Wilhem

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Wilhem

Guillaume-Louis Bocquillon, dit Wilhem ou Bocquillon-Wilhem (, Paris, Chaillot, faubourg de Paris), est un compositeur, pédagogue et philanthrope français.

Jadis célèbre en tant qu'initiateur du mouvement festif et musical de masses des orphéons et inventeur de la méthode d'enseignement musical qui porte son nom, il est à présent bien oublié du grand public.

Le continuateur de son œuvre orphéonique, Eugène Delaporte, a subi le même sort. Très connu et populaire en France jadis, il est à présent aussi oublié.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'enfant-soldat[modifier | modifier le code]

Monument élevé à Wilhem et Delaporte à Paris en 1924.

Guillaumc-Louis Bocquillon, plus tard dit Wilhem ou Bocquillon-Wilhem, naît à Paris, le 18 décembre 1781. Son père, François Bocquillon, chef de bataillon, est appelé au commandement de la citadelle de Perpignan, considérée, alors, comme importante.

Jusqu'à l'âge de dix ans, Guillaume-Louis est élevé par sa mère, madame Bocquillon-Delaporte, parente du savant orientaliste de ce nom.

À cette époque, la France en guerre mobilise massivement ; le commandant Bocquillon ne fait pas d'exception pour son fils, et le jeune Louis, encore enfant, le suit, avec le grade de caporal, à l'armée du Nord, lorsque son bras n'a pas plus la force de tirer une arme que son épaule la force de porter un fusil.

Le 15 avril 1795 (16 germinal an III), le très-petit caporal est promu au grade de sous-officier, pour services rendus par lui à la patrie. Il a alors quatorze ans, et fait partie d'une compagnie de sapeurs-voltigeurs.

Les fatigues de la marche, les dangers du combat, les instructions théoriques à faire, rien n'est épargné à l'enfant-soldat. C'est chose curieuse que de le voir enseigner le maniement d'armes ; c'était chose intéressante que de l'entendre commander. Doux, aimable et gai, il se fait pardonner son gradé par les plus vieilles moustaches, qui le considèrent comme l'enfant du régiment et lui passent tous ses caprices.

Guillaume-Louis fait d'abord partie de la légion batave, organisée à Amiens ; de là il passe dans le 5e bataillon des tirailleurs, et est enfin incorporé dans le 1er bataillon bis des sapeurs-voltigeurs.

Dès qu'il peut se soustraire aux devoirs de son état militaire, Guillaume-Louis court au spectacle, non pour y voir jouer le mélodrame ou la tragédie, mais pour y entendre chanter les opéras nouveaux, dont il répète ensuite les motifs à ses camarades. C'est ainsi qu'il apprend par cœur presque tous les airs de Paul et Virginie, de Lodoïska, et de plusieurs autres compositions alors en vogue.

Il est apprécié dans l'accomplissement de ses devoirs militaires et participe notamment aux combats de Furnes et Zutphen.

À Amiens, un mandat d'arrêt lancé contre le commandant Bocquillon, devenu suspect aux autorités républicaines, amène son emprisonnement à Arras. Louis demande alors à le suivre : « Tu le peux, lui dit le représentant du peuple Duquesnoy, mais si tu entres, tu n'en sortiras pas. » Il y allait de sa vie, le jeune sous-officier le pensait et n'hésita pas. Un jour, en voulant assainir le cachot de son père, Louis met le feu à la paille qui lui servait de couche. Un sauve-qui-peut général retentit soudain sous les voûtes de la prison, plusieurs détenus parviennent à s'évader. Le commandant Bocquillon et son fils ne cherchent pas à suivre leur exemple. Ils restent seuls sous la main de la justice. Ils veulent être sans reproches : bientôt après ils sont libérés.

L'école de Liancourt[modifier | modifier le code]

Vers le milieu de juillet 1795, c'est-à-dire environ trois mois après sa promotion au grade de sous-officier, le jeune Louis quitte sa compagnie de sapeurs, et revient, le sac sur le dos, jusqu'à Liancourt, dans l'espoir d'obtenir son admission à l'école fondée et entretenue par le duc de Liancourt, en faveur des fils de militaires.

