Pierre Lévy (philosophe)

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Pierre Lévy

Description de cette image, également commentée ci-après

Pierre Lévy au Brésil en 2009.

Naissance 1956
Tunisie
Nationalité Drapeau de France Français
Profession

Pierre Lévy, né en 1956 en Tunisie, est un philosophe, sociologue et chercheur en sciences de l'information et de la communication (SIC) français qui étudie l'impact d'Internet sur la société, les humanités numériques et le virtuel. Son travail est souvent cité dans le champ de l'information ethics (en), ou éthique appliquée aux NTIC.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Lévy passe une maîtrise d'histoire des sciences sous la direction de Michel Serres en 1980, à Paris (La Sorbonne). Il est également docteur en sociologie en 1983, à l'EHESS, sous la direction de Cornelius Castoriadis[1]. Il est ainsi formé au sein de la philosophie française contemporaine et de la French Theory, et sa pensée se place explicitement dans la continuité des philosophies du processus comme celles de Michel Serres, Gilles Deleuze et Martin Heidegger[2]. Pierre Lévy est aussi un lecteur des philosophes médiévaux, en particulier les aristotéliciens juifs et musulmans, comme Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès, auxquels il reprend les termes de virtualitas (virtualité/puissance) et d'intellect agent, afin de définir l'intelligence collective moderne qui s'exprime à travers les réseaux numériques[3]. Pierre Lévy est intéressé par les ordinateurs et Internet, en tant que moyens capables d'augmenter non seulement les capacités de coopération de l'espèce humaine dans son ensemble, mais également celles des collectifs tels que associations, entreprises, collectivités locales, groupes d'affinités. Il soutient qu'en tant que moyen, la fin la plus élevée d'Internet est l'intelligence collective. Toutefois, il estime que l'intelligence collective n'est en aucun cas un concept nouveau, mais a déjà été pensée par des philosophes du passé. Il s'inspire en effet notamment de la tradition farabienne de l'angélologie, construite par des Perses et des Juifs à partir d'une interprétation néo-platonicienne, en tentant de remplacer la transcendance proche à cette pensée par une interprétation immanente qui fait d'Internet, et non de l'Ange intellect agent, l'intelligence collective. Cette perspective a pu être critiquée pour ses aspects excessivement proche de la gnose, qui dénient au corps et à la chair toute importance[réf. nécessaire].

Pierre Lévy a fondé en 1992 avec Michel Authier la société Trivium, devenue récemment Triviumsoft, qui développe et commercialise le logiciel et la méthode des arbres de connaissances. Pierre Lévy occupe la chaire de recherche sur l'intelligence collective à l'université d'Ottawa. Il détient également une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sciences de l'information et de la communication (Université Stendhal, France). Auparavant, il a enseigné à l'Université du Québec à Trois-Rivières (Canada), au département hypermédia de l'université de Paris VIII, à l'Université des sciences de Limoges pour le master 2 « Communautés virtuelles et management de l'intelligence collective via les réseaux numériques » et au département de sciences de l'éducation de l'université Paris X Nanterre. Il a été consultant pour plusieurs gouvernements, organismes internationaux et grandes entreprises sur le thème des implications culturelles des nouvelles technologies.

En 2006, Pierre Lévy a lancé le projet information economy meta language ou IEML : il vise à créer une langue artificielle conçue pour être simultanément manipulable de manière optimale par les ordinateurs et capable d’exprimer les nuances sémantiques et pragmatiques des langues naturelles. Ce métalangage peut notamment servir à la gestion des connaissances et à l'adressage sémantique des données numériques. Dans son livre Sphere 1, Pierre Lévy exprime clairement l'idée que l'homme est en mesure de prendre en charge son évolution, notamment celle de son intelligence. Ce qui serait une première dans l'histoire du monde animal.

Citation[modifier | modifier le code]

« Toute prise de contrôle par un petit groupe de ce qui procède de tous, toute fixation d'une vivante expression collective, toute évolution vers la transcendance annihile immédiatement le caractère angélique du monde virtuel, qui choit alors immédiatement dans les régions obscures de la domination, du pouvoir, de l'appartenance et de l'exclusion. »

[réf. nécessaire]

Le projet IEML[modifier | modifier le code]

Structure du métalangage[modifier | modifier le code]

IEML est un langage régulier et fini selon la classification de Chomsky. Il est construit à partir de six éléments primitifs (vide, virtuel, actuel, signe, être, chose), qui forment sa première couche. Une opération générative permet de composer les éléments primitifs en triplets (substance, attribut, mode) pour former les éléments de la deuxième couche. Les éléments de la deuxième couche sont eux-mêmes composés en triplets (substance, attribut, mode) qui forment les éléments de la troisième couche, et ainsi de suite jusqu’à la sixième couche, qui comprend un ordre de grandeur de 10 puissance 80 éléments. Les expressions régulières du métalangage comprennent les opérations ensemblistes et permettent de dénoter de manière concise des sous-ensembles d’éléments pour chacune des couches. Les expressions IEML peuvent également être automatiquement traduites en matrices et en divers types de graphes, ce qui autorise des calculs géométriques. C’est essentiellement pour des raisons pratiques de calculabilité qu’IEML est un langage fini. Si la sixième couche n’était pas suffisante pour identifier les concepts, on pourrait toujours autoriser la création de couches supplémentaires au moyen de la même opération régulière qui a permis de générer les couches précédentes.

