Issei Sagawa

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Issei Sagawa (佐川 一政, Sagawa Issei?, né le ) est un Japonais qui s'est rendu célèbre pour avoir tué et en partie mangé une étudiante néerlandaise à Paris en juin 1981, ce qui lui valut le surnom de « Japonais cannibale ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Issei Sagawa naît le à Kōbe au Japon. Fils d'un riche industriel japonais, et d'une mère possessive le surprotégeant, il est d'une constitution frêle (1,52 m et 35 kg en 1981), probablement due à une encéphalite japonaise contractée à l'âge de 2 ans, à laquelle il réchappe par miracle[1]. Il tente de tuer une étudiante allemande au Japon en 1980 et est alors accusé de tentative de viol et de meurtre, mais son père fait classer l'affaire en dédommageant la victime et l'envoie étudier la littérature comparée à Paris en France en 1980[2].

Crime et cannibalisme[modifier | modifier le code]

Le 11 juin 1981, Sagawa attire Renée Hartevelt, une jeune Néerlandaise de vingt-quatre ans, étudiant tout comme lui la littérature comparée à l'Université Paris-III, dans son studio du n° 10 rue Erlanger, sous le prétexte qu'un de ses professeurs lui a demandé d'enregistrer des poèmes expressionnistes allemands[1].

Le jour-même, alors qu'elle lit un poème de Johannes Robert Becher, il la tue à la carabine 22 long rifle (il évoquera initialement un amour déçu entre les deux jeunes étudiants). Il réalise un enregistrement audio sur lequel on peut entendre la jeune fille réciter les vers en allemand sur la mort, puis le coup de feu étouffé par le silencieux de la carabine, suivi par le son de la chute de son corps sur le sol[3]. Il prélève de son corps plus de sept kilogrammes de chair, puis commet un acte de cannibalisme. Il consomme sa chair trois jours, en la conservant dans un réfrigérateur, prenant 39 photographies au fur et à mesure qu'il prélève les chairs de sa victime. Ne disposant pas d'un congélateur, pour se débarrasser de la dépouille, il la découpe et la cache dans deux valises puis le 13 juin 1981, fait appel à un taxi pour les transporter au bois de Boulogne où il trouve alors un caddie[1]. Dans une descente, il perd le contrôle du chariot avec lequel il transporte son chargement. Les valises se renversent devant un couple d'amoureux qui l'apostrophe en raison de son comportement étrange et du liquide s'échappant des valises. Il s'éloigne le plus rapidement possible et laisse le couple découvrir un drap ensanglanté dans la valise en carton. La brigade criminelle appelée sur les lieux découvre « des morceaux de cadavre »[3].

Dès le lendemain, la police lance un appel à témoins qui est entendu par le chauffeur de taxi. Celui-ci appelle aussitôt la brigade criminelle pour lui révéler qu'il a chargé un client asiatique avec deux valises. Arrêté trois jours après son crime, grâce au témoignage de ce chauffeur de taxi qui se rappelle son adresse, et avant même que sa victime ait été identifiée, Sagawa déclare aux policiers de la brigade criminelle de Paris « si j'avais eu un congélateur, vous ne m'auriez pas retrouvé… » et revendique son acte, qu'il considère comme un acte artistique[1]. Lors de la perquisition, les policiers découvrent les papiers de la victime, des taches de sang, la carabine 22 long rifle, une pellicule photo, un dictaphone et 7 kilos de tissus humains dans de petits sacs-poubelles et sur des assiettes en carton dans le réfrigérateur. Placé en détention préventive, il est soumis un an durant à une expertise psychiatrique contradictoire, menée par trois experts indépendants, qui attribuent sa perte totale d'inhibition à son encéphalite de l'enfance et ses pulsions cannibales à ses rapports avec sa mère, cette dernière passant son temps à l'obliger à manger pour survivre durant sa petite enfance[1]. Les experts psychiatres concluent à son irresponsabilité pénale mais recommandent son internement, en raison de son extrême dangerosité. Le juge d'instruction, Jean-Louis Bruguière, se range à l'avis des experts : il prononce un non-lieu au titre de l'article 706-125 du code de procédure pénale. Sagawa est interné un an à l'Unité pour malades difficiles de Villejuif, avant d'être transféré au Japon où ses parents le placent dans un hôpital psychiatrique, un nouveau collège d'experts japonais le déclare responsable de ses actes ; mais le non-lieu prononcé en France a un caractère définitif et interdit aux autorités japonaises de le juger. Sagawa bénéficie donc d'une des règles de droit international favorables aux prévenus et est libéré le [2].

