Révolte des Nian

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Révolte des Nian (chinois simplifié : 捻军起义 ; chinois traditionnel : 捻軍起義 ; pinyin : niǎnjūn qǐyì ; littéralement : « révolte de l'armée nian »), appelée aussi parfois Révolte des Nien (selon la transcription Wade-Giles) est une révolte armée qui a lieu dans le nord de la Chine de 1851 à 1868, donc contemporaine de la grande Révolte des Taiping (18511864) en Chine du sud. La révolte ne réussit pas à renverser la dynastie Qing, mais elle cause des pertes humaines et une immense dévastation sur le plan économique qui, à long terme, vont mener à l'effondrement du régime en 1912.

Causes[modifier | modifier le code]

Niǎn est un mot chinois qui signifie approximativement « prendre des bâtons d'encens pour honorer le Ciel » (天公, tiāngōng, « roi du ciel »). Le mouvement Nian est créé à la fin des années 1840 par Zhang Lexing, et compte, en 1851, quelques 40 000 hommes. À la différence des Taiping, les Nian n'ont pas initialement d'objectifs clairs, en dehors de leurs critiques contre le régime Qing. Touchés par une série de catastrophes naturelles, il prennent les armes contre le régime impérial :

  • En 1851, la crue du Fleuve Jaune (Huang He) noie des centaine de milliers de kilomètres carrés, causant des morts innombrables.
    Le gouvernement Qing commence à s'occuper des dommages ainsi causés par le désastre, mais ne se montre pas capables de fournir une aide efficace, car les finances de l'État sont mal en point, à cause de l'effort de guerre qui vient d'être fourni lors de la récente guerre avec la Grande-Bretagne, ainsi que de la Révolte des Taiping qui vient de commencer.
  • En 1855, les dommages causés par l'inondation ne sont toujours pas réparés, quand le fleuve déborde de nouveau, noyant des milliers de personnes, et dévastant la fertile province du Jiangsu. Mais à cette époque, le gouvernement Qing s'efforce de négocier un accord avec les puissances européennes, et, les caisses de l'État étant presque vides, le régime ne peut venir en aide aux populations. Cette carence provoque la colère du mouvement Nian, qui blâme les Européens d'aggraver ainsi la situation, et considére de plus en plus la dynastie Qing comme un régime à la fois incompétent et lâche face aux puissances occidentales.

Les politologues Valerie Hudson et Andrea den Boer suggèrent que la révolte a pu être attisée, au moins en partie, par des décennies d'infanticides des filles (causés par les inondations et la misère économique), conduisant à l'existence d'une importante population d'hommes jeunes et frustrés de ne trouver aucune fille à épouser ; selon eux, c'était peut-être jusqu'à 25% de tous les hommes jeunes de la région qui se trouvait dans cette catégorie d'« arbres sans fruits ».

Déroulement du conflit[modifier | modifier le code]

Premiers succès des Nian[modifier | modifier le code]

En 1855, Zhang Luoxing (张洛行, 1811 — 1863) lance des attaques contre des troupes gouvernementales en Chine centrale. Dès l'été, la rapide cavalerie Nian, bien entraînée et équipée d'armes à feu modernes, coupe les lignes de communication entre Pékin, capitale des Qing, et les armées Qing qui luttent contre les Taiping dans le sud.

Les armées Qing sont alors dispersées sur un territoire trop vaste, car elles doivent faire face à plusieurs révoltes en des lieux éloignés, ce qui permet aux armées Nian de prendre le contrôle de vastes territoires et de zones économiques importantes. Les Nian fortifient les villes dont ils se sont emparées et s'en servent comme bases d'où ils lancent des attaques de cavalerie contre les armées Qing. Ceci se traduit par des luttes constantes, qui dévastent les riches contrées du Jiangsu et du Hunan.

Contre-offensive du gouvernement Qing[modifier | modifier le code]

Au début de 1856, le gouvernement Qing envoie le général mongol Senggelinqin, qui vient de vaincre une grande armée envoyée par les Taiping vers Pékin, pour venir à bout des Nian. L'armée de Senggelinqin reprend de nombreuses villes fortifiées, et détruit la plus grande partie de l'infanterie Nian. Il réussit à tuer Zhang Luoxing lui-même lors d'une embuscade.

