Paris Is Burning (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour la chanson de Ladyhawke, voir Paris Is Burning.
Paris Is Burning
Réalisation Jennie Livingston
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Documentaire
Durée 78 minutes
Sortie 1991

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Paris Is Burning est un film documentaire américain réalisé et produit par Jennie Livingston, sorti en 1991.

Production et conception[modifier | modifier le code]

Naissance du projet[modifier | modifier le code]

Alors qu’elle étudiait le cinéma à l’université de New York, une rencontre de façon fortuite en 1983 un groupe de jeunes hommes homosexuels qui dansaient et posaient à Washington Square Park.

Intriguée par leurs mouvements et l'argot inhabituel qu'ils employaient, Jennie Livingston demanda ce qu'ils faisaient et commenta qu'ils étaient en train de « voguer ». Pensant que ce pourrait être un bon sujet pour un projet de documentaire universitaire, Jennie Livingston s’est demandé sur quel terrain mener sa recherche. Les hommes lui ont suggéré d'assister à un bal et de contacter la danseuse et drag Willi Ninja, auprès de laquelle elle apprend sur la culture du bal et du voguing. Au premier bal auquel elle se rend, Jennie Livingston rencontre également Venus Xtravaganza, alors adolescente.

Sa recherche se poursuit en étudiant de l’histoire des sous-cultures gays et transformistes de Harlem et en photographiant et filmant plusieurs bals ainsi que des entretiens avec des personnalités de diverses maisons concurrentes de drags. La plupart des concurrents en lice pour les trophées sont des représentants de "maisons" qui servent de familles symboliques, de groupes sociaux et d'équipes de performance de transformisme. Les concurrents des maisons et des bals qui remportent régulièrement des trophées pour leurs promenades finissent par acquérir le statut "légendaire". Les "maisons" servent de familles de substitution aux jeunes promeneurs qui sont rejetés par leurs familles biologiques pour leur expression de genre et leur orientation sexuelle.

Financement[modifier | modifier le code]

Pour financer la production de Paris Is Burning, Jennie Livingston avait initialement collecté environ 250 000 dollars pour financer la production, mais doit en suite  recueillir 150 000 dollars en plus  pour couvrir le coût des autorisations de droits d'auteur pour la musique diffusée pendant le tournage[1].

Musique[modifier | modifier le code]

Pendant la production du film, Jennie Livingston rencontre l'agent artistique de la pop britannique, Malcolm McLaren, qui se rendait souvent à New York et était fasciné par la scène vogue / bal. Au début de 1989, McLaren emmène Jennie Livingston et Willi Ninja à Londres, où ce dernier enregistrait sa voix pour le single de Malcom McLaren et jouait pour sa vidéo promotionnelle. Jennie Livingston avait également confié à Malcom McLaren une copie VHS des séquences du film lui permettant d’échantillonner des fichiers audio.

Contenu[modifier | modifier le code]

Sujet[modifier | modifier le code]

Filmé à partir du milieu des années 1980, le documentaire s'intéresse à la ball culture new-yorkaise. Pendant sept ans, Jennie Livingston, se rend à des « bals » organisé par la communauté LGBT afro-américaine et hispanique. Au cours de ces soirées, les participants s'affrontent dans des défilés ou à travers la danse. C'est dans ces bals qu'est née la vogue (voguing)[2].

Le film plonge dans les compétitions de bal, au cours desquelles les candidates, adhérant à une "catégorie" ou à un thème très spécifique, doivent défiler comme un mannequin sur un podium. Les candidates sont jugées à partir de critères tels que leur talent pour la danse, la qualité de leurs vêtements et le "réalisme" de leur drag, c’est-à-dire la performance du genre ou de stéréotype représenté par leur groupe. Par exemple, la catégorie « banjee realness » regroupe les hommes homosexuels grimant les archétypes machistes tels que les marins, soldats ou voyous.

Paris Is Burning alterne entre les scènes de bal et les interviews avec des participants sur les problèmes de santé, de racisme, d'orientation sexuelle, etc.[3].

Tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage de Paris Is Burning a duré entre six ans.[4] Le film alterne séquences de bals et entretiens avec des personnalités de ce showbusiness, dont Pepper LaBeija, Dorian Corey, Angie Xtravaganza et Willi Ninja. Ces derniers éclairent sur le genre, les sous-cultures gays et de bals et leur propre histoire. Le documentaire aborde également les épreuves qu’affrontent avec humour, force et fierté ces membres des communautés drag et LGBTI+ tels que le sida, le racisme, la violence, l'homophobie ou la transphobie. Paris Is Burning fait rejaillir la paupérisation des drag et montre comment certaines survivent grâce la prostitution comme Venus Xtravaganza ou par le vol.  Plusieurs drag racontent leur rapports tendus avec des parents transphobes et homophobes, qui les ont virés du foyer familial et réduits à vivre sans-abri.

Popularité[modifier | modifier le code]

Le film révèle aussi les origines de la vogue, un style de danse dans lequel les candidats exécutent des positions comme dans une couverture de Vogue. Deux ans avant que le tournage ne s’achève, l'artiste Malcolm McLare pratiquait le voguing au grand public sur sa chanson chanson Deep in Vogue.[5]Dans ce titre on trouve également des citations du film, des clins d’œil à certaines stars comme Pepper LaBeija. Willi Ninja, qui figure dans le documentaire, a également dansé pour le clip. La chanson Vogue de Madonna, numéro 1 dans les charts, a attiré l’attention sur le phénomène du voguing[6].

Plus de vingt ans plus tard, Paris Is Burning reste une référence pour les jeunes homosexuels et transgenres, les universitaires et les étudiants d’examiner des questions de race, de classe et de sexe, et les plus jeunes participants aux bals de rencontrer leurs ancêtres. Le documentaire est également décrit comme un portrait de plusieurs transformistes américains remarquables, dont la plupart sont morts depuis la production du film[7].

Sortie et accueil[modifier | modifier le code]

Le film est pour la première fois diffusé durant le Festival international du film de Toronto 1990. Il sort en salles au mois d'août 1991[8].

Paris Is Burning a rapporté 3 779 620 dollars au box-office américain, dont 496 356 dollars la semaine de sa sortie[9]. Face au relatif succès du film, plusieurs participants engagent des poursuites judiciaires pour obtenir une rémunération. Un accord amiable est finalement trouvé et les producteurs accordent 55 000 dollars à 13 participants[10],[3].

A sa sortie, il remporte plusieurs récompenses, notamment le Grand prix du jury du Festival de Sundance[2] ainsi que le Teddy Bear du Festival International du Film à Berlin[11].

Paris Is Burning n'a pas été sélectionné aux Oscars pour le meilleur long-métrage documentaire la même année. Cela a fait grandir la visibilité de sujets liés à la communauté LGBTQ+. Cela a conduit à des changements dans la manière dont les documentaires sont nominés pour le prix[12].

Vingt-cinq ans après sa sortie, le film est restauré[2]. Il est souvent cité pour son influence dans la culture populaire, ayant notamment popularisé des expressions autrefois limitées au milieu des balls[3].

Controverse[modifier | modifier le code]

Le film a reçu un financement du National Endowment for the Arts alors que cette dernière était sous le feu des critiques. L’organisation  avait  financé des artistes controversés tels que Robert Mapplethorpe et Andres Serrano.

En 1991, les grandes vedettes ont intenté une action en justice car elles avaient été payées de façon inégale durant le film. Paris DuPree a demandé le règlement le plus important: 40 millions de dollars pour tournage non autorisée de son bal. Les producteurs ont déclaré qu’ils avaient toujours prévu d’indemniser les principaux participants. Les plaignants  ont abandonné leurs demandes après que leurs avocats aient confirmé qu'ils avaient signé des accords de confidentialité. De plus ils n’avaient les ressources pour payer les frais d’avocat. Les producteurs ont toutefois distribué environ 55 000 dollars à treize des participants[10].

