui est plus préoccupé par la lutte contre le clan Wang, et faisant face à un adversaire redoutable, Zi Tu réussit à organiser une campagne militaire l’amène jusqu'au Hebei. Mais en 319,il est vaincu et doit rebrousser chemin vers le Sud où il ne réussit pas à monter une nouvelle expédition. Shi Le réussit rapidement à reprendre les territoires perdus et fonde la dynastie des Zhao postérieurs[22].

La lutte entre la cour et les Wang finit par tourner à l'avantage des premiers, quand l'empereur Mingdi et ses alliés réussissent à tenir tête à Wang Dun puis son successeur Wang Han. Le nouveau grand général qui émerge durant ces luttes est Su Jun, qui profite dans un premier temps de ses succès. Amassant titres et honneurs, il est envoyé pour garder la frontière nord. Il entre finalement en conflit contre le pouvoir central, et saccage la capitale en 328, avant d'être vaincu par des généraux du Moyen Yangzi qui soutiennent la cour impériale[23].

Les expéditions de Huan Wen[modifier | modifier le code]

Après la mort de Shi Le en 333, les Zhao postérieurs’affaiblissent, puis sont supplantés par d'autres chefs de guerre. il y a d'abord Ran Min, d'origine Han, qui ne cherche pas à entrer en guerre contre les Jin. Ensuite viennent les généraux Murong, qui fondent la dynastie des Yan antérieurs.Au début, ces derniers ne se montrent guère plus agressifs que Min envers leur voisin méridional. À l'ouest dominent les Qin antérieurs, établis à Chang'an et dirigés par des guerriers d'ethnie Die[24].

Après le chao et les échecs des premières années, les Jin orientaux ont raffermit leur pouvoir, mais les empereurs sont toujours obligés de se placer sous la protection des grandes familles pour garantir la stabilité de leur trône . En 347 le général Huan Wen, qui est à la fois le nouvel homme fort de la cour et le beau-frère de l'empereur Jin Mingdi (322-325), réussit à conquérir le Sichuan. Établi dans le Moyen Yangzi, il est d'origine modeste et doit son ascension à ses succès militaires. En 352, il profite de la défaite du général Yin Hao contre les Qin antérieurs pour prendre le commandement des troupes destinées à la lutte contre les royaumes du Nord. Ses premiers succès lui ouvrent la voie vers Luoyang, qui est prise en 354. Il tente alors de prendre Chang'an, mais échoue en raison de la résistance farouche de ses adversaires, qui pratiquent une politique de la terre brûlée. Il doit battre en retraite, tandis que ses troupes affamées sont décimées par les attaques de ses ennemis[25]. Ses entreprises militaires connaissent un ultime échec en 369, face aux Yan antérieurs. Après avoir lancé une audacieuse offensive qui le conduit à franchir le fleuve Jaune, il doit battre en retraite après ses premiers revers et la menace d'une intervention des Qin antérieurs. Les Yan se lancent à sa poursuite et lui infligent une lourde défaite à Xiangyi, dans le Henan[26].

Ces échecs ne l'empêche pas de dominer la cour jusqu'à sa mort en 373. Il entreprend d'importantes réformes militaires et administratives, qui raffermissent les Jin orientaux en érodant la puissance militaire des grandes familles. Avec lui, les familles d'origine militaire font le premier pas vers la prise de contrôle des affaires du royaume[27],[28].

Bataille de la rivière Fei et guerre civile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de la rivière Fei.
L'extension maximale de l'empire des Qin antérieurs (en bleu) vers 380. La dynastie Jin contrôle les territoires en jaune

En 376, les Jin Orientaux doivent faire face au plus grave danger qui ait jamais menacé leur dynastie, suite à la réunification du nord de la Chine sous la coupe des Qin antérieurs. En 383, Fu Jian, l'empereur des Qin antérieurs, envahit le territoire des Jin Orientaux à la tête d’une armée de 300 000 soldats, là ou ces derniers ne peuvent aligner que 80 000 hommes. Cependant, les Jin peuvent compter sur des soldats bien entraînés et bien équipés, qui se battent pour protéger leurs foyer, alors que les Qin ont une armée de conscrits mal entrainés. Le choc a lieu lors de la bataille de la rivière Fei, où les Qin sont mis en déroute par l'armée des Jin[4].

Après cette victoire, le Chancelier Xie An profite de l'effondrement des Qin antérieurs pour reprendre les territoires situés au nord de la rivière Huai. En effet, après leur défaite, le pouvoir des Qin antérieurs s'effrite rapidement, ce qui permet l'affirmation de nouveaux royaumes rivaux, à savoir les Yan postérieurs, les Yan occidentaux et les Qin postérieurs. Trop faibles pour attaquer le sud et trop occupés à se combattre, ces royaumes ne constituent pas une menace pour les Jin Orientaux. Le chaos qui se répand a nouveau dans le nord favorise ces derniers qui, en peu de temps, repoussent la frontière nord de leur domaine de plusieurs centaines de km, leurs soldats parvenant jusqu'au Henan et au Shandong[29].

