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Corne (matière)

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Définition

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La corne est une matière première en kératine, issue du front des ruminants[1], ou de leurs ongles et sabots. Il peut s'agir du prolongement de l'os frontal chez les cervidés (cerfs, chevreuils, rennes, daims), soit le bois, ou, dans le cas du cerf, le cor. Chez d'autres ruminants tels que le bœuf, buffle, bélier la corne est formée de poils comme soudés les uns aux autres[2].

Le travail de la corne ou des bois ne porte aucun nom. Joseph Pegat suggère[2] de désigner cet artisanat comme « chératoplastie » (tiré du grec : Χερατοζ, génitif de Χεραζ, « corne » et πλασμα, « forme »), et l'utilisation de « chératoplastes » pour les artisans.

Elle sert à la fabrication d'objets divers : embouchures d'instruments de musique, embout des zahatos (gourdes des bergers basques), anciens dés à coudre, pommeaux de parapluie, montures de lunettes, peignes, manches de couteaux, boutons, tuyaux de pipes, branches d'arcs composites, encoches de flèches, étuis de tablette de cire de l'Antiquité, etc. La corne est également utilisée en marqueterie ou en joaillerie.

Depuis l'invention de la galalithe, elle est de plus en plus souvent remplacée par la matière plastique, qui ne nécessite pas de travail de mise en forme.

Qantsis (en), cornes à boire traditionnelles de Géorgie.





Travail de la corne

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Le travail de la corne est une spécialité historique de la Franche-Comté, de la ville d'Oyonnax en Rhône-Alpes, ou du Pays d'Olmes en Ariège (fabrication de peignes en corne notamment). C'est aussi une spécialité du tabletier.

La corne a besoin de subir une étape de mise à plat (en chauffant) avant que le matériau en forme de lame obtenu puisse être taillé[3].

Peigne chinois en corne peinte
Peigne chinois en corne peinte

Les arcs de Xianbei, peuple proto-Mongol en Chine sont fabriqués à partir de cornes collées.

On fabrique des peignes et différents objets d'art à partir des cornes de yak, dans le Sichuan, chez les Qiangs et dans les différentes régions tibétaines.

Techniques de travail de la corne

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La corne peut être assouplie par trempage dans l'eau bouillante et passage sous presse pour obtenir des tablettes plates pouvant être gravées ou découpées à la scie à chantourner.
Pour graver la corne il est préférable de la faire tremper dans l'eau froide la veille, pour éviter de soulever de trop gros éclats.
Le polissage s'effectue avec des brosses en soie de porc trempées dans du rouge de Venise délayé dans de l'huile.

La corne peut être colorée en noir. Pour ce faire, il convient de faire bouillir de la poudre de noix de Galle dans de l'eau et la faire réduire jusqu'à ce que la mixture soit sirupeuse. À la suite, 3 % de sulfate ferreux doivent être ajoutés. Cette mixture est appliquée sur la corne préalablement trempée dans une solution acide de nitrate de mercure. Le tout doit reposer une demi journée à une journée avant rinçage.
Pour souder deux morceaux de corne il faut préalablement biseauter les bords, puis les faire chauffer, les appliquer l'un contre l'autre et les maintenir ainsi avec des pinces plates chauffées. Ensuite il suffit d'ébarber et de repolir.

Cuillère à riz indonésienne en corne.

Bibliographie

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  • PEGAT Joseph, Manuel pratique du Travail Artistique de la Corne, Paris, Librairie de l’École Centrale des Arts et Manufactures, 1911.
  • NOSBAN et MAIGNE, Nouveau manuel complet du marqueteur et du tabletier : contenant la description des bois d'ébénisterie indigènes et exotiques, l'outillage de l'ébéniste, des notions sur l'ivoire, la nacre, la corne, l'écaille et la baleine, etc., Paris, Librairie encyclopédique de Roret, 1877[4].

Articles connexes

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Autres matières dures d'origine animale :

Notes et références

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  1. Robert MANARANCHE, « RUMINANTS », sur universalis.fr (consulté le ).
  2. a et b Joseph Pegat, Manuel pratique du Travail Artistique de la Corne, Paris, Librairie de l’École Centrale des Arts et Manufactures, 1911.
  3. Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers
  4. Nosban et Maigne, Nouveau manuel complet du marqueteur et du tabletier : contenant la description des bois d'ébénisterie indigènes et exotiques, l'outillage de l'ébéniste, des notions sur l'ivoire, la nacre, la corne, l'écaille et la baleine, etc., Paris, Librairie encyclopédique de Roret,