Jennie Livingston elle-même a toujours minimisé la controverse financière dans des interviews et sur des forums. Elle a souvent souligné son intention de toujours certaines recettes si le film faisait des bénéfices et que les acteurs principaux auraient été payés plus que ce qu’ils auraient reçu s’ils figuraient dans un long-métrage indépendant.

Elle a également répondu aux critiques du film, notamment sur sa réflexion  à propos des questions d’appropriation culturelle, de genre, de race et de sexualité en soulignant qu’à l’époque Paris is Burning était d’après elle une réponse contre les gens qui « veulent contre tout un groupe de personnes qui ne veulent pas que d’une femme faisant des films fassiez un film, ni voir des images queer et ne vous donnent pas d'argent, ce qui reste un problème pour les réalisatrices et les réalisateurs queer. »[13]

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

  • Dorian Corey
  • Pepper LaBeija
  • Venus Xtravaganza
  • Octavia St. Laurent
  • Willi Ninja
  • Angie Xtravaganza
  • Freddie Pendavis
  • Junior Labeija

Récompenses[modifier | modifier le code]

1990 – IDA Award, (International Documentary Association)

1990 – Prix du meilleur documentaire, LAFCA Award (Los Angeles Film Critics Association)

1990 – Prix du public du meilleur documentaire du Festival International du Film Gay & Lesbien de San Francisco

1991 – Grand Prix du Jury Documentaire, Festival du film de Sundance

1991 – Teddy Award du meilleur film documentaire, Festival du film de Berlin

1991 – Prix du meilleur documentaire, du BSFC (Boston Society of Film Critics Awards)

1991 – Prix Open Palm, renommé Breakthrough Director Award Gotham Awards

1991 – Prix du meilleur documentaire, NYFCC (New York Film Critics Circle Awards)

1991 – Prix Golden Space Needle du meilleur documentaire, Festival international du Film de Seattle

1992 – Outstanding Film (Documentary), GLAAD Media Awards

1992 – Prix du meilleur documentaire, NSFC (National Society of Film Critics)

2015 – Cinema Eye Honours Legacy Award

2016 - Ajouté au Registre National du film Américain

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Saeed Jones, « Filmmaker Jennie Livingston On Life And Loss After "Paris Is Burning" », Buzzfeed,‎ (lire en ligne)
  2. a b et c (en) Brian Moylan, « Paris Is Burning sizzles again at the Sundance film festival », sur theguardian.com, (consulté le 5 juillet 2017).
  3. a b et c (en) Ashley Clark, « Burning down the house: why the debate over Paris is Burning rages on », sur theguardian.com, (consulté le 5 juillet 2017).
  4. (en) « Paris is Burning cast on The Joan Rivers Show: Part Three », sur youtube.com, Chaine Youtube feathersandbeads, (consulté le 2 avril 2019)
  5. (en) « Malcolm McLaren – Let It Rock », sur markmoore.com, Site Mark Moore, (consulté le 2 avril 2019)
  6. (en) « Dance clubs songs - The week of July 29, 1989 », sur billboard.com (consulté le 2 avril 2019)
  7. (en) Douglas Martin, « Pepper LaBeija, Queen of Harlem Drag Balls, Is Dead at 53 », New York Times,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Shon Faye, « Looking at Paris Is Burning 25 years after its release », sur dazeddigital.com, (consulté le 5 juillet 2017).
  9. a et b (en) « Paris is Burning », sur boxofficemojo.com (consulté le 5 juillet 2017).
  10. a et b (en) Jesse Green, « Paris Has Burned », sur nytimes.com, (consulté le 5 juillet 2017).
  11. (en) Daniel Walber, « THE OUT TAKE: 10 FANTASTIC TEDDY AWARD-WINNING LGBT FILMS TO WATCH RIGHT NOW », MTV News,‎ (lire en ligne)
  12. (en) William Grimes, « Oscar Rules Change For Documentaries », New York Times,‎ (lire en ligne)
  13. (en) Ashley Clark, « Burning down the house: why the debate over Paris is Burning rages on », The Guardian,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]