Mais très vite, les rivalités reprennent, car après la victoire sur les Qin, le clan Xie, dont fait partie le chancelier Xie An, constitue une menace pour la pérennité de la dynastie des Jin Orientaux. Le prince Sima Daozi, qui est l'oncle de l'empereur Jin Mingdi, prend la mesure du danger et parvient à se débarrasser de Xie An en 385 puis à écarter le reste de son clan[30]. Il dirige de fait le royaume pendant quelques années et prend des mesures centralisatrices, qui se heurtent a l'hostilité des grands clans du royaume, les Wang et les Huan. Au final, ces clans se soulèvent contre lui et plongent le royaume dans une guerre civile qui dure dix ans[31].

Les expéditions de Liu Yu,[modifier | modifier le code]

Les royaumes se partageant la Chine vers 400.

Cette décennie de guerre civile précipite le royaume dans une situation catastrophique, puisque plusieurs foyers de révoltes s'embrasent face à la décrépitude du pouvoir central. En amont du Yangzi, Huan Xuan, le fils de Huan Wen, se taille son propre domaine, pendant que Wang Gong fait de même en aval. Ce dernier est éliminé quand le prince Sima Daozi s'attache à prix d'or les services de Liu Laozhi, le général en chef du Commandement du Nord. Du coup, Daozi devient l'homme à abattre et la cour tente de lever des troupes dans le Bas Yangzi pour en finir avec lui. Cette levée de troupe ne réussit qu'a accroître les tensions politiques et sociales dans la région et c'est probablement a cause de cela qu'une révolte populaire éclate sur les côtes du Zhejiang. Cette révolte est conduite par un certain Sun En, qui s'inspire du mouvement taoïste des Maîtres célestes. Sun En parvient à prendre Guiji et à menacer la capitale, avant d'être vaincu par le prince Sima Yuanxian. En 402, il finit par se suicider en se noyant avec ses plus fervents fidèles.

Pendant ce temps, Huan Xuan prend possession d'une grande partie des régions situées en amont du Yangzi, puis lance une attaque contre la capitale. Il triomphe grâce à la défection à son profit de Liu Laozhi et des troupes du Commandement du Nord. Les princes Sima Daozi et Sima Yuanxian sont mis à mort, tandis que Liu Laozhi est mis à l'écart, puis acculé au suicide. En effet, en dépit de son appui décisif il constitue une menace trop importante pour que le nouvel homme fort du royaume puisse se payer le luxe de le laisser en vie[32]. Plutôt que d'introniser un empereur fantoche issu du clan des Sima-Jin, Huan Wen se proclame empereur en 403 et fonde une nouvelle dynastie, la dynastie Chu[33].

C'est un Général de basse extraction de l'armée du Commandement du Nord, nommé Liu Yu, qui met fin a ce chaos et à la rébellion de Huan Xuan en 406. Considéré comme le meilleur général de la période des seize royaumes, Liu Yu se révolte après la mise à mort de Liu Laozhi. Il détruit l’éphémère dynastie Chu et assure la survie de la dynastie Jin pour quelques années, même s'il est désormais le maître incontesté du Sud du fait de sa mainmise sur l'appareil militaire du royaume[34].Malgré une décennie de troubles, cet appareil reste suffisamment puissant pour permettre à Yu de lancer une série d'expéditions contre les Qin postérieurs, les Xia, les Yan méridionaux et les Wei du nord. À part l'expédition contre les Xia, toutes les autres sont des succès et permettent aux Jin de reprendre pied au nord, en annexant le cœur historique de la Chine et en fixant leur frontière nord sur les bords du fleuve Jaune.

Après cette série de victoires, le prestige de Liu Yu est à son zénith, ce qui lui permet d'usurper le trône en 420. Il fonde alors la dynastie des Song du sud, mettant ainsi un terme définitif à la dynastie des Jin. Sous son règne et celui de son fils, la Chine connaît une brève période de prospérité, jusqu’à ce que les Wei du Nord réussissent à unifier la Chine du nord en éliminant les autres royaumes non Han, puis à repousser les Song vers le sud[35].

Empereurs[modifier | modifier le code]

Nom posthume Noms de famille et prénoms Durée des règnes Noms et date de début et de fin des ères
Par convention, en Chinois le nom complet des Empereurs Jin se décompose comme suit ː "Jin" + nom posthume
Dynastie des Jin Occidentaux 265–316
Wu di Sima Yan 266–290
  • Taishi 266–274
  • Xianning 275–280
  • Taikang 280–289
  • Taixi 28 janvier 290 – 17 mai 290
Hui Di Sima Zhong 290–307
  • Yongxi 17 mai 290 – 15 février 291
  • Yongping 16 février - 23 avril 291
  • Yuankang 24 avril 291 – 6 février 300
  • Yongkang 7 février 300 – 3 février 301
  • Yongning 1er juin 301 – 4 janvier 303
  • Taian 5 janvier 303 – 21 février 304
  • Yongan 22 février – 15 août 304 ; 25 décembre 304 – 3 février 305
  • Jianwu 16 août – 24 décembre 304
  • Yongxing 4 février 305 – 12 juillet 306
  • Guangxi 13 juillet 306 – 19 février 307
aucun Sima Lun 301
  • Jianshi 3 février – 1er juin 301
Huai Di Sima Chi 307–311
  • Yongjia 307 – 313
Min Di Sima Ye 313–316
  • Jianxing 313–317
Dynastie des Jin Orientaux 317–420
Yuan Di Sima Rui 317–323
  • Jianwu 317–318
  • Taixing 318–322
  • Yongchang 322–323
Ming Di Sima Shao 323–325
  • Taining 323–326
Cheng Di Sima Yan 325–342
  • Xianhe 326–335
  • Xiankang 335–342
Kang Di Sima Yue 342–344
  • Jianyuan 343–344
Mu Di Sima Dan 344–361
  • Yonghe 345–357
  • Shengping 357–361
Ai Di Sima Pi 361–365
  • Longhe 362–363
  • Xingning 363–365
Fei Di Sima Yi 365–372
  • Taihe 365–372
Jianwen Di Sima Yu 372
  • Xianan 372–373
Xiaowu Di Sima Yao 372–396
  • Ningkang 373–375
  • Taiyuan 376–396
An Di Sima Dezong 396–419
  • Longan 397–402
  • Yuanxing 402–405
  • Yixi 405–419
Gong Di Sima Dewen 419–420
  • Yuanxi 419–420 (abdication)

