Philippe de Lorraine
| Abbé commendataire Abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron | |
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Armande-Henriette de Lorraine-Armagnac, abbesse de Notre-Dame de Soissons (d) Louis de Lorraine Alfonse Louis de Lorraine-Harcourt-Armagnac (d) Raimond Berenger de Lorraine-Harcourt-Armagnac (d) Charles de Lorraine |
| Distinctions |
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Philippe de Lorraine, dit le « chevalier de Lorraine », né le et mort le à Paris, fils cadet d'Henri de Lorraine, comte d'Harcourt et de Marguerite Philippe du Cambout, est un gentilhomme français, membre de la Maison de Lorraine, favori et mignon du duc d'Orléans, Monsieur, frère du roi Louis XIV. Il était titulaire de quatre abbayes (Saint-Père de Chartres, Tiron, Saint-Benoit-sur-Loire et Saint-Jean-des-Vignes de Soissons).
Biographie
[modifier | modifier le code]Au prélalable, il faut noter que la légende noire du Chevalier de Lorraine provient en partie des mémoires de Saint-Simon. Or ce dernier haïssait la famille du chevalier, du fait d'une histoire ancienne qui avait concerné le père de Saint-Simon. Les propos du duc de Saint-Simon doivent donc être considérés avec une certaine circonspection. Néanmoins d'autres mémorialistes de cette époque -dont Dangeau- décrivent le chevalier de Lorraine de façon proche de celle de Saint-Simon.
Des jeunes années mouvementées
[modifier | modifier le code]Philippe de Lorraine est né le [1], issu d'une branche cadette de la maison de Guise, elle-même branche cadette et française de la maison souveraine de Lorraine.
Famille : parents et frères et soeur
[modifier | modifier le code]En , son père, Henri de Lorraine-Harcourt (1601-1666) épouse Marguerite-Philippe du Cambout (1622 † 1674), fille de Charles du Cambout, baron de Pontchâteau, marquis de Coislin, et de Philippe de Beurges. D'où :
- Armande Henriette de Lorraine (1640-1684), abbesse à l'Abbaye Notre-Dame de Soissons ;
- Louis de Lorraine (1641-1718), comte d'Armagnac, de Charny et de Brionne, Grand écuyer de France, épouse Catherine de Neufville de Villeroy, fille de Nicolas, maréchal de France. Par leur fille Marie de Lorraine qui épouse Antoine II, prince de Monaco, ils sont les ancêtres du prince Albert II de Monaco ; par leur fils Henri, ils sont parmi les ancêtres des rois de Sardaigne puis d'Italie de la Maison de Savoie (cf. Charles-Albert) ;
- Philippe de Lorraine (1643-1702), abbé de Saint-Pierre à Chartres, dit le « chevalier de Lorraine », favori et mignon de Philippe duc d'Orléans, Monsieur, frère cadet du roi Louis XIV ;
- Alphonse Louis de Lorraine (1644-1689), abbé de Royaumont, dit le « chevalier d'Harcourt » ;
- Raimond Bérenger de Lorraine (1647-1686), abbé de l'abbaye Saint Faron de Meaux ;
- Charles de Lorraine, dit le comte de Marsan (1648-1708), vicomte de Marsan et seigneur de Gevry, marié en 1683 avec Marie-Françoise d'Albret (morte sans postérité en 1692), puis en 1696 avec Catherine Thérèse de Goyon de Matignon. Leur petite-fille est Louise Henriette Gabrielle de Lorraine, princesse de Turenne par son mariage[2].
L'apprentissage militaire et courtisan
[modifier | modifier le code]Favori : "le meilleur ami que j’aie sur la Terre" dixit Monsieur
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On le disait beau comme un ange mais dénué de tout sens moral[3]. Il fut l'amant du frère du roi (son aîné de trois ans) dès 1665 et fut logé par celui-ci à Paris au Palais-Royal. Il eut, du fait de son statut, de fréquents démêlés avec les épouses de Monsieur et il intrigua autant contre Henriette d'Angleterre que contre la princesse Palatine afin de semer la zizanie dans le couple princier et d'empêcher Monsieur d'accorder quelque confiance à ses épouses.
Si le duc d'Orléans était – semble-t-il – réellement épris, la réciproque était loin d'être vraie, et le prince s'est sans doute fait manipuler par le chevalier tout au long de leur relation.
Il eut aussi des maîtresses, dont Mademoiselle de Fiennes qui eut un enfant de lui, prénommé Alexis-Gabriel de Lorraine, légitimé par le chevalier en décembre 1676. Le Chevalier eut également des liens étroits avec la princesse de Monaco. Selon Saint-Simon, il aurait épousé secrètement sa cousine Béatrice-Hiéronyme de Lorraine, dite Mademoiselle de Lillebonne[4].
