Galerie d'Apollon

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Vue de la galerie d'Apollon.
Entrée de la galerie.
Vue de la galerie d'Apollon.
Duval, avant 1889.
Vers 1901.

La galerie d'Apollon est une pièce du palais du Louvre (aile Denon, 1er étage, salle 66), prototype du classicisme français tel qu'on le retrouvera à Versailles.

Chronologie succincte[modifier | modifier le code]

  • Avant 1661 : la Petite Galerie.
  • 1661 : début du chantier.
  • 1663-1677 : mise en œuvre du décor intérieur.
  • 1766-1781 : l'académie complète la galerie par des commandes à ses académiciens.
  • 1848-1851 : restauration de Félix Duban, peinture de la course d'Apollon par Eugène Delacroix[1].
  • 1999-2004 : restauration par le service des monuments historiques.

Les origines : la Petite Galerie[modifier | modifier le code]

En 1566, Charles IX commence les travaux de construction du rez-de-chaussée de la Petite Galerie, perpendiculaire à la Seine, qui servira de point de départ pour la future grande Galerie du bord de l’eau, reliant le Louvre aux Tuileries[Note 1], le long de la Seine[Note 2]. La future Galerie d’Apollon (un étage au-dessus) n’est alors que la terrasse des appartements de Charles IX[Note 3]. C’est lors de la construction de la Grande Galerie, entre 1595 et 1610, sous Henri IV, que la Petite Galerie se dote d’un étage, la Galerie des Rois, avec les portraits des rois et reines de France, la future Galerie d’Apollon. La Galerie des rois offre alors un plafond peint par Toussaint Dubreuil et les portraits des rois et reines de France, ainsi que ceux d’hommes illustres, sont réalisés par Jacob Bunel.

Le 6 février 1661, un incendie se déclenche dans la Petite Galerie lors du montage d’une scène pour un ballet ; l’étage et ses décors sont dévastés.

Louis XIV et la naissance de la Galerie d’Apollon (1661-1679)[modifier | modifier le code]

Après l'incendie du 6 février 1661, il est nécessaire de reconstruire cette partie du Louvre, fortement endommagée. Les travaux architecturaux sont confiés à Louis Le Vau, qui les réalise entre 1661 et 1663, tandis que Charles Le Brun est chargé par Colbert d'élaborer le programme décoratif. Il s'agit de la première galerie royale destinée à Louis XIV, qui servira de modèle à la galerie des Glaces du château de Versailles vingt ans plus tard.

Le programme décoratif de Le Brun[modifier | modifier le code]

Le programme décoratif de Le Brun suit un rythme extrêmement complexe, marqué par l'illusionnisme. Les thèmes retenus sont :

  • La course du soleil.
  • Une course dans le temps, à travers l'iconographie des heures, mais aussi du zodiaque.
  • Une course dans l'espace, via les références à la terre, l'eau et le monde.

Des médaillons, des tableaux et des atlantes font également référence au thème de l'année.

Ce programme iconographique, que Le Brun n'a pas eu le temps de mettre en œuvre en totalité, fait référence aux bienfaits du soleil, éternels et universels, et par derrière, évidemment, aux vertus et à l'immortalité de Louis XIV. Il s'agit donc d'une nouvelle forme donnée à un sujet traditionnel, avec un goût certain pour l'illusionnisme et l'exubérance.

Les peintures[modifier | modifier le code]

Voulu par Charles Le Brun, on trouve à chaque extrémité de la galerie un des quatre éléments : au nord, la terre (Le Triomphe de la Terre ou Le Triomphe de Cybèle (1850) de Joseph-Benoît Guichard,1806-1880)[Note 4], au sud, l'eau (Le Triomphe de Neptune et d’Amphitrite de Charles Le Brun) , et au centre, la gloire d'Apollon (Apollon terrassant le serpent Python par Eugène Delacroix[Note 5]).

La course du soleil est représentée par deux toiles laissées par Le Brun : Le Soir ou Morphée (entre 1664 et 1677) et La Nuit ou Diane (également entre 1664 et 1677).

Entre 1666 et 1670, Léonard Gonthier[Note 6] (vers 1625-1701) peint, dans l’axe longitudinal du plafond, 6 ensembles de grotesques qui séparent les compartiments réservés aux peintures grand format et qui représentent les dieux des planètes.