Aspects politiques et sociaux de la dynastie Jin[modifier | modifier le code]

L'Empereur et la fonction impériale[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il monte sur le trône en 265, Wudi prend un ensemble de mesures politiques visant à assurer la stabilisation de son pouvoir et a mettre fin aux troubles. Un de ses premiers gestes est de promulguer une amnistie concernant divers opposant, principalement les membres du clan Liu[36] et ceux du clan Cao[37]. En 269, Wudi promulgue un nouveau code rituel qui apporte des changements dans les rites liés à l'exercice du pouvoir, ce qui constitue une mesure symbolique forte vu l'importance des rites impériaux en Chine médiévale et surtout pour les confucéens. C'est un geste fort en direction de ces derniers, qui sont très présents au sein des grandes familles de la cour[38].

Wudi a un profond respects envers les traditions remontant aux Han et veut que sa nouvelle dynastie soit vue comme une prolongation de cette période, qui est idéalisée comme un âge d'or perdu. Ainsi, il reprend à son compte la hiérarchie qui est en vigueur au sein de la famille impériale à cette période et donne à sa mère Wang Yuanji le rang d'impératrice douairière. Il nomme également empereur Jing de Jin (晉景帝) à titre posthume son oncle Sima Shi pour le rôle qu’il avait joué dans son accession au trône et donne à sa veuve, Yang Huiyu, le même rang qu'a sa mère. Enfin,en l'an 267, il fait de son fils aîné Zhong le prince héritier du trône. Cette nomination n'est motivé que par le respect de la tradition confucéenne voulant que le fils aîné de l’épouse de l’empereur soit l'héritier du trône, et ce alors que Zhong est un handicapé mental incapable de régner seul.

Ce respect envers les traditions remontant aux Han imprègne la société durant toute la dynastie Jin et assure à la fonction impériale une grande importance du point de vue symbolique. En effet, l'empereur, détenteur du Mandat céleste, assure un rôle de lien entre le monde humain et celui des esprits. Il est l'incarnation de l’État et ses sujets ont envers lui un devoir de soumission (zhong) qui reste toujours respecté en façade, même dans les pires heures de la dynastie[39]. Ce respect du rôle symbolique de l'empereur est tel, qu'il peut engendrer des tensions, alors même que l'empereur lui-même est dépouillé de tout rôle politique réel. Ainsi, lorsque sous les Jin Orientaux, les moines bouddhistes reçoivent l'autorisation de ne pas se prosterner devant le souverain,cela est très mal vue par les plus traditionalistes et plus particulièrement les confucéens[40].

Cela peut aussi expliquer en partie la longévité des Jin, alors que tout semblait pencher en faveur d'un effondrement rapide après la refondation par les Jin orientaux, ces derniers n'ayant quasiment aucune force militaire sous leur contrôle direct et très peu de soutiens de la part des grands clans du Sud. En effet, la singularité de cette période dans l'histoire de la Chine antique et médiévale est le fait que la cour impériale est mise immédiatement sous tutelle par les grandes familles aristocratiques du Sud, mais n'est renversée que tardivement. Le contraste avec les royaumes qui contrôle le nord de la Chine est saisissant, car ces derniers naissent souvent de révoltes et n'existent en général que quelques décennies avant d’être balayé par une autre révolte. Les dynasties qui succèdent aux Jin dans le Sud de la Chine ne feront pas mieux, chacune disparaissant assez vite, alors qu'elles ont réussit à écarter les grands lignages de l'exercice du pouvoir central. Cette longévité ne change rien au fait que les empereurs des Jin orientaux ne jouent quasiment jamais un rôle politique important et dès les débuts de la dynastie, l'empereur Yuandi doit laisser les chefs des principaux lignages aristocratiques, les Wang en tête, occuper le devant de la scène politique et militaire. Il se retrouve cantonné à son palais, ce qu'il vit très mal sans pouvoir rien y faire[41].

