Jérôme Cahuzac

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Jérôme Cahuzac
Jérôme Cahuzac le 15 mai 2012, lors de l'investiture de François Hollande à la présidence de la République.
Jérôme Cahuzac le 15 mai 2012, lors de l'investiture de François Hollande à la présidence de la République.
Fonctions
Ministre délégué au Budget
16 mai 201219 mars 2013
Gouvernement Jean-Marc Ayrault I et II
Prédécesseur Valérie Pécresse
Successeur Bernard Cazeneuve
Président de la Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire à l'Assemblée nationale
24 février 201016 juin 2012
Législature XIIIe
Prédécesseur Didier Migaud
Successeur Gilles Carrez
Député de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne
20 juin 200721 juillet 2012
Prédécesseur Alain Merly
Successeur Jean-Claude Gouget
12 juin 199718 juin 2002
Prédécesseur Daniel Soulage
Successeur Alain Merly
Maire de Villeneuve-sur-Lot
mars 2001juin 2012
Prédécesseur Michel Gonelle
Successeur Patrick Cassany
Biographie
Nom de naissance Jérôme André Cahuzac[1]
Date de naissance 19 juin 1952 (62 ans)
Lieu de naissance Talence (Gironde)
Parti politique PS (1977-2013)
Profession Chirurgien

Jérôme Cahuzac, né le 19 juin 1952 à Talence (Gironde), est un homme politique français.

Maire de Villeneuve-sur-Lot et député socialiste du Lot-et-Garonne jusqu'en 2012, il est ministre délégué chargé du Budget du gouvernement Jean-Marc Ayrault du 16 mai 2012 au 19 mars 2013, date de sa démission à la suite d'accusations de fraude fiscale. Il est ensuite exclu du Parti socialiste et renonce à retrouver son mandat de député.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Les parents de Jérôme Cahuzac sont d'anciens résistants proches de Pierre Mendès France : son père, ingénieur en armement et grand invalide de guerre, membre du réseau de Jean-Pierre Vernant et sa mère, fille d'un notable pétainiste de Castelnaudary, devenue professeur d’anglais de classe préparatoire au lycée Henri-IV, organisatrice d'un réseau de passeurs de réfugiés juifs vers l'Espagne[2],[3].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Marié en 1980, il a trois enfants. Au début des années 1990, il a créé avec son épouse, dermatologue, une clinique de chirurgie esthétique spécialisée dans l'implant capillaire. Assujetti à l'impôt sur la fortune, le couple — en instance de divorce — est propriétaire d'un vaste appartement avenue de Breteuil, dans le 7e arrondissement de Paris[4],[5].

Sportif, Jérôme Cahuzac pratique la boxe, le cyclisme, le ski et le golf[6]. Il est amateur de cigares[7], collectionne les montres de luxe.

Il fréquente le Cercle de l'Union interalliée[6]. Membre du Grand Orient de France[8], il voit sa suspension demandée par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France en avril 2013[9].

Il est le frère d'Antoine Cahuzac, directeur général d'EDF Énergies Nouvelles[10] et ancien président du directoire d'HSBC Private Bank France[11].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Chirurgien de formation, il commence par exercer en cardiologie dans le public[2].

Après avoir travaillé au sein du cabinet de Claude Évin (ministre des Affaires sociales), Jérôme Cahuzac exerce la chirurgie esthétique en créant avec son épouse, Patricia Ménard, dermatologue[6], la clinique Cahuzac, spécialisée dans les implants capillaires[6].

En 1993, il dépose les statuts de « Cahuzac Conseil »[12], une EURL qui travaillera exclusivement pour l'industrie pharmaceutique. Jérôme Cahuzac reconnaît avoir gagné beaucoup d'argent en officiant comme « conseiller purement technique » de la plupart des laboratoires pharmaceutiques[13].

