Pierre Lévy (philosophe)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lévy et Pierre Lévy.
Pierre Lévy
Description de cette image, également commentée ci-après
Pierre Lévy au Brésil en 2009.
Naissance
Tunisie
Nationalité Drapeau de la France France
Profession

Pierre Lévy, né en 1956 en Tunisie, est un philosophe, sociologue et chercheur en sciences de l'information et de la communication (SIC) français qui étudie l'impact d'internet sur la société, les humanités numériques et le virtuel. Son travail est cité dans le champ de l'information ethics (en), ou éthique appliquée aux NTIC. Il a théorisé la notion d'intelligence collective et tenté de créer un métalangage pour le numérique, baptisé IEML (Information Economy Meta Language).

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Lévy passe une maîtrise d'histoire des sciences sous la direction de Michel Serres en 1980, à Paris (La Sorbonne). Il est également docteur en sociologie en 1983, à l'EHESS, sous la direction de Cornelius Castoriadis[1]. Il obtient en 1991 une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences de l'information et de la communication (Université Stendhal à Grenoble)[2].

Il est ainsi formé au sein de la philosophie française contemporaine, et sa pensée se place explicitement dans la continuité des philosophies du processus comme celles de Michel Serres, Gilles Deleuze et Martin Heidegger[3]. Pierre Lévy est aussi un lecteur des philosophes médiévaux, en particulier les aristotéliciens juifs et musulmans, comme Al-Fârâbî, Avicenne, Maïmonide et Averroès. Il leur reprend les termes de virtualitas (virtualité/puissance) et d'intellect agent, afin de définir l'intelligence collective moderne qui s'exprime à travers les réseaux numériques[4].

Pierre Lévy est intéressé par les ordinateurs et Internet, en tant que moyens capables d'augmenter non seulement les capacités de coopération de l'espèce humaine dans son ensemble, mais également celles des collectifs tels que associations, entreprises, collectivités locales, groupes d'affinités[5]. Il soutient qu'en tant que moyen, la fin la plus élevée d'Internet est l'intelligence collective. Toutefois, il estime que l'intelligence collective n'est en aucun cas un concept nouveau, mais a déjà été pensée par des philosophes du passé. Il s'inspire en effet de la tradition farabienne de l'angélologie, construite par des Perses et des Juifs à partir d'une interprétation néoplatonicienne, en tentant de remplacer la transcendance propre à cette pensée par une interprétation immanente qui fait d'Internet, et non de l'Ange comme intelligence générique, le moteur de l'intelligence collective[6].

Pierre Lévy fonde en 1992 avec Michel Authier la société Trivium, devenue Triviumsoft, qui développe et commercialise le logiciel et la méthode des arbres de connaissances[1]. Pierre Lévy occupe la chaire de recherche sur l'intelligence collective à l'université d'Ottawa à partir de 2002[2]. Auparavant, il a enseigné à l'Université du Québec à Trois-Rivières (Canada), au département hypermédia de l'université de Paris VIII, à l'Université des sciences de Limoges pour le master 2 « Communautés virtuelles et management de l'intelligence collective via les réseaux numériques » et au département de sciences de l'éducation de l'université Paris X Nanterre[1]. Il a fait un rapport sur la « cyberculture » pour le Conseil de l'Europe, publié en 1997[7].

Il a collaboré à plusieurs reprises avec la revue philosophique et politique Multitudes. Il a publié des articles sur l'intelligence collective, Internet, Google et la propriété intellectuelle[8].

En 2006, Pierre Lévy a lancé le projet « Information Economy Meta Language » ou IEML : il vise à créer une langue artificielle conçue pour être simultanément manipulable de manière optimale par les ordinateurs et capable d'exprimer les nuances sémantiques et pragmatiques des langues naturelles. Ce métalangage peut notamment servir à la gestion des connaissances et à l'adressage sémantique des données numériques[9]. Dans son livre Sphere 1 paru en 2011, Pierre Lévy exprime l'idée que l'homme est en mesure de prendre en charge son évolution, notamment celle de son intelligence. Ce qui serait selon lui une première dans l'histoire du monde animal.