Cette école, d'abord destinée à l'étude des arts et métiers, devient bientôt une institution nationale, et donne plus tard naissance à l'École de commerce de Châlons-sur-Marne et au Prytanée de Saint-Cyr. Dès l'origine, cent élèves y ont été admis ; ce nombre est porté à trois cents, lorsque le Gouvernement décide de prendre en charge l'œuvre de l'illustre philanthrope.

Les progrès de Guillaume-Louis Bocquillon et sa bonne conduite, ne tardent pas à lui mériter l'affection du citoyen Crouzet, alors directeur de l'École de Liancourt.

« Je vous félicite, écrit-il au commandant de la citadelle de Perpignan, d'avoir un fils qui donne d'heureuses espérances, vous pouvez l'embrasser avec toute l'effusion de la tendresse paternelle. Il m'est bien doux de tenir à un père un pareil langage; je sens combien je serais heureux à sa place. Je présume qu'il sera, dans les emplois importants, ce qu'il est aujourd'hui parmi ses camarades. »

Très apprécié de tous pendant les quatre années qu'il passe à l'Institut national, Guillaume-Louis ne subit aucune punition et reçoit plusieurs récompenses. Devenu chef de compagnie, il est cité pour son application aux mathématiques, pour ses connaissances en fortification, en histoire, en grammaire, et surtout en musique. On le destine à l'industrie, les arts lui montrent une autre route, il choisit la musique.

Les débuts en musique[modifier | modifier le code]

Sans autre guide que son goût, sans autre maitre que la nature, il se met avec ardeur à étudier les premiers rudiments de l'art musical. Lié de la plus étroite amitié avec un élève enfant poète nommé Antier, il compose, sur des motifs originaux, des mélodies que ce dernier a rimées. Ainsi, un compositeur de seize ans met en musique les paroles d'un poète de douze. Cette affection, née sur les bancs de l'école, loin de s'affaiblir, grandit avec les années, et abrège, pour les deux élèves, le temps des études qu'ils passent ensemble à Liancourt, puis à Compiègne et à Saint-Cyr, où l'école est successivement transférée.

Le talent de Louis Bocquillon pour la composition se révèle au moment où les ministres plénipotentiaires Roberjot, Jean de Bry et Bonnier, sont assassinés au congrès de Radstadt. Cet événement tragique inspire au citoyen Crouzet des strophes où respirent l'indignation et la vengeance. Louis Bocquillon les met en musique et les fait exécuter par les élèves de l'école, dans une fête funèbre donnée en cette occasion. La musique de cette cantate commence par ce cri : « Aux armes, vaillante jeunesse. »

Elle est écoutée avec intérêt, rendue avec énergie, et, dès ce jour, le jeune Louis n'entrevoit pour lui de carrière possible que celle de la composition musicale. Ses parents ont d'autres vues ; son père, surtout, lui désire une autre vocation, et parle mal des arts pour refroidir l'artiste. Néanmoins, Guillaume-Louis est nommé élève au Conservatoire le 27 décembre 1790 (6 nivôse an III), à la demande du sieur Crouzet. Il ne profite pas immédiatement de cet avantage, et suit son professeur, appelé à diriger l'école de Compiègne, puis, le Prytanée de Saint-Cyr.

Son aptitude aux sciences exactes, amène Louis Bocquillon à être nommé répétiteur de mathématiques à l'école de Saint-Cyr ; plus tard, il est chargé d'enseigner aux élèves les éléments de l'art musical. Au mois d'octobre de cette même année 1802 (brumaire an XI), il compose, sur des paroles de M. Antier, un chant guerrier contre les Anglais alors en guerre contre la France[1].

En 1803 une œuvre nouvelle de Louis Bocquillon, dédiée à Gossec, est aussi exécutée à Saint-Cyr à l'occasion de la distribution des prix. C'est encore un chant guerrier.

Le Ministre de l'intérieur, de nombreux officiers de toutes armes, de hauts fonctionnaires publics, applaudissent au succès de Louis Bocquillon, faisant exécuter à grand orchestre, un morceau d'ensemble composé d'inspiration et sans étude, exécuté ensuite en diverses villes, sur plusieurs théâtres, et enfin, en 1804, à l'Académie impériale de Paris.