En 2007, Jérôme Cahuzac est condamné pour « travail dissimulé » après avoir employé dans sa clinique, de juillet 2003 à novembre 2004, une femme de ménage originaire des Philippines et sans papiers. Celle-ci était rémunérée en liquide (250 euros par mois pour 40 heures de travail)[14],[15]. Jérôme Cahuzac ayant remboursé l’URSSAF, réglé une pénalité de retard, et finalement aidé sa femme de ménage à régulariser sa situation en France, il a été dispensé de peine, et la décision du tribunal n’a pas été inscrite à son casier judiciaire[16].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Du militantisme à l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

Entré au Parti socialiste en 1977[17] par l'entregent de Guy Carcassonne, voisin et ami, militant à la section socialiste du Ve arrondissement de Paris, il s'inscrit dans le courant de Michel Rocard, dont il participe à la préparation à la candidature à l'élection présidentielle française de 1988 sur les questions de santé[18]. Il quitte son poste de chef de clinique à la faculté de médecine pour être conseiller technique au cabinet de Claude Évin, ministre des Affaires sociales des deux gouvernements Rocard de 1988 à 1991. Il est chargé de l'élaboration de la loi Évin, encadrant la publicité sur l'alcool et le tabac. Il participe à l'élaboration des projets de loi relatifs à la solidarité et à la santé alors qu'est créée la contribution sociale généralisée[2]. Conseiller technique pour le médicament, il est également à l'interface du ministère avec la Direction de la pharmacie et du médicament (DPHM)[13].

À l'occasion de l’élection présidentielle de 1995, il fait partie de l'équipe de campagne de Lionel Jospin, participant à l'élaboration du programme électoral du candidat sur les questions de santé, celui-ci devenant son nouveau mentor.

En 1997, il décide de se lancer dans la vie politique élective et choisit le Lot-et-Garonne. Il est élu député de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne en 1997, puis devient conseiller général du Lot-et-Garonne de 1998 à 2001[17]. Il est élu maire de Villeneuve-sur-Lot en 2001 à la faveur d’une élection triangulaire[18] et devient président de la communauté de communes du Villeneuvois en 2001. À ce titre, il est l'un des premiers maires ou présidents d'intercommunalité de métropole à expérimenter l'huile végétale pure comme carburant[17].

Battu aux élections législatives en juin 2002 par Alain Merly (UMP), il retrouve son siège de député de la 3e circonscription de Lot-et-Garonne, le 16 juin 2007, contre le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, candidat UMP. Sa demande de non-acceptation de la candidature de son adversaire en raison de sa fonction de juge avait été refusée. Au cours de cette période, Jérôme Cahuzac se pose en spécialiste des questions de fiscalité[19].

Il est nommé vice-président du groupe socialiste, radical et citoyen à l'Assemblée nationale en juin 2008, porte-parole du groupe sur les questions financières. Bon orateur, prenant la parole sans notes à l'Assemblée sur les sujets fiscaux, décrit comme « toujours sûr de lui », « tranchant » et « arrogant »[2], il critique régulièrement le gouvernement Fillon sur le bouclier fiscal, la taille dans les effectifs de la fonction publique, le creusement de la dette publique[7].

Le 24 février 2010, il est choisi par le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche à l'Assemblée nationale (103 voix contre 60 pour Jean-Pierre Balligand et 3 voix pour Dominique Baert) pour prendre la présidence de la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire, en remplacement de Didier Migaud, nommé premier président de la Cour des comptes par Nicolas Sarkozy[20].

Comme président de la commission des finances, il conserve une position plus batailleuse vis-à-vis du gouvernement que son prédécesseur[7]. Il propose, à l'occasion de l'examen du projet de budget pour 2011, un amendement afin d'instaurer une « contribution de solidarité nationale » destiné aux Français domiciliés fiscalement à l'étranger. Il critique également la nomination de Christine Lagarde à la direction du Fonds monétaire international à cause de l'arbitrage rendu dans l'affaire entre Bernard Tapie et le Crédit lyonnais[21].

Partisan de Dominique Strauss-Kahn[3], il intègre l'équipe de campagne de François Hollande lors de l'élection présidentielle de 2012, chargé de la thématique sur « le budget, les finances, et la fiscalité ». Annoncé par son candidat sans qu'il soit prévenu, il doit défendre le projet de tranche à 75 % sur les revenus au-delà d'un million d'euros sans y être favorable[2].

Ministre délégué au Budget[modifier | modifier le code]

Il est nommé ministre délégué au Budget dans le premier gouvernement Ayrault le 16 mai 2012, et est reconduit après la victoire de la gauche aux élections législatives de juin, lors desquelles il est réélu avec 61 % des voix au second tour dans sa circonscription.

Sa première mission est de faire voter le collectif budgétaire durant l'été 2012[3] puis d'écrire le projet de loi de finances de 2013, marqué par une baisse des dépenses de 10 milliards d'euros afin de tenir l'engagement d'un déficit public à 3 % du PIB[2].

