Rafiq Hariri

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Rafiq Hariri
رفيق بهاء الدين الحريري
Rafiq Hariri en 2001.
Rafiq Hariri en 2001.
Fonctions
Président du Conseil des ministres libanais
31 octobre 19922 décembre 1998
Président Elias Hraoui
Émile Lahoud
Prédécesseur Rachid Solh
Successeur Salim el-Hoss
23 octobre 200021 octobre 2004
Président Émile Lahoud
Prédécesseur Salim el-Hoss
Successeur Omar Karamé
Biographie
Date de naissance 1er novembre 1944
Lieu de naissance Saïda (Liban)
Date de décès 14 février 2005 (à 60 ans)
Lieu de décès Beyrouth (Liban)
Nationalité libanaise et saoudienne

Rafiq (Baha al-Din) al Hariri ou Rafic Hariri (رفيق (بهاء الدين) الحريري), né le 1er novembre 1944 à Saïda et mort assassiné le 14 février 2005 à Beyrouth, est un homme d'affaires et homme politique libanais musulman sunnite.

Il fait fortune en Arabie saoudite avant de diriger cinq gouvernements au Liban entre 1992 et 2004, notamment de 1992 à 1998 puis de 2000 à 2004.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un ouvrier agricole, il effectue ses études à Saïda, puis il obtient un diplôme de hautes études commerciales de l'Université arabe de Beyrouth en 1964. Il milite quelque temps au sein du Mouvement nationaliste arabe de Georges Habache. Il se marie à deux reprises et est père de cinq enfants.

Ancienne résidence de Rafiq Hariri à Paris, France.

Il quitte le Liban à 18 ans pour l'Arabie saoudite, où il est successivement professeur de mathématiques, puis promoteur dans la construction pétrolière. En 1977, le roi Khaled le charge de construire le palais de Taïf, qu'il bâtit en moins de six mois, ce qui lui vaut la confiance du prince héritier d'alors, le futur roi Fahd. Il devient alors très prospère.

En 1979, il rachète la société française d'ingénierie Oger qui devient Oger international, basée à Paris, filiale de Saudi Oger, qui reconstruira une grande partie de Beyrouth à la fin de la guerre civile libanaise dans les années 1990. À la tête d'une immense fortune, estimée entre 4 et 10 milliards de dollars, le « maître de Koraytem » est présent dans des domaines aussi variés que la banque, l'immobilier, l'industrie, les médias. Il avait au Liban sa propre chaîne de télévision, Future TV, et son quotidien Al-Mustaqbal[1]. Il possède aussi Radio Orient, installée à Paris.

Rafiq Hariri est nommé à la tête de cinq gouvernements entre 1992 et 2004 : il est président du conseil du 31 octobre 1992 au 2 décembre 1998, puis du 23 octobre 2000 au 21 octobre 2004. À ce poste, il met son carnet d'adresses au service de son pays parfois dans un contexte politico-financier trouble. Il entretient alors des relations étroites avec le président français Jacques Chirac.

Opposant à l'influence du gouvernement syrien sur son pays à partir de la fin de l'année 2004, il démissionne de son poste de président du conseil en octobre 2004, à cause de tensions avec le président Émile Lahoud. Il signifie son intention d'unifier les parlementaires d'opposition, dont il devient une composante importante, en vue des élections législatives devant se tenir l'année suivante.

L'attentat[modifier | modifier le code]

Rue Minet al-Hosn où Hariri a été tué.

Le 14 février 2005, malgré le blindage de son véhicule, un attentat-suicide commis par une camionnette contenant une seule charge explosive de 1 800 kg, composée d'un mélange de RDX, PETN et TNT le tue en même temps qu'une vingtaine de personnes et blesse une centaine de passants sur la route du bord de mer de Beyrouth. Les services de renseignements syriens sont vite montrés du doigt par l'opposition et une partie de la population. Selon certains témoignages (du chef druze Walid Joumblatt et de la journaliste américaine Lara Marlowe avec qui Hariri s'est entretenu), il aurait reçu des menaces de la part de la Syrie. En décembre 2005, l'ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam confirme ces accusations :

