Château de Saint-Cloud

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Château de Saint-Cloud
Image illustrative de l’article Château de Saint-Cloud
Le château de Saint-Cloud au XVIIe siècle.
Type Palais
Propriétaire initial Royaume de France
Destination initiale Résidence
Propriétaire actuel République française
Destination actuelle Parc (460 ha)
Coordonnées 48° 50′ 15″ nord, 2° 12′ 53″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Hauts-de-Seine
Commune Saint-Cloud
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Château de Saint-Cloud

Le château de Saint-Cloud était un château royal situé à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) dans un site surplombant la Seine. Bombardé et incendié pendant la guerre franco-allemande de 1870, il ne subsiste aujourd'hui que le parc de 460 hectares, dénommé officiellement « domaine national de Saint-Cloud ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Le château des Gondi (XVIe siècle)[modifier | modifier le code]

Les Gondi sont une famille de financiers florentins arrivés en France en 1543 à la suite de Catherine de Médicis. Dans les années 1570 – sans doute en 1577 – celle-ci offre à Jérôme de Gondi une maison à Saint-Cloud dénommée « hôtel d'Aulnay ». Autour de cette maison, Jérôme de Gondi fait bâtir un château de plan en « L » bordant une terrasse. La principale façade regarde le sud, et l'aile s'achève par un pavillon d'où l'on embrasse une vue sur la Seine.

C'est dans ce château qu'Henri III s'installe pour conduire le siège de Paris, tenu par les Ligueurs. C'est là que, le , il est assassiné par le moine Jacques Clément. C'est là qu'Henri IV est reconnu roi.

Après la mort de Jérôme de Gondi en 1604, le château est vendu en 1618 par son fils Jean-Baptiste II à Jean de Bueil[Lequel ?], comte de Sancerre. Mais ce dernier meurt peu après, en 1625, et Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, rachète le domaine et y fait faire des embellissements, notamment par Thomas Francine, qui travaille dans les jardins.

À la mort de Jean-François de Gondi en 1654, Philippe-Emmanuel de Gondi en devient propriétaire, puis son neveu Henri de Gondi, duc de Retz, qui vend la propriété en 1655 à Barthélemy Hervart, financier d'origine allemande, intendant puis surintendant des Finances. Celui-ci agrandit le parc jusqu'à 12 hectares, et fait faire à Saint-Cloud des travaux considérables dont on ignore à peu près tout. On sait seulement qu'il fait construire dans le parc une grande cascade, souvent confondue avec celle qui a été conservée, plus tardive.

Le château de Monsieur (1658-1701)[modifier | modifier le code]

Distribution du premier étage du château de Saint-Cloud vers 1700.
Évocation du cabinet des Porcelaines de Monsieur au château de Saint-Cloud, vers 1685.
Schéma donnant l'échelle réelle de la perspective de Jacques Rousseau en entrant dans l'Orangerie de Saint-Cloud depuis le parterre, vers 1690.
Vue d'artiste des jardins bas de Saint-Cloud depuis le haut de l'escalier, état vers 1700.
Vue générale du domaine de Saint-Cloud, gravure d'Adam Pérelle.

On sait que c'est en 1658 que le domaine fut acheté par le roi Louis XIV (en fait par Mazarin) pour que Monsieur, duc d'Anjou et futur duc d'Orléans, frère du roi, dispose d'une belle résidence « de campagne », mais aucun document ne permet de reconstituer les conditions et les étapes de la vente de la propriété d'Hervart à la Maison de France. L'information souvent reproduite[réf. nécessaire] selon laquelle c'est le que Monsieur achète le domaine de Saint-Cloud pour 240 000 livres, quelques semaines après que Hervart y aurait organisé une fête somptueuse en l'honneur de Louis XIV, de Monsieur, duc d'Anjou et futur duc d'Orléans, frère du roi, de leur mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin, est contredite par les gazettes du temps. On lit en effet dans La Gazette du  :

« Le 6, le roi, avec lequel était Monsieur et Son Éminence, alla prendre le divertissement de la promenade à Saint-Cloud, dans la belle maison du sieur Dervar [sic], l’un des contrôleurs généraux des finances, qui les traita à dîner, et les principaux de la cour, avec tant de magnificence qu’il en reçut tous les témoignages possibles de satisfaction de Sa Majesté ; qui voulut ensuite revoir pour la seconde fois, à Chaillot, la baleine qu’on y a conduite des côtes de Fontarabie […] »

