Mignon (histoire)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l’acception historique du mot mignon. Pour les autres sens du mot, voir mignon (homonymie).

Mignon est le nom ou la qualité donné, en France, à partir du XVe siècle, à un serviteur de confiance du prince.

Aux XVIe-XVIIe siècles, le terme désigne fréquemment le favori d'un seigneur ou d'un souverain.

Durant le règne de Henri III à la fin du XVIe siècle, le terme prend une connotation péjorative dans le cadre des guerres de religion. Tour à tour, les polémistes huguenots et ligueurs dénoncent les favoris et les proches serviteurs du souverain en leur prêtant des mœurs frivoles et « efféminées », voire des pratiques homosexuelles.

Histoire du mot[modifier | modifier le code]

L'historien médiéviste Philippe Contamine observe que le terme mignon, « en tant que substantif s'appliquant à une personne donnée », apparaît dès le début du XVe siècle[1]. Le mot traverse la Manche à la fin du XVe siècle sous la forme minion[2] (fidèle, subalterne). Au XVIe siècle, les jésuites sont qualifiés de « mignons de Jésus-Christ. »[3],[4]

L'usage est attesté dans ce sens là, et non dans son attribut péjoratif qu'il avait dès le Moyen Âge[5], à partir de 1446, à propos des favoris du roi Charles VII : après la guerre des pragueries, il écarte les vieux nobles hostiles de la Cour et donne des charges à de jeunes nouveaux conseillers[6]. Sans occuper nécessairement encore la position de « favoris », plusieurs personnages désignés comme « mignons » durant le XVe siècle partagent l'intimité domestique de souverains aussi divers que Charles VII, Louis XI et Charles VIII[7].

Être le mignon est un honneur, un signe de l’amitié profonde que porte le souverain à un personnage de confiance[8]. Il le distingue des autres en lui octroyant le privilège de s’habiller comme lui. À une époque où les querelles de préséance sont légion et où le code vestimentaire obéit à des règles strictes pour désigner le rang social et les privilèges qui l’accompagnent, on est à même de mesurer toute la portée de cet honneur. Le mignon a également le privilège de dormir dans la même chambre et souvent dans le même lit que le souverain. Ce dernier honneur n’a habituellement rien à voir avec les rapports antiques de l'amitié grecque. « La franchise avec laquelle on en parle, dans un temps qui stigmatisait le crimen nefandum, doit éteindre tout soupçon[8]. » Les contemporains en font l’analogue de l’amour courtois.

On peut mentionner quelques exemples de ce genre de rapports d’amitié d’inséparables : celui existant entre Jacques 1er d'Angleterre et Robert Carr ou George Villiers, entre Guillaume d'Orange et Charles Quint lors de l'abdication de ce dernier, entre le jeune Gaston de Foix[Lequel ?] et son frère bâtard, entre Louis d'Orléans et Pierre de Craon, entre Louis XI et Commynes, entre le jeune duc de Clèves[Lequel ?] et Jacques de Lalaing[Lequel ?][8]. Le cardinal de Richelieu est également surnommé le « mignon de Louis XIII[4]. »

Cette institution se maintiendra jusqu'au XVIIe siècle. Elle est reconnue pour les princesses qui peuvent également avoir une mignonne à laquelle s’attachent les mêmes privilèges.

Les « mignons de couchette »[modifier | modifier le code]

Cette expression, utilisée[Où ?] par Brantôme, désigne les mignons du roi Charles VIII. Quand un favori est bien en vue, il a l’insigne honneur de dormir dans la chambre royale. C’est une façon pour le roi de récompenser ses serviteurs les plus fidèles.

À la Renaissance, la chambre royale est considérée comme sacrée et pouvoir y dormir en présence même du souverain — considéré comme le lieutenant de Dieu sur terre — est l’ultime consécration d’un courtisan.

Henri II est un grand adepte de cette démonstration de faveur. Il en use beaucoup avec Anne de Montmorency qui, par de nombreuses fois, a le suprême privilège de dormir avec lui dans son lit[9]. Ce genre de comportement choque les ambassadeurs étrangers[9], mais ceux-ci se font finalement à cette idée car la cour de France est réputée pour sa très grande familiarité.