«  Selon ces témoignages, Hariri rappela à M. Assad son engagement de ne pas prolonger le mandat de M. Lahoud, et M. Assad répondit qu'il y avait eu un changement de politique et que la décision avait déjà été prise. Il a ajouté que M. Lahoud devrait être vu comme son représentant personnel au Liban et que « s'opposer à lui est équivalent à s'opposer à Assad lui-même ». Il ajouta alors qu'il (M. Assad) « préférerait casser le Liban sur les têtes de Rafic Hariri et (du leader druze) Walid Joumblatt que de voir sa parole au Liban rompue ». Selon ces témoignages, M. Assad a alors menacé M. Hariri et M. Joumblatt de rétorsions physiques. La rencontre aurait duré une dizaine de minutes et c'était la dernière fois que M. Hariri devait voir M. Assad. Après cette réunion, M. Hariri a dit à ses partisans qu'il n'avait guère d'autre choix que de soutenir la prorogation du mandat Lahoud. Cette commission a aussi reçu d'autres témoignages de menaces faites à M. Hariri par des membres de services de sécurité dans le cas où il ne voterait pas en faveur de la prolongation ou « s'il pensait simplement à quitter le pays ». Rapport de la commission Fitzgerald, 24 mars 2005.  »

Hariri était personnellement proche de la famille royale saoudienne. Il bénéficiait à ce titre de la double nationalité libano-saoudienne. Il avait fait profiter de ses largesses de nombreuses associations et fondations qui aidaient les Libanais. C'est à partir de ses dons qu'il avait su se bâtir un électorat fidèle qui, à sa mort, proteste vigoureusement contre ses adversaires politiques. L'assassinat de Hariri est aussi ressenti au-delà des traditionnelles barrières communautaires et religieuses. Cette réprobation fait descendre une grande partie de la population libanaise dans les rues de Beyrouth à l'occasion de la manifestation du 14 mars. Cet assassinat marque le début de ce que certains appellent la Révolution du Cèdre, qui conduit au départ de la totalité des troupes syriennes fin avril 2005.

Sa dépouille est inhumée dans un mausolée situé sur la place des Martyrs, au pied de la mosquée dont il a financé la construction[2].

En avril 2005, son deuxième fils Saad décide de se lancer dans la carrière politique et y rejoint sa tante Bahia Hariri.

Enquête sur l'attentat[modifier | modifier le code]

Mémorial de Hariri.

Le 1er septembre 2005, sur la proposition du procureur allemand Detlev Mehlis, agissant dans le cadre d'une enquête internationale mandatée par l'Organisation des Nations unies (ONU) à la demande de la France, le procureur général de la république libanaise Saïd Mirza procède à l'incarcération de quatre suspects repérés grâce à leur téléphone mobile : Moustapha Hamdane (chef de la garde présidentielle), Jamil Sayyed (ancien chef de la sûreté générale), Ibrahim El-Haj (ex-directeur des forces de sécurité intérieures) et Raymond Azar (chef des services de renseignement de l'armée).

Le 20 octobre, Mehlis remet son premier rapport au secrétaire général des Nations unies Kofi Annan[3]. Ce rapport, basé sur des témoignages anonymes, établit un lien entre plusieurs hauts responsables syriens et libanais visant à l'assassinat de Rafiq Hariri. Ce rapport est critiqué par le gouvernement syrien comme étant orienté politiquement contre lui et dénué de preuves tangibles. La rétraction du principal témoin de la commission d'enquête internationale, Hussam Taher Hussam, déclarant avoir été payé par Saad Hariri pour figurer comme principal témoin à charge contre les autorités syriennes affaiblit le rapport Mehlis. Le rapport Mehlis se défend en déclarant que Hussam a été manipulé par la Syrie[4],[5].

Autre élément ayant jeté un discrédit[réf. nécessaire] sur l'enquête menée par Mehlis est l'affaire du témoignage Mohamed Zouheir Siddiq (présenté pendant un temps de l'enquête comme témoin principal par l'équipe de Mehlis). Ce dernier qui avait prétendu être un membre important des services secrets syriens au Liban, n'avait été en fait qu'un simple chauffeur d’un général syrien et recherché pour détournement de fonds[réf. nécessaire]. Ce dernier a été arrêté en France en octobre 2005 à la demande du procureur libanais Saïd Mirza en coordination avec la commission d'enquête[6]. Il se trouve en ce moment incarcéré en France qui refuse son extradition au Liban[7]. Le 13 mars 2008 cependant, la France prétend via son ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner avoir « perdu » Zouheir Siddiq. Certains y voient le signe d'un embarras face à l'effondrement de la thèse syrienne[8].