Puis dans celle du 19 octobre :

« Le 12 du courant, la reine [Anne d’Autriche], accompagnée de Mademoiselle, alla voir à Saint-Cloud la belle maison de Monsieur, qui appartenait ci-devant au sieur Dervart [sic] ; et le roi s’y étant aussi rendu, ce prince y donna à toute la compagnie une collation des plus splendides. »

La transaction avait donc dû avoir lieu avant — et même sans doute bien avant cette date du 12 octobre — et que tout avait déjà été probablement décidé lors du dîner offert par d'Hervart le 6. Les raisons exactes de cette acquisition restent inconnues. Mazarin entreprenait-il une politique de constitution d'un réseau de châteaux royaux dans l'Ouest parisien ? Ou bien s'agissait-il de pourvoir le « petit Monsieur », qui venait d'avoir dix-huit ans, d'un train de vie digne du frère de celui qu'on commençait déjà à appeler « le plus grand Roi du Monde » (sans attendre la disparition de celui qui était encore le « Monsieur » en titre, Gaston d'Orléans, frère du défunt roi Louis XIII) ? On constate en effet que c'est en ce même mois d'octobre 1658 que Philippe se voit gratifier d'un autre attribut princier, une troupe de théâtre, en l'occurrence celle de Molière.

Depuis l'acquisition du domaine jusqu'à sa mort en 1701, Monsieur entreprend des travaux d'agrandissement du château. Ceux-ci sont dirigés par son architecte, Antoine Le Pautre, jusqu'à la mort de ce dernier en 1679, puis par son second, Jean Girard, maître maçon plutôt qu'architecte, et peut-être Thomas Gobert. Jules Hardouin-Mansart intervient à la fin du siècle. Le décor intérieur est confié aux peintres Jean Nocret et Pierre Mignard. Le jardin est redessiné par André Le Nôtre et le parc est considérablement agrandi entre 1659 et 1695, passant de 12 à 590 hectares, soit quasiment la superficie de l'emprise actuelle. Le montant des achats ainsi réalisés atteint 156 000 livres.

C'est au château de Saint-Cloud que meurt en 1670 la première femme de Monsieur, Henriette d'Angleterre, dont Bossuet a prononcé la très célèbre oraison funèbre (« Madame se meurt, Madame est morte. »).

En octobre 1678, de magnifiques fêtes y sont données pendant cinq jours en l'honneur de Louis XIV, qui peut ainsi découvrir la somptuosité du château bâti par son frère.

Le duc d'Orléans y meurt à son tour, le au matin, d'une crise d'apoplexie, le lendemain d'une dispute avec le roi au sujet du mariage de leurs enfants[1].

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Saint-Cloud au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Après la mort de Monsieur, frère de Louis XIV, Saint Cloud passe à son fils Philippe d'Orléans, qui exerce la fonction de régent du jeune Louis XV, après la mort de Louis XIV en 1715. En 1717, le régent reçoit à Saint Cloud le tsar Pierre Ier de Russie, lors de sa visite en France.

À sa mort, en 1723, le domaine passe à son fils, Louis d'Orléans, dont le mariage avec Auguste de Bade-Bade, en 1724, donne lieu à une grande fête à Saint Cloud. Les deux époux y résident principalement, mais la princesse meurt prématurément en 1726. Louis d'Orléans ne se remarie pas et se réfugie dans la religion. En 1735, il donne à Saint-Cloud une fête en l'honneur de la reine Marie Leszczynska, puis en 1743, une autre à l'occasion du mariage de son fils, Louis-Philippe d'Orléans, avec la princesse Louise-Henriette de Bourbon Conti. Quelques mois après la mort de son père, en 1752, Louis-Philippe d'Orléans donne à Saint-Cloud une fête ouverte au public, en l'honneur de la guérison du dauphin.

Après la mort de son épouse, en 1759, il se lie avec la marquise de Montesson, qu'il finit par épouser morganatiquement en 1773. Il laisse Saint-Cloud à son fils, le futur Philippe-Égalité, qui y séjourne régulièrement avec ses enfants.

Le , le château de Saint-Cloud est acquis par Louis XVI pour la reine Marie-Antoinette. Louis XVI avait pour visée d'y établir la famille royale et la Cour dans la perspective de travaux d'envergure à venir au château de Versailles à partir de 1790. Dans une visée d'économies, Saint-Cloud est mis au nom de la reine, ce qui permet d'éviter les charges des gouverneurs[2]. Peu avant sa mort, le duc d'Orléans, Louis-Philippe « le Gros », qui ne va plus à Saint-Cloud depuis son mariage morganatique avec Madame de Montesson, est contraint de céder le domaine au roi pour 6 millions de livres.

