Données archéologiques sur l'Exode et Moïse

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Cet article présente les données archéologiques qui sont en rapport avec le sujet de « l'Exode et Moïse », c’est-à-dire avec les données bibliques concernées.

Introduction : méthodologie de l'archéologie, exposé des données archéologiques[modifier | modifier le code]

L’archéologie, avec les méthodes scientifiques qui lui sont propres, avec le processus de validation par publication au sein de la communauté scientifique sur des critères qui lui sont propres, étudie l’Homme depuis la Préhistoire par l'étude des vestiges et objets matériels dont l’ensemble permet de reconstituer une culture archéologique. Certains de ces objets peuvent comporter des textes si cette culture maîtrise l’écriture, textes que l’archéologue sait déchiffrer quand il s’agit d’écriture cunéiforme ou de hiéroglyphes (photos ci-après). L’archéologie est aujourd’hui largement multidisciplinaire. Le processus de datation, partie importante de l’activité de l’archéologue, s’appuie sur des technologies connexes à l’archéologie telles que 14C, dendrochronologie, thermoluminescence, ainsi que sur la lecture des écrits anciens quand l’archéologie en a découvert. Ces datations conduisent à des conclusions dans le domaine de l'histoire.

Les données archéologiques présentées dans cet article sont au départ les faits bruts, datés et reconnus scientifiquement exacts selon les critères propres à cette science. Pour tenter de comprendre ses découvertes, l'archéologue doit toutefois, dans un second temps, organiser ces données en un tout cohérent afin d'établir le contexte historique réel. Un modèle archéologique confirmé par le résultat des fouilles devient un fait attesté, une donnée archéologique nouvelle. Un modèle archéologique, tant qu'il n’a pas été confirmé par le résultat des fouilles, n'a qu'un statut d'hypothèse dans la démarche scientifique qui permet à l'archéologue d'établir le savoir et il ne pèse que fort peu dans ce savoir[1]. L'archéologue Grégor Marchand l'explique dans son livre sur la préhistoire atlantique du Paléolithique au Néolithique :

« Tenter de restituer ces univers perdus par une démarche scientifique requiert des étapes successives. C'est alors à un parcours exigeant que je vous invite dans ce livre. Il implique au préalable un épluchage des strates d'interprétations accumulées par les archéologues précédents, suivi d'un étalage des données archéologiques à notre disposition. Par un recours aux analogies ethnographiques ou historiques — qui aident à mettre de la chair sur les os —, un univers complexe se laisse deviner, celui des hommes et des femmes qui ont habité ces contrées atlantiques alors que tout changeait autour d'eux[2]. »

On voit que le parcours est nécessairement exigeant, que la partie centrale consiste en étalage des données archéologiques à notre disposition, le reste relevant moins du savoir que de sa présentation (des analogies qui aident à mettre de la chair sur les os[3]), ou bien l'exposé du savoir antérieur.

Dans un troisième temps, l'archéologue peut confronter ce contexte historique au texte biblique lui-même (confrontation des données bibliques aux données archéologiques), c'est-à-dire aux événements que le texte est censé raconter. Les faits détaillés exposés ci-après font souvent l'objet d'interprétations visant à les rapprocher du texte biblique et, qui plus est, dans certains cas, des interprétations de ce texte sont même présentées comme des faits historiques. Ces développements, qui ne rentrent pas dans le domaine de l'archéologie, sont détaillés dans d'autres articles (Exode hors d'Égypte, Livre de l'Exode, Datation de la Bible etc.).