Les stucs[modifier | modifier le code]

La réalisation des stucs sera confiée à quatre sculpteurs : François Girardon pour le quart sud-ouest des murs latéraux, Gaspard Marsy pour le quart nord-ouest, Balthazar Marsy (frère de Gaspard) pour le quart nord-est, Thomas Regnaudin pour le quart sud-est. Ils travailleront sur le projet de 1663 à 1667, sur les modèles fournis par Le Brun.

Des deux côtés de chaque voussure des extrémités, quatre stucs représentent chacun un groupe de deux captifs assis, adossés à un trophée d’armes :

  • Gaspard Marsy, Les Captifs d’Afrique (1663-1664), dans le quart nord ouest,
  • François Girardon, Les Captifs d’Asie (1663-1664), dans le quart sud-ouest,
  • Thomas Regnaudin, Les Captifs d’Europe (1663-1664), dans le quart sud-est,
  • Balthazar Marsy, Les Captifs d’Amérique (1663-1664), dans le quart nord-est.

Six sculptures, positionnées en avant de certaines peintures de la voûte, représentent successivement l'Hippocrène et chacune des neuf muses :

  • Aux extrémités nord et sud :
    • Associé à la peinture de Le Brun (Amphitrite), au sud, un stuc de Girardon L’Hippocrène, fleuve du Parnasse[Note 7](1665) : l'Hippocrène tient une rame et l'un des deux petits génies se désaltère de l'eau de l'Hippocrène avec une écuelle.
    • Associé au cartouche où sera placée la peinture de Joseph Guichard (Le Triomphe de la terre, 1850), au nord, un stuc de Gaspard Marsy, Calliope (1663-1665) : la muse Calliope, muse de l’Éloquence et de la poésie héroïque, est entourée de deux petits génies ; elle tient une trompette d’une main et de l’autre un livre.
  • Au niveau des murs ouest et est :
    • Au nord-est, associé au cartouche où sera placée la peinture d'Antoine-François Callet (Le Printemps ou Zéphire et Flore couronnant Cybèle de fleurs, 1780-1781), un stuc de Balthazar Marsy, Terpsichore et Polymnie (1663-1665) : Terpsichore, muse de la Danse, joue de la lyre, et Polymnie, muse de la Rhétorique et du chant, tient dans ses mains des rouleaux de papier ou des parchemins.
    • Au nord-ouest, associé au cartouche où sera placée la peinture de Jean-Jacques Lagrenée (L’Hiver ou Éole déchainant les vents qui couvrent les montagnes de neige, 1775), un stuc de Gaspard Marsy, Uranie et Erato (1663-1665) : Uranie, muse de l’Astronomie, tient dans sa main droite un compas pour prendre des mesures sur le globe terrestre et Erato, muse de la Poésie lyrique et érotique, partiellement dénudée, joue de la lyre.
    • Au sud-ouest, associé au cartouche où sera placée la peinture de Louis Jean-Jacques Durameau (L’Été ou Cérès et ses compagnons implorant le soleil, 1774), un stuc de Girardon, Melpomène et Thalie (1663-1665) : Melpomène, muse du Chant et de la tragédie, est coiffée d’une couronne et tient un sceptre (qui font partie de ses attributs) et Thalie, muse de la Comédie, tient un masque pour évoquer le théâtre.
    • Au sud-est, associé au cartouche où sera placée la peinture de Hughes Taraval (L’Automne ou Le Triomphe de Bacchus et d'Ariane, 1769), un stuc de Regnaudin, Euterpe et Clio (1663-1665) : Euterpe, muse de la Musique, tient une flûte et Clio, muse de l’Histoire, tient une couronne et s'appuie sur des livres.
Image centrée.

Les tapis[modifier | modifier le code]

Sur la base de cartons établis par Le Brun, treize tapis de haute lisse furent commandés à la Manufacture de la Savonnerie, alors dirigée par Simon Lourdet (vers 1590-1667), dans le but de recouvrir la totalité du plancher de la Galerie. Longs de plus de neuf mètres (correspondant à la largeur de la Galerie), ils reprenaient la composition en compartiments du plafond, en particulier, en leur centre, la forme des compartiments à grotesques, renforçant ainsi l’unité de l’ensemble. Ces tapis ont été livrés en 1667. Ils sont aujourd’hui, soit disparus, soit dispersés : deux fragments du grand tapis central sont conservés, l’un à Notre-Dame de Paris, l’autre aux Gobelins. Trois exemplaires sont au musée du Louvre et au Mobilier national[Note 8].