Marie-Antoinette fait transformer le château en 1787-1788 par son architecte attitré, Richard Mique[3].

Assignée à résidence aux Tuileries à partir du mois d'octobre 1789, la famille royale est autorisée à séjourner à Saint-Cloud pendant la belle saison. Conçu comme une résidence privée, le château de Saint-Cloud est apprêté au printemps 1790 pour recevoir la Cour, qui y suit la famille royale dans son séjour, de juin à novembre 1790.

En juillet 1790, Saint-Cloud est le cadre d'une entrevue célèbre entre Marie-Antoinette et Mirabeau.

En avril 1791, la famille royale est empêchée par des émeutiers de venir à Saint-Cloud, ce qui, pour une part, déterminera la fuite de Varennes, deux mois plus tard.

Sous la Révolution, le château, devenu bien national, n'est plus habité et ses meubles sont vendus[3], alors que le parc est ouvert au public.

C'est dans l'orangerie du château que se déroule le coup d'État du 18 brumaire qui abolit, le , le Directoire au profit du Consulat.

Saint-Cloud au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le , la proclamation de Napoléon Ier comme empereur des Français se déroule au château de Saint-Cloud. Napoléon le fait remettre en état et en fait sa deuxième résidence, après le palais des Tuileries.

Le 1er avril 1810, le mariage civil de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche a lieu dans la galerie d'Apollon du Château de Saint-Cloud, suivi le lendemain par une cérémonie religieuse au Palais du Louvre.

Le 23 juin 1811, d'importantes festivités ouvertes au public sont données dans le parc de Saint-Cloud à l'occasion de la naissance, le 20 mars 1811, de leur fils, le futur Napoléon II[3]. L'Empereur et l'impératrice parcourent le parc en calèche, acclamés par quelques trois cent mille personnes qui peuvent jouer à des jeux alors que des buffets, puis un feu d'artifice, leur sont offerts.

À l'issue des Cent-jours, le château de Saint-Cloud est occupé par le maréchal Blücher, dont les troupes cantonnent dans le parc, y occasionnant des déprédations.

À la Restauration, Louis XVIII, qui se déplace difficilement, vient peu à Saint Cloud mais y fait faire des aménagements, en particulier le jardin du Trocadéro, sur le côteau de Montretout, derrière l'aile droite du château, pour les enfants du Duc de Berry, ainsi nommé en souvenir d'une bataille remportée pendant l'expédition d'Espagne, en 1823[4].

Charles X apprécie Saint Cloud, où il fait de longs séjours à la belle saison durant son règne, avec sa famille, tout en continuant à diriger le gouvernement de la France. Sa belle-fille, la duchesse d'Angoulême, réside alors non loin de là, au château de Villeneuve l'Etang.

Le 25 juillet 1830, le roi Charles X signe au château de Saint-Cloud les ordonnances de Saint-Cloud, qui vont amener la révolution de 1830.

Arrivé au pouvoir en août 1830, Louis-Philippe ne se reconnaît pas vraiment dans la demeure construite pour son aïeul, Monsieur, frère de Louis XIV, mais la fait aménager pour le séjour de sa nombreuse famille, sa sœur, Madame Adélaïde, son épouse, la reine Marie-Amélie, et leurs huit enfants.

Le 24 mars 1840, le mariage du prince Louis d'Orléans est célébré au château de Saint Cloud avec la princesse Victoire de Saxe Cobourg Gotha, civilement dans la galerie d'Apollon, religieusement dans la chapelle.

Le 20 avril 1843, le mariage de la princesse Clémentine d'Orléans avec le prince Auguste de Saxe Cobourg Gotha y est célébré à son tour, de la même manière.

Le , c'est à Saint-Cloud, dans la galerie d'Apollon, que Napoléon III, rééditant le geste de son oncle, se fait investir par les grands corps de l'État à la dignité impériale. Chaque année, au printemps et à l'automne, Napoléon III et Eugénie, qui éprouve une admiration pour Marie-Antoinette, ancienne propriétaire des lieux, établissent leur cour au château.

Napoléon III fait construire pour le Prince impérial un réseau de chemin de fer de jardin dans le parc[5]. Le château sera régulièrement utilisé pour accueillir des personnalités de haut rang, notamment des membres de familles royales européennes. La reine Victoria ainsi que son mari le prince Albert y séjournent lors de leur visite en France en 1855, à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris[6].

