Petit-suisse

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Petit-suisse
Image illustrative de l'article Petit-suisse

Pays d’origine Drapeau de la France France
Région, ville Normandie
Lait de vache pasteurisé
Pâte fraîche

Le petit-suisse est un fromage français de Normandie.

C'est un fromage frais, non salé, de consistance onctueuse, à base de lait de vache enrichi de crème de lait de vache, de 60 à 75 % de matières grasses, d’un poids moyen de 60 grammes, qui se présente enveloppé sous forme d’un cylindre de 5 cm de haut et 3 cm de diamètre. Sa fabrication, le plus souvent industrielle, a repris et développé un vieux procédé utilisé depuis le Moyen Âge dans le canton de Vaud en Suisse.

Il peut se consommer en dessert, sucré, additionné de confiture, de miel, etc. ou salé, poivré avec des fines herbes. Il sert également à farcir les viandes (volaille) ou à les recouvrir (lapin) de petit-suisse mélangé à de la moutarde pour leur éviter de se dessécher à la cuisson.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'origine du conditionnement en forme de cylindre, on trouve Etienne Pommel qui fabriquait dès 1828 à Gournay-en-Bray des fromages frais enrichis de crème, vendus dans une fine bande de papier paraffiné (papier Joseph favorisant l'évaporation de l'eau en excès) et placés par six ou douze dans de petites caissettes de bois.

Le fait que le petit-suisse soit, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, normand et non suisse, est dû à la suggestion, dans les années 1850, d’un employé vacher de nationalité suisse de la ferme de Madame Hérould à Villers-sur-Auchy (Oise, Picardie), près de Gournay-en-Bray, d’ajouter de la crème au lait destiné à produire les bondons, reprenant en cela une recette déjà appliquée par Étienne Pommel. Un nouveau marché émergeant, celui de consommateurs urbains avides de fromages gras (notamment les Parisiens), Madame Hérould expédia chaque jour ces petits fromages enrichis à un mandataire des halles de Paris. Le fromage de la mère Hérould eut très vite du succès : le suisse était né.

Fabrication[modifier | modifier le code]

Fabrication laitière[modifier | modifier le code]

Fin de la production fermière[modifier | modifier le code]

Les premiers petit-suisses de la marque Gervais

Un commis du mandataire, nommé Charles Gervais, flaira la bonne affaire. Comme la production fermière ne suffisait plus à alimenter le marché de la capitale, il s'associa à Mme Héroult pour l’occasion et reprit une laiterie à son nom, en 1852, à Ferrières-en-Bray. Les premiers employés de la fromagerie Gervais furent tout d’abord des suisses (réputés comme excellents fromagers), qu’il fit venir spécialement. À la fin du XIXe siècle, la fromagerie devient une véritable usine, livrant des suisses dans un état de fraîcheur parfait grâce au développement des lignes de chemin de fer. Cependant, les petits suisses lors du transport avaient tendance à se coller les uns aux autres. Charles Gervais utilisa alors le même conditionnement que son concurrent Pommel (préférant quant à lui ne le distribuer qu'en Normandie). Ils pesaient 60 g pièce et se nommaient simplement « suisse » (aujourd’hui, ceux-ci sont appelés « double petit-suisse »).

Charles Gervais avait aussi compris l'importance des marques et de leur identification. Bientôt apparut l’étiquette Fromages à la crème Ch. Gervais dits Suisses, sur laquelle l'industriel revendiquait mensongèrement l'origine suisse de ses fromages, prétendant qu'« ils arrivaient directement par courrier de Vaud ». Il innova également en utilisant des emballages à usage unique (les pots individuels étant jugés plus hygiéniques). Il acheta la ferme Hérould en mariant son fils à la fille de la fermière et racheta la société de Pommel en 1938, faisant du petit-suisse une production industrielle[1].

Aujourd'hui, il n'y a plus de petits suisses fermiers. Les petits-suisses fabriqués industriellement sont désormais emballés dans du plastique, mais il existe des laiteries qui les commercialisent dans des boîtes en carton.

Fabrication industrielle[modifier | modifier le code]

L’usine de Neufchâtel-en-Bray produit, à elle seule, plus de cinq milliards de petits suisses par année.

Statut de l'indication géographique[modifier | modifier le code]

En vertu d'une dérogation expresse dans le traité du 14 mai 1974 entre la Confédération suisse et la République française sur la protection des indications de provenance, des appellations d’origine et d’autres dénominations géographiques, l’utilisation en France de la dénomination « petit-suisse » pour des fromages fabriqués en France est autorisée. Elle demeure par contre interdite en Suisse (point 6 du protocole au traité)[2].

Dans le canton de Vaud en Suisse, et plus précisément à Payerne, le petit-suisse est appelé heine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jean Froc, Balade au pays des fromages - Les traditions fromagères en France, Éditeur Quae, décembre 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]