Sur le tapis conservé au Louvre (département des Objets d'art, aile Sully, premier étage, salle 36), on peut comparer la partie centrale du tapis avec les compartiments à grotesques (voir ci-dessous) :

L'abandon du chantier[modifier | modifier le code]

En 1679, Louis XIV quittant le Louvre pour Versailles, le chantier est arrêté.

Le XVIIIe siècle et les peintres de l'académie (1769-1781)[modifier | modifier le code]

L'Académie royale de peinture et de sculpture, installée au Louvre en 1692, entreprend rapidement de combler les vides du plafond, encore inachevé. Ainsi, celui-ci sert notamment à la peinture des « morceaux de réception », grâce auxquels les nouveaux membres intégraient l'académie. Le travail devant porter sur le thème des saisons et de L'Étoile du matin, le plafond sera complété par les œuvres de Jean-Hugues Taraval (L’Automne ou Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane, 1769), Louis Durameau (L'Été ou Cérès et ses compagnes implorant le soleil, 1774), Jean-Jacques Lagrenée le jeune (L’Hiver ou Éole déchaînant les vents qui couvrent les montagnes de neige, 1775), Antoine François Callet (Le Printemps ou Zéphyr et Flore couronnant Cybèle, 1780-1781), Antoine Renou (L'Étoile du matin ou Castor, 1781).

L'œuvre de Félix Duban (1848-1854)[modifier | modifier le code]

Balcon Charles IX.

En 1848, la restauration de la galerie est confiée à l'architecte Félix Duban. Il s'emploie avec succès à rétablir la cohésion de la structure très fragilisée, particulièrement du côté de la Seine. Duban renforce les points affaiblis ou fissurés de la voûte en berceau.

Les peintures[modifier | modifier le code]

Il commande notamment trois toiles, laissées à l'état de croquis par Le Brun, aux plus grands peintres contemporains : Delacroix (Apollon terrassant le serpent Python) , Muller (Aurore) et Guichard (Triomphe de la Terre ou de Cybèle).

La ferronnerie[modifier | modifier le code]

Il confie au ferronnier d'art, Pierre Boulanger, la restauration des grilles en fer forgé du balcon de Charles IX[2].

Les tapisseries[modifier | modifier le code]

Vingt-huit portraits de souverains et d'artistes ornent les lambris de la Galerie, sous forme de tapisseries provenant de la manufacture nationale des Gobelins. Ils ont fait l'objet d'une étude par Duban mais sont réalisés entre 1854 et 1863, donc après son départ. Ils représentent des artistes ou hommes d'État qui ont concouru, d’une manière ou d’une autre, à l’édification du Louvre et des Tuileries.

Les 28 tapisseries[Note 9] mesurent 2,16 m de haut et 1,33 m de large, sauf les 4 tapisseries représentant des souverains au centre de la galerie (2,28 × 2,40 m). Les personnages représentés sont :


L'inauguration a lieu le 5 juin 1851, avant l'achèvement du travail de Delacroix. Ce chantier très délicat lance véritablement la carrière de Duban qui est nommé pour de longues années, à la suite et aussi grâce à François Debret, architecte de l'École des beaux-arts de Paris.

La Galerie d'Apollon aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le plafond est aujourd'hui un ensemble hétérogène par les périodes d'exécution mais homogène dans sa présentation.

Deux mangues dont une est coupée en deux.
Image centrée.


Un lieu d'exposition pour le musée du Louvre[modifier | modifier le code]