Débuts parisiens[modifier | modifier le code]

Plaque souvenir de la création de l'Orphéon le 7 octobre 1833 à Paris, 7 rue Pecquay, qui s'appelait alors impasse Pecquay.

En 1806, il commence, avec une méthode nouvelle de son invention, « l'enseignement simultané », à enseigner la musique au Prytanée de Saint-Cyr. Dans cette école, le jeune répétiteur eut pour élève, ensuite pour ami, un poète : Lebrun, plus tard devenu membre de l'Académie française. Vers la fin de l'année 1806, Louis Bocquillon quitte l'école du Prytanée pour venir se fixer définitivement à Paris. Il a alors vingt-cinq ans.

C'est à cette époque qu'il se choisit le pseudonyme de Wilhem, soit son premier prénom Guillaume, écrit à l'allemande. La raison de cette décision est de ne pas avoir voulu porter ombrage à son père qui n'appréciait guère le choix de la carrière artistique par son fils et lui espérait une autre orientation. Ce choix d'un prénom à l'allemande a-t-il été fait en hommage à la prospérité musicale et chorale de l'Allemagne ? Rien ne permet de l'affirmer, comme de l'infirmer.

La résidence de Wilhem à Paris aurait été probablement impossible, sans l'appui que lui prêta un savant, Edme François Jomard, membre de l'Institut. Napoléon venait d'ordonner au Ministre de l'intérieur de faire publier, aux frais de l'État, la relation de la campagne d'Égypte. Le jeune Wilhem avait une solide instruction ; son protecteur jeta les yeux sur lui et le fit admettre dans les bureaux du Ministère, pour coopérer au travail demandé. C'est dans cette administration que Wilhem rencontre et devient un ami très proche du poète Béranger, comme lui alors simple expéditionnaire. Wilhem composera pour lui les airs de chansons qui seront longtemps très célèbres en France et sont aujourd'hui oubliés, comme : La Bonne Vieille, Brennus, la Vivandière, Charles VII, etc., etc.

Grâce au traitement de sa place, Wilhem put se livrer à ses goûts, et telle était sa facilité, dit Jomard, dans une notice qu'il lui a consacré : « Qu'il composait comme s'il n'avait pas eu d'autre affaire, et qu'il s'occupait des écritures d'un bureau comme s'il eût été étranger à la musique ; on eût dit deux hommes en un seul. »

À Paris, le jeune Wilhem reçoit le meilleur accueil de sommités de la musique française : Perne, Méhul, Chérubini et Gossec. Ce dernier, surtout, justifie la haute confiance que Wilhem a mise en lui.

En 1801, Wilhem écrit à son père :

Le citoyen Gossec, aura la bonté de me procurer un clavecin à très-bon compte, et peut-être sans rétribution ; l'air d'affabilité et de bonté de ce grand compositeur, me pénètre, et je ne sais comment lui exprimer ma reconnaissance. »

La même lettre contient des détails intéressants sur l'emploi d'une modeste somme ; il y est dit :

Des 25 francs qui me restent, j'en ai employé 24 pour acheter un solfège et des leçons de musique faites par les citoyens Méhul, Chérubini, Gossec, Calel, etc.... »

Wilhem perd ses parents : son père, le commandant Bocquillon, meurt à Perpignan, le 21 octobre 1808 ; une année après, le 4 avril 1809, sa mère disparaît à son tour, à Paris. Il se marie, le 31 décembre 1810, à Paris. De cette union naissent deux fils jumeaux. Un seul, Alexis, parvient à l'âge d'homme. De sa biographie, on sait qu'en 1843, il cultive avec succès l'art du dessin.

Wilhem écrit plusieurs morceaux remarqués, qui lui valent, en 1810, la place de professeur d'harmonie au lycée Napoléon, aujourd'hui collège Henri IV. Dans ce même intervalle, il doit à Jomard de précieux documents rapportés d'Égypte par ce savant, sur l'état de la musique chez les anciens.