Le projet IEML[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (avril 2017)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Structure du métalangage[modifier | modifier le code]

L'IEML (Information Economy Meta Language) se veut, selon son concepteur, un langage artificiel qui a pour but de représenter l'intelligence collective[10].

IEML est un langage régulier et fini selon la classification de Chomsky[11]'[12]. Il est construit à partir de six éléments primitifs (vide, virtuel, actuel, signe, être, chose), qui forment sa première couche. Une opération générative permet de composer les éléments primitifs en triplets (substance, attribut, mode) pour former les éléments de la deuxième couche. Les éléments de la deuxième couche sont eux-mêmes composés en triplets (substance, attribut, mode) qui forment les éléments de la troisième couche, et ainsi de suite jusqu’à la sixième couche, qui comprend un ordre de grandeur de 10 puissance 80 éléments.

Les expressions régulières du métalangage comprennent les opérations ensemblistes et permettent de dénoter de manière concise des sous-ensembles d'éléments pour chacune des couches. Les expressions IEML peuvent également être automatiquement traduites en matrices et en divers types de graphes, ce qui autorise des calculs géométriques.

C'est essentiellement pour des raisons pratiques de calculabilité qu'IEML est un langage fini. Si la sixième couche n'était pas suffisante pour identifier les concepts, on pourrait toujours autoriser la création de couches supplémentaires au moyen de la même opération régulière qui a permis de générer les couches précédentes.

Une architecture orientée services Web[modifier | modifier le code]

Les principaux services envisagés en 2008 concernent : l'aide à l'édition d'expressions IEML, la production d'objets géométriques (matrices, graphes) à partir d’expression IEML, la production de dictionnaires, l'organisation d'ontologies (au sens informatique de réseaux formalisés de concepts), le taggage ou balisage de documents en IEML, l'évaluation d’informations taguées en IEML selon divers jeux d'économie de l'information et la recherche d’information.

Une version de l'IEML est théorisée dans La Sphère sémantique en 2011.

L'IEML est en cours de développement en 2017 : un « dictionnaire de termes initiaux » est en préparation. L'objectif annoncé est de le faire circuler dans la communauté des scientifiques connectés, avant un éventuel élargissement possible[13].

Critiques[modifier | modifier le code]

IEML est un langage à choix finis (finite choice language), un sous-ensemble très simple des langages réguliers, qui eux-mêmes occupent le bas de la hiérarchie de Chomsky. En conséquence, IEML se compose d'un nombre fini (quoique très grand) de mots finis. La question de l'affectation d'expressions des langues naturelles, en nombre infini, à un tel ensemble fini, est en 2008 sans réponse satisfaisante.

Pour donner une idée de la puissance d'expression de langages tels qu'IEML, on peut observer que la composition de numéros de sécurité sociale en France obéit à une grammaire à choix finis, comme IEML. Une telle grammaire serait incapable de rendre compte, par exemple, de la composition des numéros d'immatriculation de véhicules, qui nécessite une grammaire régulière.

Jean-Michel Besnier, philosophe, s'oppose à ce qui est selon lui une « utopie » défendue par Pierre Lévy, d'inspiration hégélienne et bouddhique. Il écrit :

« la société de l'information (qui prélude, pense-t-on, à une « société de la connaissance ») tient lieu, dans nos imaginaires cultivés, de la réalisation du système du Savoir absolu – c'est-à-dire de l'achèvement proclamé par Hegel du processus par lequel la conscience accède à la pleine conscience de soi en même temps qu'elle s'approprie conceptuellement toute la réalité[14]. »

Cette appropriation de la réalité, ce « projet de totalisation du sens » semble relever d'une « métaphysique délirante » ou « absurde » selon Besnier.