Indépendamment de la démarche scientifique de l'archéologie, l'écriture elle-même du texte de la Bible fait l'objet d'un travail scientifique : les études bibliques se composent principalement de l'exégèse (étude des sources) et de l'herméneutique (interprétation des textes). Un tel travail démontre que la rédaction du texte sur l'Exode et Moïse, faite pour l'essentiel après l'exil à Babylone, soit après 600 av. J.-C., est donc très fortement postérieure aux événements relatés. Il convient donc de distinguer trois types de dates : les dates auxquelles le récit biblique est censé se dérouler (diverses hypothèse allant de Méremptah aux Hyksôs, voir ci-après), les dates du contexte auquel le récit renvoie (confrontation du contexte du récit avec le contexte archéologique, qui évoque plutôt le delta du Nil de l'époque de Nékao II, mais sans en avoir une connaissance précise, voir ci-après) et les dates de la rédaction du texte (les études bibliques s'accordent sur une rédaction principalement postexilique, c'est-à-dire postérieure au retour d'exil à Babylone[4], donc très fortement postérieure à l'époque où le récit biblique est censé se dérouler, voir l'article spécialisé Datation de la Bible).

Il convient d'accorder une place importante aux toutes dernières découvertes archéologiques car, selon Pierre de Miroschedji :

« Les fouilles apportent des informations de plus en plus fiables et nombreuses : on estime que les données archéologiques « utilisables » fournies par les travaux des vingt dernières années dépassent déjà toutes celles qui ont été accumulées depuis le commencement de l'archéologie palestinienne[5]. »

Les fouilles récentes, qui permettent d’établir le savoir scientifique, sont toujours effectuées par une équipe sous la direction d’un archéologue (les historiens ne sont pas formés à la technicité nécessaire, et encore moins ceux des égyptologues qui ne sont pas des archéologues professionnels[6]). Cet archéologue est donc responsable de tout ce qui se fait dans les disciplines annexes sous sa direction, y compris toutes les disciplines concernant les textes, les noms etc. Les archéologues formés aux techniques de fouilles sont donc les plus qualifiés pour exposer l’ensemble du savoir scientifique qu'elles ont permis d'établir.

La méthodologie historique n’a rien apporté de décisif sur le sujet, les historiens reprenant pour l’essentiel les conclusions apportées par les archéologues. Des liens ont toutefois été examinés entre l’Histoire de l'Égypte (Ægyptiaca) de Manéthon et le récit biblique : ce sujet est traité dans l’article Ægyptiaca. La méthodologie historique, qui a acquis au XXe siècle une dimension scientifique incontestée, repose sur une évaluation des sources : elle est sans rapport avec les méthodes scientifiques de l'archéologie.

Données archéologiques sur les personnages de l'Exode[modifier | modifier le code]

À ce jour aucune trace archéologique de Moïse ni d'allusion à son existence antérieurement au récit biblique n'a été retrouvée, ni en Égypte, ni en Palestine, alors que l'on connait les principaux notables de l'entourage des pharaons du Nouvel Empire. Le savoir scientifique sur les personnages de l'Exode est donc très faible et se réduit à quelques remarques concernant les noms et les ressemblances.

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Selon l'archéologue Christiane Desroches Noblecourt[7], spécialiste en Égyptologie, Le nom de Moïse, issu de Mosé (mès = enfant, mésy = mettre au monde, etc.), constitue également la déviation du nom très égyptien dont la première partie est constituée d’un nom divin : Thotmès, Ramès etc. (voir hiéroglyphe ci-joint, voir aussi Ramsès et Djehoutymès-Thoutmôsis).

Selon une légende mésopotamienne (légende apparue 300 ans après sa mort), le roi Sargon (c. 2350 av. J.-C.), fils d’un nomade et d’une prêtresse, né à Azupiranu sur l’Euphrate, a été abandonné au fil de l’eau et recueilli par un jardinier qui l’élève comme son propre fils[8].

Dans La rameuse du lac, conte merveilleux du papyrus Westcar, le prêtre-lecteur du pharaon Snéfrou (vers 2500 av. J.-C., père de Khéops) parvient à ouvrir en deux les eaux de l'étang et à récupérer, à sec, la boucle d'oreille tombée dans l'eau[9] : le thème de l'ouverture en deux des eaux existe, ainsi, très largement avant le tsunami dû à l'éruption minoenne (vers 1650 av. J.-C.).