1670 : l'arrestation par Louis XIV et le voyage en Italie (2 ans)
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Louis XIV fait arrêter le Chevalier de Lorraine dans la nuit du 30 au 31 janvier 1670, peu après la mort de l'évêque de Langres, Louis Barbier de La Rivière, dont Monsieur et le chevalier convoitaient le bénéfice d'abbayes au profit du Chevalier de Lorraine.
Le frère de Louis XIV est dévasté, il écrit une lettre exceptionnelle [5] à Colbert, qui éclaire fortement sur la passion de Monsieur pour le chevalier, au pire moment de la vie du prince :
« Monsieur, à M. Colbert, Villers Coterets, le 2 fevrier 1670
Monsieur Colbert, Comme depuis quelque temps je vous crois de mes amis, et que vous etes le seul de ceux qui ont l’honneur d’approcher le Roi qui m’en ayez donné des marques dans l’epouvantable malheur qui me vient d’arriver, je crois que vous ne serez pas faché que je vous prie ici de dire au Roi que je suis venu ici avec la derniere douleur de me voir obligé de m’eloigner de lui, ou de demeurer avec honte à sa Cour. Que je le prie de considerer ce qu’on diroit dans le monde si l’on me voyoit gai et tranquille dans les plaisirs de Saint Germain et du carnaval, pendant qu’un prince innocent, le meilleur ami que j’aie sur la terre, et attaché à moi, languit pour l’amour de moi dans une miserable prison ; de plus, la manière dont on l’a pris a eté pour moi le plus sensible affront que je pusse recevoir, ayant eté longtemps incertain si c’etoit à ma personne que l’on en vouloit, ma chambre ayant eté assez longtemps environnée de toutes parts de gardes, tant [p. 462] aux portes qu’aux fenetres, et tous mes domestiques, epouvantés, me vinrent dire qu’ils ne savoient si c’etoit à moi qu’on en vouloit. De plus, le Roi fit demander à ma femme quel parti elle vouloit prendre ; cela marquoit dont qu’il avoit envie d’autoriser qu’elle ne fit pas son devoir à mon egard en me fuyant. Malgré toutes ces raisons, si je m’etois cru utile au service du Roi, je ne l’aurois pas quitté ; mais la manière dont il m’a traité toute sa vie me fait bien croire le contraire. Je sais que dans l’humeur où je suis, je ne pourrois lui etre que desagreable, et qu’il auroit de la peine meme à avoir à tous momens devant ses yeux un frere qu’il a mis dans le derniere desespoir, que cela seroit tres ennuyeux pour lui, et fort honteux pour moi, que je n’ai aucun dessein que de lui cacher ma sensible douleur, jusques à tant qu’il veuille me redonner de la joie. Que si j’osois je prierois le Roi de se mettre à ma place et de songer à ce qu’il feroit dans une pareille occasion, de me donner conseil lui meme, un conseil tel qu’il le croiroit honnete pour moi, et que tout le monde vit qu’il l’a donné à un frere, qui n’a songé toute sa vie qu’à lui etre agreable et à lui plaire. Cependant j’aime mieux vous ouvrir mon cœur qu’à tout autre, parce que je sais que vous etes sincere et de bonne foi, que vous n’avez d’autres interets que ceux du Roi, et que vous savez mieux que personne que mon malheur m’est arrivé dans un temps où je meritois un autre traitement assurement par toutes les choses que je sacrifiois tous les [p. 463] jours au Roi ; que si M. le chevalier de Lorraine etoit coupable, j’aurois eté le premier à l’eloigner d’aupres de moi, mais qu’il n’a jamais songé qu’à pouvoir meriter ses bonnes graces et son estime ; que j’en pouvois repondre, connoissant mieux que personne le fond de son cœur ; qu’enfin je ferois voir, à la honte de mes ennemis, que j’aimois le Roi plus que moi meme, mais qu’il me donnat les moyens d’accorder ma tendresse avec mon honneur, et qu’en cela je le conjurois de songer que j’etois son frere. Apres cela, je n’ai rien à vous dire, que de vous assurer que je serai toute ma vie, M. Colbert, votre bien bon ami.
Philippe »
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Château de Saint Pierre, Lyon, dit Pierre Scize.
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Le château d'If depuis le sud-ouest dans la baie de Marseille

Le Chevalier est placé dans la prison du château de Pierre Scize à Lyon, puis déplacé jusque dans la prison du château-d'If à Marseille, où il restera peu de temps. Il partit ensuite en Italie, à Rome.