Le code Jin[modifier | modifier le code]

Toutes les dynasties ayant précédées la dynastie Jin ont compilé un code, qui est le recueil dans lequel sont compilées toutes les lois en vigueur dans l'empire, une sorte d’ancêtre chinois du code pénal. Le plus souvent, chaque nouveau code est basé sur ceux qui l'ont précédé. Soucieux de renforcer les bases de la dynastie qu'il vient de créer, Wudi n'a pas attendu la réunification pour entreprendre la rédaction du Code Jin, qui est promulgué en 267. Ce nouveau corpus juridique est issu d'une révision du Code Wei, qui a été entreprise dès 264 par Sima Zhao. Selon Wudi, un des problème du système politique du Wei était la dureté excessive de son droit pénal et c'est pour cela que le nouveau texte comprent notamment des allègements des châtiments les plus durs, pour mieux marquer la rupture avec la ligne politique du clan Cao. Mais les principaux bénéficiaires de ses changements s’avèrent être les nobles qui, lorsqu'ils commettent des crimes reçoivent souvent de simples réprimandes, alors que les peines infligées aux non-nobles restent aussi dures qu'a l'époque du Wei. Ce déséquilibre des peines conduit rapidement à une corruption massive et un mode de vie extravagant pour les nobles, tandis que les pauvres subissent toute la rigueur des peines, sans aide du gouvernement.

Ainsi, peu de temps aprés la promulgation du code, un scandale éclate, lorsque l'on découvre que plusieurs fonctionnaires de haut niveau ont travaillé de concert avec un magistrat de leur comté pour s'accaparer les terrains publics à leur profit. Mis au courant des faits, l'Empereur Wudi refuse de punir les fonctionnaires de haut niveau tout en punissant durement le magistrat du comté.

Organisation administrative de l'empire[modifier | modifier le code]

Les Jin reprennent les institutions impériales héritées des Han et modifiée par les Wei et y rajoutent quelques changements. Dans l'administration centrale, les plus hautes charges politiques sont confiées aux directeurs du Secrétariat impérial (zhongshu sheng)[42] et secondairement à la Chancellerie (menxia sheng)[43]. Les « ministères » sont répartis dans le Département des Affaires d’État (shangshu sheng), qui est divisé en « cinq bureaux » (wucao) : Bureaux du personnel (libu), des sacrifices (cibu), de la guerre (wubing), du recensement (zuomin) et des revenus (duzhi)[44]. L'administration provinciale est constituée de plusieurs circonscriptions, qui sont, de la plus à la moins importante, la province (zhou), la commanderie (jun) et le comté (xian). La défense de l'empire est traditionnellement confiée a deux armées différentes ː celle stationnée dans la capitale Luoyang et organisée autour d'une garde impériale et d'un corps d'intervention, et celle regroupant les troupes qui sont stationnées dans les provinces, qui sont dirigées par des commandants militaires désignés par l'empereur (appelés dudu). A coté de ces deux armées, on trouve également des troupes sous les ordres des gouverneurs provinciaux disposaient aussi de troupes locales[45].

Mais dès 266 l'Empereur Jin Wudi modifie cette structure. En effet, il pense que la chute du Wei est due au fait que le clan Cao, qui régnait sur ce royaume, a perdu tout son pouvoir et tous ses soutiens au fil du temps. Pour éviter qu'il arrive la même chose a son clan et à sa dynastie, il crée des principautés/royaumes (guo, terme générique désignant les « pays »),qui sont des sortes de fiefs concédés à des membres du clan Sima ayant le titre de princes/rois (wang). En premier lieu, ce sont les frères et les oncles de l'empereur qui sont ainsi pourvus de fiefs, ainsi que l'ancien empereur Yuan des Wei que Wudi a destitué. Ces circonscriptions sont assez importantes puisqu'elles comprennent peut-être jusqu'à 20 % de la population de l'empire. En principe les princes peuvent percevoir les impôts de ces principautés, y rémunérer l'administration et y entretenir une armée en fonction de sa population[45]. Dans les faits la plupart d'entre eux choisit de rester à la capitale et de ne pas résider sur leurs terres.

En 277, dans une situation d'insécurité liée à la menaces que représentent les peuples du Nord, l'empereur procède à de nouveaux découpages et ré-attribut certaines de ces principautés, notamment pour en confier à ses fils et ajoute une obligation pour les rois/princes a résider sur leurs terres. En procédant ainsi, il a sans doute plusieurs objectifs : éloigner les princes de la cour où ils peuvent constituer une menace et améliorer la défense du pays, en les obligeant à entretenir une armée et à la conduire en cas de troubles[46]. Mais sans s'en rendre compte,il ne fait que créer de nombreux et puissants gouvernements régionaux aptes à tenir tête au gouvernement central. En 280,après la chute du Royaume de Wu, l’empereur Wudi enlève aux gouverneurs de province leurs pouvoirs militaires et limite leur champ d'action aux questions purement civiles. Les principautés conservent en revanche leurs troupes, et les fils de l'empereur voient leurs responsabilités militaires étendues, plusieurs étant nommés commandants de troupes locales[47]. Dans le même temps, il démantèle les milices régionales qui existent depuis les Han occidentaux et cela malgré l’opposition du général Tao Huang (陶璜) et de Shan Tao, un officiel de haut rang. Il prend certainement cette décision pour éviter de se retrouver face à des rebellions de gouverneurs locaux, comme cela a été le cas lors de la Fin de la dynastie Han[47]; mais par contre-coup, il élimine tout contre-pouvoir à la puissance des membres anoblis du clan Sima, a part l'empereur lui-même. Les conséquences néfastes se feront sentir quelques années plus tard au cours de la révolte des "Wu Hu", les gouverneurs régionaux n’ayant pas les moyen nécessaires pour lever des troupes contre les rebelles. Cette décision explique également pourquoi Sima Rui, un simple gouverneur et non pas un prince anobli, a très peu de soldat à sa disposition lorsqu'il monte sur le trône et fonde les Jin Orientaux. C'est également une explication à l'absence de contre-pouvoir à la puissance des grands clans du Sud du pays. Au final, pensant consolider son pouvoir et celui de sa dynastie,Jin, Wudi reproduit sans s'en rendre compte la même erreur fatale que les derniers empereurs de la dynastie Han, a ceci prés qu'il transfère les luttes de pouvoirs et les forces centrifuge de l'administration au sein de son propre clan. Malgré le cuisant constat d'échec que représentent la Guerre des huit princes et la perte du Nord de la Chine, le système d’anoblissement systématique des membres de la famille impériale reste en vigueur pendant toute l’existence de la dynastie Jin, y compris sous les Jin de l'est et est même adopté par les dynasties du Sud qui lui succèdent.

