Neptune (mythologie)

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Neptune
Dieu de la mythologie romaine
Image illustrative de l'article Neptune (mythologie)
Caractéristiques
Nom latin Neptunus
Fonction principale Dieu des Eaux vives et des Océans
Parèdre Salacie
Équivalent(s) par syncrétisme Poséidon, Nethuns
Culte
Lieu principal de célébration Rome
Date de célébration 23 juillet (Neptunalia)
Famille
Père Cronos
Mère Rhéa
Symboles
Attribut(s) Le trident (fourche à trois dents)

À l'origine Neptune, en latin Neptūnus, est un dieu entièrement latin. Dans la mythologie romaine, il est le dieu des Eaux vives et des Sources[1]. Il est aussi le protecteur des pêcheurs, des bateliers et des chevaux d'après Virgile. Il apparaît dans le lectisterne de 399 av. J.-C., associé à Mercure, et en 217 av. J.-C. aux côtés de Minerve.

Mais c'est seulement à partir de l'époque des guerres puniques (264-146 av. J.-C.) que les Romains démontrent leur supériorité navale et assimilent Neptune au dieu grec Poséidon. Ainsi, en adéquation avec les mutations de leur civilisation, les Latins ont su transformer une ancienne divinité des eaux douces en dieu des Mers. Neptune est donc totalement confondu avec celui-ci: il reprend les légendes grecques du dieu, ses attributs, les mêmes descendances; c'est pourquoi ses divergences sont peu dévoilées.

Cette transformation s'illustre notamment par l'association de Neptune à la déesse Salacie[2], divinité de l'eau salée et donc de la Mer, qui complète les attributs de Neptune.

De plus, les Étrusques ont récupéré le nom de Neptune, transformé en Nethuns[3], pour désigner leur dieu de l'eau et des Océans, clairement inspiré de Poséidon. Cependant on ignore quelle influence exerce l'un sur l'autre.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie de Neptune est complexe et loin d'être totalement élucidée. Plusieurs hypothèses coexistent aujourd'hui. Le nom de Neptune pourrait provenir de la racine indo-européenne *nebh, signifiant « humide », « mouillé » ou « relatif aux nuages »[4]. Cependant, Georges Dumézil a rapproché le nom de Neptune du dieu de la mythologie indo-iranienne Apam Napat, « le Descendant des Eaux ». Les deux noms proviendraient de la racine indo-européenne *nepot-, « le descendant »[5], que l'on retrouve dans le latin nepos, « le neveu ». Neptune serait donc un avatar d'un dieu d'origine indo-européenne, qualifié de « Descendant [des Eaux] ».

Légende romaine et réinterprétation grecque[modifier | modifier le code]

Les légendes et mythes au sujet de Neptune proviennent essentiellement de la réappropriation par les Romains des mythes grecs. Ainsi, on ne sait pas précisément si Neptune possédait à l'origine une mythologie d'origine latine. Neptune apparaît en tout cas de façon claire dans au moins une légende proprement romaine.

Le débordement du lac Albain[modifier | modifier le code]

Dans les récits romains, cet événement historique mais teinté de légende nous montre un des rares cas dans lesquels les Romains interprètent leur Histoire par une intervention divine. En effet, la date historique du débordement soudain du lac Albain puis de la domestication de ses eaux est associée par les Romains à la date officielle de célébration de Neptune, c'est-à-dire la fête des Neptunalia le 23 juillet[6]. Cette légende correspond bien avec les attributs d'un dieu originellement maître des eaux douces « vives ».

L'appropriation du mythe de Poséidon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Poséidon.

D'après la reprise avec des noms latins du mythe grec de Poséidon, Neptune, fils de Saturne et de Cybèle (ou Rhéa), était frère de Jupiter et de Pluton. Saturne, ne devant pas avoir de descendance, mangeait ses enfants dès leur naissance. Un jour, Cybèle mit au monde des jumeaux et, voulant sauver au moins un de ses enfants du tragique sort qui leur était destiné, elle en réfugia un dans une bergerie d'Arcadie et le remplaça par une pierre qu'elle enveloppa dans des langes : c'était Jupiter qui, par la suite, sauva tous ses frères et sœurs. Dans le partage que firent Neptune, Jupiter et Pluton de l'univers, Neptune eut pour lot la mer, les îles et tous les rivages.

