Théâtre de l'absurde

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Le théâtre de l’absurde est un style de théâtre apparu au XX° siècle, à l'époque de la seconde guerre mondiale, qui se caractérise par une rupture totale par rapport aux genres plus classiques, tels que le drame ou la comédie. C'est un genre traitant fréquemment de l’absurdité de l’Homme et de la vie en général, celle-ci menant toujours à la mort. L’origine de ce mouvement est sans conteste intrinsèquement liée à la chute de l’humanisme et au traumatisme causé par la Seconde Guerre mondiale. Ce mouvement littéraire s'est inspiré des surréalistes et des dadaïstes mais est radicalement opposé au réalisme.

Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Arthur Adamov, Jean Genet, voire Harold Pinter sont parmi les auteurs de ces œuvres qui ont bouleversé les conventions du genre. La particularité de Ionesco et de Beckett est qu’ils ont exposé une philosophie dans un langage lui-même absurde qui réduit les personnages au rang de pantins, détruit entre eux toutes possibilités de communication, ôte toute cohérence à l’intrigue et toute logique aux propos tenus sur scène. Toutefois, Beckett a toujours nié faire partie de ce mouvement malgré la pièce Fin de Partie qui possède les caractéristiques du genre.

L’absurdité des situations mais également la déstructuration du langage lui-même ont fait de ce style théâtral un mouvement dramatique à part entière. Ce type de théâtre montre une existence dénuée de signification mettant en scène la déraison du monde dans laquelle l’humanité se perd.

Sources philosophiques[modifier | modifier le code]

L'appui dans les écrits théoriques d’Antonin Artaud, Le Théâtre et son double (1938), et dans la notion brechtienne de l’effet de distanciation (Verfremdungseffekt). L’apparente absurdité de la vie est un thème existentialiste que l’on trouvait chez Jean-Paul Sartre et Albert Camus mais ceux-ci utilisaient les outils de la dramaturgie conventionnelle et développaient le thème dans un ordre rationnel. Sans doute influencé par Huis clos (1944) de Sartre, le théâtre de l’absurde ne fut ni un mouvement ni une école et tous les écrivains concernés étaient extrêmement individualistes et formaient un groupe hétérogène. Ce qu’ils avaient en commun, cependant, outre le fait qu’ils n’appartenaient pas à la société bourgeoise française, résidait dans un rejet global du théâtre occidental pour son adhésion à la caractérisation psychologique, à une structure cohérente, une intrigue et la confiance dans la communication par le dialogue. Héritiers d’Alfred Jarry et des surréalistes, Samuel Beckett (En attendant Godot, 1953; Fin de partie, 1956) ou Jean Vauthier (Capitaine Bada, 1950) introduisirent l’absurde au sein même du langage, exprimant ainsi la difficulté à communiquer, à élucider le sens des mots et l’angoisse de ne pas y parvenir. Ils montraient des antihéros aux prises avec leur misère métaphysique, des êtres errant sans repère, prisonniers de forces invisibles dans un univers hostile (La Parodie d’Adamov, 1949 ; Les Bonnes de Jean Genet, 1947 ; La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, 1950).

Origine critique[modifier | modifier le code]

L’essai de Martin Esslin publié en 1961, où l’expression théâtre de l’absurde devient célèbre, définit ce type de dramaturgie en l’analysant à la lumière des écrits d’Albert Camus, et notamment du Mythe de Sisyphe qui portent sur l’absurdité de l’être. Pour Esslin les principaux dramaturges du mouvement sont Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Jean Genet et Arthur Adamov, bien que chacun de ces auteurs ait les préoccupations et des styles très personnels qui dépassent le terme absurde.

Géographiquement, le théâtre de l’absurde est à l’origine très clairement situé dans le Paris avant-gardiste, dans les théâtres de poche de la Rive gauche, et même précisément du Quartier latin. Cependant, parmi les chefs de file de ce mouvement qui vivent en France, peu sont Français.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