L'enseignement mutuel et la Méthode Wilhem[modifier | modifier le code]

Extrait du catalogue de la Librairie Garnier frères, Paris 1877.

La renommée disait des merveilles des écoles d'enseignement mutuel fondées en Angleterre, d'après la méthode de Lancaster. Des commissaires délégués partirent avec mission de l'étudier. Cette méthode était la même que le chevalier Paulet avait préparée en France dès la fin du XVIIIe siècle, et que Monge appliqua en 1794, lorsque s'ouvrit la célèbre école des travaux publics, appelée à devenir l'école Polytechnique.

Le général Carnot, ministre de l'Intérieur durant les Cent jours, décide d'établir en France l'enseignement mutuel. Bientôt le succès dépasse ses espérances, et neuf institutions populaires se fondent successivement à Paris. Le ministre connait Wilhem depuis dix ans ; il entrevoit la possibilité d'introduire, par lui, le chant dans les écoles, et tous deux visitent ensemble celle de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, ouverte à trois cents enfants.

Wilhem est frappé et de la marche rapide des études, et de la simplicité des moyens employés ; dès lors, il rêve une révolution dans l'enseignement général de la musique, et s'occupe, pendant une année, à préparer le projet qu'il veut soumettre à la société pour l'instruction élémentaire. Il expérimente sur un certain nombre d'élèves, et lorsqu'il se croit certain du succès, il obtient du comte de Chabrol, préfet de la Seine, l'autorisation de tenter un essai en grand. C'est alors que l'instituteur communal de l'école Saint-Louis, M. de La Haye, lui ouvre son école ; Wilhem y arrive muni de tableaux manuscrits, et commence avec des élèves de tout âge. Cependant, le but désiré est atteint, et, fort de ses convictions, l'inventeur de la nouvelle méthode offre de donner tous les jours une leçon gratuite de chant aux élèves de l'école établie rue Saint-Jean-de-Beauvais.

On est alors au 1er octobre 1818 ; deux mois après, l'impression des tableaux de plain-chant est ordonnée; mais il s'écoule deux années sans que leur auteur en reçoive rétribution.

Le 4 décembre de la même année, à l'occasion de la distribution des prix, Wilhem fait exécuter des exercices de chant aux élèves de l'école Saint-Jean-de-Beauvais. Le 1er janvier suivant, la Société pour l'instruction élémentaire lui alloue un traitement fixe de 1 500 fr., en attendant le résultat de la décision ministérielle à son égard.

En 1819, grâce à la recommandation de son ami Béranger, Wilhem est chargé de créer des cours de chant et de solfège dans les écoles de la ville de Paris. Pour ces écoles il utilise sa méthode qui sera par la suite popularisée sous le nom de Méthode Wilhem.

Il n'y eut d'abord, dans les écoles, que trois leçons par semaine jusqu'au 1er novembre 1822 ; mais, à cette époque, elles furent portées à cinq; puis elles devinrent quotidiennes. Chaque jour, alors, un nouveau perfectionnement ajoutait au succès de là méthode, à la gloire de son auteur.

En 1821, Wilhem publie sa méthode d'enseignement sous le titre Guide de la Méthode élémentaire et analytique de musique et de chant adoptée par la Société d'instruction élémentaire, ou Instruction propre à diriger le professeur ou le moniteur général de chant dans l'emploi des tableaux de la méthode. Cet ouvrage sera par la suite réédité plusieurs fois sous le titre Méthode B. Wilhem. Guide complet, ou Instructions pour l'emploi simultané des tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire. Elle est encore quelquefois en usage.

Les débuts de l'Orphéon[modifier | modifier le code]

Vers 1830, Wilhem commence à prendre l'habitude de rassembler les élèves les plus doués des différentes écoles où il intervient, pour les faire chanter ensemble. Après quelques années de cette pratique, le 7 octobre 1833, dans une école située 7 impasse Pecquay à Paris, il tient la première réunion mensuelle d'une société chorale déclarée qu'il baptise en hommage au poète et musicien de la mythologie grecque Orphée : l'Orphéon. Cette initiative remporte un grand succès.