Sous Napoléon III, le bureau du Roi Louis XV est conservé au château de Saint-Cloud, dans le cabinet de travail de l'impératrice.

C'est de Saint-Cloud, où il a déclaré la guerre à la Prusse lors d'un conseil des ministres, le 18 juillet 1870, que, le , Napoléon III part pour l'armée.

Dans les semaines suivantes, les plus belles œuvres d'art du château sont transférées au Mobilier national et au Palais du Louvre.

Le 21 septembre 1870, le château est investi par les troupes prussiennes[7], qui, le 1er octobre, en chassent le régisseur du domaine et son personnel.

Devenu quartier-général de l'armée allemande, le château est incendié le , alors qu'il est la cible de canons français postés au fort du Mont-Valérien pendant le siège de Paris.

Après la guerre, Saint-Cloud reste à l'état de ruines pendant plus de vingt ans, jusqu'à ce qu'elles soient rasées en 1892.

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Architecture[modifier | modifier le code]

Le château des Gondi[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, la maison de Jean-François de Gondi est une juxtaposition hétéroclite de pavillons et corps de bâtiments sans recherche de symétrie. Elle s’ouvre à l’est sur une cour, bordée par une galerie à arcades. La belle façade regarde le sud et s’ouvre sur une terrasse décorée de parterres de broderies. Elle s'orne des portraits sculptés des quatre souverains qui se sont succédé depuis 1560 (Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII). À son extrémité s’élève un haut pavillon à quatre niveaux dominant la Seine. La propriété est entourée de 12 arpents (5 hectares) de terrain.

Ce château a été gravé par Israël Silvestre et Adam Pérelle. Selon les témoignages contemporains (mais cela n'apparaît guère sur les gravures), il était à l'italienne — c'est-à-dire couvert d'un toit plat — et les façades en étaient peintes à fresque. Les jardins, qui descendaient en terrasses jusqu'à la Seine, étaient dotés de toutes les attractions alors à la mode en Italie : cascades, grottes, fontaines, etc. En subsiste le grand jet, dans le bas du parc.

Le château de Monsieur[modifier | modifier le code]

Le château et ses intérieurs[modifier | modifier le code]

Le château de Saint-Cloud au XVIIe siècle, détail d'un tableau d'Étienne Allegrain (vers 1675).

Le château construit par Monsieur affecte la forme d'un U ouvert vers l'est, face à la Seine. Le château des Gondi est intégré dans l'aile gauche. Sur l'arrière, une longue orangerie forme aile dans le prolongement de l'aile droite sur cour. L'avenue d'entrée, bordée par les communs et les dépendances (conservés), part en biais en direction du pont. Hardouin-Mansart construit dans l'aile gauche un grand escalier dans le style de l'escalier des Ambassadeurs de Versailles (détruit en 1752).

L'intérieur se signale notamment par le décor exécuté en 1660 par Jean Nocret dans l'appartement de l'aile gauche (appartement de Madame) et par la galerie d'Apollon, longue de 45 mètres, située dans l'aile droite, entièrement décorée par Pierre Mignard (1677-1680). La galerie doit son nom aux peintures du plafond, consacrées au mythe d'Apollon. La magnificence de cet ensemble vaudra au peintre de supplanter à Versailles son rival Charles Le Brun, auteur, quelques années auparavant, d'un travail similaire pour la galerie d'Apollon du Palais du Louvre.

L'orangerie, quant à elle, est décorée de fresques par Jean Rousseau.

Les jardins[modifier | modifier le code]

Dessiné par André Le Nôtre, le parc de Saint-Cloud affecte le dessin habituel du célèbre paysagiste, ordonné selon deux axes perpendiculaires dont l'un est parallèle à la Seine. La manière dont Le Nôtre a tiré parti d'un relief accidenté et d'une situation complexe — le château se trouvant implanté à mi-colline et non sur la hauteur — est extrêmement remarquable, tout comme la sophistication du plan. La Grande Cascade, construite en 1664-1665 par Antoine Le Pautre et qui a été conservée, en est l'un des éléments les plus notables. Le bassin et le canal du bas ont été ajoutés par Hardouin-Mansart en 1698-1698.

