Michel Aoun

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Michel Aoun
ميشال عون
Fonctions
41e président du Conseil des ministres libanais
22 septembre 198813 octobre 1990
(2 ans, 0 mois et 21 jours)
Président Poste vacant
Gouvernement Cabinet Aoun
Prédécesseur Salim el-Hoss
Successeur Omar Karamé
Commandant des Forces armées libanaises
198413 octobre 1990
Président Amine Gemayel
Président du Conseil Rachid Karamé
Salim el-Hoss
Lui-même
Prédécesseur Ibrahim Tannous
Successeur Émile Lahoud
Ministre de la Défense
22 septembre 198813 octobre 1990
Président du Conseil Lui-même
Prédécesseur Adel Osseiran
Successeur Albert Mansour
Ministre de l'Information
22 septembre 198813 octobre 1990
Président du Conseil Lui-même
Prédécesseur Joseph Skaff
Successeur Edmond Rizk
Ministre de l'Intérieur
22 septembre 198813 octobre 1990
Président du Conseil Lui-même
Prédécesseur Mohammad Nabil Koraytem
Successeur Elias Khazen
Ministre des Affaires étrangères
22 septembre 198813 octobre 1990
Président du Conseil Lui-même
Prédécesseur Mohammad Nabil Koraytem
Successeur Salim el-Hoss
Biographie
Nom de naissance Michel Naim Aoun
Date de naissance 30 septembre 1933
Lieu de naissance Beyrouth (Liban)
Nationalité libanaise
Parti politique Courant patriotique libre
Diplômé de École militaire
Profession député
Religion Christianisme maronite

Michel Aoun
Présidents du Conseil des ministres libanais

Michel Aoun (ميشال عون), né le 30 septembre 1933 à Harat Hurayk[1], est chef des armées libanaises (1984-1989), puis chef du gouvernement intérimaire libanais de 22 septembre 1988 au 13 octobre 1990. Il est le président du Courant patriotique libre depuis 1992.

Formation[modifier | modifier le code]

Chrétien maronite, de famille modeste (son père est boucher) et imprégnée de religiosité, il fréquente des écoles catholiques. Aoun termine ses études et s'engage à l'Académie militaire comme officier cadet en 1955. Promu sous lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961 au sein de l'armée libanaise. Il reçoit ensuite des formations complémentaires à l'École d'application d'artillerie de Chalons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l'Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l'École supérieure de guerre, en France (1978-1980).

Son rôle dans la guerre du Liban[modifier | modifier le code]

De l'opération "Paix en Galilée" aux accords de Taef[modifier | modifier le code]

En 1980, il est de retour durablement au Liban pour devenir chef d'une brigade de Défense. Il est posté le long de la Ligne verte qui a séparé l'Ouest et l'Est Beyrouth. Lors de l'invasion du Liban par Israël en 1982, Aoun, alors lieutenant-colonel, mobilise un bataillon armé pour défendre le palais présidentiel de Baabda et gagne la confiance d'Amine Gemayel. Puis, lors de la guerre civile libanaise, en septembre 1983, la 8e brigade du colonel Aoun combat les milices du PSP (de Walid Joumblatt), palestiniennes et syriennes et la bataille de Souk El Gharb se termine victorieusement pour l'armée libanaise. En juin 1984, le général Aoun est nommé Commandant des Forces armées libanaises.

En septembre 1988, le président sortant Amine Gemayel désigne Michel Aoun comme président du Conseil jusqu'à la tenue de nouvelles élections. Cette nomination est en contradiction avec le Pacte national de 1943 qui réserve le poste de président du Conseil à un musulman sunnite. Gemayel justifie ce choix par le fait que le Pacte national réserve la fonction de président à un chrétien maronite et comme le choix d'un nouveau président est impossible, le président du Conseil deviendrait président de la République par intérim.