Le second personnage du livre de l'Exode, le pharaon, n'est pas nommé. Les Hyksôs, chez qui on peut trouver des points de ressemblance avec les Hébreux du récit biblique, régnèrent sur la Basse et la Moyenne-Égypte entre -1674 et -1548. Des groupes de Shasou sont employés comme main-d'œuvre en Égypte, notamment sous le règne de Séthi Ier, ou comme prisonniers, notamment sous le règne de Ramsès III[10]. Des Apirou (souvent identifiés aux Hébreux jusque tout récemment[11] ; voir ci-dessous) figurent parmi le personnel du temple d'Atoum à Héliopolis[12], d'autres sont employés comme carriers sous les Ramessides[13] et 800 d'entre eux font partie d'une expédition aux carrières de schiste du Ouadi Hammamat sous Ramsès IV. La ville biblique de Ramsès étant identifiée à la capitale des Ramessides, Pi-Ramsès, on considère souvent que c’est en Séthi Ier, son fils Ramsès II ou son petit-fils Mérenptah qu’il faudrait rechercher le pharaon décrit dans le récit de l'Exode.

Données archéologiques négatives : absence de traces de l'Exode[modifier | modifier le code]

Aucune trace archéologique de l'Exode ni de Moïse n'ayant été retrouvée, ni dans les documents égyptiens ni dans d'autres archives, il n'existe aucune donnée archéologique positive sur l'existence de l'Exode ni sur celle de Moïse. Il existe un certain nombre de données négatives, c'est-à-dire d'absence de traces là où l'on s'attendrait à en trouver. Le savoir scientifique repose ici sur tout un ensemble de faits attestés dans l'archéologie de terrain, concernant les dates, les populations et leurs langues (connues à partir des fouilles), la dissémination des cultures (marquage par les scarabées commémoratifs trouvés lors de fouilles dans des lieux divers), les traces d'itinéraires étudiés sur le terrain et les toponymes, ainsi que des témoignages à caractères historiques (tablettes d'argile constituant la correspondance entre souverains ou chefs divers, trouvées lors de fouilles). Ces données négatives sont autant d'indices qui jettent un doute sur la réalité de l'épopée telle qu'elle est racontée dans la Bible. Mais la logique ne permet pas de conclure que ce que l'on ne trouve pas n'a pas existé : les données négatives ne constituent, par principe, que des indices.

Question de la date de l'Exode[modifier | modifier le code]

De très nombreuses hypothèses ont été proposées pour une date à laquelle l'Exode aurait pu avoir lieu. Ces hypothèses ont chaque fois été confrontées au savoir tiré des données archéologiques du terrain, en cherchant les points communs entre le contexte vers lequel le récit pointe (données bibliques) et le contexte historique tel qu'il ressort de l'archéologie (données archéologiques). Une hypothèse, en soi, n'est pas porteuse d'un savoir scientifique aussi longtemps qu'elle n'a pas été validée. Or, aucune de ces hypothèses n'a été validée dans ces confrontations. La multitude des hypothèses de dates et leur rejet final les unes après les autres ne peut que jeter le doute sur la possibilité qu'un Exode tel que celui décrit dans le récit biblique ait pu avoir lieu, sans prouver toutefois qu'il n'a pas eu lieu (il s'agit de preuves négatives).

Selon l'archéologue Amihai Mazar : « On ne peut tirer de l'archéologie aucune preuve du séjour des Israélites en Égypte et de l'Exode[14] ». Les dates proposées sont toutes contradictoires et aucun contexte archéologique ne correspond précisément au récit biblique. L'archéologue Alain Zivie écrit :

« En fait, il faut bien reconnaître que toute cette histoire des Hébreux en Égypte et de l’Exode, parce qu’elle est passionnante et qu’elle remue beaucoup de choses chez la plupart, est abordée avec peu de méthode, beaucoup de naïveté parfois (on examine attentivement les momies de l’un et de l’autre pharaon pour voir si l’une d’elles présente des traces de noyade…). […] Cela devient un problème d’école et, face à une documentation absente et à des données bibliques riches, mais confuses et contradictoires, on choisit un peu ses arguments à la carte, selon qu’ils vous arrangent ou non. On ne veut pas non plus trop prendre en compte les grandes contradictions du récit biblique[15]. »

