Madame de Montesson

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Madame de Montesson
Madame de Montesson 2.JPG

Madame de Montesson par Élisabeth Vigée-Lebrun, vers 1779.

Biographie
Naissance
Décès
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Activités

Charlotte-Jeanne Béraud de La Haye de Riou, marquise de Montesson est une aristocrate française née le et morte le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d'une famille distinguée de Bretagne, Charlotte-Jeanne Béraud de La Haye de Riou épousa à 16 ans, en 1754, Jean-Baptiste, marquis de Montesson qui en avait 67, non sans l'avoir introduite à la Cour de Versailles.

Sa fortune s'était accrue par la mort de son frère unique, le marquis de la Haie de Riou, gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne, petit-fils aîné du roi et officier supérieur de gendarmerie, tué à la bataille de Minden en 1759. La même année, elle devint la maîtresse en titre du duc d'Orléans qui venait de perdre sa femme.

Le duc d'Orléans avait autrefois vécu un amour partagé avec Madame Henriette, fille aînée du roi mais n'avait pu l'épouser, Louis XV ne pouvant donner l'autorisation pour des raisons politiques. Le jeune duc avait alors convolé avec la princesse de Conti qui le trompa ouvertement.

Madame de Montesson devint veuve à son tour en 1769[n 1] ; son excellente réputation, sa beauté, ses talents, son amabilité et la bonté de son caractère la firent rechercher dans le monde.

Le duc d'Orléans tenta à nouveau d'obtenir du roi la permission d'épouser sa maîtresse, mais ce fut cette fois son propre fils, le duc de Chartres, qui s'y opposa résolument. Le roi consentit finalement en 1772, à la condition expresse que le mariage ne fût que morganatique et que Mme de Montesson ne devînt pas duchesse d'Orléans, ce qui fit dire que « faute d'avoir pu faire de la marquise de Montesson une duchesse d'Orléans, le duc d'Orléans s'était fait marquis de Montesson »[réf. nécessaire].

La bénédiction nuptiale fut donnée le dans la chapelle de l'hôtel de Mme de Montesson à la chaussée d'Antin, par le curé de Saint-Eustache dont elle était paroissienne, sur l'autorisation de l'archevêque de Paris et avec le consentement du roi[n 2], Sa Majesté « voulant que le mariage restât secret, autant que faire se pourrait », c'est-à-dire aussi longtemps qu'aucun enfant n'en serait le fruit. Le mariage ne fut cependant ignoré ni à la Cour ni à la ville, mettant Mme de Montesson, épouse du premier prince du sang sans avoir le titre et le rang de princesse, dans une position intermédiaire fort difficile[n 3].

Une vie discrète[modifier | modifier le code]

Madame de Montesson par Antoine Vestier.
Hôtel de Montesson à la chaussée d'Antin.

Après le mariage, le duc d'Orléans et sa nouvelle épouse durent fuir le Palais-Royal et Saint-Cloud, leur situation étant désormais incompatible avec les obligations de l'étiquette. Ils vécurent discrètement entre le château du Raincy et le château de Sainte-Assise, cadeau de mariage offert à Mme de Montesson, situé à Seine-Port et où, en dépit de plusieurs années d'intrigue, elle n'eut jamais l'honneur d'une visite royale.

Bien que censément résidence privée et simple maison de campagne, on menait grand train au château de Sainte-Assise. Une abondante domesticité composait une véritable maison civile et militaire. Vive, spirituelle et gaie, Mme de Montesson fut la bienfaitrice de Seine-Port, encourageant le développement du village par d'importantes attributions foncières et faisant montre de beaucoup de charité à l'égard des nécessiteux. Sur un terrain dépendant de son domaine, elle fit aménager une grande place pour accueillir deux foires annuelles. Elle organisa également un marché tous les jeudis, fit ouvrir de nouvelles rues pour développer le village. Elle céda des terrains à des conditions avantageuses à ceux qui souhaitaient s'établir à Seine-Port. Elle créa également une ferme hollandaise appelée la Vachette flamande.

Remarquable de par son caractère, son esprit et la singularité de sa situation dans le grand monde, Mme de Montesson se distinguait encore par des talents d'agrément peu communs. Élève de Gérard van Spaendonck, elle a laissé plusieurs tableaux de fleurs dignes de l'école de ce grand maître. Elle reçut aussi des leçons de physique et de chimie de Claude-Louis Berthollet et Pierre-Simon de Laplace, admis jusqu'à sa mort dans son intimité.

