Fin de partie

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Fin de Partie est la deuxième pièce de Samuel Beckett à avoir été représentée. Créée en 1957, elle a d'abord été écrite en français puis traduite en anglais par Beckett lui-même sous le titre d'Endgame. Elle met en scène trois personnages handicapés physiquement ainsi qu'une autre personne: Clov, qui est le seul à pouvoir se déplacer à sa guise ou presque. Il est le valet de Hamm ainsi que son fils adoptif. Tous vivent dans une maison qui est, selon les dires des personnages, située dans un monde désert, dévasté et apocalyptique. La pièce parodie les conventions théâtrales classiques : rien ne se produit au cours de la pièce, la fin est annoncée dès les premiers mots et est même présente dans le titre, et les personnages s'adressent parfois au public pour déclarer qu'ils s'ennuient à mourir. Le genre de Fin de Partie fait toujours l'objet de débats critiques. La pièce a été rapprochée du théâtre de l'absurde, selon la définition de Martin Esslin, mais Beckett a toujours nié l'appartenance à un quelconque courant littéraire[réf. souhaitée].

Création[modifier | modifier le code]

Fin de Partie a été créée en français le 1er avril 1957, à Londres, au Royal Court Theatre, dans une mise en scène de Roger Blin, avec :

La pièce a été reprise le même mois, à Paris, au Studio des Champs-Élysées, avec la même distribution, sauf pour le rôle de Nell qui a été tenu par Germaine de France.

Fin de partie a été jouée en anglais en 1958 avec en complément La Dernière Bande, un texte de quelques pages dont le titre anglais est Krapp's Last Tape.

Personnages et contenu narratif[modifier | modifier le code]

Hamm, aveugle paraplégique, occupe le centre de la scène. Il entretient avec son valet et fils adoptif Clov une relation étrange d'interdépendance. Clov affirme vouloir quitter Hamm ou le tuer, mais n'a le courage de faire aucune de ces deux choses pendant toute la pièce. La dernière scène de la pièce présente Hamm parlant seul, tandis que Clov le regarde, vêtu différemment et portant une valise, comme s'il allait enfin partir.

Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes lors d'un accident de tandem dans les Ardennes et vivent désormais dans deux poubelles situées sur la scène.

Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue dans Fin de partie. On peut toutefois se demander si la journée mise en scène n'est qu'une « journée comme les autres » comme veut le croire Hamm ou si des éléments nouveaux et inconnus, inquiétants ou porteurs d'espoir font leur apparition dans la vie des personnages au cours de la pièce. En effet, Nell semble mourir, et Clov semble sur le point de quitter Hamm, mais le spectateur ignore si ces deux événements sont uniques et se sont produits, ou s'ils ne sont que des répétitions d'un rituel familial quotidien. On peut donc avoir l'impression, comme Clov ne cesse de le répéter, que « quelque chose suit son cours ».

Procédés de composition de la pièce[modifier | modifier le code]

Le discours est sans ordre logique apparent, répétitif et percé de silences ; la plupart des répliques peuvent sembler sans intérêt pour comprendre l'évolution de la pièce. Il faut dire que le dialogue, chez Beckett, n'a pas la même fonction que dans le théâtre classique: il n'est souvent au service d'aucune action. Dans Fin de Partie, les paroles des personnages font largement référence à un passé révolu, ou à l'imaginaire, comme pour compenser la vacuité du présent et l'impuissance à agir plutôt que pour y remédier. Hamm notamment, se plaît à raconter, et à imposer aux autres, son « Roman », et rappelle souvent à Clov les temps anciens.

Silences, et répétition, comme toujours dans le théâtre de Beckett, jouent un rôle primordial, ils ponctuent l'ensemble de la pièce. Les silences sont de durée variable, mais c'est la fréquence de pauses relativement brèves qui est la plus remarquable : la didascalie « Un temps » est écrite de multiples fois tout au long du texte. Les didascalies composent par ailleurs 30 % de l'œuvre totale. Les répétitions, elles aussi nombreuses, ont un effet comparable à celui des silences. Comme elles, elles contribuent à l'impression de faillite d'un langage qui ne parvient pas à exprimer le monde ou les sentiments de façon intelligible. Certaines phrases, ou fragments de phrases, reviennent de manière récurrente, et semblent exprimer les obsessions des personnages. On peut penser à cette question de Hamm : « ce n'est pas l'heure de mon calmant ? ». De même, répétitions de courts échanges entre Hamm et Clov tout le long de la pièce. Ce n'est pas le langage brillant et clair dont usent de nombreux personnages de théâtre traditionnel qui est mis en scène ici. Beckett reprend, en les accentuant, les défauts de la communication de tous les jours, comme il reprend, en les radicalisant, des détresses communes : vieillissement, dépérissement du corps, incompréhension mutuelle, dépendance mêlée de rancœur vis-à-vis d'autrui.

Considérations sur le titre et le nom des personnages[modifier | modifier le code]

Les noms des personnages sont constitués de quatre lettres. Pour Hamm, Nell, et Nagg, on remarque l'enchaînement suivant: consonne-voyelle-double consonne. Mais pour Clov, c'est l'inverse: double consonne-voyelle-consonne. Cette différence marque l'opposition entre les trois personnages et Clov. En effet, ils sont handicapés physiquement contrairement à Clov. De plus, on remarque que les personnages féminins ont la voyelle "e" dans leur prénom (Nell et la mère Pegg) tandis que les hommes ont un "a" (Nagg et Hamm). L'absence de Clov dans ces catégories marque une fois de plus son opposition aux autres personnages.

Le titre français et plus encore le titre que l'auteur a donné à sa traduction anglaise (Endgame) peuvent faire référence au jeu d'échecs, dont Beckett était d'ailleurs adepte. Hamm serait un roi condamné incapable de reconnaître sa défaite et Clov, son pion, le promènerait de temps à autre sur l'échiquier pour lui donner l'impression qu'il peut encore faire quelque chose.

Hamm peut signifier un cabotin ou un cabochard, un mauvais acteur en anglais. Ce dernier est en effet un personnage très théâtral, emphatique dans ses propos et qui ressent cruellement le besoin d'attirer l'attention sur lui. Il récite des passages de son « roman » à Clov qui pourrait être son fils (non dit explicitement). Il faut également noter que la première phrase de son texte, « À moi de jouer » fait directement référence au théâtre.

Hamm peut également être interprété comme une abréviation de hammer (marteau en anglais). On pourrait alors voir Clov comme une déformation du mot clou (le u et le v ont la même origine), Nell comme une approximation de nail (clou en anglais), et Nagg comme une abréviation de Nagel (clou en allemand). Mais il s'agit d'une fausse piste car dans la pièce, ce serait plutôt Clov qui remplirait la fonction du marteau en enfonçant Nagg et Nell dans leur poubelles ou en frappant Hamm avec la gaffe.

Enfin, Hamm pourrait représenter l'âme, de par les correspondances phonétiques, et Clov le corps. En effet, Hamm est paralysé. De plus, il est le maître : il maîtrise le corps de Clov qui bouge beaucoup et répond aux ordres du maître en tant que valet. De plus, Hamm regarde vers l'intérieur (son cœur) et Clov l'extérieur (la mer, le ciel).