Publications[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Machine univers. Paris : La Découverte, 1987.
  • Les Technologies de l'intelligence. Paris : La Découverte, 1990.
  • L'idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ?. Paris : La Découverte, 1992.
  • De la programmation considérée comme un des beaux-arts. Paris : La Découverte, 1992.
  • Les Arbres de connaissances. Paris : La Découverte, 1992 (avec Michel Authier).
  • L'Intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. Paris : La Découverte, 1994.
  • Qu'est-ce que le virtuel ?. Paris : La Découverte, 1995. Manuscrit en ligne.
  • Cyberculture. Paris : Éditions Odile Jacob, 1997.
  • World Philosophie : le marché, le cyberespace, la conscience. Paris : Éditions Odile Jacob, 2000.
  • Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique. Paris : Éditions Odile Jacob, 2002.
  • Le Feu libérateur. Paris : Arléa, 2006.
  • La Sphère sémantique 1. Computation, cognition, économie de l'information, Paris and London : Hermès-Lavoisier, 2011.
  • (en), The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Pierre Lévy, « L'invention de l'ordinateur », in Michel Serres (dir.), Éléments d'histoire des sciences, Paris, Bordas, 1989.
  • Pierre Lévy, « La montée vers la noosphère », Sociologie et sociétés, vol. 32, no 2,‎ , p. 19-30 (lire en ligne [PDF]).
  • Pierre Lévy, « L'anneau d'or : intelligence collective et propriété intellectuelle », Multitudes, no 5,‎ (lire en ligne).
  • Pierre Lévy, « Internet : de quel séisme parle-t-on ? », Multitudes, no 32,‎ (lire en ligne).
  • Pierre Lévy, « Au-delà de Google Les voies de l'intelligence collective », Multitudes, no 36,‎ (lire en ligne).
  • Christian Perrot, « Vers une anthropologie du cyberspace. Entretien avec Pierre Lévy », in Nouvelles clés, n° 9, 1996.

Préface[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Vial (préf. Pierre Lévy), L'Être et l'Écran : Comment le numérique change la perception, Paris, Presses universitaires de France, , 336 p. (ISBN 9782130621706).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Pierre Lévy », sur hypermedia.univ-paris8.fr (consulté le 16 avril 2017).
  2. a et b « Pierre A. Lévy », sur arts.uottawa.ca (consulté le 16 avril 2017).
  3. Pierre Lévy, Qu'est-ce que le virtuel ?, Paris, La Découverte, 1995.
  4. Pierre Lévy, L'Intelligence collective, Paris, La Découverte, 1994. Cf. aussi « D'Aristote au Web de demain », sur Un Blog des Blogs, (consulté le 16 avril 2017).
  5. Pierre Lévy, World Philosophie, Paris, Odile Jacob, 2000.
  6. Pierre Lévy, L'Intelligence collective, Paris, La Découverte, 1995, partie I, ch. 5 : « Chorégraphie des corps angéliques. Athéologie de l'intelligence collective ».
  7. Annick Rivoire, « Pour Pierre Lévy, philosophe, la cyberculture incarne certains idéaux révolutionnaires. « XXIe, siècle des Lumières » », sur www.liberation.fr, (consulté le 16 avril 2017).
  8. « Tous les articles par Lévy Pierre », sur www.multitudes.net (consulté le 16 avril 2017).
  9. Pierre Lévy, « Devenirs et philosophie (IEML) », sur pierrelevyblog.com, (consulté le 16 avril 2017).
  10. (en) Pierre Lévy, « IEML in plain english », sur pierrelevyblog.com, (consulté le 16 avril 2017).
  11. (en) Pierre Lévy, « The Philosophical Concept of Algorithmic Intelligence », sur pierrelevyblog.com, (consulté le 16 avril 2017).
  12. Pierre Lévy, « L'intelligence possible du XXI° siècle » [PDF], sur manuscritdepot.com (consulté le 16 avril 2017).
  13. « Entretien avec Pierre Lévy – conscience du futur, futur de la conscience », sur Bricologie & Sérendipité, (consulté le 30 août 2017).
  14. Jean-Michel Besnier, « La société de l'information ou la religion de l'insignifiance », Revue européenne des sciences sociales, vol. XL, no 123,‎ , p. 147-154 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]