Hypothèse de datation à l'époque des Hyksôs[modifier | modifier le code]

L'égyptologue Claude Vandersleyen[16], au contraire de la plupart de ses confrères et compte tenu de la quasi-impossibilité de situer l'Exode à l'époque ramesside vu la richesse et la précision des données archéologiques qui empêchent cette hypothèse, penche pour l'hypothèse d'une datation haute de l'Exode. Il souligne que le Pentateuque, le livre de Josué et le livre des Juges fournissent une chronologie qui, suivant les interprétations, place l'Exode au XVIe siècle ou au XVe siècle avant notre ère. Selon lui, certaines objections à l'hypothèse d'une datation haute ne sont pas si problématiques : le contrôle militaire égyptien en Canaan n'était direct que sur les voies de communication le long de la côte, l'intérieur du pays échappant largement à leur contrôle. De plus, comme le décrivent les lettres d'Amarna (350 tablettes d'argile), la région montagneuse de Canaan (région) pouvait être l'objet d'une instabilité politique qui ne remettait pas en cause le contrôle égyptien sur la région.

L'archéologue Donald Redford souligne lui les ressemblances fortes qui existent entre les Hébreux de la Bible et les Hyksôs des données archéologiques[17] : les Égyptiens les nomment « ceux qui parlent la langue ouest-sémitique », ils viennent de Palestine ou du Liban (probablement des hautes terres car ils révèrent un dieu de la montagne), ils s'installent dans le delta du Nil, ils seront chassés d'Égypte.

L'archéologue Alain Zivie remarque pour sa part : « bien des traditions concernant la défaite des Hyksôs et les débuts de la XVIIIe dynastie évoquent également l’Exode, mais cette fois sous forme d’expulsion. Fuite et expulsion : la Bible hésite aussi. N’en concluons rien et surtout pas qu’il y a eu deux Exodes ! Arrêtons-nous simplement sur cette idée simple et saine qu’il est vain de tenter de faire coïncider ce qui ne coïncidera jamais, mais qu’en abordant les choses en historien soucieux de déceler des thèmes et des fils directeurs, on peut aboutir à des résultats fructueux[18]. »

Hypothèse de datation à l'époque de Ramsès II[modifier | modifier le code]

Le récit biblique ne donne pas de date, mais il donne des indications permettant d'estimer à quel moment l'évènement se serait produit. Le calcul conduit, selon l'archéologue Pierre de Miroschedji, autour de 1450 av. J.-C.[19]. À cette date, comme aux dates antérieures, la Palestine est sous contrôle militaire égyptien (garnisons) : il est difficile d'échapper au contrôle militaire en Égypte en se réfugiant en Palestine, puisque le contrôle militaire y est très présent. Comme ce contrôle ne disparait que vers 1300 av. J.-C. (effondrement systémique marquant le passage de l'Âge du bronze à l'Âge du fer), il est impossible que les Hébreux aient pu conquérir Canaan, à la fin du bronze récent, avant cette date. Les lettres d'Amarna le montrent aussi : le petit roi Abdi-Heba, mis en place par le pouvoir égyptien, n'est pas un Hébreu. Il écrit : « Parole au roi, mon seigneur : Message d'Abdi-Heba, votre serviteur. [...] Vu que, en ce qui me concerne, ce n'est ni mon père ni ma mère qui m'ont placé dans cet endroit, mais que c'est le bras puissant du roi qui m'a amené dans la maison de mes pères, pourquoi moi, de toutes les personnes, aurais-je commis un crime contre le roi, mon seigneur[20] ? » Le fait que les Hébreux ne sont pas en Canaan vers 1350 av. J.-C. est ainsi attesté dans les lettres d'Amarna.