Wilhem organise la première audition publique de l'Orphéon de Paris, salle Saint-Jean, à l'Hôtel de Ville. À cette occasion, il a convié Cherubini, qu'il connait. Ce dernier vient à regret, se plaignant d'être dérangé « pour entendre des ponts-neufs braillés par des marmots et par des ignorants ». À l'écoute, il change bientôt d'avis et, à la fin du concert, il s'approche de Wilhem, et lui dit : « Mon ami, tu ne feras pas fortune à ce métier mais tu fais une grande chose pour l'avenir et pour ton pays[2]. »

Béranger lui écrit vers la même époque :

Ta gloire est grande. Grâce à ton enseignement, la voix des travailleurs se perfectionne, se plie aux savants accords. Tu rends l'art familier, tu sanctifies l'atelier, tu purifies la guinguette. La musique épandant ses flots jusqu'en bas, nous verrons, ivres de son onde, les soldats, les laboureurs, les artisans. Ce concert, puisses-tu l'étendre au monde que les guerres divisent :

Les cœurs sont bien près de s'entendre
Quand les voix ont fraternisé.

Les sociétés chorales vont se multiplier en France. C'est le démarrage du mouvement musical de masse des orphéons. « Orphéon » devient un nom commun. Il s'exporte même dans la péninsule Ibérique : traduit en catalan il donne orfeó, orfeón en espagnol et galicien, et orfeon en portugais.

La consécration[modifier | modifier le code]

La Société pour l'instruction élémentaire donne le 29 mars 1820 son entière approbation à la méthode dont Wilhem est l'auteur et le fait nommer professeur titulaire de chant pour la ville de Paris. Cette même société lui décerne deux récompenses : en 1821, une médaille d'argent, puis, en 1826, la grande médaille d'or.

La même année, il est chargé de la direction générale du chant dans les écoles élémentaires de Paris. On lui adjoint, comme répétiteur, son meilleur et son plus ancien élève, Joseph Hubert.

Dix écoles ont en 1826 des cours spéciaux de chant, douze autres se préparent à en ouvrir, et de toute la France, comme de l'étranger, de nombreux visiteurs viennent étudier la méthode Wilhem.

En 1834, des tableaux de chant sont envoyés à plusieurs écoles départementales.

En 1835, le conseil municipal de Paris introduit des cours de chant dans trente écoles nouvelles et fait accorder à Wilhem, avec la croix de la Légion d'honneur, le titre de directeur-inspecteur, au traitement annuel de 6 000 fr.

Wilhem, secondé par Joseph Hubert et Pauraux, donne une grande impulsion à l'Orphéon, et ouvre des cours gratuits pour les adultes dans trois arrondissements. Nommé l'un des examinateurs à la délivrance des brevets de capacité, il reçoit, le 18 février 1839, le titre de délégué général pour l'inspection de l'enseignement universitaire du chant.

L'année suivante, 1840, il est nommé inspecteur délégué du chant pour l'École normale de Versailles.

La même année, Hullah, membre délégué du conseil d'éducation de la Grande-Bretagne, visite, à Paris, les écoles d'adultes, et, dès 1841, il fait imprimer, à Londres, la traduction des tableaux et du corps de la méthode Wilhem. Une classe est en même temps ouverte à Exeter-Hall ; elle ne compte pas moins de dix-sept cents élèves.

De 1841 à 1842, on introduit le chant, à Paris, d'après la méthode Wilhem et sous sa direction, dans toutes les écoles de frères et dans plusieurs écoles de sœurs.

En 1841, Béranger dédie à Wilhem une chanson à la gloire de son œuvre maîtresse : L’Orphéon.

Le mouvement choral initié par Wilhem avec sa méthode est une grande réussite et l'a rendu célèbre. En 1842, Paris compte plus de 4000 enfants et environ 1200 adultes qui se livrent à l'étude de la musique et la pratique du chant choral[2].