Les transformations des XVIIIe et XIXe siècles[modifier | modifier le code]

La dernière campagne de travaux importante est celle menée par Richard Mique pour Marie-Antoinette en 1787-1788. Il élargit le corps de logis et la moitié adjacente de l'aile gauche et refait les façades côté jardin de ces parties. Dans l'aile du fer à cheval (aile gauche du château), il fait démolir l'escalier construit par Hardouin-Mansart et construit un nouvel escalier en pierre avec rampe en fer forgé. La cage de cet escalier est ornée, au niveau du premier étage, par deux bas-reliefs, de Joseph Deschamps. Des éléments de l'escalier supprimé sont remontés dans l'ancienne chapelle, pour y créer, dans le corps de logis central du château, un escalier d'honneur donnant directement accès aux grands appartements[8]. La chapelle est transférée sur le côté et à l'extrémité de l'aile droite. Sa tribune est accessible par le fond de la galerie d'Apollon.

En revanche, les occupants ultérieurs de Saint-Cloud, Napoléon Ier, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe Ier et Napoléon III, n'y font réaliser que des aménagements limités, essentiellement des travaux de décoration intérieure, ou d'aménagement des pièces, en fonction de leur destination.

Napoléon Ier fait transformer en salle du trône, le salon de Vénus, décoré par Lemoyne et Nocret.

Louis-Philippe fait créer la bibliothèque, en forme de cathédrale, sur trois niveaux, dont deux desservis par des galeries. Cette bibliothèque est installée au centre du corps de logis central du château, contre l'escalier d'honneur, et éclairée par un puits de lumière, percé dans le toit.

Napoléon III fait démolir l'Orangerie et la salle de Théâtre en 1862. L'impératrice fait transformer en un salon de style Louis XVI l'ancienne chambre d'Henriette d'Angleterre[9].

Michel-Victor Cruchet a réalisé en 1856 la décoration du petit salon de l'empereur à l'orangerie. Auteur des ornements en carton-pierre du plafond, des boiseries sculptés sur bois de tilleul et du chambranle de cheminée en marbre dans le style néo-Louis XVI.

En 1864 le château, ses dépendances et son parc sont décrits ainsi : « le parc contient 392 hectares ; le château et ses dépendances renferment en outre les appartements de l'Empereur et de l'Impératrice, 45 appartements de maître, 600 logements de suite, des écuries pour 232 chevaux, remise pour 20 voitures, corps de garde pour 180 hommes d'infanterie et 34 de cavalerie, non compris la caserne des gardes du corps qui contient 1 500 hommes d'infanterie et 150 de cavalerie »[réf. nécessaire].

Vers 1868, le photographe parisien Pierre-Ambroise Richebourg réalise un album de 99 photographies représentant les intérieurs et l'extérieur du château ainsi que son parc[10].

À la même époque, l'intendant du domaine, Armand Schneider, constitue aussi un album de photographies sur le château et son parc[11].

Saint-Cloud aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le domaine national de Saint-Cloud est aujourd'hui la propriété de l'État et dépend du ministère de la Culture. Il a été donné en gestion au Centre des monuments nationaux. Il est ouvert au public et il est même possible d'y circuler en voiture, moyennant l'acquittement d'un droit d'entrée de 5,50 .

Décoration[modifier | modifier le code]

L'appartement de l'impératrice[modifier | modifier le code]

Chambre de l'impératrice par Jean Baptiste Fortuné de Fournier

Cette pièce d'angle, la seule boisée de l'appartement, constituait la chambre de l'impératrice. C'est sous Monsieur une chambre privée pour Madame, sous Marie Antoinette, cette pièce lui sert de grand cabinet. C'est une pièce assez vaste, qui s'éclaire par deux fenêtres sur la cour d'honneur et par deux fenêtre sur la Seine, et s'ouvre par deux portes du côté des fenêtres sur le cabinet de toilette et sur la salle de bain de l'appartement sous le Second Empire.
Le somptueux décor de boiseries sculptées et dorées à l'antique accompagné d'une cheminée (située entre les deux fenêtres qui donnent sur la cour d'honneur) est exécuté sur les indications de Mique pour la reine Marie Antoinette à la fin du XVIIIe siècle. Sous celle-ci, le mobilier très abondant comportait un canapé, deux bergères, deux fauteuils, quatre cabriolets, quatre chaises et deux tabourets de pied en bois sculpté et doré commandés à Sené. Sous le Second Empire la pièce est annexée à l'appartement de l'Impératrice par Eugénie. Elle devient sa chambre à coucher, dans laquelle elle place deux commodes au chiffre de Marie Antoinette venant de Compiègne. C'est dans cet état qu'elle est représentée sur cette aquarelle de Fortuné de Fournier (ci-contre). L'essentiel du mobilier a été sauvé et se partage entre le Louvre et le salon de Musique de l'Impératrice à Compiègne.