Après l'abandon de l'objectif d'un déficit budgétaire contenu à 3 % du PIB pour 2013, il annonce des lettres de cadrage pour les ministères impliquant une réduction des dépenses de 4 milliards pour 2014[22].

« Affaire Cahuzac »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Cahuzac.

En décembre 2012, alors qu'il est devenu un élément important du gouvernement Ayrault et qu'il porte le projet de loi de finances 2013, les accusations de fraude fiscale provenant du journal en ligne Mediapart stoppent son ascension politique[23]. Il démissionne de ses fonctions ministérielles le 19 mars 2013 et est remplacé par Bernard Cazeneuve[24]. Après avoir nié posséder un compte à l'étranger publiquement et devant le Parlement[25], Jérôme Cahuzac reconnaît, le 2 avril 2013, l'existence d'un tel compte et annonce le rapatriement de 600 000 € en France[26]. Exclu du Parti socialiste le 9 avril[27], le 18 avril, il renonce à retrouver son siège de député un mois après son départ du gouvernement, bien que la loi l'y autorise[28]. Le 19 mai, il annonce ne pas vouloir se représenter à la législative partielle de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne du 16 et 23 juin 2013. Jean-Louis Costes, candidat de l'UMP sera élu avec 53,76 % des suffrages devant le Front national. Le candidat du Parti socialiste ayant été éliminé dès le premier tour. Il choisit cependant de conserver ses indemnités de ministre, contrairement au souhait du Premier ministre[29].

En parallèle à cette affaire, le 21 décembre 2012, Mediapart révèle que la direction régionale des finances publiques de Paris-Sud effectue des « vérifications approfondies » sur les déclarations de l'impôt de solidarité sur la fortune de Jérôme Cahuzac pour les trois années 2010 à 2012 et « dont la sincérité pourrait être remise en cause »[30],[31], ce que dément la direction générale des Finances publiques (DGFiP)[32], alors que Mediapart maintient ses affirmations[33]. Jérôme Cahuzac est soupçonné d'avoir sous-évalué le montant de son appartement parisien, d'avoir déclaré un prêt parental déjà remboursé et de ne pas avoir déclaré certains biens[33].

En juin 2013, Mediapart affirme que Jérôme Cahuzac touchait des pots-de-vin entre 1988 et 1991 lorsqu'il travaillait pour le ministre de la Santé, Claude Évin : ces pots-de-vin auraient été versés pour obtenir des décisions favorables du ministère dans l'attribution de scanners et d'IRM (appareils d'imagerie par résonance magnétique) à des établissements de santé[34].

Le 11 septembre 2013, il est de nouveau mis en examen, cette fois-ci pour « déclaration incomplète ou mensongère de son patrimoine par un membre du gouvernement », en raison de l'absence de la mention de son compte bancaire à l'étranger dans sa déclaration d'intérêt signée en mai 2012, après sa nomination en tant que ministre délégué au Budget[35].

En mars 2014, son ex-épouse révèle l'existence d'un compte, crédité de 2,5 millions d'euros, non déclaré sur l’île de Man[36], dont il avoue devant un juge avoir connu l'existence au moment de sa nomination comme ministre[37].

À compter du 1er juillet 2014, il est interdit d'exercer la médecine pendant trois mois, à la suite d'une sanction de l'ordre des médecins[38].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Ministre délégué

  • 16/05/2012 - 19/03/2013 : ministre délégué au Budget auprès du ministre de l'Économie et des Finances (gouvernements de Jean-Marc Ayrault)