Début décembre 2005, sous la pression de George W. Bush et Jacques Chirac qui menacent la Syrie de sanctions en cas de non-collaboration à l'enquête, Bachar el-Assad accepte que 5 responsables syriens soient entendus par les enquêteurs de l'ONU, tout en continuant à nier toute implication de la Syrie dans cette affaire.

Le 29 décembre, le Belge Serge Brammertz, procureur adjoint à la Cour pénale internationale succède à Detlev Mehlis, dont le mandat expire le 15 décembre et qui ne souhaite pas être reconduit dans ses fonctions. Kofi Annan officialise la nomination. C'est le précédent président de la commission qui avait proposé Brammertz pour le remplacer.

Le 30 mai 2007, le Conseil de sécurité de l'ONU décide de justesse, par 10 voix sur 15[9], la création d'un tribunal spécial chargé de juger les assassins d'Hariri.

Le huitième rapport rendu public par la commission d'enquête de l'ONU consacrée à l'assassinat de Rafiq Hariri en juillet 2007 a fourni plusieurs informations nouvelles sur l'organisation de cette attaque[10].

Le Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban (TSL), chargé de juger l'assassinat de Hariri, a officiellement entamé le premier mars 2009 le début de l'instance judiciaire dans la localité de Leidschendam, dans les environs de La Haye[11].

Le 29 avril 2009, le TSL ordonne la remise en liberté de Hamdane, Sayyed, al-Haj et Azar car, depuis leur incarcération 3 ans et 8 mois plus tôt, aucun élément n'a été obtenu pour justifier ces incarcérations[12].

Le 10 août 2010, à l'occasion d'une vidéoconférence, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais, accuse Israël d'avoir organisé et perpétré l'assassinat de Rafiq Hariri[13]. Il montre des images « interceptées » par son mouvement, prises par un avion de reconnaissance de type MK. On y voit le détail de la résidence de Rafiq Hariri à Beyrouth, les routes à proximité du Parlement, et celles longeant le bord de mer près duquel a eu lieu l'attentat. Les images ne sont pas datées, et ne présentent pas d'indice permettant d'établir un lien clair avec Israël. Hassan Nasrallah reconnaît qu'il ne s'agit pas de preuves « concluantes », mais espère que ces « données » serviront à découvrir la vérité. Il rappelle que personne n'explore la piste d'Israël, et dit « ne pas avoir confiance en le tribunal de l'ONU[14] ».

Selon l'hebdomadaire russe Odnako, repris par Al-Manar, l'Allemagne serait impliquée dans l'attentat contre Hariri[15]. Selon News TV, les constatations qui servent de base à l'enquête d'Odnako avaient fait l'objet en 2006 d'un rapport non publié du coordinateur scientifique de l'ONU, le Français Xavier Laroche de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale. Ce rapport, qui infirmait la thèse de la camionnette piégée et confirmait celle du missile, avait été écarté sans motivation par le président de la Commission onusienne, Detlev Mehlis.

Le 28 novembre 2010, parmi les révélations de télégrammes de la diplomatie américaine par Wikileaks se trouve l'affirmation du directeur des services de renseignements égyptiens Omar Suleiman que la Syrie veuille « désespérément » que l'enquête du Tribunal cesse[16].

Le 15 janvier 2011, selon le site d'information américain Newsmax, repris par l’agence italienne Adnkronos[17] , des médias libanais[18],[19] et la presse israélienne[20],[21], le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) mettrait en cause l'Iran et son Guide suprême de la Révolution islamique, l'Ayatollah Ali Khamenei. Selon les informations obtenues par Newsmax, les enquêteurs du TSL présenteraient des preuves montrant que l'attentat aurait été commis par les Forces Qods iraniennes conjointement avec le Hezbollah. L’enquête internationale aurait conclu, toujours selon Newsmax, à l’implication personnelle de l’Ayatollah Ali Khameneï. Celui-ci aurait pris la décision d’assassiner Rafic Hariri, considéré comme l’obstacle majeur devant l’instauration de la République islamique du Hezbollah au Liban. Rafiq Hariri était également accusé d’être proche de l’Arabie Saoudite, et de servir les intérêts de la première puissance sunnite face au projet de la Révolution chiite iranienne.