Les Sima-Jin ont aussi affaiblit le système des colonies agricoles militaires (tuntian) instauré par Cao Cao, ces colonies étant des entités territoriales censées entretenir des troupes par l'exploitation de champs. Sima Zhao décide en 264 de transférer une grande partie de leur administration à l'administration provinciale courante, ce qui est confirmé par Wudi lorsqu'il fonde sa nouvelle dynastie[48].

Parmi les autres mesures prises après la réunification, un recensement est organisé en 280, qui révèle que les 19 provinces subdivisées en 173 commanderies et royaumes de l'empire comprenent 2 459 840 foyers et 16 163 863 sujets; contre 10 677 960 foyers et 56 486 856 sujet lorsque les Han orientaux avaient procédé au dernier recensement, en 157. Une bonne partie de cette diminution peut être imputée aux destructions causées par les conflits ayant eu lieu entre les deux dates, qui ont entraîné une baisse démographique, des migrations et ont créé des zones d'instabilité où le pouvoir central n'as plus d'autorité. Mais cela révèle aussi un autre phénomène important : les seuls foyers recensés sont ceux qui doivent des impôts et des corvées à l’État ; or ceux qui dépendent des grands domaines, qui se sont considérablement agrandit depuis l'époque des Han orientaux, ne sont pas soumis à ces contributions et ne sont donc pas comptabilisés. Ce changement important explique pourquoi tant de personnes ont « échappé » aux recenseurs[49]. C'est sans doute pour faire face à cette concentration des terres qui diminue ses recettes fiscales que l'empereur Wudi proclame une nouvelle loi agraire appelée zhantian,qui vise à redistribuer des terres aux paysans[50].

Il est difficile de savoir comment ces structures étatiques fonctionnent réellement après la guerre des huit princes, car la manière dont fonctionne l'état Jin aprés cette guerre civile est encore mal comprise. En théorie, les principales familles du Sud disposent des postes politiques les plus prestigieux, qui leur sont en principe réservés. Mais, avec le temps, les empereurs concèdent de plus en plus facilement ces postes aux élites émigrées, même si cela les vident de leur substance, car les postes les plus recherchés ne sont pas forcément ceux qui offrent le plus de pouvoir. De fait, le pouvoir des élites, qu'elles soient anciennes ou récentes, repose de plus en plus sur leur emprise sur la société, et pas prioritairement sur les fonctions qu'ils détiennent[51].

Les familles qui sont en mesure de jouer le plus grand rôle sont les Wang de Langye, les Wang de Taiyuan et les Yu de Yingchuan. Ces clans étaient déjà importants à Luoyang sous les Jin occidentaux, au point que plusieurs impératrices en sont issues. Une fois émigrées dans le Sud, ces familles doivent composer avec les puissants clans déjà implantées dans la région du Bas Yangzi avant l'arrivée des Jin, comme les Zhou de Yixing, qui appuient bon gré mal gré les Jin orientaux et les grands lignages émigrés. Plus tard, les Huan de Qiaoguo et les Xie de Chenguo se joignent à ce groupe et se hissent au rang des autres familles illustres grâce à leurs succès dans l'appareil militaire, qui est le moyen le plus efficace d'ascension sociale durant cette période troublée. Au final, ces "nouveaux venus" finissent par supplanter les anciennes familles (voir plus bas). Ces magnats sont en général de grands propriétaires terriens, disposant sur leurs domaines d'un grand nombre de dépendants, qui peuvent également leur servir d'armée privée en cas de besoin. Il faut noter qu'un grand nombre des dépendants des grands lignages du Nord sont également des immigrés. La continuité de l’État est primordiale pour ces élites, dont la position sociale et politique passe par la détention de titres officiels, et la permanence de l’État leur apporte plus de sécurité qu'une recherche d'autonomie pouvant générer anarchie, guerre civile et la fin de leur clan[52].

La position des élites doit être assurée grâce au contrôle de postes importants, mais aussi des alliances politiques, tant les rivalités entre eux peuvent être fortes et destructrices durant les épisodes de guerres civiles. Leur prestige passe également par leur affirmation dans le milieu des débats intellectuels, très en vogue à Jiankang, leur raffinement étant une illustration de la grandeur de leur lignage. Les stratégies matrimoniales sontt également primordiales au sein du milieu des élites, et révèlent les différents groupes aristocratiques qui se mêlent et assoient ainsi leur position : famille impériale, familles éminentes (gao-men), familles appauvries (han-men), familles militaires, lignages méridionaux[53].

