Issei Sagawa
Issei Sagawa (佐川 一政, Sagawa Issei?, né le 11 juin 1949) est un Japonais qui s'est rendu célèbre pour avoir tué et en partie mangé une étudiante néerlandaise à Paris en juin 1981, ce qui lui valut le surnom de « Japonais cannibale ».
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Biographie [modifier]
Jeunesse [modifier]
Issei Sagawa naît le 11 juin 1949 à Kōbe au Japon. Fils d'un riche industriel japonais dirigeant une compagnie de retraitement des eaux et d'une mère possessive le surprotégeant, il est d'une constitution frêle (1,52 m et 35 kg en 1981), probablement due à une encéphalite japonaise contractée dans son enfance. Il a déjà tenté de tuer une étudiante allemande au Japon, mais son père a fait classer l'affaire en dédommageant la victime et l'envoie étudier la littérature comparée à Paris en France en 1980[1].
Crime et cannibalisme [modifier]
Il tue à la carabine (22 long rifle) une Néerlandaise alors âgée de 24 ans, Renée Hartevelt (étudiante en littérature comparée comme lui à l'université Paris-III, il évoquera initialement un amour déçu entre les deux jeunes étudiants), en juin 1981, à Paris, rue Erlanger, prélève de son corps plus de sept kilogrammes de chair, puis commet un acte de cannibalisme. Il consomme sa chair trois jours, en la conservant dans un réfrigérateur. Pour se débarrasser de la dépouille, il la découpe et la cache dans deux valises puis fait appel à un taxi. Il les emporte ensuite au bois de Boulogne, dans une descente, il perd le contrôle du chariot avec lequel il transportait son chargement. Les valises se renversent devant un couple qui l'a apostrophé en raison de son comportement étrange, il est donc découvert[2].
Il prit 39 photographies au fur et à mesure qu'il prélevait les chairs de sa victime et les consommait. Il réalisa un enregistrement audio sur lequel on peut entendre la jeune fille réciter des vers en allemand de Johannes Robert Becher sur la mort, puis le coup de feu étouffé par le silencieux de la carabine suivi par le son de la chute de son corps sur le sol[2].
Arrêté trois jours après son crime, grâce au témoignage du chauffeur de taxi qui se rappelle son adresse, avant même que sa victime ait été identifiée, il déclare aux policiers de la brigade criminelle de Paris « si j'avais eu un congélateur, vous ne m'auriez pas retrouvé… » et revendique son acte, qu'il considère comme un acte artistique. Lors de la perquisition, les policiers découvrent les papiers de la victime, des taches de sang, la carabine 22 long rifle, une pellicule photo, un dictaphone et 7 kilos de tissus humains dans de petits sacs-poubelles et sur des assiettes en carton dans le réfrigérateur. Placé en détention préventive, il est soumis un an durant à une expertise psychiatrique contradictoire, menée par trois experts indépendants, qui concluent à son irresponsabilité pénale, mais recommandent son internement, en raison de son extrême dangerosité. Le juge d'instruction, Jean-Louis Bruguière, se range à l'avis des experts : il prononce un non-lieu au titre de l'article 64 du code de procédure pénale. Sagawa est interné un an à l'Unité pour malades difficiles de Villejuif, avant d'être transféré au Japon où ses parents le placent dans un hôpital psychiatrique, un nouveau collège d'experts japonais le déclare responsable de ses actes ; mais le non-lieu prononcé en France a un caractère définitif et interdit aux autorités japonaises de le juger. Sagawa bénéficie donc d'une des règles de droit international favorables aux prévenus et est libéré le 13 août 1985[1].
Suite à cette affaire, il devient célèbre dans le monde entier sous le nom de « Japonais cannibale »[3].
Au Japon [modifier]
Il vit toujours à Yokohama, sous surveillance policière[4], mais sans suivi psychiatrique ; il prend juste un léger traitement anti-dépressif. Aucune récidive n'a été découverte ; mais Issei ne cache pas que des pensées cannibales l'habitent toujours de façon permanente, bien que ce ne soient plus les femmes de type occidental qui l'attirent dorénavant[5]. Il est, un temps, devenu une célébrité au Japon où les journaux le surnommaient « l'étudiant français ». Il a écrit plusieurs livres, tous centrés autour de son crime ; il est apparu dans des publicités pour des chaînes de restaurants de viande et a joué dans quelques films érotiques (dont un mettant en scène une jeune femme néerlandaise, dans un décor fortement inspiré d'architecture typiquement hollandaises)[6]. Jūrō Kara (唐 十郎, Kara Jūrō?) a écrit à son sujet un livre, dont le point de départ était la correspondance échangée par l'auteur avec Sagawa lors de sa brève incarcération en France : La lettre de Sagawa (佐川君からの手紙, Sagawa-kun kara no tegami?), publié en français en 1983 aux éditions Robert Laffont et récompensé par le prix Akutagawa[1].
En 1982, le groupe de rock anglais the Stranglers écrit une chanson sur ce fait divers : La Folie sur l'album éponyme.
Livres [modifier]
- Kiri no naka (霧の中?, « Dans le brouillard »), janvier 1984 ;
- Sante (サンテ?, « Santé »), novembre 1990 ;
- Ikite ite sumimasen (生きていてすみません?, « Désolé d'être en vie »), décembre 1990 ;
- Shinkirō (蜃気楼?, « Mirage »), février 1991 ;
- Taberaretai (食べられたい?, « J'aimerais être mangé »), août 1993 ;
- Hana no Pari ai no Pari (花のパリ愛のパリ?, « Paris la fleur, Paris l'amour »), septembre 1994 ;
- Kanibaru (饗 カニバル?, « Cannibale »), février 1996 ;
- Koroshitai yatsura (殺したい奴ら?, « Ceux que j'ai envie de tuer »), 1997 ;
- Shōnen A (少年A?, « Le jeune garçon A »), septembre 1997 ;
- Pari jinniku jiken (パリ人肉事件?, « L'affaire de la chair humaine de Paris »), février 1998.
Notes et références [modifier]
- Patrick Duval, « Issei Sagawa », émission L'heure du crime, 5 juin 2012
- Par goût des femmes, sur liberation.fr, 28 décembre 2007
- Jacques Pradel, Côté crimes : 36 affaires qui ont passionné la France, SW Télémaque, 2009 (ISBN 978-273-8225580), p. 325-340
- Sagawa le cannibale, Haute tension, novembre 2008
- Kael Serreri, « Le cannibale japonais a encore faim », France Soir, le 4 juillet 2011
- Reportage Dans la tête du cannibale japonais par la chaîne Planète Justice
Voir aussi [modifier]
Liens externes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Patrick Duval, Le Japonais cannibale, Éditions Stock, 2001.
- Œuvre collective, L'affaire Issei Sagawa, Éditions Fleuve noir.
- Jacques Vergès, Malheur aux pauvres, Éditions Plon, 2006.
- Nicole Caligaris, Le paradis entre les jambes, Éditions Verticales, 2013.
Vidéographie [modifier]
- Laurent Portes et Franck Guérin, Sagawa le cannibale, produit par Doc en Stock pour 13e rue, France, 2006, 52 min.