Il eut pour femme Salacia, fille de Doris et de Nérée. Cette nymphe refusa d'abord d'épouser Neptune, et se cacha pour se soustraire à ses poursuites. Mais un dauphin, chargé des intérêts de Neptune, la trouva au pied du mont Atlas, la persuada d'accéder à la demande du dieu, et, pour sa récompense, l'animal fut placé parmi les astres. Elle eut de Neptune un fils appelé Triton et plusieurs nymphes marines : elle fut aussi, dit-on, la mère des Cyclopes.

Il participa à la fondation de la muraille de Troie mais le roi Lao démon refusa de le payer; alors Neptune prit parti pour les Grecs. De plus, Neptune apaisa la colère de Junon face aux Troyens. En effet, celle-ci s'acharna contre Enée en demandant à Éole, dieu des vents, de déchainer les vents sur les eaux. Neptune, furieux que les vents se déchaînaient sans son ordre, ordonna aux Océans et à Éole de ramener le calme en disant: " sans mon ordre, vous osez (...)bouleverser ciel et terre (...) hâtez-vous de disparaître (...)c'est à moi que l'on a donné l'Empire de la mer et le trident[7]".

Divergences du mythe de Poséidon[modifier | modifier le code]

Même s'il est difficile de dire si Neptune avait une origine proprement latine, nous pouvons, malgré tout, remarquer des divergences.

Tout d'abord, le seul mythe qui est propre à Poséidon et non à Neptune se trouve dans l'Odyssée d'Homère: c'est lorsque Poséidon s'obstine à faire sombrer Ulysse lors de son retour pour Ithaque, après la guerre de Troie.

Ensuite, l'autre différence se trouve dans Les Métamorphoses d'Ovide: le poète adopte un point de vue différent d'Homère dans l’Iliade. La colère d'Achille est remplacée par la colère de Neptune qui veut venger son fils Cygnus. Les Métamorphoses mettent en valeur le dieu contrairement à l'Iliade. Nous pouvons même constater « l'insistance sur l'amour paternel[8] » car Neptune veut protéger ses enfants.

Ses symboles caractéristiques[modifier | modifier le code]

On reconnaît Neptune grâce à ses caractéristiques. Celles-ci permettent de l'identifier sur ses différentes représentations dans la littérature, la sculpture, la poterie, la peinture, les mosaïques ou encore les fresques.

Ses attributs[modifier | modifier le code]

Neptune, Antoine Coysevox 1705
  • Le trident
  • Le char tiré par des chevaux ou des hippocampes
  • La barbe qui est la plupart du temps drue et complète
  • La chevelure ondulée souvent hirsute et libre

Ses animaux favoris ou rattachés[modifier | modifier le code]

  • Le cheval (désignant l'animal ou le navire)
  • L'hippocampe (animal mythique mi- poisson et mi- cheval)
  • Le dauphin
  • Les poissons
  • Le taureau
  • Le bélier

Culte[modifier | modifier le code]

Neptune était honoré à Rome à l'occasion des Neptunalia, pendant deux jours à partir du 23 juillet de chaque année. Cette cérémonie, réalisée en pleine chaleur, est assez obscure et difficile à interpréter : d'après Varron[9], les Romains construisaient à cette occasion des huttes de bois vert pour se procurer de l'ombre, et avaient des activités de nature festive. Lors de cette fête, qui était liée aux Lucaria (fêtes des bois), on sacrifiait un taureau à Neptune. En outre, les jeux du Cirque à Rome lui étaient consacrés sous le nom d'Hippius. Enfin, Neptune était célébré près du Tibre, précisément à Ostie. Ostie est un port qui contient un des thermes dédié au Dieu; ils sont nommés: Thermes de Neptune.

Monuments[modifier | modifier le code]

Après la sanglante bataille navale d'Actium (31 av. J.-C.), la victoire est attribuée à Neptune par Octave. En effet, pour le futur empereur, le dieu était à l'origine de sa victoire contre Marc-Antoine (général romain) et Cléopâtre (reine d’Égypte). Un temple a donc été érigé en son honneur en 25 av. J.-C. près du Cirque Flaminius. Un autre temple a été construit en 122 av. J.-C. sur le Champ de Mars (Rome)[réf. nécessaire].

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Neptune dans l'art.
Triomphe de Neptune, thermes de Neptune à Ostie

Représentation du dieu Neptune[modifier | modifier le code]

Dans l'art comme dans la littérature, Neptune est entièrement confondu avec Poséidon. Les deux dieux, originellement différents, sont souvent représentés indistinctement. Neptune est la plupart du temps représenté sur des fontaines comme la Fontaine de Neptune à Madrid ou la Fontaine de Neptune à Florence. Ainsi, comme son homologue grec, le dieu Neptune est représenté nu, avec une longue barbe et le trident à la main. Il peut être tantôt assis, tantôt debout sur les flots de la mer et souvent sur un char traîné par deux ou quatre dauphins ou chevaux. Ceux-ci sont quelquefois ordinaires, quelquefois marins et ont la partie inférieure du corps terminée en queue de poisson.

