Vague d'attentats commis en France en 1995

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Entre juillet et octobre 1995, la France est touchée par huit attentats à la bombe qui feront huit morts et près de 200 blessés. Ceux-ci furent officiellement attribués au Groupe islamique armé (GIA), basé en Algérie, pays qui fut frappé par la guerre civile, bien que certains points demeurent obscurs. En raison de ces attentats, Paris suspendit l’application des accords de Schengen qui venaient d’entrer en vigueur, et ne leva les contrôles aux frontières qu’en mars 1996.

Contexte[modifier | modifier le code]

Ces attentats s’inscrivent dans le cadre de la Guerre civile algérienne. La France soutenait le gouvernement algérien face aux mouvements islamiques. La version officielle est que le GIA de Djamel Zitouni aurait fait payer à la France ce soutien. En effet le mouvement affirmait poursuivre « la voie du djihad » et ses « frappes au cœur même de la France et de ses grandes villes » au mois d’octobre[1].

Les menaces du GIA avaient déjà été suivies d’effet avec l’assassinat de cinq Français à Alger en août 1994 puis par la prise d’otage à bord d’un avion d’Air France en décembre 1994.

Commanditaires[modifier | modifier le code]

Le réseau des poseurs de bombe était organisé en quatre branches : Vaulx-en-Velin, Chasse-sur-Rhône, Paris et Lille. À la tête de ces groupes se trouvaient Ali Touchent et Boualem Bensaïd[2]. Rachid Ramda était le financier du réseau[3].

Cette vague d’attentat débuta le 11 juillet 1995 avec l’assassinat de l’imam Abdelbaki Sahraoui. Il y eut par la suite huit attentats ou tentatives d’attentats à la bombe jusqu’au mois d’octobre. Le plus meurtrier eut lieu le 25 juillet à la station RER Saint Michel.

Une théorie avancée par plusieurs médias[4],[5],[6], estime que ces attentats ont pu être commandités par des généraux algériens. Ceux-ci auraient depuis plusieurs années pris le contrôle du GIA, d’abord pour éliminer les vrais islamistes, puis pour discréditer le mouvement auprès de la population en assassinant des civils. En 1995, la France avait pris ses distances avec le régime algérien. Les attentats auraient été un avertissement aux dirigeants français. Depuis, ceux-ci n’ont plus mis en cause le régime. Selon cette thèse, Ali Touchent serait un agent secret algérien.

Vue détaillée des attentats[modifier | modifier le code]

11 juillet : assassinat de l'imam Sahraoui[modifier | modifier le code]

Le 11 juillet 1995, l’imam Abdelbaki Sahraoui, cofondateur du Front islamique du salut (organisation concurrente du GIA), et son secrétaire sont abattus dans la mosquée de la rue Myrha dans le 18e arrondissement de Paris par deux inconnus armés d’un fusil à pompe et d’un pistolet. L’enquête n’a jamais permis d’identifier les auteurs[7].

15 juillet : première fusillade[modifier | modifier le code]

Le 15 juillet 1995 une fusillade éclate à Bron entre les policiers et Khaled Kelkal lorsqu'une voiture tente de forcer un barrage de police.

25 juillet : attentat du RER B à Saint-Michel[modifier | modifier le code]

La station du RER B St Michel Notre Dame à Paris
Article détaillé : Attentat du RER B à Saint-Michel.

Le 25 juillet 1995 à 17h30, une bouteille de gaz bourrée d’écrous explose dans le RER parisien à la gare Saint-Michel - Notre-Dame[8]. Le bilan final est de 8 morts et 117 blessés. C’est le début des attentats meurtriers. Les auteurs de l’attentat furent arrêtés et jugés.

17 août : attentat de la place Charles-de-Gaulle[modifier | modifier le code]

Le 17 août 1995, une nouvelle bombe cachée dans une poubelle fait 16 blessés à Paris près de la place Charles-de-Gaulle. Il s’agit encore d’une bombonne de gaz avec des clous[8]. L’instruction n’a pas permis de retrouver les auteurs (non-lieu prononcé le 4 juin 2004)[9].

26 août : tentative d’attentat sur une ligne TGV[modifier | modifier le code]

Le 26 août 1995, une bombe est découverte sur la ligne TGV Sud-Est près de Lyon à Cailloux sur Fontaines. Elle était supposée exploser au passage d’un TGV[8]. On retrouve sur la bombe les empreintes de Khaled Kelkal.