Cabinet de toilette de l'impératrice

C'est une pièce très agréable, s'ouvrant sur quatre fenêtres cintrées et donc très lumineuse, qui donnent sur le bassin du fer à cheval et sur le parc. Des panneaux de boiseries au motif très raffiné alternent avec les glaces et les arcades des portes sont décorées de festons et guirlandes de fleurs tenus par des amours et ornant des médaillons. Le plafond s'orne d'une belle frise et d'une rosace à guirlandes de fleurs. Sous Marie Antoinette, c'est le cabinet intérieur du roi. Boulard a créé pour celui-ci un canapé où il puisse « s'étendre sur toute sa longueur ». On y trouve aussi un fauteuil avec un pupitre mécanique, recouvert de pékin, d'autres sièges, une commode d'acajou et un secrétaire de Riesener conçu pour la reine mais qui finira chez le roi. Un râtelier porte-montres est accroché au mur, montrant la passion de Louis XVI pour les arts mécaniques. Sous Eugénie, il devient le cabinet de toilette de l'impératrice, meublé de tout le nécessaire dont un psyché de style Louis XVI aujourd'hui à Compiègne. Ce salon s'ouvre sur une salle de bains qui le met en communication avec la chambre de l'Impératrice installée dans l'ancien Grand Cabinet de la Reine.

Cabinet de travail de l'impératrice

C'est l'ancien cabinet du Conseil du Roi. À la place des quatre grands panneaux de boiseries qui datent d'Eugénie, il y avait un lampas fond bleu de ciel à losanges gris, corbeilles et fleurs et oiseaux, qui alterne avec les miroirs et les petits panneaux de boiseries. Il était meublé d'une table du conseil en acajou en deux parties pliantes qui pouvaient se ranger sous une paire de consoles en bois doré que complétait une commode en laque noire et bronze doré. Les sièges étaient composés d'un grand fauteuil et de pliants tendus du même tissu que les murs. La cheminée de marbre blanc et bronze doré, était ornée d'une pendule du modèle de l'étude. Le Cabinet du Conseil devient sous le second Empire le cabinet de travail de l'impératrice. On ajoute alors les chiffres impériaux au-dessus de porte, les panneaux de boiserie sont posés, on repeint le plafond à la demande d'Eugénie « plafond à ciel bleu et nuages », et on y installe le secrétaire à cylindre de Louis XV, qui sert à l'impératrice jusqu'en 1870, et il a été heureusement rapatrié au Louvre avant l'incendie en 1871 du château.

Grand salon de l'impératrice

C'est l'ancienne chambre de Louis XVI. Celle-ci est tendue entre les panneaux de boiseries d'un gros de Naples broché dont le modèle a été conservé. Montrant le goût de Louis XVI pour la mécanique, quatre cadrans ont été installés dans les panneaux de boiserie de l'alcôve par l'horloger Robin : baromètre, thermomètre, deux pendules dont une indique les phases de la lune, qui ont disparu dans l'incendie. Deux garde-robes auxquelles donnent accès deux portes sous tenture sont aménagées pour le roi derrière l'alcôve. Sous l'Empire la chambre devient le Salon de Famille, rôle qu'il conserve ensuite jusqu'en 1870. C'est la plus grande pièce des appartements royaux et impériaux : 8 mètres sur 10, soit les dimensions du salon de Diane à Versailles pour donner un élément de comparaison. La pièce est en saillie par rapport aux autres : deux fenêtres latérales vraies auxquelles deux fausses en miroirs sont placées de part et d'autre des portes. Celles-ci sont doublées pour maintenir la symétrie. Une partie importante du décor de boiseries a été complété en 1855, notamment sans doute les panneaux de boiseries du mur du fond qui correspond à l'alcôve tendue de tissu sous Louis XVI. L'ornement majeur du salon est le tableau de Murillo, la Sainte Famille, que l'Impératrice avait obtenu de haute lutte du Louvre, lequel s'est empressé de le récupérer dès le 23 août 1870. Il était placé là où se trouvait le lit royal. L'autre curiosité de la pièce était une glace mouvante qui se trouvait au-dessus de la cheminée, entre les fenêtres face à ce tableau.