Mme de Chastenay témoigne dans ses Mémoires : « Cette femme, sans supériorité dans aucun genre, avait pourtant de véritables talents : elle peignait les fleurs d'une façon pleine d'agrément ; elle avait joué de la harpe et chanté avec succès ; elle avait beaucoup joué la comédie. Un peu gourmée dans ses manières et même, si l'on veut, affectée, à cause de l'incertitude de son attitude dans le monde, elle maintenait autour d'elle une sorte de cérémonial et d'apprêt. Parlant bas et assez lentement, le son de sa voix devenait comme le diapason au ton duquel restaient les conversations autour d'elle. Jamais Mme de Montesson n'avait dû briller par sa taille et par l'élégance des formes mais toute sa personne était gracieuse : la douceur de son esprit, la bonté parfaite de son cœur, la complaisance, l'aménité que l'on trouvait toujours en elle en faisaient la personne la meilleure à connaître et la plus sûre à aimer. »

Passionnée de théâtre, Mme de Montesson offrit sa protection à un certain nombre d'auteurs. Ceux qui étaient mal reçus dans les théâtres royaux purent ainsi donner en lecture leurs productions dans son salon. À la mort du comte de Pont-de-Veyle, le duc avait fait l'acquisition de sa riche bibliothèque dramatique qu'il avait offerte à sa femme. Celle-ci la compléta d'un très grand nombre de pièces tant manuscrites qu'imprimées[n 4]. Celle-ci fit également installer un théâtre de société dans son somptueux hôtel, construit par Alexandre-Théodore Brongniart à la chaussée d'Antin[n 5] où, ayant quitté son hôtel de la rue des Bons-Enfants au Palais-Royal, elle vint s'installer après 1780 et où on créa un certain nombre de spectacles agencés par les soins du chevalier de Saint-Georges qui, selon l'auteur des Mémoires de la marquise de Créquy[1], joua en quelque sorte le rôle de régisseur.

Mme de Montesson y divertissait son époux en donnant de petites comédies qu'elle écrivait – mais que Carmontelle revoyait avant qu'on les jouât – et où mari et femme jouaient souvent eux-mêmes : Marianne ou l'Orpheline, L'Heureux Échange, L'Amant romanesque, Le Sourd volontaire, La Fausse vertuetc. Au dire de sa nièce, Mme de Genlis (qui ne l'aimait guère), le jeu de Mme de Montesson était « aussi médiocre que ses pièces »[réf. nécessaire], mais ces représentations n'attiraient pas moins la société la mieux choisie. On dit que D'Alembert alla jusqu'à envisager d'admettre des femmes à l'Académie française pour y faire entrer Mme de Montesson.

Vers la fin de la vie du duc d'Orléans, Mme de Montesson prit pour amant le jeune comte de Valence, qui aurait pu être son fils et qui avait d'ailleurs épousé une de ses petites-nièces, Pulchérie de Genlis.

La mort subite du duc en 1785, l'affecta grandement, à quoi s'ajouta l'humiliation que lui fit Louis XVI en lui interdisant de porter son deuil de manière voyante et de le faire porter à ses domestiques.

Une contestation s'étant élevée au sujet du douaire stipulé par son contrat de mariage, Louis XVI signa néanmoins au mois de juillet 1792 un acte par lequel il reconnaissait les droits qu'elle avait comme épouse du duc d'Orléans.

Elle fit inhumer le cœur de son mari dans une chapelle, la chapelle Saint-Louis, qu'elle fit élever dans l'église de Seine-Port, à la suite de quoi elle vendit Sainte-Assise et se retira pendant un an au couvent de l'Assomption avant de regagner la chaussée d'Antin.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Brièvement emprisonnée sous la Terreur, elle fut libérée après le 9 thermidor.

La réserve qu'elle garda pendant toute la durée de sa vie, où elle compta de véritables amis sans s'exposer jamais à exciter la moindre inimitié, la douceur et l'affabilité qui lui étaient naturelles, peut-être aussi le souvenir des bienfaits répandus par elle autrefois dans la classe indigente du peuple : tout concourut à la sauver des dangers de la Révolution. On n'avait pas pu oublier entièrement que dans l'hiver excessivement froid de 1788 à 1789, elle avait fait ôter les arbres de son orangerie et les plantes qui ornaient les serres de ses jardins, pour que ces bâtiments devinssent des salles de travail ouvertes aux pauvres. Ils y recevaient la nourriture et des secours de toute espèce, en même temps qu'ils y trouvaient un abri contre les rigueurs de la saison[réf. nécessaire].

