François Lemoyne

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François Lemoyne
FrancoisLemoyne.jpg
Fonction
Premier peintre du Roi
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 49 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
française
Lieu de travail
Formation
Activité
Autres informations
Mouvement
Maître
Élèves
Genre artistique
Influencé par
Distinction

François Lemoyne ou Le Moine, né en 1688 à Paris où il est mort le 4 juin 1737, est un Artiste peintre français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Quelques mois après la mort de son père, Michel Le Moyne, d'ascendance normande et employé comme postillon de la Maison du Roi[1], sa mère, Françoise Dauvin, Parisienne, se remarie, en juillet, avec Robert Le Vrac Tournières[2], portraitiste qui deviendra son premier professeur. En 1701, âgé de 13 ans, il entre à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il y étudie sous la direction de Louis Galloche et y reste jusqu'en 1713 malgré une exclusion des classes de peinture pour cause d'insolence. Réintégré après des excuses officielles, il est reçu en tant que membre de l'Académie en 1718, et élu professeur le 30 mai 1733.

Il eut pour élèves François Boucher, alors âgé de 17 ans, Charles Natoire[3], Donat Nonnotte[4], Charles-Michel-Ange Challe, qui tous, admiraient la clarté et la luminosité de ses toiles, leur fantaisie et leur grâce.

Parti, en 1723, avec deux amis, pour l'Italie pour plus d’un an, il s’imprégna alors de la peinture des grands maîtres italiens, notamment vénitiens, comme Titien, Véronèse, Tintoret, Palma le vieux, Le Corrège… À son retour en 1724, les Jacobins lui confièrent la décoration du plafond de leur église de même que les messieurs de Saint-Sulpice. Outre les compositions religieuses comme le Saint-Jean Baptiste de Saint-Eustache, trois tableaux dans la cathédrale de Sens, une Assomption au prieuré de Saint-Julien près du Puy, il peint également de nombreux sujets mythologiques, tels que Hercule et Omphale en 1723[5], Vénus et Adonis en 1729[6], le Bain de Vénus[7], Persée et Andromède en 1723[8]. C’est lors de ce voyage qu’il réalisera un de ses chefs-d'œuvre[9]. On y sent la forte inspiration de Véronèse, Le Corrège, Pierre de Cortone[10].

Son morceau de réception à l’Académie Royale, Hercule et Cacus provoqua un concert unanime de louanges. Lors du concours de 1727, le duc d’Antin, le surintendant des bâtiments du roi, le récompensa pour son tableau, La Continence de Scipion[11]. Son travail et son talent, notamment exercés à Versailles, font de lui le « nouveau Le Brun ». Il est d'ailleurs nommé Premier peintre du Roi.

Le Moyne travaillait beaucoup, ce qui altéra fortement sa santé : il dormait mal, devint nerveux et inquiet. Ambitionnant d’atteindre des cimes plus élevées, il se désolait de ne pas y parvenir. Que lui importent alors, les honneurs, les prébendes, il souhaite égaler Véronèse et Titien, rêvant à rendre pareillement les plafonds du palais Barberini, les plafonds du Corrège de la cathédrale de Parme. Pour autant, il n’était ni orgueilleux, ni mégalomane, au contraire, tout un chacun le décrit comme exigeant, avec la volonté impérieuse d’élever son art dans la perfection avec une profonde humilité.

En 1732, Louis XV, par le canal de son directeur des Bâtiments, lui confia la décoration du salon d'Hercule à Versailles. Il obtenait là une commande considérable tout comme celles de Le Brun auparavant. Il en conçut non pas fierté mais ivresse et enthousiasme. Il allait pouvoir faire ce que ces deux maîtres précités avaient fait au palais des Doges. Il y consacrera quatre ans pour réaliser ce rêve, mais dont il sortira las, brisé physiquement et moralement. Quatre années de luttes, de misères, d’acharnement où il faisait, défaisait, s’écoulèrent ainsi. Il avait vieilli au point d’inquiéter ses familiers, il était courbé, ne connaissant plus aucune joie, aucun plaisir, interdisant farouchement l’accès de ses pensées secrètes. Lorsque Louis XV le nomma premier peintre, une fois au sommet de toutes les hiérarchies, pourvu d’une charge qui l’élevait au-dessus de ses confrères, il n’en fut pas plus heureux ou satisfait. Il sombra, au contraire, dans une profonde dépression.

