Coutellerie de Thiers

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Des couteaux Le Thiers entièrement fabriqués à Thiers.

La coutellerie de Thiers est une spécialité de savoir-faire élaboré dans la région de Thiers à l'est du département du Puy-de-Dôme et en région Auvergne-Rhône-Alpes. Cette technique doit une partie de son existence à la présence de la Durolle et de forêts aux alentours de la ville.

Description[modifier | modifier le code]

La coutellerie est le domaine où le nombre d'emplois dans la région thiernoise est le plus élevé. Aujourd'hui, on estime que dans la ville de Thiers, la coutellerie emploie plus de 2 000 personnes[1]. La grande proportion d'ouvriers dans la ville est en partie expliquée par ce facteur.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen-âge[modifier | modifier le code]

La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs[2],[3]. Dès le XIIe siècle, un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier[4]. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au XVIIe siècle, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »[4],[Note 1].

Révolution industrielle[modifier | modifier le code]

 Photo historique en noir et blanc montrant le dur travail des émouleurs au début du XXe siècle, trois hommes et un jeune garçon travaillent à plat ventre chacun au dessus d'une meule entraînée par l'eau de la rivière, dans leur main la lame qu'ils aiguisent
Des émouleurs de Thiers au début du XXe siècle.

À partir de , seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines, ce qui préfigure l'avènement de la grande industrie[5]. À cette époque, l'industrie coutelière présente une organisation particulière. La main-d'œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité. Les barres d'acier que les entreprises reçoivent sont d'abord confiées aux « martinaires » qui les amincissent (afin qu'elles puissent être aiguisées) grâce à des martinets mus par la force hydraulique de la rivière. Les forgerons reçoivent ensuite ces barres avec lesquelles ils forgent les pièces de couteau. Ces pièces sont ensuite envoyées aux limeurs, aux perceurs, aux émouleurs puis aux polisseurs qui aiguisent et polissent les lames sur des meules entraînées par la Durolle. Le fabricant effectue lui-même la trempe, puis, après que le cacheur[6] ait livré les manches, toutes les pièces sont finalement remises aux monteurs qui habitent les faubourgs de Thiers[4]. Cette organisation de la production est donc caractérisée par une dissémination importante des lieux de travail dans la région thiernoise et plus particulièrement dans la vallée des Usines[4].

À la fin du XIXe siècle, la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l'électrification. Un nouveau type d'usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie[4]. Les usines de papeterie qui n'ont pas voulu recourir à ces techniques modernes de production se voient dans l'obligation de fermer leurs portes ; elles n'étaient plus qu'une vingtaine en [4].

Le tout début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La partie nord de la vallée des usines au début du XXe siècle.

Les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du XXe siècle. En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. En effet, les usines utilisant la force motrice de la rivière ne peuvent travailler sans un débit d'eau suffisant[4]. En hiver, le phénomène s'inverse, la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable. La ville de Thiers est l'une des villes les plus vulnérables du département du Puy-de-Dôme face aux crues et la vallée des Usines est le quartier de la ville le plus touché lors de ces événements[7].

Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, les usines utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ 1 000 chevaux par jour en moyenne en contre 1 500 chevaux pour l'énergie d'origine électrique[4].

Trousse de barbier exposée au musée de la coutellerie.

L'indépendance des usines face à la Durolle leur permet de devenir des « usines complètes ». Ainsi, dans la vallée de la Durolle, plus de 12 000 ouvriers et 550 fabricants sont présents en . Durant cette période, le bassin thiernois est le plus gros bassin français de production de couteaux et d'outils possédant une lame, loin devant ceux de Châtellerault, Nogent-en-Bassigny et Paris et à égalité avec Sheffield au Royaume-Uni[4]. La production, à partir de connaît de nombreuses fluctuations :

année[8] production en tonnes.
1912 3 108 t en augmentation
1918 1 210 t en diminution
1920 2 618 t en augmentation

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la reconstruction après la guerre, la ville connaît une multiplication des petites entreprises[9]. Les ouvriers se mettent à leur compte et créent une multitude d'entreprises de taille très modeste. Les grandes usines de la ville sont donc accompagnées par des microentreprises qui emploient un petit nombre d'ouvriers. Dans ces dernières, la main-d'œuvre reste essentiellement familiale. Les patrons travaillent comme des ouvriers à l'atelier tandis que, généralement, les femmes s'occupent de la comptabilité et du secrétariat[9].

Dans ces petites entreprises, les relations entre les ouvriers et le patron passent le plus souvent par le tutoiement, symbole d'une bonne relation entre eux[4].

Deuxième moitié du XXe siècle[modifier | modifier le code]

 Cliché récent de l'ancienne usine du Creux de l'enfer pris depuis la rive opposée. A droite l'avenue, au centre la Durolle avec sa cascade sous un pont moderne, à gauche la façade de l'usine sur 3 niveaux. L'usine est construite pour partie sur des voûtes au dessus de l'eau, l'enduit des murs s'effritent et laisse apparaître les pierres de schistes par endroit, on distingue encore un peu le nom peint en rouge
L'ancienne usine du Creux de l'enfer, transformée en centre d'art contemporain.