Les obsèques[modifier | modifier le code]

Wilhem meurt le , à Chaillot, faubourg de Paris. Informé de la nouvelle, le comité central pour l'instruction primaire arrête, dans sa séance du 28 avril 1842, qu'en raison des services rendus par Bocquillon Wilhem à l'enseignement primaire, une députation de sept membres accompagnera le corps du défunt jusqu'à sa dernière demeure. Les comités locaux et spéciaux d'instruction primaire de la ville de Paris sont également priés d'envoyer au cortège une députation. Aux obsèques on peut voir le conseil royal de l'instruction publique, représenté par Orfila ; le conseil municipal de Paris, par Boulay de la Meurthe et Périer ; l'Académie française, par Rousselle ; la Société pour l'instruction élémentaire, par Francœur, Jomard, Demoyencourt, Bessas-Lamégie, Trélat, Lebeuf, etc., etc. Alexis Wilhem suivait le corps de son père, avec ses amis Eugène Delaporte, Charles Malo, Béranger, Antier et Lebrun. Les orphéonistes des écoles communales viennent ensuite, sous la conduite des instituteurs et des institutrices.

Le service funèbre est célébré à l'église Saint-Sulpice ; trois discours sont prononcés au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé[3] : le premier, par Périer, au nom de la ville de Paris ; le deuxième, par Demoyencourt, au nom de la société d'enseignement élémentaire ; le troisième, par Joseph Hubert, au nom des élèves. Un auditoire immense entoure les orateurs et le cercueil.

L'œuvre de Wilhem ne s'interrompt pas après sa disparition. Joseph Hubert lui succède à la présidence de l'Orphéon et au poste de délégué général du chant des institutions élémentaires de Paris. Cependant qu'Eugène Delaporte se charge du développement des orphéons en province[4].

En 1843, à Paris, la méthode Wilhem est chantée journellement par cinq mille enfants dans les écoles, et par mil quinze adultes aux cours du soir. Le même enseignement est donné dans trois écoles supérieures, cinquante-trois écoles mutuelles, vingt-sept écoles de frères, trois écoles de sœurs, et douze classes d'adultes. Il est en outre introduit dans le gymnase musical militaire dirigé par Carafa, et recommandé à toutes les écoles régimentaires par le Ministre de la guerre. L'Orphéon est à son tour, une pépinière de jeunes professeurs qui, transplantés sur tous les points du globe, y font fructifier la semence qu'ils ont reçue.

Hommages[modifier | modifier le code]

Deux chants funèbres sont composés à l'occasion de la disparition de Wilhem : l'un, par Joseph Hubert, sur des paroles de Charles Malo ; l'autre, par Sigismond von Neukomm, sur des paroles de Lefèvre.

En 1890, une rue du 16e arrondissement de Paris est baptisée rue Wilhem. Elle donna son nom à une station de métro qui sera en 1921 rebaptisée Église d'Auteuil. Ce renommage étant motivé par l'anti-germanisme suivant la Grande guerre. Wilhem pouvant rappeler le nom de l'empereur Guillaume II.

En 1924, un monument à l'Orphéon, Wilhem et son continuateur Eugène Delaporte, œuvre du sculpteur Henri-Louis Richou, est érigé dans une courette de la rue de Bretagne près de la mairie du 3e arrondissement de Paris. On peut le voir, déplacé depuis 1990 non loin de là, dans le square du Temple[5].

Aperçu de la méthode Wilhem[modifier | modifier le code]

L'heure de l'étude sonnée, les écoliers, divisés en huit classes, forment un hémicycle, et, sur un signe du moniteur, armé du diapason, chaque degré opère selon sa force.

La théorie devant précéder la pratique, tandis que le premier rang trace sur le sable la figure des notes, le second rang écrit, sur l'ardoise, huit mesures à intervalles de secondes. Le troisième rang écrit huit mesures de tierces ; le quatrième, huit mesures de quartes, ainsi de suite, jusqu'à la huitième classe, qui chante tandis que les autres s'occupent de la théorie appelée dictée parlée. Dans cette étude, les élèves nomment la note sans intonation. On se sert, pour cela, d'un tableau dont les notes et les clefs mobiles obéissent à la baguette du moniteur.