  • Refus du réalisme, des personnages et de l’intrigue. Souvent, on ne trouve pas de personnalités marquées ni d’intrigue dans le sens « narratif » du terme. La plupart du temps, les personnages du théâtre de l'absurde sont interchangeables, c'est-à-dire que chacun d'entre eux n'a pas d'influence importante sur le déroulement du récit.
  • Le lieu où se déroule l’action n’est souvent pas cité avec précision (dans En attendant Godot de Samuel Beckett, on sait que l’action se déroule dans une lande, sans plus de précision).
  • Le temps est lui-même tourné à l’absurde par certains moyens (pendule sonnant un nombre improbable de fois dans La Cantatrice chauve de Ionesco).
  • Volonté de créer un spectacle total : utilisation de mimes, de clowns, d’un maximum d’éléments visuels, souci du détail dans la mise en scène, jeux de lumières, de sons.
  • La toile de fond de l’action est souvent la satire de la bourgeoisie, de son langage figé et de son petit esprit.
  • La scène se déroule souvent dans un climat de catastrophe mais le comique s’y mêle pour dépasser l’absurde. Les personnages ont souvent des réactions exagérées.
  • Le langage mis en scène n’est plus un moyen de communication mais exprime le vide, l’incohérence et représente la vie, laquelle est elle-même ridicule.
  • Volonté de dresser un tableau de la condition humaine prise dans son absurdité. L’absurdité est que la vie mène à la mort, elle est aussi présente dans la guerre.
  • L’absurde n’y est pas démontré, mais simplement mis en scène ; c’est au spectateur qu’il revient de comprendre, grâce aux gestes.
  • Par ces essais, le nouveau théâtre s’adresse aux intellectuels : l’absurde fait rire au premier abord, ce n’est qu’après réflexion que l’on se rend compte du malaise qui y est dénoncé.
  • Par certains aspects, le nouveau théâtre renoue avec le théâtre antique ; le spectacle y est total et non seulement visuel ou axé sur les dialogues.
  • Les objets retrouvés dans le théâtre de l'absurde n'ont aucune symbolique.
  • Plusieurs procédés linguistiques peuvent être utilisés dans l'absurde : des répétitions, des pléonasmes, des problèmes syntaxiques, certaines rimes, plusieurs proverbes et de mauvaises traductions sont nombreuses.
  • On retrouve beaucoup de silences qui génèrent des malaises entre les personnages.

L'avant-garde de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

En analysant le répertoire de l’avant-garde dramatique de son époque, Martin Esslin montre que ces pièces de théâtre sont moins farfelues qu’elles ne paraissent et qu’elles possèdent une logique propre, s’attachant à créer des mythes, autrement dit une réalité plus psychologique que physique. Elles montrent l’homme plongé dans un monde qui ne peut ni répondre à ses questions, ni satisfaire ses désirs. Un monde qui, au sens existentialiste du mot, est « Absurde ».

À partir de La Cantatrice chauve, première pièce de Ionesco en 1950, se fonde pourtant un absurde spécifiquement théâtral, plus proche du raisonnement par l’absurde connu en logique, que de la notion existentialiste. La critique de l’époque appelait d’ailleurs également ce mouvement dramatique : « nouveau théâtre », l’expression « théâtre de l’absurde » étant au début désavouée par Ionesco et Adamov qui récusaient toute appartenance à l’existentialisme. Ce genre se fonde aussi sur le spectacle total prôné par Antonin Artaud.

Ce théâtre qui va, dit Esslin en 1961, « fournir un langage nouveau, des idées nouvelles, des points de vue nouveaux et une philosophie nouvelle, vivifiée, qui transformeraient dans un avenir assez proche les modes de pensées et de sentiments du grand public ».

Les dramaturges[modifier | modifier le code]

La base
Les précurseurs
Les pionniers
Un outsider cubain
  • Virgilio Piñera (19121979) : écrivain cubain. Sa pièce Electra Garrigó (écrite en 1941 mais jouée pour la première fois en 1948) anticipe de deux ans les grands thèmes existentialistes développés dans Les Mouches (1943) de Sartre. Avec Fausse alerte (Falsa alarma), écrite deux ans avant La Cantatrice chauve, il annonce Ionesco. Le génie de Piñera tient dans le fait qu’il « cubanise » les thèmes et l’esthétique des Avant-gardes européennes.
Les héritiers

Bibliographie[modifier | modifier le code]

traduction française "Le théâtre de l'absurde" Buchet-Chastel, Paris, 1963.

  • Martin Esslin, Drame Absurde, Penguin, 1965
  • Duvignaud Jean et Lagoutte Jean,"Le théâtre contemporain, culture et contre-culture" Larousse, Paris, 1974.
  • Emmanuel Jacquart, Le théâtre de dérision, Gallimard, 1974
  • Henri Béhar, Le théâtre dada et surréaliste, Gallimard, 1979
  • Hubert Marie Claude, "Le nouveau théâtre 1950-1968" Honoré Champion, Paris, 2008.

Sources[modifier | modifier le code]

http://letheatredeabsurde.blogspot.fr/