Salon des officiers

Le Salon des officiers est l'ancien salon des Nobles du Roi. Elle était alors tendue d'un damas jaune bordé de baguettes dorées. Une grande carte collée sur toile avec les plans de Versailles et de ses environs orne l'un des murs, sans doute celui du fond. Comme la précédente, elle a été réduite en profondeur sous Louis Philippe pour créer le couloir entre les deux appartements. Il porte le nom de Salon Vert, du fait de la soie verte qui recouvre ses murs et le dessus des portes et qui sert de fond à des tableaux modernes, ou de Salon des Dames, car c'est là que se tiennent les dames du premier cercle de l'impératrice. Une cheminée de marbre bleu turquin surmonté d'une glace est la seule rupture dans ce décor vert avec le plafond peint de nuages sur fond de ciel bleu.

Salon des dames

Le Salon des Huissiers, ancienne seconde antichambre du roi. C'est une pièce oblongue, qui a été raccourcie en profondeur sous Louis Philippe d'environ 1,30 m pour créer le couloir évoqué quand nous étions dans le salon du Conseil. Sous Louis XVI, elle est tendue d'un taffetas vert sur lequel sont tendus des tableaux de scènes mythologiques et des portraits, avec des dessus de porte en grisaille de Sauvage. Cette pièce est dans l'angle du premier château de Saint Cloud, donc en saillie par rapport au bâtiment qui abrite l'antichambre, l'escalier et la salle à manger, ce qui fait qu'une fenêtre occupe le mur latéral. La porte donne sur l'antichambre que nous venons de traverser. Une cheminée de marbre blanc chauffe la pièce. Les murs du salon sont tendus d'un damas cramoisi du même modèle que celui de l'appartement de l'empereur, et qui lui vaut aussi le nom de « Salon rouge ».

Devenir des ruines[modifier | modifier le code]

L'historienne Séverine Drigeac, chargée de documentation au domaine de Saint-Cloud, rappelle que les ruines furent démolies vingt ans après l'incendie de 1870 : « Les pierres furent vendues à l'encan, écartant ainsi à jamais le projet d'une reconstruction ». Il ne reste rien sur place du château, mis à part huit statues abritées dans le musée de Saint-Cloud[3].

La grille du parc du château de la Punta (Corse) provient des ruines du château de Saint-Cloud[12].

Les bas reliefs exécutés par Joseph Deschamps pour la cage d'escalier : La course d'Hippomène et d'Atalante et Le triomphe de Flore, ont été remontés au palais royal de Laeken, à Bruxelles, pour un petit-fils de Louis Philippe, Léopold II, roi des Belges.

Des pierres provenant de l'aile droite du château de Saint-Cloud, notamment le fronton triangulaire à son extrémité, sont achetées pour être réemployées à la construction, en Bulgarie, du château d'Euxinograd, résidence d'un autre petit-fils de Louis-Philippe, Ferdinand Ier, roi des Bulgares.

Le fronton, à l'extrémité de l'aile gauche, est remonté en région parisienne, dans le parc de Jeurre.

Le fronton sur le « fer à cheval » est remonté à l'entrée du domaine royal de Dreux et celui au centre de l'aile nord sur le château Nagelmackers de Villepreux[13].

Reconstruction du château de Saint-Cloud[modifier | modifier le code]

Depuis 2006, l'Association Reconstruisons Saint-Cloud ! milite en faveur de la reconstruction du château dont subsiste, selon l'architecte en chef des monuments historiques, Pierre-André Lablaude, l'ensemble des fondations, soit 25 % de l'édifice, que ce soit en termes de volume ou de coût financier.[réf. nécessaire]

S'inspirant de l'actuelle construction du château fort de Guédelon dans l'Yonne, et de la reconstruction du château de Berlin, de 2013 à 2020, cette association propose que la reconstruction du château de Saint-Cloud soit également effectuée dans le cadre d'un chantier ouvert au public dont les entrées payantes serviraient au financement des travaux, permettant ainsi la création d'un musée vivant des métiers d'art.

Afin de montrer les différentes opportunités économiques que cette renaissance présenterait, l'Atelier Cos a réalisé en 2014 une étude architecturale. À partir de cette étude, la société d'économie de la construction « Gleeds » a chiffré le coût total de cette opération entre 162 et 207 millions d'euros[14].

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Saint-Cloud par Allegrain.