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

Un dictionnaire IEML-langues naturelles open source associant des expressions IEML à des définitions en langues naturelles (français, anglais, portugais, etc.) est en cours de construction.

Une architecture orientée services Web[modifier | modifier le code]

Le développement en cours en 2008 se dirige vers un ensemble de plateformes collaboratives (wiki sémantique IEML) échangeant des flux d’information XML-IEML et partageant un ensemble de services open source - eux-mêmes décrits en IEML. Les principaux services envisagés en 2008 concernent : l’aide à l’édition d’expressions IEML, la production d’objets géométriques (matrices, graphes) à partir d’expression IEML, la production de dictionnaires, l’organisation d'ontologies (au sens informatique de réseaux formalisés de concepts), le taggage ou balisage de documents en IEML, l’évaluation d’informations taguées en IEML selon divers jeux d’économie de l’information et la recherche d’information.

Utilité possible pour les sciences humaines[modifier | modifier le code]

Ce métalangage pourrait faciliter à l'avenir l'élaboration de théories générales réellement interdisciplinaires dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales. IEML est par exemple utilisé pour tenter d'atteindre une définition 'unifiée' de la créativité, un concept scientifique particulièrement complexe et controversé, apparenté à l'intelligence.

Il pourrait également être utilisé comme instrument d’observation ou de cartographie réflexive des activités des réseaux sociaux en ligne.

Critiques[modifier | modifier le code]

IEML est un langage à choix finis (finite choice language), un sous-ensemble très simple des langages réguliers, qui eux-mêmes occupent le bas de la hiérarchie de Chomsky. En conséquence, IEML se compose d'un nombre fini (quoique très grand) de mots finis. La question de l'affectation d'expressions des langues naturelles, en nombre infini, à un tel ensemble fini, est en 2008 sans réponse satisfaisante.

Pour donner une idée de la puissance d'expression de langages tels qu'IEML, on peut observer que la composition de numéros de sécurité sociale en France obéit à une grammaire à choix finis, comme IEML. Une telle grammaire serait incapable de rendre compte, par exemple, de la composition des numéros d'immatriculation de véhicules, qui nécessite une grammaire régulière.

Par ailleurs, la sémantique (informelle) d'IEML, telle qu'elle est incomplètement décrite dans divers documents, fait grand usage de la notion d'espace conceptuel, d'où sont dérivées un peu trop facilement et fallacieusement des notions de « distance conceptuelle » ou de « coordonnées conceptuelles ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La machine univers. Paris : La Découverte, 1987.
  • Les technologies de l'intelligence. Paris : La Découverte, 1990.
  • L'idéographie dynamique. Vers une imagination artificielle ?. Paris : La Découverte, 1992.
  • De la programmation considérée comme un des beaux-arts. Paris : La Découverte, 1992.
  • Les arbres de connaissances. Paris : La Découverte, 1992 (avec Michel Authier).
  • L'intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. Paris : La Découverte, 1994.
  • Qu'est-ce que le virtuel ?. Paris : La Découverte, 1995. Manuscrit en ligne.
  • Cyberculture. Paris : Éditions Odile Jacob, 1997.
  • World Philosophie : le marché, le cyberespace, la conscience. Paris : Éditions Odile Jacob, 2000.
  • Cyberdémocratie. Essai de philosophie politique. Paris : Éditions Odile Jacob, 2002.
  • La sphère sémantique 1. Computation, cognition, économie de l'information, Paris and London : Hermès-Lavoisier, 2011.
    en anglais, The Semantic Sphere 1. Computation, Cognition and the Information Economy, ISTE / Wiley, London and NY, 2011

Articles[modifier | modifier le code]

  • « L'invention de l'ordinateur », in Michel Serres (dir.), Éléments d'histoire des sciences, Paris, Bordas, 1989.
  • « La montée vers la noosphère », in Sociologie et sociétés, vol. 32, n°2, 2000. Disponible en ligne.
  • « L'anneau d’or : intelligence collective et propriété intellectuelle », in Multitudes, vol. 5, mai 2001. Disponible en ligne.
  • « Internet : de quel séisme parle-t-on ? », in Multitudes, vol. 32, printemps 2008. Disponible en ligne.
  • « Au-delà de Google Les voies de l'intelligence collective », in Multitudes, vol. 36, été 2009. Disponible en ligne.
  • Christian Perrot, « Vers une anthropologie du cyberspace. Entretien avec Pierre Lévy », in Nouvelles clés, n° 9, 1996.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Paris, Champs-Flammarion, 1996. Cf. le ch. V, « L'actuel et le virtuel ». Disponible en ligne.
  • Olivier Le Deuff, La formation aux cultures numériques, Paris, Fyp éditions, 2012.
  • Olivier Le Deuff, « Une science de l'intelligence collective ? », 30 janvier 2010, Le Guide des Égarés. Disponible en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. CV de Pierre Lévy
  2. Pierre Lévy, Qu'est-ce que le virtuel ?, Paris, La Découverte, 1995.
  3. L'Intelligence collective, Paris, La Découverte, 1994. Cf. aussi D'Aristote au Web de demain.

Liens externes[modifier | modifier le code]