Foulon (moulin)

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Ancien foulon de Monsempron-Libos sur la Lémance

Un foulon, du latin fullo, est un mécanisme (mû le plus souvent par un moteur hydraulique) servant à battre ou fouler la laine tissée (drap) dans de l'argile smectique pour l'assouplir et la dégraisser. Le moulin était exploité par un ouvrier foulon ou foulonnier. Il pouvait aussi servir pour les cuirs et peaux.

Le moteur hydraulique entraîne un arbre actionnant une batterie de maillets, placés en position de bascule au-dessus des cuves à drap ou autre textile ainsi que pour le tannage des peaux.

Dans le cas du foulage du feutre, les cônes sont trempés dans un bain d'eau bouillante et d'acide sulfurique puis pressés dans une cloche pour leur donner leur texture ferme et dense.

Description[modifier | modifier le code]

Moulin à foulon de draps de Lodève (dessin de Jean-Baptiste-François Génillion, vers 1780)
Vue d'un foulon au bas des roches de Plombières près de Dijon (dessin de Jean-Baptiste Lallemand, vers 1780)

Jules Verne décrit ainsi un moulin à foulon dans L'Île mystérieuse :

« La construction de la machine destinée à fouler la laine, car il [Cyrus Smith] sut habilement profiter de la force mécanique, inutilisée jusqu'alors, que possédait la chute d'eau de la grève, pour mouvoir un moulin à foulon. Rien ne fut plus rudimentaire. Un arbre, muni de cames qui soulevaient et laissaient retomber tour à tour des pilons verticaux, des auges destinées à recevoir la laine, à l'intérieur desquelles retombaient ces pilons, un fort bâti en charpente contenant et reliant tout le système : telle fut la machine en question[1]. »

On utilisait de la terre à foulon, ou argile smectique (une argile qui a la propriété d'absorber les matières grasses), pour le foulonnage des laines afin de dégraisser les étoffes[2]. Cette opération permettait aussi de resserrer les fibres du tissu pour lui donner de l'épaisseur et du moelleux. Le battage hydraulique, avec de lourds maillets de bois frappant de la laine tissée, est une opération d'apprêt complémentaire du filage et du tissage ; le foulage pouvait apporter jusqu'à 50 % de plus-value par rapport à une pièce de tissu non foulée[3].

« Les pièces à fouler sont placées dans des cuves, les "piles", avec de l'eau chaude et de l'argile pulvérisée, ou terre à foulon. Sous l'action des maillets en bois munis de dents et de l'eau chaude, il y a resserrement et imbrication des fibres de laine les unes dans les autres, comme pour le feutre. La forme des maillets tend à faire tourner l'étoffe dans les piles, le foulage est ainsi homogène. Il faut régulièrement retirer le tissu de la pile pour le démêler, il rétrécit en longueur et en largeur[3]. »

Les moulins à foulons étaient aussi employés par les mégissiers pour le battage des peaux, des cuirs.

On nomme "Chardon à foulon" ou "cardère à foulon" (dipsacus sativus) une variété de chardon cultivée dont les têtes, plus allongées que son homologue sauvage, servaient à carder les étoffes de laine et à rendre le poil des draps plus lisse et plus uni. Cette plante était cultivée à proximité des manufactures de draps ; en 1862 encore, 2 326 ha de "chardon à foulon" étaient cultivés en France[4].

Le fouloir[modifier | modifier le code]

Schéma d'un foulon:
1 = roue à aubes,
2 = arbre à cames,
3 = maillets,
4 = eau alcaline,
5 = tissu à fouler.

Le fouloir est en général de fabrication artisanale et adapté à l'endroit où il doit fonctionner ; il peut donc présenter une configuration totalement différente d'un lieu à un autre. La position des maillets (3) peut être horizontale ou inclinée (comme sur le schéma), l'arbre à cames (2) peut avoir des cames rapportées ou creusées dans la masse de l'arbre.

Les tissus à fouler (5) sont disposés contre une butée dans le cas de maillets verticaux ; dans le cas de maillets horizontaux, le tissu est placé dans une auge (ou bac). Il est toujours abondamment arrosé par de l'eau alcaline additionnée de terre à foulon dans le cas du traitement des tissus. Pour le foulage du feutre, l’eau est chauffée et acidulée.

Lieux d'exploitation[modifier | modifier le code]

Les moulins à foulon se sont développés, depuis l'Antiquité, dans les lieux où on disposait d'une source abondante en eau et, autant que possible, peu éloignés des élevages de moutons producteurs de laine.

Ces moulins, qui ont un gros besoin en eau, se sont développés sur les cours d'eau au profit de petits seigneurs, qui en détenaient les droits dans le cadre des banalités. Ceux-ci les baillaient à des fermiers, qui utilisaient des ouvriers foulons ou foulonniers. Avec Henri IV, les moulins à foulons sont règlementés, voire contrôlés et deviennent des "manufactures".

Ces installations sont, ou étaient, en usage dans toutes les régions du monde, où le lavage de la laine ou le tannage des peaux demandaient une grande manutention et une ressource en eau suffisante pour actionner le moteur hydraulique.

Avec l'essor industriel, au XIXe siècle, ces moulins ont été, à quelques exceptions près, remplacés par des installations modernes, principalement pour la fabrication du feutre de l'industrie chapelière.

Exemples[modifier | modifier le code]

Galerie d’images[modifier | modifier le code]

Les images ci-dessous proviennent des moulins du Parc national de Krka en Croatie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jules Verne, L'Île mystérieuse, 1874, page 312
  2. Bourde, Revue des Travaux publics, 1928, page 88
  3. a, b et c Andrée Le Gall-Sanquer, Jean-Luc Richard, Marie-Louise Richard, "L'or bleu (An aour glaz) : le lin au pays de Landerneau-Daoulas", Association Dourdon, Cloître Imprimeurs, 2005, [ISBN 2-9505493-1-4]
  4. a et b http://www.tassel.fr/page14.htm
  5. http://www.cugand.fr/fr/index.php?r=decouvrir&c=3&m=moulin

Liens externes[modifier | modifier le code]