Aller au contenu

Agellid

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Agellid (au pluriel igelliden ou igeldan), en tifinagh : ⴰⴳⴻⵍⵉⴷ[1], parfois françisé aguellid[2], est un nom masculin berbère qui signifie « roi ». L'équivalent féminin « reine » se dit tagellidt ou tagellitt (au pluriel tigellidin)[3].

Histoire : un titre numide

[modifier | modifier le code]

Il constitue l’un des titres politiques les plus anciennement attestés dans l’aire amazighe. Il apparaît dès l’Antiquité dans les inscriptions libyques sous la forme ''GLD'', ce qui témoigne d’une continuité lexicale remarquable entre les structures politiques antiques et les parlers berbères modernes. Dans ces inscriptions, ''GLD'' peut désigner aussi bien de véritables souverains, comme les rois numides, que des magistrats ou responsables locaux, montrant que la fonction recouverte par ce terme était plus diversifiée qu’une simple monarchie héréditaire. Cette utilisation multiple suggère l’existence, dans les sociétés libyques, de formes d’autorité variées où le titre ne renvoyait pas exclusivement à un pouvoir royal absolu, mais pouvait s’appliquer à des chefs civiques ou communautaires. Le terme pouvait selon les époques et les régions désigner différents niveaux d’autorité, depuis le chef local jusqu’au souverain reconnu, reflet de la diversité des systèmes politiques qui caractérisaient les communautés libyco-berbères de l’Antiquité[4]. Le mot a également laissé des traces dans l’onomastique à différentes époques, comme le nom du prince maure du IVᵉ siècle Gildo, celui de Gildan à Taucheira en Cyrénaïque, ou encore Agellid, père de Moussa mentionné par Al-Bakri[4].

Un mot pan-berbère

[modifier | modifier le code]

Dans les dialectes berbères contemporains, agellid' garde globalement le sens de « roi », avec parfois une dimension symbolique ou traditionnelle. Le mot est largement répandu dans les parlers nord-berbères, à l’exception du domaine touareg qui emploie d’autres termes pour désigner l’autorité politique. Cette permanence dans les langues vivantes, ainsi que sa présence en onomastique et dans divers récits traditionnels, illustre la profondeur historique du concept dans les cultures amazighes. Le terme possède la forme fondamentale ''agellid'' (pluriel : ''igeldan'') dans la plupart des parlers berbères comme le kabyle ou le chleuh. Une variante régionale courante, 'ažellid/ažellid, apparaît dans les dialectes où la consonne /g/ a évolué vers /ž/ puis /š/, notamment au Mzab, à Ouargla ou à Ghadamès. Bien que le terme ''agellid'' ait disparu de la titulature des rois numides, il s’est conservé dans la plupart des parlers berbères, à l’exception du domaine touareg où l’on emploie amenukal[4].

La signification renvoi à un « monarque très puissant ». Il s'applique aussi à Dieu de manière courante dans la poésie religieuse. En importance un agellid se situe généralement au-dessus de son concurrent d’origine arabe ṣelṭan, introduit dans la plupart des dialectes Nord[4].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. (dz) « ⴰⵙⴻⵍⵡⴰⵢⵏ ⵜⴻⴳⴷⵓⴷⴰ ⵢⴻⵔⵎⴻⵙ ⴰⵙⵔⵓⵖⴻⴷ ⵙⵖⵓⵔ ⵏ ⵜⵎⵓⵔⵜ ⵏ ⵓⴳⴻⵍⵉⴷ ⵏ ⵍⴱⴰⵃⵔⵉⵏ | ENTV News », sur www.entv.dz,‎ (consulté le )
  2. « Lexique », L'Afrique du Nord au féminin. Héroïnes du Maghreb et du Sahara, sous la direction de Camps Gabriel. Paris, Éditions Perrin, « Hors collection », 1992, p. 321-334
  3. Mohand Akli Haddadou, Dictionnaire des racines berbères communes, Tizi-Ouzou, Haut commissariat à l'amazighité, 2006-2007, 314 p. (ISBN 978-9961-789-98-8, lire en ligne), p. 162.
  4. a b c et d S. Chaker et G. Camps, « Agellid », Encyclopédie berbère, no 2,‎ , p. 248–250 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.911, lire en ligne, consulté le )