À partir de la deuxième moitié du XXe siècle, les usines de coutellerie se modernisent encore une fois et, désormais, la Durolle n'est plus utilisée comme source d'énergie, l'électricité l'ayant remplacée[10]. Les entreprises quittent la vallée des Usines pour les zones industrielles à partir des années [10],[4]. Aujourd'hui, de nombreuses friches industrielles jonchent cette dernière[11]. Parmi elles, certaines sont reconverties en musée ou en centre d'art contemporain comme l'usine du May ou l'usine du Creux de l'enfer[a 1],[12]. D'autres sont à l'abandon comme l'usine Ferrier usinage et celle du pont de Seychalles[13],[14].

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

De nos jours, si les entreprises ont déserté la vallée des Usines, elles produisent encore 80 % de la consommation française de couteaux[15]. Elles sont environ 200 entreprises installées dans les zones industrielles du bassin thiernois en [15]. La ville possède toujours un dynamisme et vit encore en grande partie de la coutellerie.

Seulement, depuis quelques années, ce savoir-faire est accompagné par une diversification industrielle et artisanale, principalement dans les domaines de la forge (pièces automobiles, prothèses chirurgicales ou encore traitement de surface) et de la plasturgie[15].

La partie n°2 du musée de la coutellerie en 2017.

Tourisme[modifier | modifier le code]

La coutellerie de Thiers est dotée aujourd'hui d'une renommée internationale, appuyée par le festival international de la coutellerie, Coutellia, qui présente plus de 200 exposants venus de 20 pays différents sur plus de 2 500 m2 d'exposition[16].

Plusieurs sites éparpillés sur la commune présentent l'histoire de la coutellerie thiernoise. Le musée de la coutellerie, ouvert en en est le plus abouti, mais est accompagné par les Ateliers le Thiers, La Cité des couteliers, L'Usine du May dans la vallée des Usines ou encore la vallée des Rouets. La vallée des Usines est un des lieux les plus touristiques de la commune de Thiers[a 2]. Elle est également classée deux étoiles par le guide vert Michelin avec la mention « Mérite le détour »[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Legrand d'Aussy remarque dans son livre, Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes.

Références[modifier | modifier le code]

Site de la ville[modifier | modifier le code]

  1. « L'usine du May », sur www.ville-thiers.fr (consulté le 24 avril 2018).
  2. « La vallée des Usines », sur www.ville-thiers.fr (consulté le 24 avril 2018).

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.patrimoineindustriel-apic.com/parcours/thiers/thiers.html
  2. « La vallée des usines - Balades dans le Puy-de-Dôme », canalblog,‎ (lire en ligne).
  3. Caroline DRILLON et Marie-Claire RICARD, L'Auvergne Pour les Nuls, edi8, (ISBN 9782754044851, lire en ligne).
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Paul Combe, « Thiers et la vallée industrielle de la Durolle », Annales de Géographie, vol. 31, no 172,‎ , p. 360–365 (ISSN 0003-4010, DOI 10.3406/geo.1922.10136, lire en ligne)
  5. « Au Sabot », sur ausabot.com (consulté le 24 avril 2018).
  6. Émile Littré, « Cacheur », dans Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 (lire en ligne).
  7. Fabien Jubertie, Les excès climatiques dans le Massif central français. L’impact des temps forts pluviométriques et anémométriques en Auvergne, , 435 p. (lire en ligne).
  8. Paul Combe, « Thiers et la vallée industrielle de la Durolle », Annales de Géographie, vol. 31, no 172,‎ , p. 360–365 (ISSN 0003-4010, DOI 10.3406/geo.1922.10136, lire en ligne).
  9. a et b Dany Hadjadj, Pays de Thiers: le regard et la mémoire, Presses Univ Blaise Pascal, (ISBN 9782845161160, lire en ligne)
  10. a et b Anne Henry, « Un site urbain façonné par l’industrie : Thiers, ville coutelière », In Situ, no 6,‎ (ISSN 1630-7305, DOI 10.4000/insitu.8588, lire en ligne).
  11. « Thiers, la vallée des usines en lumière », sur auvergne-tourisme.info (consulté le 27 janvier 2017).
  12. le Creux de l’enfer, « Histoire et mémoire du lieu (le Creux de l’enfer) », sur www.creuxdelenfer.net (consulté le 24 avril 2018).
  13. « Thiers, illustration du désastre industriel français », RTL.fr,‎ (lire en ligne).
  14. « PSS / Usine du Pont de Seychalles (Thiers, France) », sur www.pss-archi.eu (consulté le 24 avril 2018).
  15. a, b et c « Historique de la coutellerie en Images :: Office de Tourisme de Thiers », sur www.thiers-tourisme.fr (consulté le 24 juin 2018)
  16. « Coutellia : Festival international du couteau d’Art et de tradition », sur Coutellia (consulté le 24 juin 2018)
  17. « Thiers - Vallée des Usines - Le Guide Vert Michelin », sur voyages.michelin.fr (consulté le 24 avril 2018).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]