Amie de l'Impératrice[modifier | modifier le code]

Amie de Joséphine de Beauharnais qu'elle avait connue au temps de son premier mariage, elle avait renoué pendant l'expédition d'Égypte, puis un voyage aux eaux de Plombières. À son retour le général Napoléon Bonaparte, parcourant les papiers de sa femme, remarqua plusieurs lettres flatteuses de Mme de Montesson[n 6]. Dès lors, elle s'attira l'affection du premier consul, devenu ensuite empereur, qui lui fit payer son douaire, assis sur les canaux d'Orléans et du Loing, que Mme de Montesson avait préféré risquer de perdre entièrement, plutôt que de le faire liquider comme ses autres-créances sur l'État.

Jouant à nouveau un rôle mondain de premier plan et tenant un salon brillant, elle se fit aménager en 1802 toujours par Brongniart une retraite paisible au moulin de Romainville[n 7].

Décès[modifier | modifier le code]

Inscription dans l'église de Seine-Port.

Elle mourut à Paris le [n 8]. Ses obsèques furent célébrées avec beaucoup de pompe. Le corps demeura dans une chapelle ardente à l'église Saint-Roch pendant les trois jours nécessaires pour les préparatifs de la translation.

Selon son désir, son héritier, le comte de Valence, la fit inhumer à Seine-Port, dans le superbe monument qui abrite le cœur du duc d'Orléans [n 9]. Mais, ultime avanie, l'inscription qu'y fit graver le roi Louis-Philippe Ier, beau-petit-fils de la défunte, en 1834 ne mentionne pas sa présence. Seule une modeste plaque au mur donne son nom.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Dans ses Mémoires, Alexandre Dumas indique que son grand-père « tenait en véritable idolâtrie » Mme de Montesson[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Né en 1687, le marquis mourut après 15 ans de mariage et fut enterré aux Arcis de Meslay. Sa tombe fut violée pendant la Révolution française, et son corps, conservé par l'embaumement, profané.[réf. nécessaire]
  2. Par un édit de Louis XIII, il est défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du sang sans une lettre écrite de la propre main du roi. Celle de Louis XV ne contenait que ces mots : « Monsieur l'archevêque, vous croirez ce que vous dira de ma part mon cousin, le duc d'Orléans, et vous passerez outre. » Cf. Correspondance de Grimm, 3e partie, tome 3, p. 459.
  3. Par lettres patentes du , enregistrées deux jours après au parlement, Louis XVI autorisa Mme de Montesson à procéder, tant dans les tribunaux que dans les actes et contrats volontaires, sous ses seuls noms de famille.[réf. nécessaire]
  4. Rachetée par Soleinne à la mort de Mme de Montesson, elle fut dispersée en 1847. C'est Paul Lacroix qui en rédigea le catalogue.
  5. Aujourd'hui cité d'Antin.
  6. « N'oubliez jamais, lui disait-elle, que vous avez épousé un grand homme. »[réf. nécessaire]
  7. « Madame de Montesson habite le bois [de Romainville], été comme hiver, au milieu de jeunes femmes avec qui elle confectionne pour Joséphine, en 1804, de beaux ouvrages de crochet, de broderie et de tapisserie. » Cf. Jean Huret, Les Lilas, histoire de la colline des Lilas et de ses occupants au cours des âges, 1993.
  8. Son acte de décès porte la mention : « Veuve en secondes noces de Louis-Philippe d'Orléans. »[réf. nécessaire]
  9. Le prince avait ordonné par son testament que son cœur et ses entrailles seraient apportés dans cette église, « espérant, dit-il, que la dame du lieu y serait inhumée, à ses côtés, et voulant qu'ils fussent aussi unis après leur mort qu'ils l'avaient été pendant leur vie ».[réf. nécessaire]
Références
  1. Souvenirs de la Marquise de Créquy disponible sur Gallica
  2. Mes Mémoires, coll. Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1989, p. 6.

Sources[modifier | modifier le code]

« Madame de Montesson », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865 [détail de l’édition]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Strenger, « La Société de la marquise de Montesson », Nouvelle Revue, 1902
  • Joseph Turquan, Madame de Montesson, douairière d'Orléans, Paris, Émile Paul, 1904
  • Gaston Capon et R. Ive-Plessis, Les Théâtres clandestins du XVIIIe siècle, 1904
  • Liliane Olah, Madame de Montesson, Paris.

Liens externes[modifier | modifier le code]