À la suite de cette affaire, il devient célèbre dans le monde entier sous le nom de « Japonais cannibale »[4].

Au Japon[modifier | modifier le code]

Il vit toujours à Yokohama, sous surveillance policière[5], mais sans suivi psychiatrique ; il prend juste un léger traitement anti-dépressif. Aucune récidive n'a été découverte ; mais Issei ne cache pas que des pensées cannibales l'habitent toujours de façon permanente, bien que ce ne soit plus les femmes de type occidental qui l'attirent dorénavant[6]. Il est, un temps, devenu une célébrité au Japon où les journaux le surnommaient « l'étudiant français ». Il a écrit plusieurs livres, tous centrés autour de son crime ; il est apparu dans des publicités pour des chaînes de restaurants de viande et a joué dans quelques films érotiques (dont un mettant en scène une jeune femme néerlandaise, dans un décor fortement inspiré d'architecture typiquement hollandaise)[7]. Jūrō Kara (唐 十郎, Kara Jūrō?) a écrit à son sujet un livre, dont le point de départ était la correspondance échangée par l'auteur avec Sagawa lors de sa brève incarcération en France : La lettre de Sagawa (佐川君からの手紙, Sagawa-kun kara no tegami?), publié en français en 1983 aux éditions Robert Laffont et récompensé par le prix Akutagawa[2].

Musique[modifier | modifier le code]

En 1982, le groupe de rock anglais the Stranglers écrit une chanson sur ce fait divers : La Folie sur l'album éponyme. Également The Rolling Stones dans le morceau Too Much Blood (en).

Livres[modifier | modifier le code]

  • Kiri no naka (霧の中?, « Dans le brouillard »), janvier 1984 ;
  • Sante (サンテ?, « Santé »), novembre 1990 ;
  • Ikite ite sumimasen (生きていてすみません?, « Désolé d'être en vie »), décembre 1990 ;
  • Shinkirō (蜃気楼?, « Mirage »), février 1991 ;
  • Taberaretai (食べられたい?, « J'aimerais être mangé »), août 1993 ;
  • Hana no Pari ai no Pari (花のパリ愛のパリ?, « Paris la fleur, Paris l'amour »), septembre 1994 ;
  • Kanibaru (饗 カニバル?, « Cannibale »), février 1996 ;
  • Koroshitai yatsura (殺したい奴ら?, « Ceux que j'ai envie de tuer »), 1997 ;
  • Shōnen A (少年A?, « Le jeune garçon A »), septembre 1997 ;
  • Pari jinniku jiken (パリ人肉事件?, « L'affaire de la chair humaine de Paris »), février 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, « 11 juin 1981. Le cannibale japonais Issei Sagawa se découpe un steak dans sa copine d'université », sur Le Point.fr,‎ 11 juin 2013
  2. a, b et c Patrick Duval, « Issei Sagawa », émission L'heure du crime, 5 juin 2012
  3. a et b « Par goût des femmes », sur liberation.fr,‎ 28 décembre 2007
  4. Jacques Pradel, Côté crimes : 36 affaires qui ont passionné la France, SW Télémaque,‎ 2009 (ISBN 978-273-8225580), p. 325-340
  5. Sagawa le cannibale, Haute tension, novembre 2008
  6. Kael Serreri, « Le cannibale japonais a encore faim », France Soir, le 4 juillet 2011
  7. Reportage Dans la tête du cannibale japonais par la chaîne Planète Justice

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Duval, Le Japonais cannibale, Éditions Stock, 2001.
  • Œuvre collective, L'affaire Issei Sagawa, Éditions Fleuve noir.
  • Jacques Vergès, Malheur aux pauvres, Éditions Plon, 2006.
  • Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambes, Éditions Verticales, 2013.

Vidéographie[modifier | modifier le code]