Finalement, ceci finit par se révéler assez inutile, car aucun lignage éminent ne réussit à s'imposer durablement aux postes-clés de l’État, ce qui ouvre la voie aux ambitions des familles militaires. On reconnaît aux empereurs Jin la détention du mandat céleste jusqu'à ce que des chefs de guerre puissants envisagent de se l'attribuer, devant l'échec manifeste des empereurs qui signifie la perte de l'appui céleste. C'est ainsi que d'abord Huan Xuan, sans succès, puis Liu Yu, de façon définitive, déposent chacun leur tour un empereur Jin après un rituel d'abdication très formalisé, impliquant également l'appui de plusieurs personnalités religieuses de premier rang, aussi bien bouddhistes que taoïstes[54].

La question des migrants sous les Jin orientaux[modifier | modifier le code]

Pendant la période des Jin occidentaux, les principales migrations sont celles des peuples non-han qui s'installent sur le territoire Chinois. Ces migrations, qui ont commencées dés la fin de la dynastie Han, se poursuivent car, malgrés les révoltes qui émaillent le début de son régne, l'empereur Wudi rejette toutes les proposition de ses conseillers visant à déplacer progressivement les peuples non-Han en dehors de l’empire.

Sous les Jin orientaux, par contre, les principaux migrants sont les chinois chassé par les nombreux troubles politiques liés à l'effondrement des Jin occidentaux et à l'affirmation des royaumes « barbares ». Les troubles continus dans le Nord entraînent l'arrivée d'autres migrants pendant toute cette période, ce qui augmente d'autant la population du sud de la Chine. Ces migrations concernent aussi bien des aristocrates importants que des petits nobles, qui, dans un cas comme dans l'autre, sont souvent accompagnés de leurs clans. Ces migrants peuvent aussi arriver en plus petits groupes ou bien isolément[55].

Il est difficle de déterminer le nombre exact de personnes qui ont été déplacées de cette maniére, mais dans tous les cas ils sont assez nombreux pour poser un problème aigu aux Jin orientaux. Ils sont installés dans des circonscriptions créées pour eux, les provinces d'émigrés (qiao), ou ils sont le plus souvent regroupé par lieu d'origine, sous la direction des personnes qui exerçaient déjà l'autorité sur leur communauté quand ils vivaient dans le Nord, le but etant de maintenir l'existence et l'identité des communautés du Nord dans leurs régions d'accueil. Les nouveaux venus sont recensés sur des « registres blancs » (baiji), qui sont différents des registres jaunes concernant les populations implantées depuis plus longtemps dans le Sud, ce qui leur permet de bénéficier d'exemptions des taxes et des corvées. En agissant ainsi, les Jin Orientaux espérent favoriser le dévellopement des nouvelles communautés, tout en incitant les migrants à s'enregistrer auprès des autorités, qui souhaitent garder un œil sur cette population mouvante[56].

Ces mesures sont réguliérement remises en cause, car ces populations nomades sont difficiles à recenser, ce qui entraine probablement des fraudes dues à des personnes cherchant à bénéficier d'exemptions de taxes auxquelles elles n'ont pas droit. De plus, ces remises fiscales entrainent un manque à gagner pour l'État, qui a trop besoin d'argent pour laisser une grande partie de la population en dehors du systéme fiscal. Pour mettre fin à cette situation, plusieurs dirigeants ménent des politiques de « naturalisation » (tuduan) des immigrés, pour les intégrer dans des circonscriptions normales, sans jamais réussir à supprimer ce statut[57].

En dehors de ces problèmes administratifs et fiscaux, les immigrés suscitent également l'intérêt des membres des grandes familles, qui cherchent à les installer sur leurs domaines. Là ils servent comme ouvriers agricoles et éventuellement comme soldats, si leur nouveau maitre décide de lever une armée privée pour faire pression sur le pouvoir central[58]. Avec le temps, cela permet aux élites originaires du Nord de suplanter celles du Sud.

Au fil des générations, les descendants d'immigrés s'adaptent au Sud, au point que lorsque Huan Wen décide de reconquérir le Nord, une grande partie des élites de Jiankang acueille la nouvelle trés froidement et vont même juqu'a critiquer le général. De plus, si les premières offensives vers le Nord cherchent réellement à reconquérir les palines centrales, celles de Huan Wen et de Liu Yu sont lancées avant tout pour appuyer les ambitions politiques de ces généraux. A coté des militaires et des grandes familles, les lettrés se sont habitués au Sud et aux plaisirs de la capitale méridionale, marquant déjà leur opposition face aux « Barbares » du Nord[59].

Culture[modifier | modifier le code]

Spiritualité et religions[modifier | modifier le code]

Les sept sages du bosquet de bambous représentés avec l’ermite Rong Qiqi des Printemps et Automnes sur une tombe des dynasties du Sud

L’ambiance factieuse des milieux du pouvoir où les conflits sont souvent meurtriers entraîne une désaffection de certains jeunes aristocrates vis-à-vis de la politique et leur repli dans le qingtan, « pure conversation », joutes oratoires codifiées. Ses adeptes, lettrés et poètes, adoptent parfois un mode de vie hédoniste ou excentrique qui vaudra au mouvement sa mauvaise réputation dans l’histoire officielle écrite selon la perspective confucéenne. Le qingtan s’insère dans le courant xuanxue apparu sous les Wei. Bien qu’il soit catalogué taoïste, ses auteurs, souvent engagés dans la fonction publique, mettent parfois les notions taoïstes au service du confucianisme ou s’en servent pour justifier l’ordre social. Les personnalités les plus représentatives en sont les philosophes Wang Bi et He Yan (Wei), Xiang Xiu et Guo Xiang, ainsi que les sept sages du bosquet de bambous : Xi/Ji Kang, Liu Ling, Ruan Ji, Ruan Xian, Xiang Xiu, Wang Rong et Shan Tao.