Sous l’impulsion rigoriste d'Henri III, les mœurs de la cour de France évoluent. On n’entre plus dans la chambre royale comme auparavant. La chambre royale devient encore plus sacrée et les personnes qui peuvent y pénétrer font l’objet des plus vives jalousies, d’où le durcissement des quolibets à l’égard de ceux qu’on appelle vulgairement les « mignons de couchette » à la fin du XVIe siècle [réf. nécessaire].

Les mignons d'Henri III[modifier | modifier le code]

Henri, duc d’Anjou (1570).
Le jeune prince se fait remarquer par son élégance et son goût pour la mode.

Sous le règne d'Henri III, les gentilshommes qui fréquentent la cour de France s’habillent avec un raffinement qui choque les bourgeois. Sur le modèle du roi, les courtisans se fardent, se poudrent et se frisent les cheveux. Ils portent des boucles d’oreille, de la dentelle et de grandes fraises empesées.

Ces courtisans font l’objet de railleries de la part du peuple. C’est qu’à l’époque, on tolère encore mal, dans une cour qui a toujours promu la virilité brute et considéré le raffinement comme une faiblesse, le penchant d'Henri III et de son entourage pour la culture de la fête et le goût pour l’apparence (ce qui ne les empêche nullement d'être de rudes chefs de guerre et de se couvrir de gloire sur les champs de bataille).

Les favoris d'Henri III sont au centre de ces moqueries. Le roi promeut à la cour des hommes de petite noblesse, à qui il confie d’importantes responsabilités. Il entend s’appuyer sur des hommes neufs pour gouverner. Sa cour voit donc apparaître un cercle restreint de favoris qui connaissent, grâce à leur protecteur, une fortune fulgurante. Ce système vole en éclats lors du duel des Mignons en avril 1578.

Les premiers à associer le mot « mignon » à l’homosexualité sont les calvinistes. Hostiles à toute frivolité, les prédicateurs protestants condamnent fermement les phénomènes de mode et interdisent la pratique de la danse, usuelle chez les catholiques. Devant l’engouement pour les futilités de la cour des Valois, ils s’emploient à dénoncer l’attitude, qu'il juge efféminée, des courtisans.

L’image des mignons véhiculée par les protestants est vite reprise par la Ligue catholique qui mène, à partir de 1585, une vaste campagne de désinformation contre Henri III et sa cour. La propagande ligueuse se poursuit après l’assassinat du roi en 1589 et lui survit dans l'historiographie aux XVIIe et XXe siècles.

Caricature d’un mignon dénonçant son caractère efféminé.
Gravure parue en 1605 dans L’Isle des Hermaphrodites de Thomas Artus.

Parmi les plus célèbres favoris d'Henri III figurent les noms de :

auxquels il faut ajouter les deux plus proches collaborateurs d'Henri III, les « archimignons », gentilshommes de la chambre du roi :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Contamine 1994, p. 544.
  2. Contamine 1994, p. 543.
  3. Dorothy Thickett, « L'Élégie au jésuite est-elle un inédit de Ronsard ? », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, Genève / Paris, Librairie Droz, t. 19, no 1,‎ , p. 44-50 (JSTOR 20673879).
  4. a et b Boucher 1996, p. 56.
  5. Voir l'étymologie du mot, dans ATILF, base Stella, en ligne.
  6. Jean V de Bueil, Le Jouvencel, annoté par Léon Lecestre, Léon Lecestre, Paris, Librairie Renouard, 1889, tome 2, p. 326.
  7. Contamine 1994, p. 545-549.
  8. a, b et c En 1919, l'historien Johan Huizinga associe le terme à celui de favori (Johan Huizinga, Le Déclin du Moyen Âge, Paris, Payot, 1961, p. 65-66).
  9. a et b François Reynaert, Nos ancêtres les Gaulois, et autres fadaises, p. 251
  10. Dans son ouvrage Messieurs de Joyeuse, Pierre de Vaissière assure ne trouver aucune lettre dans les correspondances privées de Henri III, de ses mignons ou des ambassadeurs étrangers, faisant allusion à une quelconque homosexualité