Le 30 juin 1670, à la mort soudaine d'Henriette d'Angleterre, toute l'Europe, et surtout le roi Charles II, soupçonna - à tort - le chevalier de Lorraine de l'avoir fait empoisonner (1670), avec l'aide d'un autre favori de Monsieur, le marquis d'Effiat. Mais tout cela n'était que des rumeurs infondées, du fait que le roi avait fait arrêter le chevalier de Lorraine six mois avant la mort de Madame : le grand public lia les deux évènements sans fondement.
1672 : la rentrée en grâce
[modifier | modifier le code]Au début de l'année 1672, le Chevalier de Lorraine et son frère sont autorisés à revenir à la Cour par Louis XIV. Ce sont les retrouvailles avec Monsieur, après deux ans d'absence.
L'acquisition de l'hôtel de Bellefonds à Versailles
[modifier | modifier le code]En septembre 1672, Monsieur aide financièrement le Chevalier de Lorraine à faire l'acquisition de l'hôtel de Bellefonds situé à Versailles, de Bernardin Gigault de Bellefonds. C'était un hôtel particulier particulièrement prestigieux, en ce qu'il était placé juste à côté de l'entrée du château de Versailles, dénotant une proximité immédiate avec le souverain. Cette acquisition scellait de manière éclatante vis à vis du grand public et de la Cour le parfait retour en grâce du Chevalier après deux années d'exil en Italie. L'hôtel était situé sur l'emplacement de l'actuel hôtel de ville de Versailles. Le Chevalier de Lorraine occupera l'hôtel de 1672 à 1682. Cette année là, Louis XIV l’acquiert finalement au prix de 100.000 livres pour Louis de Bourbon, comte de Vermandois, son fils légitimé. La propriété reviendra alors, après la mort du jeune prince, à sa sœur, la princesse de Conti, qui en fera un lieu de fêtes prisé de toute la cour.
Une position à rétablir et à consolider
[modifier | modifier le code]Le scandale de 1682 et la nouvelle disgrâce
[modifier | modifier le code]On raconte par erreur qu'il provoqua la colère du Roi en « initiant » très jeune son fils, Louis de Bourbon, comte de Vermandois, et au moins un prince du sang (1682)[6]. Mais cela est faux : le comte de Vermandois - proche de Madame - et le chevalier de Lorraine se détestaient. Le scandale de 1682, lié au dévergondage du comte de Vermandois, avait lieu au même moment où Louis XIV entrepenait de racheter l'hôtel de Bellefonds à Versailles au chevalier de Lorraine.
On dit également que le roi utilisa son influence pour faire consentir le duc d'Orléans au mariage de son fils aîné Philippe avec Mademoiselle de Blois, une bâtarde royale (1692).
L'homme et le prince
[modifier | modifier le code]Un grand chasseur
[modifier | modifier le code]Le château de Frémont (Ris-Orangis)
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Le chevalier fait l'acquisition du château de Frémont, situé sur la route royale entre Paris et Fontainebleau à l'automne de 1687. Il conservera le domaine jusqu'à sa mort en 1702, soit durant près de 15 années. Frémont sera sa maison de plaisance et de chasse, en lien avec la grande forêt de Sénart, où le Grand Dauphin aimait beaucoup chasser également.
A l'intérieur, on trouvait un appartement pour Monsieur et un autre pour Madame. Le Chevalier avait fait orné une grande pièce de nombreux portraits retraçant sa généalogie prestigieuse. Il paraît probable de penser que son appartement était situé dans l'aile nord du château, en retour du corps central, mais on ne dispose pas encore de plans de la distribution intérieure.
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Détail du plan du château de Frémont, carte des chasses, seconde moitié du XVIIIe siècle, mais en réalité probablement suivant l'état général au temps du chevalier de Lorraine, vers 1690-1700.
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Restitution de la vue sur le jardin du château de Frémont, depuis le balcon central du premier étage, vers 1700.
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Restitution de la vue sur le château de Frémont vers 1700, depuis le bassin bas, en contrebas des bosquets.
Curieux et collectionneur : l'appartement du chevalier de Lorraine au Palais-Royal
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Le Chevalier est connu des historiens d'art comme collectionneur de tableaux. Son cabinet était situé au Palais-Royal à Paris. En 1684, Brice indique que les curieux qui visitent le Palais-Royal doivent aussi découvrir son appartement :
"Il ne faut pas oublier d'aller voir le Cabinet de Monsieur le Chevalier de Lorraine, où il y a des tableaux très curieux, des meilleurs maîtres. Il est proche du jardin, ce qui ne contribue pas peu à sa beauté"[7].