Neptune est aussi représenté aux côtés de son cortège marin ou aux côtés de son épouse Amphitrite. Par exemple, nous pouvons prendre une mosaïque des thermes de Neptune à Ostie: le Triomphe de Neptune. Le dieu se trouve au centre avec ces quatre chevaux. Il tient son trident de la main gauche et de l'autre tient les rênes des chevaux. Il est nu, musclé, barbu et le bas du corps est à cheval sur la queue de poisson du destrier. Il est fier et entouré des néréides.

Mais, il arrive qu'il peut être difficile à distinguer de Zeus lorsqu'il n'a pas son attribut. En effet, la célèbre statue colossale en bronze de Poséidon ou Zeus du cap d'Artémision laisse perplexe les spécialistes. Conservée au Musée archéologique à Athènes, cette statue a perdu l'attribut qu'elle brandissait de la main droite: soit son éclair si c'est Zeus, soit son trident si c'est Poséidon.

Neptune et Minerve (Athéna)[modifier | modifier le code]

La dispute de Neptune et Athéna, Jordaens

La confrontation entre Neptune et Minerve (Athéna) est bien présente dans la représentation du dieu. Dans chacune des représentation artistiques, le sujet reste celui de la mythologie: Neptune et sa nièce Minerve se battent pour la possession de l'Attique. À Athènes, Neptune frappe le sol de son trident et en fait sortir une source d'eau salée, ou, selon les versions, il apprend l'art de monter à cheval aux athéniens. Quant à Minerve, elle offre au peuple un olivier. Les Athéniens choisissent Minerve car ils jugent plus utile le présent de la déesse.

Ainsi, ce combat se trouve sur l'amphore d'Amasis conservé au Cabinet des Médailles de la bibliothèque nationale de France. Cette confrontation se trouvait aussi en sculpture sur le fronton ouest du Parthénon mais aujourd'hui il n'en reste pratiquement rien. En outre, nous avons une magnifique représentation du tableau de Jordaens. Cette œuvre est conservée au musée du Louvre et s'intitule La dispute de Minerve et de Neptune. Au premier plan se trouve Neptune sur son cheval. Il a la tête de profil et son corps est de dos. Son dos est nu contrairement à son torse qui est recouvert d'une toge. Il est barbu et brandit son trident de la main droite. Au second plan, Minerve se tient debout regardant son père Jupiter. On la reconnait grâce à ses attribut: le casque, la lance, sa jeunesse. À ses pieds un olivier prend forme. En arrière-plan se place les dix dieux de l'Olympe qui regardent le combat. Enfin, en bas à gauche du tableau nous apercevons l'Acropole qui met en relief le sujet de la confrontation entre Neptune et Minerve.

Neptune et les héros[modifier | modifier le code]

Neptune a plusieurs liens avec les héros de la mythologie. Comme citer auparavant, Neptune va apaiser la tempête qui menace Enée. Mais il va aussi tuer Ajax par l'intermédiaire de son fils Nauplios et pour satisfaire la vengeance de Minerve.

Neptune tuant Ajax, Bonaventura Genelli (1798–1868)

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. J. Toutain, Les cultes païens de l'Empire romain, vol. I (1905:378)
  2. Varron, De lingua Latina, v. 72
  3. Georges Dumézil, La Religion romaine archaïque, 2e édition revue et corrigée, Payot, 1974, p. 658
  4. Cf : latin nebula, voir Michiel de Van, Etymological dictionary of Latin and the other Italic languages, Boston : Leiden, 2008, p. 406
  5. Michiel de Van, Etymological dictionary of Latin and the other Italic languages, Boston : Leyde, 2008, p. 19 et 406
  6. Georges Dumézil, Mythes et épopées III. Histoires romaines, bibliothèque des sciences humaines NRF Paris : Gallimard, 1978, p. 39. Cet ouvrage de Dumézil propose une étude très complète des implications théologiques du débordement du lac Albain, en comparant notamment l'événement avec le mythe irlandais du puits de Nechtan.
  7. Virgile, l'Enéide, Jacques Perret, 496 p., chant I
  8. Jacqueline Fabre-Serris, Mythologie et littérature à Rome, Jacques Scherrer, page 151
  9. Varron, De Lingua Latina, VI, 19

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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