Député

Conseiller général

Conseiller municipal, maire, membre d'une structure intercommunale

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charlotte Chaffanjon, Jérôme Cahuzac, les yeux dans les yeux[39], Plon, juillet 2013.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Acte d'achat intégral - Jérôme Cahuzac », sur jerome-cahuzac.com (consulté le 4 avril 2013)
  2. a, b, c, d, e et f Claire Guélaud, « Jérôme Cahuzac, l'homme du redressement fiscal » sur Le Monde, 24 septembre 2012
  3. a, b et c Nathalie Raulin et Christophe Alix, « Jérôme Cahuzac, moine soldat de la rigueur », Libération, 24 septembre 2012.
  4. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/quels-ministres-paient-l-isf_1123160.html
  5. http://www.france24.com/fr/20130404-affaire-jerome-cahuzac-patricia-cahuzac-divorce-detectives-politique-compte-suisse
  6. a, b, c et d Jérôme Cahuzac : l'accroc, Le Monde, 8 décembre 2012
  7. a, b et c Marcelo Wesfreid, « Jérôme Cahuzac, président ou partisan ? », L'Express,‎ 21 juillet 2010 (lire en ligne)
  8. « Si la présence des francs-maçons dans les cercles de décision du Lot-et-Garonne est parfois exagérée, elle n'en reste pas moins réelle. », L'Express, 19 septembre 2012.
  9. François Koch, Cahuzac bientôt suspendu du GODF (bis), L'Express, 5 avril 2013
  10. Laurence Benhamou, « EDF EN : les deux patrons s'en vont, un banquier aux commandes », La Tribune,‎ 13 janvier 2012 (lire en ligne)
  11. « HSBC en France — Dirigeants comité exécutif », sur hsbc.fr
  12. CAHUZAC CONSEIL, Societe.com
  13. a et b « Années 90 : quand Jérôme Cahuzac travaillait avec les labos pharmaceutiques », Sud Ouest, 16 décembre 2012.
  14. « Jérôme Cahuzac reconnu coupable, mais sans peine », La Dépêche du Midi, 10 novembre 2007
  15. « Cahuzac, le mec qui dit tout haut ce que Hollande fait tout bas », Rue89, 7 mars 2012
  16. http://www.mediapart.fr/journal/france/050413/la-clinique-cahuzac-le-bal-des-especes « A la clinique Cahuzac, le bal des espèces »], Mediapart, 5 avril 2013
  17. a, b et c Jérôme Cahuzac (PS), à nouveau élu député du Lot-et-Garonne, 17/06/2007
  18. a et b Mathieu Deslandes, Cahuzac, le mec qui dit tout haut ce que Hollande fait tout bas, Rue89, 7 mars 2012.
  19. http://www.compterendu.fr/CAHUZAC_MARINI.pdf
  20. « Commission des Finances de l'Assemblée : Cahuzac élu », Challenges, 24 février 2010.
  21. « Jérôme Cahuzac, la rigueur de gauche au Budget », Dernières Nouvelles d'Alsace, 16 mai 2012.
  22. Cahuzac évoque des économies « un peu supérieures » à 4 milliards pour 2014
  23. David Revault d'Allonnes et Thomas Wieder, « Révélations et déceptions du casting hollandais », Le Monde, 9 février 2013
  24. Anne Rovan, « Cahuzac, un ministre de talent stoppé en pleine ascension », lefigaro.fr, 19 mars 2013
  25. Cahuzac : vers un délit de parjure à l’américaine?, Le JDD, 5/4/2013
  26. Jérôme Cahuzac : « J’ai été pris dans une spirale du mensonge », sur le site leparisien.fr du 2 avril 2013
  27. « Le bureau national du PS exclut Jérôme Cahuzac à l'unanimité », Le Monde,‎ 9 avril 2013 (consulté le 9 avril 2013)
  28. http://www.liberation.fr/politiques/2013/04/16/suivez-en-direct-l-interview-de-jerome-cahuzac_896631
  29. "a choisi" de toucher ses indemnités, selon Moscovici|éditeur=Le Monde|date=17 mai 2013|
  30. «Les mensonges de Jérôme Cahuzac», Mediapart, 21 décembre 2012.
  31. FranceTvInfo, « L'administration fiscale enquête sur le patrimoine de Jérôme Cahuzac, selon Mediapart », sur francetvinfo.fr,‎ 21 décembre 2012 (consulté le 28 février 2013)
  32. Aucun membre du gouvernement n'est visé par une enquête fiscale,Le Monde, 23 décembre 2012.
  33. a et b «Les mécomptes fiscaux de Jérôme Cahuzac» », Mediapart, 8 février 2013.
  34. « Affaire Cahuzac : la piste de la corruption », Médiapart, 13 juin 2013.
  35. « Jérôme Cahuzac de nouveau mis en examen », in Le Figaro, jeudi 12 septembre 2013, page 12.
  36. Le Monde, Patricia Cahuzac aurait avoué l'existence d'un compte sur l'île de Man.
  37. « Jérôme Cahuzac savait que sa femme détenait un compte caché sur l'île de Man », lemonde.fr,‎ 19 novembre 2014 (consulté le 19 novembre 2014)
  38. « Jérôme Cahuzac interdit d'exercer la médecine jusqu'à fin septembre », Le Figaro, samedi 12 juillet 2014, page 10.
  39. Jérôme Cahuzac, portrait d'un menteur, Le Figaro, 27 juin 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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