Lieu de tournage[modifier | modifier le code]

En 2016, une équipe de l'émission Secrets d'Histoire a tourné plusieurs séquences au château[pas clair] dans le cadre d'un numéro consacré à Philippe d'Orléans, intitulé Le Régent, un libertin sur le trône de France, diffusé le sur France 2[16].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Saint Simon, Mémoires, tome III, Chapitre IX, pages 163 et 164 Fac-similé disponible sur Wikisource (Wikisource)
  2. Mme Campan, Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, Reine de France et de Navarre (Tome premier), Paris, Baudoin Frères, 1823 (2e édition), 382 p. (lire en ligne), p.271-275
  3. a b c et d Mylène Sultan, « Les métamorphoses de deux villes », lexpress.fr, 13 novembre 2008.
  4. Philippe de Saint-Albin et Armand Durantin, Palais de Saint-Cloud, résidence impériale, Paris, Librairie centrale, , 257 p. (lire en ligne), p. 251-252
  5. Clive Lamming, Trains miniatures, LR Presse, , 149 p. (ISBN 978-2-903651-40-4), p. 42-43.
  6. « aint Cloud & Napoléon », sur www.ville-imperiale (consulté le 14 décembre 2020)
  7. Comte Fleury, Le Palais de Saint-Cloud, Paris, Librairie Renouard, ca 1900, 312 p. (lire en ligne), p. 266-267
  8. Jean Vatout, Le Palais de Saint-Cloud (souvenirs historiques) son histoire et sa description, Paris, Didier, , 497 p. (lire en ligne), p. 386-387
  9. Une vue du château de la cour d'honneur (papier marouflé sur panneau, avant 1845) par Louis-Léopold Boilly a figuré dans une vente aux enchères publiques à Paris le (cf. La Gazette Drouot no 22, , p. 118).
  10. « Livre numérique Richebourg », sur calameo.com (consulté le 2 avril 2021)
  11. « Le Palais de Saint-Cloud - Photographies rassemblées par Armand Schneider », sur gallica.bnf.fr (consulté le 3 avril 2021)
  12. François-Guillaume Lorrain, Ces lieux qui ont fait la France, Fayard, 2015.
  13. « Le château de Saint-Cloud », sur marie-antoinette.forumactif.org, (consulté le 2 avril 2021)
  14. http://www.reconstruisonssaintcloud.fr/Gleeds.pdf
  15. « Paysages patrimoniaux : le Mont-Valérien, Paris, les parcs et les bois », paysages.hauts-de-seine.developpement-durable.gouv.fr, 15 mai 2013.
  16. « Le régent, un libertin sur le trône de France », sur Inatheque (consulté le 23 octobre 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Vatout, Le Palais de Saint-Cloud (souvenirs historiques) son histoire et sa description, 1852, Paris, Didier, 497 p. ;
  • Philippe de Saint-Albin et Armand Durantin, Palais de Saint-Cloud, résidence impériale, 1864, Paris, Librairie centrale, 257 p. ;
  • Marius Vachon, Le château de Saint-Cloud, son incendie en 1870, inventaire des oeuvres d'art détruites ou sauvées, Paris, A. Quantin, , 104 p. (lire en ligne) ;
  • Comte Fleury, Le Palais de Saint-Cloud, sans date [ca 1900], Paris, Librairie Renouard, Henri Laurens éditeur, 312 p. ;
  • Sophie de Juvigny (dir.), Du coup d'État de brumaire à la fin de l'Empire. Napoléon Bonaparte à Saint-Cloud (Catalogue de l'exposition du musée municipal de Saint-Cloud), musée municipal de Saint-Cloud, , 152 p.
  • Florence Austin-Montenay (préf. Jean-Pierre Babelon), Saint-Cloud, une vie de château, Genève, Vögele, , 323 p. (OCLC 70140783)
  • Bernard Chevallier, Le palais de Saint-Cloud, Patrimoine Monum Éditions, coll. « Regards », , 64 p. (ISBN 9782757704240) ;
  • Bernard Chevallier, Aurélia Rostaing, Jean-Denis Serena, Marc Walter, Saint-Cloud - Le Palais retrouvé, 2015, Editions du Patrimoine, Centre des Monuments nationaux, 400 p. (ISBN 9782757702888) ;
  • Michaël Decrossas, « L'aménagement hydraulique des jardins bas de la Villa de Gondi à Saint-Cloud (1628-1636)  », dans Bulletin monumental, t. 175-4, (ISBN 978-2-901837-69-5), p. 377-384.


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]