La Galerie d'Apollon abrite une partie des diamants de la couronne, une collection de vases en pierres dures et précieuses et une collection de tabatières. Ces objets relèvent du département des objets d'art du musée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les plans du château des Tuileries avaient été établis par Philibert Delorme dès 1564 à la demande de Catherine de Médicis.
  2. Histoire du Louvre sur le site du musée.
  3. F. de Clarac, Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre et de toutes ses parties, t. II, 1841, Imprimerie royale, Paris.
  4. Ce tableau avait été conçu par Lebrun pour l'extrémité nord de la Galerie : Cybèle, déesse personnifiant la terre, est sur son char traîné par deux lions. C'est Joseph Guichard, qui compléta le compartiment vierge deux siècles plus tard en reprenant les indications laissées par Lebrun.
  5. Bien que cette toile n'ait été réalisée qu'au XIXe siècle, elle était déjà prévue par Le Brun.
  6. Fils de Leonard ou Linard Gonthier (1565-après 1642).
  7. L'Hippocrène est aussi considéré comme appartenant au mont Hélicon, autre résidence, avec le mont Parnasse, d'Apollon et des neuf muses
  8. Voir une image et la notice d’un tapis conservé au musée du Louvre.
  9. On peut voir une photographie de chacune des tapisseries sur commons.wikipedia.
  10. Exécutée par E. Collin, d'après un carton de Armand Félix Marie Jobbé-Duval.
  11. Exécutée par Rançon, carton de Armand Félix Marie Jobbé-Duval.
  12. Exécutée par A. de Brancas, d'après un carton d'Armand Félix Marie Jobbé-Duval.
  13. Exécutée par Manigan, d'après un carton de Jean-Baptiste-Ange Tissier conservé au musée d’Alençon.
  14. Exécuté par l’atelier Mupé, d’après un carton de Charles-Philippe Larivière (musée de Laon).
  15. Exécuté par Albin Mesnel, d’après un carton de Joseph Beaume conservé au musée d’Orléans.
  16. Exécuté par Gilbert Marie, d’après un carton de Charles-Philippe Larivière conservé dans la salle du conseil de la mairie de Pontoise.
  17. Exécutée par Maloisel père, d’après un carton de Pierre-Charles Marquis (1798-1874).
  18. Exécutée par l'atelier Grimperelle, d’après un carton de H. Hofer conservé au musée de Niort.
  19. Exécutée par L. Prud'homme, d'après un carton de Théophile Vauchelet conservé à la manufacture des Gobelins.
  20. Exécutée par Lemoine et Desroy, d'après un carton d'E. Giraud conservé au musée de Rodez.
  21. Exécutée par H. Gilbert, d'après un carton de Nicolas-Auguste Hesse conservé au musée du Mans.
  22. Exécutée par C. Duruy, d'après un carton de Pierre-Nicolas Brisset.
  23. Exécutée par Pierre Buffet, d'après un carton de Jules-Alexandre Duval Le Camus.
  24. Exécutée par A. Duruy, d'après un carton de Nicolas-Auguste Hesse conservé au musée des beaux-arts de Troyes.
  25. Exécutée par Durand, d'après un carton d'Émile Vernet-Lecomte.
  26. Exécutée par E. Lavaux, d'après un carton de Gustave Boulanger.
  27. Exécutée par Marie Gilbert, d'après un carton d’ Eugène Appert conservé au Musée d'Évreux sous le numéro d'inventaire 7814.
  28. Exécutée par Louis Rançon, d'après un carton de Victor Chavet conservé au Musée de la Chartreuse de Douai (une esquisse du carton est conservée au musée du Louvre).
  29. Exécutée par C. Sollier, d'après un carton de Charles Daverdoing conservé au musée des beaux-arts de Troyes.
  30. Exécutée par Rançon, d'après un carton de Victor Biennoury.
  31. Exécutée par G. Greliche, d'après un carton d’Eugène Appert conservé au musée d’Angers.
  32. Exécutée par E. Flament, d'après un carton d’Eugène Appert conservé au musée d’Autun.
  33. Initialement, la galerie comportait un portrait de Napoléon III, remplacé en 1887 par celui d'Henri IV.
  34. D'après un carton de Pierre-Nicolas Brisset.
  35. Exécutée par Margarita, d'après un carton de Victor Chavet.
  36. Exécutée par François Munier, d’après un carton de Pierre-Victor Galland conservé au musée du château de Pau (Voir la notice du musée relative à ce carton).
  37. Exécutée par H. Gilbert et A. de Brancas, d’après un carton d'Eugène Appert.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Tableau de Paris, Edmond Auguste Texier, Paris, 1853 Lire en ligne.
  2. Pierre Boulanger par Raymond Subes, Presses du Compagnonnage, Paris, 1961.

La version du 8 septembre 2014 s'appuie entre autres sur la fiche de présentation disponible dans la Galerie d'Apollon et sur le dossier de presse réalisé à l'occasion de la réouverture de la Galerie en novembre 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geneviève Bresc-Bautier (dir.), La Galerie d'Apollon au palais du Louvre, coéd. Gallimard/Musée du Louvre, novembre 2004 (ISBN 978-2-07011-789-5).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Jérôme Prieur, Le Réveil d'Apollon, film documentaire tourné durant la restauration de la Galerie d'Apollon (85'), édition DVD Musée du Louvre-RMN-Arte France-Gédéon programmes, 2004