La stèle de Mérenptah, conservée au musée égyptien du Caire, atteste que, postérieurement à -1200, les Israélites sont une population du pays de Canaan.

Il ne resterait donc, comme période à laquelle l'Exode aurait pu avoir lieu, que l'intervalle entre 1300 et 1200 av. J.-C.. C'est l'hypothèse qui semble la plus plausible parmi les archéologues, pour rechercher si un tel exode aurait pu avoir lieu.

Cependant, une objection importante rend difficile de placer l'Exode sous Ramsès II : cette époque est bien connue et ne livre aucune trace d'un évènement de l'ampleur de l'Exode tel que décrit dans la Bible. Claude Vandersleyen[21] l'avait déjà fait remarquer. Alain Zivie le souligne : « Mais très vite alors apparaît une forte contradiction. L’affrontement entre Ramsès et Moïse a certes quelque chose de grandiose [...]. Mais si l’on s’étonne et si l’on rappelle qu’il n’y a rien dans le règne de Ramsès II qui aille vraiment dans ce sens et que de toute façon l’Égypte est muette sur Moïse et sur l’Exode (et sans doute même sera-t-elle toujours muette), alors on s’entend répondre que, de toute façon, il s’agit là d’un épisode mineur de l’histoire égyptienne et même du Proche-Orient, et qu’il n’y a pas de raison qu’il en soit fait mention par les Égyptiens. [...] Mais alors, où est l’affrontement, où est l’épopée, où est le triomphe que Ramsès II, géant parmi les géants, serait censé avoir remporté sur Moïse, accoucheur d’un peuple, quasi-prophète à la stature immense ? Que gagne-t-il, le grand pharaon, à devenir le partenaire, sur la scène de l’histoire, de Moïse, en fait simple chef d’un groupe dérisoire et dépenaillé ? [...] Mais il semble vraiment nécessaire de tenter de reprendre toute cette question d’un point de vue vraiment historique et égyptologique. Pour cela, il ne sera pas inutile de faire table rase des constructions toutes faites, comme cette association purement gratuite de l’Exode avec Ramsès II. »

Pour sa part, Israël Finkelstein constate que la tentative de localiser les événements de l'Exode à l'époque de Ramsès II se heurte à des difficultés insurmontables, pas la moindre mention d'un tel épisode n'apparaissant dans aucune source égyptienne sur le Nouvel Empire et pas la moindre trace n'existant d'anciens Hébreux en Égypte[22]. Donald Redford le souligne également et il ajoute que, symétriquement, le récit biblique est muet sur toute l'Égypte historique[23] : il ne contient pas un mot sur la dynastie des Aménophis, sur celle des Thoutmôsis, sur celle des Ramsès, il est muet sur l'Empire égyptien et ses expéditions militaires en Palestine comme sur ses petits rois vassaux en Canaan, il ignore le conflit avec les Hittites, les invasions des Peuples de la mer (les Philistins de la Bible sont déjà présents dans le récit à l'époque d'Abraham).

Hypothèse de datation à la fin des ramessides[modifier | modifier le code]

Alain Zivie propose cette hypothèse, qu'il estime plus plausible que l'époque de Ramsès II : « Du reste, le texte d’Exode 1,10 évoque la crainte égyptienne de voir les Hébreux s’allier à des ennemis de l’extérieur. [...] Mais ce thème là, on le retrouve aussi à l’extrême fin de la XIXe dynastie, avec peut-être une base historique réelle. [...] Même si en effet on fait la part des choses et du discours habituel de reprise en main après une période agitée, des faits troublants sont mentionnés dans ces textes, qui ne correspondent pas élément par élément avec le récit biblique (cela ne sera jamais, il faut s’en convaincre), mais qui nous jettent dans une atmosphère semblable, en un moment de crise, intérieure, en liaison avec des Asiatiques, et dans un contexte égyptien de grande faiblesse politique (vers 1190 avant notre ère)[24]. »

D'autres hypothèses de datation de l'Exode[modifier | modifier le code]

Beaucoup de spéculations sur une hypothèse de datation haute sont possibles mais, des informations précises donnent les lettres d'Amarna, le petit roi Abdi-Heba, vassal des Égyptiens et mis en place par eux, n'étant pas un Hébreu, il ressort que les Hébreux ne sont pas en Canaan vers 1350 av. J.-C.[25].