De la théorie on passe à la pratique, et les mêmes classes, dans le même ordre, chantent pendant cinq minutes chacune. Lorsque les quatre premières se sont ainsi exercées , les classes deux à sept chantent, simultanément ; un sextuor accompagné par la huitième classe. Dans cet exercice, chaque degré rencontre les difficultés qu'il peut connaître, et l'on comprend quelle patience il a fallu unir au talent pour composer des mélodies où la leçon n'est jamais oubliée.

Par ce mode d'enseignement, la récompense est le prix de l'application ; chaque élève, à son tour, peut devenir maître ; car toujours un degré supérieur conduit un degré inférieur. Écrire d'abord, chanter ensuite en chœur ce qu'on a écrit séparément, c'est opérer selon la méthode Wilhem.

Sébald Heyden, dès l'an 1537, eut le premier l'idée d'une portée sans notes ; M. Galin, de Bordeaux, fit aussi usage, vers 1823, d'un tableau appelé méloplaste ; deux baguettes promenées sur ou entre les lignes d'une portée musicale, figuraient, par leur bout arrondi, la note qu'on voulait désigner ; les accidents se marquaient par l'inclinaison de ces mêmes baguettes. Mais ce procédé ne devança pas celui de M. Wilhem, et nous lisons ce qui suit dans un rapport fait le 29 mars 1820, par M. Francoeur, au nom d'une commission d'examen. Il y est dit : « Depuis l'an 1817 que les procédés ingénieux de M. Wilhem nous ont été connus, M. Galin a, de son côté, mis en pratique un moyen semblable à l'indicateur vocal, et l'a présenté avec succès à Bordeaux et à Paris, sous le titre de méloplaste. Il importe de garantir M. Wilhem de l'accusation de plagiat, et de constater que, depuis cinq mois, son procédé était en usage dans nos écoles, et qu'il était connu de nous depuis deux ans. »

Simple dans ses détails et dans son ensemble, cette méthode s'est généralisée d'une manière rapide.

Œuvres de Wilhem[modifier | modifier le code]

  • 1821. — Méthode élémentaire de chant, conforme aux principes et aux procédés de l'enseignement mutuel.
  • 1821. — Guide de la méthode élémentaire analytique de musique et de chant, en deux parties.
  • 1832 et 1834. — Tableau de lecture musicale et d'exécution vocale.
  • 1835. — Manuel musical, à l'usage des collèges, des institutions et des cours de chant, comprenant, pour tous les modes d'enseignement, le texte et la musique en partition, des tableaux de la méthode de lecture musicale et de chant élémentaire. Premier et deuxième cours.
  • 1835. — Méthode graduée, divisée en deux cours, renfermant ensemble 73 tableaux.
  • 1838. — Réimpression du même ouvrage, contenant, en deux parties, le Guide de la Méthode.
  • Distribution des prix. Invocation suivie de chœur et canon à trois parties, seules ou avec accompagnement d'instruments.
  • Douze leçons hebdomadaires de musique vocale, à l'usage des jeunes élèves et des adultes qui suivent le cours de chant sacré institué par le consistoire de l'Église réformée de Paris.
  • Choix de mélodies des psaumes, arrangées à trois voix égales ou inégales, à l'usage des élèves déjà nommés.
  • 1839. — Guide complet, ou instruction pour l'emploi simultané des tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire.
  • Orphéon, répertoire de musique vocale sans accompagnement, à l'usage des élèves adultes.
  • 1840.— Réimpression du Manuel musical, à l'usage des collèges, etc.
  • Le Départ du conscrit, quelques Hymnes religieuses, un Chant guerrier et plusieurs romances.

Source[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Sur ces paroles : « Tremblez, Anglais, tyrans des mers, »
  2. a et b Jean Frollo, Nos Orphéons, Le Petit Parisien, 18 octobre 1898, page 1.
  3. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 784
  4. Raoul de Saint-Arroman, rubrique Semaine musicale, Orphéons et fanfares. – Les concours du Conservatoire, La Presse, 20 juin 1883, page 2, 2e colonne.
  5. Voir le monument élevé en 1924 à l'Orphéon et à la mémoire de Wilhem et d'Eugène Delaporte.