Le bouddhisme poursuit son implantation. Il apporte sa contribution au xuanxue ; des moines participent au qingtan et on reconnait certaines influences bouddhistes chez ses auteurs qui les traduisent à leur manière. Sous les Jin orientaux, le moine d’origine nordique Huiyuan établit sur le mont Lu dans la Chine du sud un centre de rayonnement bouddhiste où naît le mouvement Terre pure. Dans le Nord occupé par les Seize royaumes, des travaux importants de traduction sont entrepris sous l’égide des souverains et la direction de Dao'an (Qin antérieurs) et Kumarajiva (Qin postérieurs). Le moine Faxian quitte le domaine des Qin postérieurs pour un long périple (399-414) aux sources du bouddhisme relaté dans Relation des royaumes bouddhiques (Foguoji), dont il rapporte des textes.

Le taoïsme également poursuit son développement. Le mouvement des maîtres célestes toujours florissant s’étend au sud du Chang Jiang avec la réunification et l’exil de l’aristocratie vers le sud. En 399, Sun En de Wu et son parent Lu zhi, leaders locaux du mouvement, entreprennent une tentative de rébellion qui entrainent une restriction du mouvement à la fin des Jin orientaux. Entretemps, les futurs courants phares des dynasties du Nord et du Sud et des Sui-Tang, Shangqing et Lingbao se constituent avec Wei Huacun pour le premier et Ge Chaofu pour le second. Du côté des alchimistes, Ge Hong, grand-oncle de Ge Chaofu, laisse un témoignage important avec le Baopuzi.

Arts, poésie et littérature[modifier | modifier le code]

Sur le plan des arts, on peut citer le calligraphe Wang Xizhi et son fils Wang Xianzhi et le peintre Gu Kaizhi.

La poésie fu poursuit la tradition dite de Jian'an entamée sous les Han avec Zhang Zai, Zhang Xie, Zhang Yuan, Lu Ji, Lu Yun, Pan Yue, Pan Ni, Zuo Si. Certains s’inspirent de l’esprit du qingtan comme Sun Diao ou Guo Pu. Les autres styles sont représentés par Ji Kang, Ruan Ji et surtout Tao Yuanming. Guo Pu est aussi connu pour ses commentaires du dictionnaire Erya, du Livre des monts et des mers et de la Légende du roi Mu.

L’action de la légende populaire de Liang Shanbo et Zhu Yingtai se situe sous les Jin orientaux.

sciences et techniques[modifier | modifier le code]

Dans ce domaine, on peut citer le cartographe Pei Xiu (224-271), ministre des Jin occidentaux, ainsi que les travaux chimiques et médicaux des alchimistes dont Ge Hong qui rédige le premier traité de médecine d’urgence, le Zhouhoubeijifang. Le papier se perfectionne et remplace massivement les lamelles de bambou.

Céramiques Jin[modifier | modifier le code]

Céramique de Yue Yao avec motif, IIIe siècle de notre ère, Jin occidentaux, Zhejiang.

La dynastie Jin est connue pour la qualité de ses porcelaines en celadon vert. La fabrication de ces objets en celadon intervient peu de temps après l'apparition des Proto-celadon (en) et des objets en céramiques de Yue Yao (en) au début de la dynastie Jin[61]. Les jarres en proto-celadon ou en celadon de la dynastie Jin sont souvent décorées avec des représentations d'animaux, ainsi qu'avec des représentations de diverses figures bouddhistes[62].

Autres[modifier | modifier le code]