Il y a un doute sur l'emplacement de ce lieu. La plupart des historiens considèrent qu'il se situait au bout de la galerie des hommes illustres, dans le pavillon donnant sur le jardin. Mais la taille de l'appartement paraît bien trop petite et malcommode d'après des plans conservés de cette partie du Palais-Royal.
D'autres (Franck Devedjian) pensent que le logement pourrait plutôt être situé dans l'angle nord de l'aile droite de la grande cour, côté jardin, plutôt au rez-de-chaussée, et non pas au premier étage. Les inventaires après décès de Monsieur (1701) et du Chevalier (1702) citent : "une première antichambre", "une seconde antichambre", un "Vestibule" qui correspond à un passage, "la chambre du Chevalier de Lorraine" avec deux rideaux de fenêtres, une "garderobe", une "Petite Galerie" faisant fonction de cabinet des miroirs, et un "grand cabinet" des tableaux, avec trois rideaux de fenêtres. La mauvaise compréhension de l'emplacement et de la distribution de cet appartement nuit à la bonne compréhension du statut du Chevalier au sein du Palais-Royal. Cet appartement était-il réellement le plus beau du Palais, ainsi que le déclare Saint-Simon ? Il faut noter que l'appartement de Mme de Fiennes, grand amour du chevalier de Lorraine, et avec qui il a eu un fils, était située en 1673, à côté du grand escalier et derrière la salle de théâtre du Palais-Royal, ainsi qu'il est noté sur un plan de la salle de théâtre à cette date : c'est probablement un argument pour penser que l'appartement du Chevalier était bien plutôt situé du côté droit du Palais, et non pas du côté gauche de la grande cour comme on le pense habituellement. Si la distribution proposée est la bonne, l'appartement du chevalier occupait la totalité du rez-de chaussée de l'aile droite de la grande cour du Palais-Royal.
Ce que l'on sait c'est qu'en 1672, année du retour du Chevalier à Paris après son exil, 335 livres sont dépensés pour installer des miroirs dans son appartement. Surtout, en 1674-1675, il fut payé à l'architecture Le Pautre la somme de 14.400 livres, a priori pour le logement du chevalier. Ce paiement concerne t-il simplement des décors ou des nouvelles constructions ?
La liste des tableaux placés dans le cabinet des tableaux du Palais-Royal prouve que le chevalier de Lorraine avait un goût prononcé pour les nus féminins, puisque trois grands tableaux représentaient des Vénus ou Danaé d'après Titien ou l'Albane. La comparaison du goût artistique du chevalier de Lorraine avec le goût de Monsieur est particulièrement éclairante : Monsieur préfère les tableaux en miniatures, les petits formats précieux et galants, tandis que le chevalier de Lorraine préfère quant à lui les grands tableaux de nus féminins et de paysages et ruines.
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Proposition de restitution de la chambre du Chevalier de Lorraine au Palais-Royal, 1702.
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Proposition de restitution du Cabinet des miroirs, dit la "Petite Galerie", de l'appartement du chevalier de Lorraine au Palais-Royal, 1702.
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Proposition de restitution du Cabinet des tableaux du Chevalier de Lorraine, 1702, d'après son inventaire après décès.
Bibliophile érudit
[modifier | modifier le code]Le Chevalier était également un grand bibliophile. Mais il vendit la plus grande partie de sa bibliothèque de son vivant.
Fin de vie du prince de Lorraine
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À la fin de sa vie, Philippe de Lorraine avait perdu une grande partie des meubles de son appartement au Palais-Royal et de sa résidence de campagne le Château de Fromont (remplis de dépouilles du Palatinat), ses quatre abbayes, et tout l’argent qu’il avait obtenu (plus ou moins avec permission) des caisses de l’État, par le jeu d'argent et l'exploitation par ses mignons.
Trois ou quatre ans avant la mort de Monsieur, il fait la paix avec Madame.
Le 17 septembre 1702 (Article du Mercure Galant) : Sa majesté partit ce matin de Versailles à dix heures précises, ayant à côté d’elle dans son carrosse la duchesse de Bourgogne et dans le devant monseigneur le duc de Bourgogne, Madame et Madame la duchesse d’Orléans, Monseigneur le duc de Berry estoit à la portière du côté du Roy et madame la duchesse du Lude à l’autre. L’on prit à Chilly d’autres chevaux et le Roy dîna à Frémont chez Monsieur de Lorraine qui estoit retenu à Paris par la goutte. Les officiers du Roy y servirent deux tables de douze à quinze couverts chacune, pour la maison royale et les dames, et une troisième pour les seigneurs. L’on changea de chevaux et l’on prit un quatrième relai à Chailly. Le Roy arriva à Fontainebleau à l’heure (5h et demie) que j’ai marqué ci-dessous.