Un nouveau souffle pour les Nian, avec l'arrivée de généraux Taiping[modifier | modifier le code]

Cependant, fin 1864, la révolte Nian trouve un nouveau souffle quand les chefs Taiping Lai Wenkwok (賴文光) (1827 – 1868) et Fan Ruzeng (范汝增) (1840 — 1867)arrivent pour prendre le commandement des forces Nian, d'autant que le gros de la cavalerie est resté intact. L'armée de Senggelinqin, essentiellement composée de fantassins, ne peut empêcher la cavalerie Nian de dévaster les campagnes et de lancer des attaques-surprises contre les forces Qing.
À la fin de l'année 1865, Senggelinqin et ses gardes du corps sont pris dans une embuscade tendue par les Nian, et tués à la bataille de Goulawjai, privant le gouvernement Qing de son meilleur général.

Les Qing reprennent le dessus[modifier | modifier le code]

Le régime Qing fait alors appel au général Zeng Guofan pour prendre très rapidement (en deux jours) le commandement des forces armées protégeant Pékin, la capitale. Ils lui fournissent une artillerie moderne et des armes, achetées auprès des Européens pour une somme exorbitante. L'armée de Zeng Guofan se met en devoir de creuser des tranchées et des canaux, pour faire obstacle à la mobilité de la cavalerie Nian, méthode efficace, mais lente et coûteuse. Après que l'infanterie Nian réussit à percer ses lignes de défense, le général Zeng Guofan est remplacé à la tête de l'armée Qing par les généraux Li Hongzhang et Zuo Zongtang.

À la fin de 1866, les forces Nian restantes se séparent en deux, avec l'Armée de l'Est, sous le commandement de Lai Wenkwok, positionnée en Chine Centrale, cependant que l'Armée de l'Ouest avance sur Pékin. L'Armée de l'Ouest, sous le commandement de Zhang Zongyu, fils du frère de Zhang Lexing, est vaincue au sud-ouest de Pékin par les troupes Qing, ouvrant ainsi de vastes territoires tenus par les Nian à la contre-attaque des Qing.

À la fin de 1867, les troupes de Li Hongzhang et de Zuo Zongtang ont reconquis la plupart du territoire tenu par les Nian.

Au début de l'année 1868, les restes de l'armée Nian sont écrasés par une force combinée regroupant des forces gouvernementales et l'Armée Toujours Victorieuse.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La Révolte des Nian ne réussit pas à renverser le gouvernement des Qing en grande partie faute d'avoir fait alliance avec d'autres mouvements rebelles, et tout particulièrement avec les Taiping. Les Nian n'acceptant que du bout des lèvres de reconnaître le Roi Céleste des Taiping, mais refusent d'obéir à ses ordres. Si Nian et Taiping s'étaient alliés, la dynastie Qing auraient été prise en tenaille par ces deux forces, qui auraient constitué une formidable menace, en dépit du soutien des Occidentaux au pouvoir Qing.
Cependant, malgré leur échec, les Nian portent un coup très dur au gouvernement Qing. Les catastrophes naturelles de 1851 et de 1855 ont dévasté les régions les plus riches de la Chine, privant le régime de rentrées fiscales et de droits de douanes importants.
Les combats incessants et la tactique de la terre brûlée largement utilisée provoquent d'innombrables morts.

Bien que la Révolte des Nian soit moins importante que celle des Taiping, elle obère considérablement les finances de l'État et laisse l'économie de la Chine dans un état précaire.
À plus long terme, la Révolte des Nian est un des éléments majeurs qui contribuera à la chute de la dynastie Qing.

Les mots chinois actuels Sing-Lai (信賴) et Sing-Ren (信任), qui signifient « croire », et « avoir confiance » sont peut-être des allusions à Lai Wenkwok et à Ren Zhu, chefs de la Révolte Nian.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fairbank, John King : The Cambridge History of China. Volume 10. Late Ch’ing, 1800-1911. Part 1. Cambridge 1978: Cambridge University Press.
  • Chiang, Siang-tseh : The Nian Rebellion. Seattle: University of Washington Press 1954
  • Ownby, David : Approximations of Chinese Bandits: Perverse Rebels or Frustrated Bachelors? Chinese Masculinities/Femininities. Ed. Jeffrey Wasserstrom and Susan Brownell. Berkeley, CA: University of California Press
  • Perry, Elizabeth : Rebels and Revolutionaries in Northern China, 1845-1945 (Stanford, CA: Stanford UP, 1980).
  • Têng, Ssu-yü : The Nien Army and Their Guerrilla Warfare, 1851-1868. Paris: Mouton, 1961.