Michel Aoun peut alors compter sur l'appui de 40 % de l'armée libanaise comprenant toute l'artillerie lourde, sur la resistance Chrétienne des « Forces libanaises » dirigée par Samir Geagea, le « Parti national libéral » et son chef Dany Chamoun, le « Parti des Druzes Libres » et son leader Farid Hamadé. L'ex-président du Conseil, Salim el-Hoss, décide finalement de conserver son poste. Deux gouvernements s'installent, un gouvernement pro-syrien dirigé par Hoss à Beyrouth-Ouest, et un gouvernement dirigé par Aoun à Beyrouth-Est. Ce dernier gouvernement contrôle ainsi l'est de Beyrouth et les zones limitrophes périphériques (dites zones libres, où il n'y avait pas de présence syrienne). Mais en février 1989, les "Forces libanaises" se rebellent quand l'armée se lance dans une opération pour mettre fin à leur contrôle des ports. En faisant face aux Forces libanaises, Aoun tente de s'attirer à la fois la partie maronite qui souhaite la paix, de donner des gages à ces adversaires et de rétablir l'autorité de l'État.

En parallèle, l'armée syrienne commence à bombarder la dernière zone non-occupée du Liban et le général Aoun réplique en lançant la « guerre de libération » contre l'armée syrienne le 14 mars 1989. Aoun critique alors le soutien américain à la Syrie et se rapproche de l'Irak de Saddam Hussein pour recevoir des armes.

Le 19 août 1989, depuis les caves du palais présidentiel de Baabda, le général Aoun réclame à la France une intervention militaire car depuis juillet 1989 certaines milices et l'armée d'occupation syrienne font pleuvoir des centaines de milliers d'obus et d'explosifs sur les zones chrétiennes qui abritent plus d'un million de personnes. La demande du général Aoun est entendue et la France dépêche le porte-avions Foch, deux frégates lance-missiles, et un transport de chalands de débarquement.

Des accords de Taef à l'échec final de la guerre de « libération nationale »[modifier | modifier le code]

Le 15 octobre 1989 à Taef, des membres de l'Assemblée nationale libanaise se rencontrent en vue d'établir une entente mettant fin au conflit libanais. Cette assemblée prend la décision de s'assembler dans un pays étranger : les États-Unis. Cet accord institutionnalise un système confessionnel. Aoun refuse d'y prendre part, dénonçant certains points ambigus de l'accord, notamment au sujet de l'occupation syrienne, ainsi que la représentativité des parlementaires (qui ont été élus en 1972). Il promulgue un décret qui dissout l'Assemblée nationale avant la rencontre de Taëf, mais les députés lui dénient le droit constitutionnel de pouvoir le faire. En fait, la moitié de ces députés n'ont pas participé à la rencontre de Taëf pour raison de mort ou surtout d'opposition au résultat anticipé de ces accords. L'appel de Michel Aoun ne trouve pas d'écho parmi les grandes puissances mondiales. Le 24 octobre 1989, une manifestation de très grande ampleur est organisée à l'appel de Michel Aoun.

En novembre 1989, René Moawad est élu président de la République par l'Assemblée nationale. Sa présidence ne tient que 17 jours jusqu'à son assassinat. Elias Hraoui est alors élu à sa place. Hraoui désigne le général Émile Lahoud comme commandant de l'armée et somme Michel Aoun de quitter le Palais présidentiel. Aoun rejette son éviction et l'armée qu'il commande fait face aux assauts de la milice des Forces libanaises qu'il accuse de négocier secrètement avec le gouvernement pro-syrien de Salim el-Hoss (janvier à mai 1990).

La position de Aoun se détériore lorsque Saddam Hussein lance l'invasion du Koweït le 2 août 1990. Les États-Unis recherchent le soutien des pays arabes pour légitimer leur intervention et le président syrien Hafez el-Assad se range alors à leurs côtés. En retour, les États-Unis acceptent tacitement que la Syrie prenne le contrôle du Liban. Le 13 octobre 1990, Hafez el-Assad, allié depuis le mois d’août des Américains, des Britanniques et des Français dans le conflit du Golfe, lance ses troupes à l’assaut des régions contrôlées par Aoun et du Palais présidentiel. Le général Aoun se réfugie à l’ambassade de France, laisse sa famille au Liban et s'enfuie en France, lance un appel au cessez-le-feu et ordonne à ses fidèles de remettre leurs armes. Il est désormais sous la protection de René Ala[2], l’ambassadeur de France à Beyrouth.