3 septembre : attentat raté dans un marché parisien[modifier | modifier le code]

Le 3 septembre 1995, une cocotte-minute remplie de clous et d’écrous fait long feu sur le marché du boulevard Richard-Lenoir dans le 11e arrondissement de Paris, près de la Bastille. Elle fait quatre blessés légers. L’instruction n’a pas permis de retrouver les auteurs (non-lieu prononcé le 17 septembre 2001)[10].

4 septembre : tentative d'attentat dans une sanisette parisienne[modifier | modifier le code]

Le 4 septembre 1995, une bouteille de gaz est trouvée puis désamorcée dans des toilettes publiques à Paris près d’une école. Elle devait exploser la veille[8]. L’instruction n’a pas permis de retrouver les auteurs (non-lieu prononcé le 13 septembre 2001)[11].

7 septembre : attentat contre une école juive de Villeurbanne[modifier | modifier le code]

Le 7 septembre 1995, à 16h35, une voiture piégée explose, à quinze mètres de l'une des entrées de l'école juive Nah'alat Moché, à Villeurbanne, ville mitoyenne avec Lyon. Dix minutes plus tard, la plupart des 700 enfants présents, âgés de 2 à 15 ans, devaient emprunter cette sortie[12]. Tous les enfants étaient en classe au moment de l'explosion. Il y eut en revanche 14 blessés dont un grave parmi les passants et les parents stationnant devant l'école[13].

Deux jours plus tard, un important coup de filet eut lieu dans le milieu des activistes islamistes lyonnais, donnant lieu à 31 interpellations[14] et l'enquête démontra par la suite que le terroriste Khaled Kelkal était directement lié à l'attaque. Le lendemain de l'attaque, le plan Vigipirate est activé et n’a jamais été arrêté depuis[15].

27-29 septembre : fusillade dans les monts du Lyonnais, mort de Kelkal[modifier | modifier le code]

Mercredi 27 septembre, un ramasseur de champignons signale à des gendarmes la présence de personnes suspectes campant dans les bois du col de Malval dans les monts du Lyonnais. Les gendarmes ne trouvent qu'un homme à qui ils demandent de présenter ses papiers. Ce dernier riposte en leur tirant dessus avec un fusil à pompe. S'ensuit un échange de tirs au cours duquel l'homme, Karim Koussa, un ami de Kelkal est touché à six reprises mais ne succombe pas. Les gendarmes distinguent une ombre s'échappant du campement, c'est Khaled Kelkal. Une R9 suspecte est aussi repérée. Deux amis de Kelkal, Abdelkader Bouhadjar et Abdelkader Mameri, originaires comme lui de Vaulx-en-Velin sont interpellés. Ils sont chargés de le ravitailler[16].

Une chasse à l'homme est alors organisée pour retrouver Kelkal. Le 29 septembre 1995, il est localisé au lieu-dit « Maison Blanche » à Vaugneray. Il tente de résister et il est abattu par les gendarmes de l'EPIGN[16].

La mort de Kelkal a été filmée et montrée à la télévision. De ces images s'ensuit une polémique sur les raisons exactes de sa mort. Sur le film, on constate que les gendarmes sont à proximité du corps, et on entend l'un d'eux s'écrier « Finis-le, finis-le » (20H de France 2 le 30 septembre 1995)[17]. Cependant, sur les images, il semble que Kelkal, blessé aux jambes, ait visé les gendarmes avec son arme[18]. Contrairement aux policiers, les gendarmes sont autorisés à faire usage de leur arme même s'ils ne sont pas en état de légitime défense[19].

6 octobre : attentat de la station Maison-Blanche à Paris[modifier | modifier le code]

Le 6 octobre 1995, jour de l’enterrement de Khaled Kelkal, une bombe (bouteille de gaz avec des clous et boulons) cachée dans une poubelle explose près de la station de métro Maison-Blanche. Elle fut relativement inoffensive car repérée avant d’exploser. Il y eut 12 blessés légers[8]. On retrouve sur la bombe les empreintes de Boualem Bensaïd[20]. Les auteurs de l’attentat furent arrêtés et jugés.

17 octobre : attentat du RER C[modifier | modifier le code]

Le 17 octobre 1995, une rame du RER C est perforée par l’explosion d’une bombe entre les stations Musée d’Orsay et Saint-Michel vers 7h (à peu près le même endroit que les attentats du 25 juillet). Une trentaine de personnes sont blessées[8]. Par la suite, les enquêteurs retrouveront sur Smaïn Aït Ali Belkacem une carte orange utilisée ce jour-là en sortie de la gare de Javel entre 6h52 et 7h[20]. Les auteurs de l’attentat furent arrêtés et jugés.

Après les attentats[modifier | modifier le code]

Dix procès ont eu lieu après les attentats[21].

  • Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem seront arrêtés à la fin de l'année 1995. Leur procès devant la Cour d’assises spéciale de Paris se tient du 1er au 30 octobre 2002. Il concerne les attentats du 25 juillet, du 6 et du 17 octobre. Boualem Bensaïd (en tant qu’auteur) et Smaïn Aït Ali Belkacem (en tant que complice) furent condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté. Un procès en appel en 2003 confirme ce jugement, et un pourvoi en Cour de cassation fut rejeté en 2004[22].
  • Rachid Ramda est arrêté au Royaume-Uni le 4 novembre 1995. Toutefois il ne sera pas extradé avant décembre 2005 et est donc le grand absent du procès de 2002. Il est condamné en mars 2006 à dix ans de prison pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »[23]. À son procès devant la Cour d’Assises spéciale de Paris, il est condamné en 2007 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de 22 ans de sûreté pour complicité dans trois des attentats. La peine est confirmée au procès en appel en 2009[21].
  • Selon la police algérienne, Ali Touchent fut abattu en Algérie le 23 mai 1997[24].
  • Khaled Kelkal est tué le 29 septembre 1995 près de Lyon suite à une fusillade avec des hommes de l’EPIGN[8].

En mars 1996, le GIA a récidivé avec l’enlèvement (et l’assassinat selon la version officielle) des moines de Tibhirine. Puis le 3 décembre 1996 eut lieu un attentat comparable à celui du 25 juillet 1995, dans la Gare de Port-Royal à Paris (attentat du RER B à Port-Royal). Celui-ci reste un mystère, mais il ne semble pas lié aux autres[25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Valérie Gas, « Attentats de 1995 : le procès tant attendu », sur rfi.fr,‎ 30 septembre 2002
  2. Hassane Zerrouky, « Attentats de 1995 : comment le GIA a tissé sa toile », sur humanite.fr,‎ 1er juin 2009
  3. Patricia Tourancheau, « Rachid Ramda retrace sa route et tente de semer le doute », sur liberation.fr,‎ 11 octobre 2007
  4. Jean-Baptiste Rivoire, 90 min, Attentats de Paris : Enquête sur les commanditaires
  5. (en) Naima Bouteldja, « Who really bombed Paris? », sur guardian.co.uk,‎ 8 septembre 2005
  6. David Serveney, « Attentats de 1995: la piste des généraux algériens », sur rue89.com,‎ 22 octobre 2007
  7. « Attentats de 1995 : Chronologie », sur NouvelObs.com,‎ 23 juin 2008
  8. a, b, c, d, e, f et g Journal de 20 heures d’Antenne 2 aux dates des 25 juillet 1995, 17 août 1995, 27 août 1995, 4 septembre 1995, 7 septembre 1995, 30 septembre 1995, 6 octobre 1995, 17 octobre 1995, sur le site de l’INA
  9. « Place de l’Etoile, avenue de Friedland, 17 Août 1995 », sur sos-attentats.org
  10. « Marché Richard Lenoir, 3 Septembre 1995 », sur sos-attentats.org
  11. « Place Charles Vallin, 4 Septembre 1995 », sur sos-attentats.org
  12. www.liberation.fr
  13. Article de l'Humanité du 7 octobre 1995.
  14. Article de l'Humanité du 22 septembre 1995
  15. « Vigipirate », sur defense.gouv.fr
  16. a et b « Kelkal a été tué au cours d'une fusillade. Traqué dans les monts du Lyonnais, il a été abattu vendredi à 19h45. », sur www.liberation.fr, Libération
  17. http://www.ina.fr/video/CAB06052975/ja2-20h-emission-du-30-septembre-1995.fr.html
  18. Faites entrer l'accusé: Saison 7 ep 03) Khaled Kelkal «Ennemi public n°1»
  19. Code de la défense - Article L2338-3
  20. a et b Sophie Bouniot, « Des dénégations absurdes face aux preuves irréfutables », sur humanite.fr,‎ 24 octobre 2002
  21. a et b « Rachid Ramda condamné à perpétuité en appel », sur liberation.fr,‎ 13 octobre 2009
  22. « RER Saint Michel, 25 Juillet 1995 », sur sos-attentats.org
  23. Patricia Tourancheau, « Une sanglante série d’attentats », sur liberation.fr,‎ 1er octobre 2007
  24. « Chronologie des attentats », sur lexpress.fr
  25. J. C., « Attentat de Port-Royal : le puzzle terroriste reconstitué », sur lefigaro.fr,‎ 15 octobre 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles plus généraux[modifier | modifier le code]