La grande découverte de son œuvre allait avoir lieu le . Cent quarante figures mythologiques, tout un Olympe galant offraient aux yeux le spectacle de leur beauté, de leurs teintes harmonieuses, d’une science qui évoquait les maîtres vénitiens mais affirmaient plus encore une triomphante originalité. Dès le seuil de la grande porte, Louis XV, Marie Leczinska, le duc d’Antin se tinrent là, frappés d’admiration et d’étonnement. Toutes les autres peintures qui se tenaient dans les pièces voisines paraissaient ternes comparées aux orchestrations flamboyantes du peintre. Voltaire dira : « Il n’y a pas en Europe de plus vaste ouvrage de peinture que le plafond de Lemoyne et je ne sais s’il y en a de plus beaux. » Il s’était montré dans ce chef-d’œuvre l’égal du grand Tiepolo. Louis XV lui décerna les éloges qui eussent comblé tout autre maître, de même toute la Cour, mais Le Moyne semblait ne plus pouvoir supporter la tension à laquelle il s’était soumis ; atteignant le but ardemment souhaité, il perdait pied.

Pendant des mois, Lemoyne ne dormit presque pas, ferma sa porte, s’enferma dans son monde intérieur que nul ne pourra pénétrer, sa sensibilité devenait extrême. Son élève Nonnotte a raconté le détraquement général de son esprit, la médication bizarre qu’il suivait en buvant « une liqueur où était infusée de la poudre de vieilles pipes à fumer[12]. »

Boucher, par coïncidence, le rencontra et fut frappé par l’infinie « mélancolie » qui ravageait le visage du maître. La dépression était là, tapie dans l’ombre et accomplissait ses ravages mortifères. Ce soir-là, le 4 juin 1737, il rentra chez lui perdu dans ses pensées et s’ensevelit dans de sombres méditations. Une vision de beauté, une harmonie blonde et bleue, un reflet de Véronèse dans une recherche d’élégance et de grâce toute française. Il se leva, tira une grande épée, la posa sur une table puis s’affala dans un fauteuil. Les heures passèrent, puis les joues en feu, l’œil hagard, il se dressa et se planta l’épée dans le corps. L’émotion fut grande à la Cour et à la ville. Sur un chevalet reposait sa dernière œuvre Le Temps révélant la vérité[13]. Le deuil de tous les artistes du temps assombrit ce jour de juin 1737. Ses amis le portèrent au cimetière et l’Église ne lui refusa pas ses pompes. Ainsi disparaissait un grand artiste et par les voies qu’il avait ouvertes, pénétraient dans la peinture française la beauté et la lumière.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Luc Bordeaux, François Le Moyne and his generation : 1688-1737, Neuilly-sur-Seine, Arthena, , 208 p., 28 cm (ISBN 978-2-90323-904-6, OCLC 461789878, lire en ligne), p. 13.
  2. Père du peintre Robert Tournières .
  3. Futur directeur de l'Académie de France à Rome.
  4. Frère du jésuite ridiculisé par Voltaire.
  5. Louvre.
  6. Nationalmuseum de Stockholm.
  7. Musée de l'Ermitage.
  8. Wallace collection.
  9. Conservé au Louvre, catalogue no 537 - 1,84 × 1,50 m, signé et daté de 1724, gravé par Laurent Cars, Donation La Caze 1859.
  10. Les Goncourt diront : « Le corps d’Omphale est une merveille, le lumineux divin de la peau, son rayonnement satiné, tout ce qu’il y a de douillet, de tendre, de délicat dans la gloire d’un corps de femme nue que le jour modèle… et le corps ardent de Dieu fait encore plus ressortir cette beauté… on comprend qu’un tel peintre fut le maître de Boucher».
  11. Musée des Beaux-Arts de Nancy.
  12. « Le Bisontin Donat Nonnotte », Réunion des sociétés des Beaux-Arts des départements à la Sorbonne, Paris, Plon-Nourrit,‎ , p. 510-40 (lire en ligne)
  13. Aujourd’hui à la Wallace Collection.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Xavier Salmon, François Lemoyne à Versailles, Gourcuff, Paris 2001, (ISBN 2-909838-57-9)
  • Cours sur la peinture du XVIIIe siècle, 2006, université Nancy-2
  • Estampille 473 novembre 2011, Les Somptueux décors de Le Moyne p. 48
  • Louis Gillet, conservateur au musée de Chaalis, La peinture au musée du Louvre - École française - XVIIIe siècle, édité par l'Illustration
  • Alfred Leroy, la Vie intime des artistes français au XVIIIe siècle : de Watteau à David, Julliard, 1949.
  • Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, Paris, Rapilly, 1873, t. 1, p. 181-2.
  • P. Mantz, Boucher, Natoire et Lemoyne, Paris, Quantin, 1880, p. 16 et suiv.
  • Gazette des beaux-arts, 1870, t. II, p. 14 et 15.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Bordeaux, François Le Moyne and his generation : 1688-1737, Neuilly-sur-Seine, Arthena, , 208 p., 28 cm (ISBN 978-2-90323-904-6, OCLC 461789878, lire en ligne).
  • Jules Guiffrey, Scellés et inventaires d'artistes - François Lemoyne, premier peintre du roi, 4 juin 1737, p. 338-353, Nouvelles archives de l'art français, tome 4, 2e série, réimpression 1973 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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