Exfiltré par Philippe Rondot (DGSE), dix mois plus tard, il part en exil en France.

De la fin de la guerre au retour au Liban[modifier | modifier le code]

Le combat pour le départ des troupes syriennes (1992-2005)[modifier | modifier le code]

En échange de la protection française, Aoun ne peut y exercer d'activité politique. Il lance par procuration en 1992, un parti politique, le Courant patriotique libre qui a comme objectif le retrait des troupes syriennes du Liban et l'instauration d'un État de droit.

En septembre 2004, Les États-Unis et la France soutiennent la résolution 1559[3] qui demande le retrait syrien. Le 29 janvier 2005, Aoun déclare qu'il pourrait revenir au Liban pour se joindre à l'opposition au gouvernement pro-syrien. Le 14 février 2005, un attentat à l'explosif tue l'ancien premier ministre du Liban Rafik Hariri. Les services de renseignements syriens sont montrés du doigt par l'opposition. Cet assassinat marque le début de ce que certains appellent la Révolution du cèdre, qui conduit au départ de la totalité des troupes syriennes fin avril 2005, au retour du général Aoun au Liban et à la sortie de prison de Samir Geagea.

Le 16 février 2005, deux jours après l'assassinat de Rafik Hariri, Michel Aoun est l'invité de Thierry Ardisson. Le général Aoun affirma qu'il ne faisait aucun doute quant à l'implication de la Syrie dans l'attentat du 14 février 2005[4].

Aoun revient à Beyrouth le 7 mai 2005 après 15 ans d'exil en France et rencontre Samir Geagea à sa sortie de prison. Le 14 juin 2005, il est élu député de Kesrouan du Mont-Liban. Son bloc parlementaire comporte 21 députés après les élections. Lors de l'élection parlementaire de 2005, les listes Aoun bénéficient de l'appui de 70 % des Libanais chrétiens. Il forme un groupe parlementaire appelé Bloc du changement et de la réforme. Les relations entre le CPL et ses alliés anti-syriens se tendent et le Bloc du Changement et de la Réforme s'engage dans l'opposition au gouvernement du premier ministre Fouad Siniora.

La nouvelle stratégie du général Michel Aoun (2005 à aujourd'hui)[modifier | modifier le code]

Après les élections législatives de juin 2005 et la formation du gouvernement Siniora auquel il va s'opposer, on dit le général Aoun esseulé sur la scène politique libanaise. Son programme de réformes subit en effet l'opposition de toute la classe politique libanaise. Pourtant très vite, la situation politique évolue dans le sens de ses choix et convictions.

Le 6 février 2006, et après plusieurs mois de négociations entre le CPL et le Hezbollah, le général Michel Aoun rencontre en l'église Mar Mikhael de Chiyah, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour signer un document d'entente de 10 points concernant directement l'avenir du Liban [5]. Cette entente se transforme en véritable alliance lorsqu'à l'appel du général Aoun, son parti apporte son soutien à la résistance nationale, en organisant l'hébergement et l'aide humanitaire des populations bombardées lors de l'offensive israélienne de l'été 2006.
Le 1er décembre 2006, Michel Aoun, en qualité de porte parole de l'opposition (Hezbollah, CPL, etc.) appelle à la démission du gouvernement Siniora [6].

Les relations entre la majorité Siniora et l'opposition, dont le CPL est la base depuis le début en juillet 2005, se tendent en 2007, au point qu'après l'assassinat de Pierre Amine Gemayel, Michel Aoun soutient Camille Khoury contre Amine Gemayel, le père du défunt député (juillet 2007). Khoury défait l'ancien Président lors de cette élection législative locale où le siège est réservé à un maronite (région chrétienne du Metn). Ses adversaires soutiennent l'idée que cette victoire étriquée (51 %) ressemble à une diminution de la popularité d'Aoun alors que d'autres voient cette élection comme un grand succès dans « une bataille impossible » contre un ancien président dans son propre fief et une des figures importante de l'Alliance du 14 Mars.

