Irakli Tsereteli

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Irakli Tsereteli

Irakli Tsérétéli[1], parfois Irakli Tsereteli (Irakli Cereteli en anglais, ირაკლი წერეთელი en géorgien), né le 20 novembre 1881 à Koutaïssi en Géorgie et mort le 20 mai 1959 aux États-Unis, a été un homme politique géorgien, appartenant au Parti ouvrier social-démocrate géorgien, menchevik, député à la IIéme Douma russe, ministre du Gouvernement provisoire russe de Petrograd, député à la Sejm transcaucasienne de Tiflis et ministre plénipotentiaire de la République démocratique de Géorgie.

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Après ses études au lycée de Tiflis, il étudie le droit à l'Université de Moscou de 1900 à 1902. Pris dans une manifestation estudiantine, il est déporté une première fois en Sibérie.

Après son retour, il se rapproche du Parti ouvrier social-démocrate de Russie et rejoint en 1903 la tendance menchevique dont il devient l'un des leaders : il assure l'éditorial du journal Kvali.

Pour échapper à une nouvelle déportation, il s'exile en Allemagne et en revient lors de la Révolution de 1905.

Homme d'Etat russe[modifier | modifier le code]

En mars 1907, il est élu député social-démocrate à la IIème Douma russe accordée par le tsar Nicolas II, mais bientôt dissoute : il s'y est affirmé comme l'un des chefs de l'opposition et est condamné à la déportation en Sibérie, pour la 2ème fois.

La révolution de février 1917, le surprend à Irkoutsk, où il est élu président du soviet local, avant de rejoindre Petrograd.

Aux côtés de Nicolas Tchéidzé[2], il oeuvre au sein du Comité exécutif du Soviet de Petrograd (qui deviendra le Soviet des soviets de toutes les Russies) afin de soutenir le Gouvernement provisoire et de contenir la pression bolchévique. Le 12 mars, il participe à l'accueil de Lénine, l'enjoignant dans son discours à respecter la légalité.

En mai 1917, sous l'autorité d'Alexandre Kerensky, il devient ministre des Postes et Télégraphes, puis ministre de l'Intérieur du Gouvernement provisoire.

En janvier 1918, après l’arrivée au pouvoir des bolcheviks, Lénine ordonne de l’arrêter : il prononce néanmoins un discours devant le Soviet dénonçant l'ajournement de la première réunion de l' Assemblée constituante russe (élue démocratiquement en novembre 1917, à majorité défavorable aux bolcheviks et qui ne sera jamais réunie) : il réussit à s'échapper grâce à de multiples complicités.

Homme d'Etat géorgien[modifier | modifier le code]

En mai 1918, de retour à Tiflis, l'honneur lui revient de tenir le discours de retrait de la Géorgie de la République démocratique fédérative de Transcaucasie devant les représentants arméniens, azerbaïdjanais et géorgiens de l'Assemblée parlementaire provisoire transcaucasienne, dite Sejm transcaucasienne.

En janvier 1919, il est nommé vice-président de la délégation géorgienne à la Conférence de la Paix de Paris, aux côtés de Nicolas Tchéidzé, et traite à ce titre avec les représentants de Georges Clemenceau, David Lloyd George, Vittorio Orlando et Woodrow Wilson.

En février 1919, il est nommé ministre plénipotentiaire du 3ème gouvernement homogène social-démocrate de la République démocratique de Géorgie.

En mars 1921, devant l'invasion militaire du territoire géorgien par la Russie soviétique, il se réfugie à Constantinople, puis en France, avec la quasi-totalité des dirigeants politiques de son pays.

Exilé en France[modifier | modifier le code]

En 1924, avec Nicolas Tchéidzé, d'autres anciens ministres (comme Noé Tsintsadzé) et anciens députés (comme David Charachidzé), il déconseille l'organisation à distance d'une insurrection nationale en Géorgie, estimant que la police politique soviétique (la Tchéka) et les forces militaires soviétiques (l'Armée rouge) sont trop bien implantées : cette tendance politique -qui se nomme elle-même Opozitsia- est mise en minorité au sein du Parti ouvrier social-démocrate géorgien en exil. L'insurrection est déclenchée en août : elle se solde par un échec, entre 7 000 et 10 000 exécutions sommaires, des dizaines de milliers de déportés et l'éradication du Parti ouvrier social-démocrate géorgien en Géorgie.

Il restera membre du bureau exécutif de la IIe internationale socialiste jusqu'en 1939.

Exilé aux Etats-Unis[modifier | modifier le code]

En 1948, en pleine guerre froide, il décide de partir pour les Etats-Unis où une université américaine lui propose de mener des travaux historiques. Il y meurt en 1959, mais selon ses dernières volontés ses cendres sont inhumées dans le "carré géorgien" du cimetière communal de Leuville-sur-Orge, en France[3].

L'homme[modifier | modifier le code]

Né dans une famille aristocratique pour laquelle le savoir était la première valeur, orateur hors pair, Irakli Tsérétéli fut souvent désigné pour formuler les discours les plus difficiles à la Douma russe au titre de l'opposition, au Soviet de Petrograd lors de l'accueil de Lénine (dont il était craint), à la Sejm transcaucasienne lors du retrait de la Géorgie, à la IIe internationale socialiste pour défendre les positions d'une Géorgie hors territoire, ... : sa maîtrise de la langue russe et la rationalité de son argumentation ont marqué tous les observateurs étrangers de cette époque (diplomates, journalistes et hommes politiques).

Qualifié par certains de "socialiste de droite" (s'opposant résolument aux thèses bolchéviques de dictature du prolétariat depuis 1903, prenant parti pour la poursuite de la guerre contre l'Empire allemand en février 1917 et n'hésitant pas à participer au gouvernement provisoire russe aux côtés de libéraux et de progressistes -qui plus est au poste de ministre de l'Intérieur- en mai 1917), qualifié par d'autres de "socialiste de gauche" (partisan du suffrage universel étendu aux étrangers résidant sur le territoire, internationaliste -s'opposant aux nationalismes et appelant à l'organisation de la communauté internationale-, opposant à la Russie tsariste, mais ne confondant pas cette opposition avec une opposition à la Russie, persuadé que la démocratie ne progresserait en Géorgie que si elle progressait dans les pays voisins -petits et grands- et défavorable à toute exploitation d'intérêt commun avec le national-socialisme allemand), Irakli Tsérétéli resta de 1918 à 1959 minoritaire au sein du Parti ouvrier social-démocrate géorgien -notamment aux côtés de Nicolas Tchéidzé jusqu'en 1926-, même s'il accepta certaines fonctions officielles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Khoundadzé, « La révolution de février 1917. La sociale démocratie contre le bolchevisme. Tsérétéli face à Lenine », 1988, Paris, Editions Anthropos.
  • Martiané Mguéladzé (1898-1979), légataire universel d'Irakli Tsérétéli, Paris, archives personnelles.

Liens externes[modifier | modifier le code]