Pour cette raison également, une datation très haute de l'Exode étant exclue, la théorie de Santorin, qui ferait de cette catastrophe (vers 1650 av. J.-C.) la trace historique des plaies de l'Égypte, relève de la littérature de fiction.

Emmanuel Anati propose une datation très haute de l'exode qui, si elle a reçu un certain écho médiatique et les encouragements du Vatican, a aussi reçu des réactions très négatives dans les milieux scientifiques où la quasi-totalité des archéologues s'opposent à ses thèses[26].

Une lecture quelque peu rapide a fait d'Akhénaton un inventeur du monothéïsme (en fait, les différents cultes des dieux égyptiens se sont poursuivis dans les temples égyptiens à l'époque d'Akhénaton, ils n'ont nullement été supprimés). Alain Zivie conclut ainsi : « Et tant qu’on n’aura pas apporté des arguments véritables et nouveaux en faveur d’une datation de ces événements si insaisissables sous le règne de Ramsès II, cessons donc de mettre face à face le plus célèbre des pharaons et le chef hébreu. Tant qu’à faire, si l’on tient à voir deux grandes figures s’affronter, on préférera encore la confrontation entre Akhénaton et Joseph évoquée dans la série romanesque de Thomas Mann, Joseph et ses frères. Celle-ci n’est pas plus fondée historiquement, tant s’en faut, que celle opposant Ramsès II et Moïse, mais du moins a-t-on affaire là à une fiction littéraire digne de ce nom[27]. »

Données archéologiques dans lesquelles on peut chercher le contexte d'un éventuel Exode[modifier | modifier le code]

De nombreuses données archéologiques ont été examinées sous l'angle d'un contexte, possible ou pas, d'un éventuel Exode. Des artefacts tirés du sol contiennent des textes qui nous renseignent, de façon très détaillée pour certains d'entre eux, sur la situation tant en Égypte que dans les pays limitrophes, dont Canaan : il s'agit des scarabées commémoratifs (petits bijoux dont le plan ventral comporte un court texte commémoratif), de la correspondance diplomatique sur tablettes d'argile (dont les Lettres d'Amarna) et des récits des scribes égyptiens sur papyrus (certains témoignages étant écrits à titre privé). Dans cet abondant matériel archéologique, des noms de groupes de populations apparaissent, des Sémites installés en Égypte ou simplement de passage, des bédouins Shasou, une catégorie sociale de marginaux appelés Apirou, sans oublier ces autres « Asiatiques » que sont les Hyksôs. L'examen de ce matériel archéologique montre cependant qu'aucune de ces populations ne correspond aux Hébreux du récit biblique.

Scarabées commémoratifs, correspondance diplomatique, écrits des scribes égyptiens[modifier | modifier le code]

En plus des abondantes inscriptions officielles sur les murs des temples et les stèles, trois types d'objets, principalement, contiennent des textes : ce sont les scarabées commémoratifs, la correspondance diplomatique officielle sur tablettes d'argile et la correspondance privée des scribes égyptiens principalement sur papyrus. Le contexte d'un éventuel Exode a été activement recherché dans les données archéologiques que ces textes contiennent. Un/une archéologue qui dirige un chantier de fouilles — un chantier de fouilles ne peut être dirigé que par un/une archéologue — est nécessairement expert en écriture cunéiforme ou en hiéroglyphes, il fait le même métier qu'il travaille au Proche-Orient ou en Égypte (auquel cas on dit qu'il est égyptologue[28]). Les faits attestés à la suite de son travail, y compris sur les textes, deviennent de nouvelles données archéologiques, un savoir scientifique validé à disposition de tous et, plus spécifiquement, de la communauté scientifique des archéologues. Un fait attesté tel que, par exemple, l'existence vers 1210 av. J.-C. d'un groupe d'hommes et de femmes appelé « Israël » quelque part sur les hautes terres de Cisjordanie, semi-nomade et n'habitant pas dans une ville (voir stèle de Mérenptah), est une donnée archéologique.