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacqueline Boucher, Société et mentalités autour de Henri III, Lille, Atelier Reproduction des thèses, Université de Lille III, 1981, 4 vol., [présentation en ligne].
    Réédition en un volume : Jacqueline Boucher, Société et mentalités autour de Henri III, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque littéraire de la Renaissance / 3 » (no 67), , 2e éd., 1273 p. (ISBN 978-2-7453-1440-6, présentation en ligne).
  • Jacqueline Boucher, « Un monde ouvert et influent : la Cour des derniers Valois », Cahiers Saint Simon, no 24 « Frontières de la Cour »,‎ , p. 51-56 (lire en ligne).
  • Jacqueline Boucher, « Contribution à l'histoire du Duel des Mignons (1578) : une lettre de Henri III à Laurent de Maugiron », Nouvelle revue du XVIe siècle, vol. 18, no 2,‎ , p. 113-126 (JSTOR 25598928).
  • (en) Joseph Cady, « The « Masculine Love » of the « Princes of Sodom » : « Practising the Art of Ganymede » at Henri III's Court : The Homosexuality of Henri III and His Mignons in Pierre de L’Estoile’s Mémoires-Journaux », dans Jacqueline Murray et Konrad Eisenbichler (dir), Desire and Discipline : Sex and Sexuality in the Premodern West, Toronto, University of Toronto Press, , XXVIII-315 p. (ISBN 978-0-802-07144-6, présentation en ligne), p. 123-154.
  • Monique Chatenet, La Cour de France au XVIe siècle : vie sociale et architecture, Paris, Picard, coll. « De architectura », , 387 p. (ISBN 2-7084-0626-4, présentation en ligne), [présentation en ligne]}, [entretien en ligne].
  • Pierre Champion, « La légende des mignons », Humanisme et Renaissance, Librairie Droz, t. 6, no 4,‎ , p. 494-528 (JSTOR 20673241).
  • Philippe Contamine, « Pouvoir et vie de cour dans la France du XVe siècle : les mignons », Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, De Boccard « fascicule 2, comptes rendus des séances de l'année 1994, avril-juin »,‎ , p. 541-554 (lire en ligne).
  • (en) Katherine B. Crawford, « Love, Sodomy, and Scandal : Controlling the Sexual Reputation of Henri III », Journal of the History of Sexuality, vol. 12, no 4,‎ , p. 513–542 (DOI 10.1353/sex.2004.0024).
  • (en) Gary Ferguson, Queer (re)readings in the French Renaissance : homosexuality, gender, culture, Aldershot, Ashgate, , IX-375 p. (ISBN 978-0-7546-6377-5, présentation en ligne).
  • Arlette Jouanna, « Faveurs et favoris : l'exemple des mignons de Henri III », dans Robert Sauzet (dir), Henri III et son temps : actes du Colloque international du Centre de la Renaissance de Tours, octobre 1989, Paris, Librairie philosophique J. Vrin, coll. « De Pétrarque à Descartes » (no 56), , 332 p. (ISBN 2-7116-1065-9), p. 155-165.
  • Nicolas Le Roux, « Le point d'honneur, la faveur et le sacrifice : recherches sur le duel des mignons d'Henri III », Histoire, économie et société, no 4, 16e année,‎ , p. 579-595 (lire en ligne).
  • Nicolas Le Roux, « Courtisans et favoris : l'entourage du prince et les mécanismes du pouvoir dans la France des guerres de Religion », Histoire, économie et société, no 3, 17e année,‎ , p. 377-387 (lire en ligne).
  • Nicolas Le Roux, La faveur du Roi : mignons et courtisans au temps des derniers Valois, Seyssel, Champ Vallon, coll. « Époques », , 805 p. (ISBN 2-87673-311-0, présentation en ligne), [présentation en ligne]
    Réédition : Nicolas Le Roux, La faveur du Roi : mignons et courtisans au temps des derniers Valois, Seyssel, Champ Vallon, coll. « Les classiques de Champ Vallon », , 2e éd. (1re éd. 2001), 805 p. (ISBN 978-2-87673-907-9, présentation en ligne).
  • Guy Poirier, Henri III de France en mascarades imaginaires : mœurs, humeur et comportements d'un roi de la Renaissance, Québec, Presses de l'Université Laval, , 217 p. (ISBN 978-2-7637-8924-8, présentation en ligne).
  • Pierre de Vaissière, Messieurs de Joyeuse (1560-1615) : portraits et documents inédits, Paris, Albin Michel, coll. « Âmes et visages d'autrefois », , 351 p.
  • (en) Anita M. Walker et Edmund H. Dickerman, « The King Who Would Be Man : Henri III, Gender Identity and the Murders at Blois, 1588 », Historical Reflections / Réflexions Historiques, vol. 24, no 2,‎ , p. 253-281 (JSTOR 41299117).