Une autre dynastie Jin a dirigé la Chine du Nord. Elle a été fondée en 1115 par Taizu (en), du peuple mandchou des Jurchen, et a pris fin en 1234 par l'invasion des Mongols de Gengis Khan.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sinogrammes simplifiés 晋, sinogrammes traditionnels 晉.
  2. a et b Li and Zheng, pg 365
  3. Li and Zheng, pg 384
  4. a et b Li and Zheng, pg 419
  5. Li and Zheng, pg 361
  6. Cette province correspond actuellement au nord du Viêt Nam
  7. Li and Zheng, pg 364.
  8. Li and Zheng, pg 366
  9. de Crespigny 1991, p. 154-155 ; Graff 2002, p. 44-45
  10. de Crespigny 1991, p. 155-156 ; Graff 2002, p. 45
  11. de Crespigny 1991, p. 156 ; Graff 2002, p. 46-47
  12. Li and Zheng, pg 371-379
  13. Xiong 2009, p. 587
  14. Xiong 2009, p. 367
  15. Xiong 2009, p. 513
  16. Xiong 2009, p. 401
  17. Xiong 2009, p. 118
  18. a et b Xiong 2009, p. 7-8
  19. Li and Zheng, pg 383-384
  20. Xiong 2009, p. 8-9
  21. Graff 2002, p. 79-81 ; Xiong 2009, p. 9 et 523
  22. Graff 2002, p. 122 ; Xiong 2009, p. 699
  23. Graff 2002, p. 81-82
  24. Xiong 2009, p. 12
  25. Graff 2002, p. 122-123 ; Xiong 2009, p. 9 et 265
  26. Graff 2002, p. 123 ; Xiong 2009, p. 9 et 226
  27. Lewis 2009, p. 64-68
  28. Li and Zheng, pg 390
  29. Graff 2002, p. 66-69 ; Xiong 2009, p. 13
  30. Xiong 2009, p. 466
  31. Li and Zheng, pg 428
  32. Graff 2002, p. 86-87 ; Xiong 2009, p. 482
  33. Xiong 2009, p. 226
  34. Graff 2002, p. 87
  35. Li and Zheng, pg 428-432
  36. Les fondateurs et les empereurs de la dynastie Han sont tous issus de ce clan, ainsi que l'empereur déchu du royaume de Shu
  37. anciens dirigeants du royaume de Wei,les membres de ce clan n'ont alors plus assez de pouvoir pour menacer l'autorité du nouvel empereur
  38. Chaussende 2010, p. 307-312
  39. Dien 2007, p. 11-13,Lewis 2009, p. 63
  40. Dien 2007, p. 11-13,Lewis 2009, p. 63
  41. Graff 2002, p. 79 ; Xiong 2009, p. 645
  42. Xiong 2009, p. 685
  43. Xiong 2009, p. 360
  44. Xiong 2009, p. 552
  45. a et b Graff 2002, p. 43
  46. Chaussende 2010, p. 311-237
  47. a et b Chaussende 2010, p. 328-334
  48. de Crespigny 1991, p. 146
  49. de Crespigny 1991, p. 149-152 ; Graff 2002, p. 35-38 ; Chaussende 2010, p. 318-319
  50. de Crespigny 1991, p. 147-149 ; Chaussende 2010, p. 327-328. A l'inverse, pour Xiong 2009, p. 671,cette politique favorise les grands domaines.
  51. (en) D. Grafflin, « Reinventing China: Pseudobureaucracy in the Early Southern Dynasties », dans Dien (dir.) 1990, p. 159-162
  52. Graff 2002, p. 79-80 ; Lewis 2009, p. 51-53
  53. (en) R. B. Mather, « Intermarriage as a Gauge of Family Status in the Southern Dynasties », dans Dien (dir.) 1990, p. 211-221
  54. Lagerwey 2009, p. 406-409
  55. (en) W. G. Crowell, « Northern Emigres and the Problems of Census Registration under the Eastern Jin and Southern Dynasties », dans Dien (dir.) 1990, p. 174-177
  56. (en) W. G. Crowell, « Northern Emigres and the Problems of Census Registration under the Eastern Jin and Southern Dynasties », dans Dien (dir.) 1990, p. 178-186
  57. (en) W. G. Crowell, « Northern Emigres and the Problems of Census Registration under the Eastern Jin and Southern Dynasties », dans Dien (dir.) 1990, p. 188-199
  58. Graff 2002, p. 80-81
  59. Lewis 2009, p. 25-27
  60. Section illustrant : « N'abusez pas de l'amour. [... En faire trop afin d'obtenir la faveur exclusive de l'empereur est haïssable] ». Le texte traduit et mis en relation avec l'image, partie après partie, dans : La peinture chinoise, Lesbre et Jianlong, 2004, p. 26
  61. Musée Guimet - exposition permanente
  62. Musée de Shanghai - exposition permanente

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le livre des Jin ( Jin Shu 晋书)
  • (en) Bo Li et Yin Zheng, 5000 years of Chinese history, Inner Mongolian People's publishing corp, (ISBN 7-204-04420-7)
  • Jacques Gernet, Le monde chinois, Paris, Armand Colin, .
  • (en) Victor Cunrui Xiong, Historical Dictionary of Medieval China, Lanham, Scarecrow Press, coll. « Historical dictionaries of ancient civilizations and historical eras », (ISBN 978-0-8108-6053-7)
  • (en) Albert E. Dien, Six Dynasties Civilization, New Haven, Yale University Press, coll. « Early Chinese civilization series »,
  • (en) Mark Edward Lewis, China Between Empires : The Northern and Southern Dynasties, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China »,
  • Damien Chaussende, Des trois royaumes aux Jin : Légitimation du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Histoire »,
  • (en) Rafe de Crespigny, « The Three Kingdoms and Western Jin: a history of China in the Third Century AD », sur Faculty of Asian Studies, Australian National University,‎ (consulté le 25 août 2012) (version en ligne de l'article publié dans East Asian History, 1991, no 1, p. 1-36 et no 2, p. 143-165)
  • (en) Albert E. Dien (dir.), State and Society in Early Medieval China, Stanford, Stanford University Press,
  • Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », (1re éd. 1997)
  • John Lagerwey, « Religion et politique pendant la période de Division », dans Religion et société en Chine ancienne et médiévale, Paris, Éditions du Cerf - Institut Ricci, coll. « Patrimoines Chine », , p. 397-428
  • (en) David A. Graff, Medieval Chinese Warfare, 300-900, Londres et New York, Routledge, coll. « Warfare & History »,
  • Damien Chaussende, Des trois royaumes aux Jin : Légitimation du pouvoir impérial en Chine au IIIe siècle, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Histoire »,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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