Il structure son mouvement et lance le 19 juillet 2007 sa chaîne de télévision : OTV. Son logo est d'ailleurs orange comme celui de son propre parti (le CPL).

Si le député Michel Aoun se présente officiellement à l'élection présidentielle de septembre 2007, Michel Sleiman lui est préféré après les évènements de mai 2008 qui aboutirent à une conférence nationale parrainée par le Qatar. Michel Aoun se rend le 13 octobre 2008 en Iran[7]. Son voyage a été l'objet de critiques de la part de la majorité[8]. Le général Aoun décide ensuite de se rendre en Syrie le 3 décembre 2008 [9] où il rencontre Bachar el-Assad et déclare à la presse : J'ai toujours dit que la Syrie devait quitter le Liban et qu'une fois ceci effectué les deux pays devaient avoir de bonnes relations [10]. Sa visite en Syrie est principalement controversée du fait du dossier des disparus libanais en Syrie, dont un tres grand nombre (militaires et civils) auraient été enlevées par l'armée d'occupation syrienne lors de son assaut contre les partisans du général Aoun en octobre 1990.

Aux élections législatives de juin 2009, les listes du Courant patriotique libre de Aoun et de ses alliés ont réussi à obtenir plus de 52 % des votes des chrétiens libanais[réf. nécessaire], le Bloc du changement et de la réforme s'élargit à 27 députés, dont 19 appartenant au Courant patriotique libre.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est l'oncle du député Alain Aoun, le beau-père du ministre Gebran Bassil et le beau-père du général Chamel Roukoz.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Aractingi, La politique à mes trousses, Chapitre LIBAN, Éditions l'Harmattan, Paris, 2006 ISBN 2-296-00469-5
  • Salvatore Lombardo, Retours à Beyrouth : Au Liban avec le général Aoun, Paris, Transbordeurs, 2006, 182 pages, Liban Libre, éditions Autre Temps, 1996
  • Michel Aoun, Une certaine vision du Liban, Paris, Fayard, 2007, 240 pages
  • Jean-Paul Bourre, Génération Aoun, Paris, Robert Laffont, 1990, 239 pages
  • Daniel Rondeau, Chronique du Liban rebelle, 1988-1990, Paris, Grasset et Fasquelle, 1991, 192 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.lebarmy.gov.lb/en/army/commanders/?10#.U1FV46JsKaR
  2. Daniel RONDEAU, Chronique du Liban rebelle, 1988-1990, Paris, Grasset et Fasquelle, 1991, 192 pages.
  3. Résolution 1559
  4. http://www.youtube.com/watch?v=p7Cof503i80
  5. Le Document d’Entente Mutuelle Entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre
  6. Le discours du 1er décembre, Jerusalem Post
  7. Michel AOUN : Le rôle de l'Iran au Liban n'est pas négatif.
  8. Eddé : Aoun a présenté ses lettres de créance à l’Iran, in L'Orient-Le Jour, 13 octobre 2008
    Geagea : Le positionnement stratégique de Aoun est « erroné », in L'Orient-Le Jour, samedi 18 octobre 2008.
  9. Scarlett HADDAD, Interview de Michel Aoun : Ma visite à Damas sera comme celle de De Gaulle en Allemagne, L'Orient-le-Jour, mercredi 19 novembre 2008
    Fady NOUN, La visite de Aoun à Damas met en évidence la division des Libanais sur les rapports avec la Syrie, in L'Orient-Le Jour, mardi 2 décembre 2008. "Accompagneront le général Aoun, (…)les députés Abbas Hachem, Ibrahim Kanaan, Farid el-Khazen et Nabil Nicolas, ainsi que Pierre Raffoul, coordinateur général du CPL, Nassif Azzi, directeur des programmes de la OTV, et Jean Aziz."
  10. Article d'Agnès Rotivel dans La Croix du 3 décembre 2008 : Michel Aoun visite la Syrie "la tête bien haute"
    Michel Aoun veut ouvrir "une nouvelle page" avec la Syrie : dépêche AFP du 3 décembre 2008.