Le 1er juillet 2011, le ministre de l'Intérieur libanais Marwan Charbel donne les noms de quatre suspects du Hezbollah cités dans les mandats d'arrêt émis le 30 juin par le tribunal de l'ONU enquêtant sur l'assassinat de Rafiq Hariri, à savoir Moustafa Badreddine, Salim Ayyash, Assad Sabra et Hussein Anaissi[22].

Le 16 janvier 2014, le Tribunal spécial pour le Liban a ouvert ses audiences en l'absence des accusés, qui n'ont jamais été arrêtés[23].

Des liens amicaux avec Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Rafiq Hariri a entretenu des liens amicaux avec Jacques Chirac qu'il tutoyait. En mai 2007, à l'issue de son mandat de président de la République, Jacques Chirac et son épouse Bernadette vont s'installer dans un immeuble sur les quais de Seine, dans un appartement de 396 m2 appartenant à la famille Hariri[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.almustaqbal.com
  2. La mosquée Muhammad al-Amîn à Beyrouth: mausolée involontaire de Rafic Hariri, Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, 125 - juillet 2009
  3. Premier rapport de la commission Mehlis - 20 octobre 2005
  4. « Affaire Hariri : le principal témoin se rétracte à Damas », Radio France internationale, 30 novembre 2005.
  5. « Affaire Hariri : coopération mitigée de la part de la Syrie, selon le rapport de Detlev Mehlis », ONU, 13 décembre 2005.
  6. (en) « al-Safir: France arrests Zouhair Siddiq », Arabic News, 18 octobre 2005.
  7. « Le “tribunal Hariri” ordonne la libération de quatre généraux libanais », Le Monde, 30 avril 2009.
  8. « Assassinat d'Hariri : la France a “perdu” un témoin », Marianne2.
  9. Il faut 9 voix pour qu'un projet de résolution du Conseil de sécurité soit adopté. L'Afrique du Sud, la Chine, l'Indonésie, le Qatar et la Russie se sont abstenus. Un tribunal international voit le jour, Radio Canada
  10. Le huitième rapport Brammertz
  11. Article dans Yahoo! France - Actualités
  12. (en) Lebanon general released in Hariri case plans comeback, AFP, 30 avril 2009.
  13. (en) Lebanon in Crisis: Nasrallah, Hariri and the STL, Foreign Policy, 13 août 2010.
  14. « Le Hezbollah met en cause Israël dans la mort de Rafiq Hariri », Le Monde, 10 août 2010.
  15. L’Allemagne impliquée dans l’assassinat de Hariri?, Al-Manar, 28 novembre 2010.
  16. (en) US embassy cables: Egypt spy chief promises pressure on Hamas, The Guardian, 28 novembre 2010.
  17. http://www.adnkronos.com/IGN/News/Esteri/Libano-sito-Usa-Tribunale-per-Hariri-incriminera-Khamenei_311545704070.html
  18. http://www.naharnet.com/domino/tn/NewsDesk.nsf/0/FE972D033E699265C22578190022AFFC?OpenDocument
  19. http://mediarabe.info/spip.php?article1904
  20. http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/report-un-tribunal-to-link-iran-s-supreme-leader-with-hariri-assassination-1.337118
  21. http://www.jpost.com/MiddleEast/Article.aspx?id=203689
  22. « Enquête Hariri: les identitées des quatre suspects du Hezbollah confirmées », sur TF1,‎ 1er juillet 2011
  23. « Ouverture du procès en l’affaire Ayyash et autres devant le Tribunal spécial pour le Liban », Tribunal spécial pour le Liban,‎ 16 janvier 2014
  24. « Rafik Hariri : L'ami libanais qui gêne Chirac », L'Événement du jeudi, 10 décembre 1998.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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