Le 1er octobre 1702 (Mémoires du Marquis de Sourches) : On fut ce jour-là que le chevalier de Lorraine estoit tombé en apoplexie en sa maison de Frémont ; toute sa famille y courut, mais il n’en voulu voir qui que ce fut et, le soir on dit qu’il se portoit mieux et que ce n’eftoit pas une apoplexie mais pour avoir trop soupé le soir précédent en revenant de la chasse. Le lendemain, 2 octobre 1702 : Mr le chevalier de Lorraine qui est en sa maison de Frémont, se trouva fort mal ces jours passés en revenant de la chasse. On crut d’abord que c’eftoit une paralysie sur la langue ; on assure présentement que son mal est peu considérable, cependant il n’a voulu voir personne, pas même Mr de Marsan, son frère.
Le 7 décembre 1702 (Mémoires du duc de Saint Simon) : Il avait eu une légère attaque pendant le déplacement de la cour à Fontainebleau. Il n’en avait quitté sa vie ordinaire. Jouant à l’hombre dans son appartement du Palais Royal après son dîner, le 7, il lui en prit une seconde et il perdit en même temps connaissance ; il en mourut vingt quatre heures après, sans que la connaissance lui fut revenue, n’ayant pas encore soixante ans. Le lendemain, 8 décembre 1702, jour de sa mort : Mr le chevalier de Lorraine mourut l’après dîner à Paris sans que la connaissance lui fut revenue… Le roi a donné à Mr le duc d’Harcourt le logement que Mr de Lorraine avoit ici au château de Versailles et Mr le duc d’Orléans a donné à Madame la Maréchale de Rochefort celui qu’il avoit à Paris au Palais Royal.
Documents
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Joan Pieragnoli, Le chevalier de Lorraine, Paris, PUF, (ISBN 978-2-13-088138-4), p. 29.
- ↑ Georges Poull, La Maison ducale de Lorraine, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, , 592 p. (ISBN 2-86480-517-0), p. 444-446
- ↑ Philippe Erlanger, Monsieur, frère de Louis XIV, Perrin, 1970, p. 96-102.
- ↑ « … conduite par le chevalier de Lorraine, avec lequel elle était si anciennement et si étroitement unie qu’on les croyait secrètement mariés. » Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence, éd. Adolphe Chéruel, Paris, Hachette, 1856-1858, t. III, p. 196.
- ↑ https://archives.musee-archeologienationale.fr/index.php/lettre-de-philippe-dorl-ans-concernant-larrestation-du-chevalier-de-lorraine-dans-son-appartement-au-ch-teau-neuf
- ↑ « Le commencement du mois de juin fut signalé par l'exil d'un grand nombre de personnes considérables accusées de débauches ultramontaines [homosexuelles] ; le Roi ne les chassa pas de la cour tous à la fois, mais il exila d'abord M. le prince de La Roche-sur-Yon, qu'il envoya à Chantilly auprès de Monsieur le Prince, son oncle ; puis M. de Turenne (…). Tous ces jeunes gens avaient poussé leurs débauches dans des excès horribles, et la cour était devenue une petite Sodome. Ils y avaient même fortement engagés M. le comte de Vermandois, amiral de France, fils naturel du Roi et de Mme la duchesse de La Vallière, lequel n'avait que quatorze ans, et ce fut ce qui les perdit, car ce prince, étant pressé par le Roi, les dénonça tous. » Duc de Saint-Simon - Mémoires - Gallimard - Édition de la Pléiade - Tome I, pp. 110-111 et note 5.
- ↑ Brice, Description nouvelle ..., 1684, p. 48.
Annexes
[modifier | modifier le code]Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]La principale biographie sérieuse sur le chevalier de Lorraine est constituée par le magnifique livre érudit suivant :
- Joan Pieragnoli, Le Chevalier de Lorraine, PUF, 2025.
On pourra également consulter pour la vision plutôt caricaturale :
- Didier Godard, Le Goût de Monsieur. L'homosexualité masculine au XVIIe siècle, Montblanc, H & O, 2002.
- Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, princesse européenne, Paris, Fayard, 1988, 748 p. (ISBN 2-213-02200-3).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Philippe d'Orléans (1640-1701)
- Château de Fromont
- Maison de Lorraine
- Maison de Guise
- Charles de Lorraine (1648-1708) comte de Marsan, son frère
Liens externes
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