Thoutmôsis III installe, vers 1450 av. J.-C., la domination militaire égyptienne sur le Proche Orient, plaçant ses conseillers un peu partout. Dans ses écrits, il parle des différents peuples qu'il rencontre[29], mais, s'il parle des Apirou (voir ci-après), il est muet sur les Hébreux.

Lettre d'Amarna, Musée du Louvre (lettre de Biridiya, écrite à Megiddo, en cunéiforme, adressée au pharaon).

Sous Akhénaton, les lettres d'Amarna sur tablettes d'argile, tirées des fouilles, décrivent Canaan vers 1350 av. J.-C. : le bas pays est contrôlé par des cités-États dans lesquelles se trouvent les garnisons égyptiennes. Les hautes terres sont partagées en territoires peu peuplés, dimorphes, une partie de la population étant sédentaire et une partie nomade. Le roi de Jérusalem, Habdi-Heba se plaint des méfaits, sur son territoire (quelques hameaux s'étendant de Béthel à Beersheba) de l'ethnie Shasou et des Apirou (voir ci-après). Il réclame de l'aide à l'Égypte. Des conflits de territoires l'opposent à Shuwardata, souverain de Gat, la cité-État de la plaine côtière. À Sichem (hautes terres du nord) règne Labayu, qui lance une attaque sur la cité-État de Megiddo : c'est un échec qu'il paie de sa vie. Ces textes[30] donnent une connaissance détaillée des cultures qui existent vers 1350 av. J.-C. en Canaan : aucune mention n'est faite de la culture des Hébreux, ce qui montre que les Hébreux ne sont pas en Canaan à l'époque des lettres d'Amarna.

Scarabées commémoratifs d'Amenotep III, Musée du Louvre (no 8 chasse aux lions, no 9 au nom d'Amenotep III et de Tiyi).

D'Amenhotep III à Ramsès II en passant par Akhénaton, l'Égypte entretient avec toute la Méditerranée orientale une correspondance soutenue. Il s'agit tout d'abord des scarabées commémoratifs : depuis l'époque des Hyksôs, certains souverains Égyptiens ont pris l'habitude d'envoyer aux autres souverains qu'ils connaissent, à l'occasion de chaque évènement marquant, un bijou en forme de scarabée comportant sur le ventre un petit texte qui commémore cet évènement. Datant d'Amenhotep III, de nombreux exemplaires de plusieurs de ces scarabées commémoratifs ont été tirés de fouilles sur une très large étendue géographique, ce qui trace la zone d'influence de ce souverain. La correspondance diplomatique d'Amenhotep III nous est également connue par les lettres d'Amarna sur tablettes d'argile, retrouvées dans les fouilles d'Amarna. Dans ces tablettes apparaissent les noms des souverains d'une certaine importance et les problèmes de leur royaume[31]. La fonction de courrier est institutionnalisée sous les ramessides, un corps militaire spécial en est chargé[32]. Par exemple, sous Ramsès II, Aménémopé écrit : « [Sa majesté] m'a fait conducteur de char et superviseur de l'écurie. Mon seigneur m'a loué pour ma compétence, et m'a désigné commandant de bataillon de son armée… et il m'a envoyé comme messager du roi dans toutes les terres étrangères, et je lui ai rendu compte des terres étrangères dans tous les détails[33]. ». Il est question de Canaan (où l'on retrouve de nombreux scarabées commémoratifs hyksôs tirés des fouilles, des villes de Palestine (Jérusalem, Sichem), des Araméens, mais il n'est nulle part fait mention d'Hébreux ni d'Israélites[34], jusqu'à la stèle de Mérenptah (1207 av. J.-C.), sur laquelle ils sont mentionnés à la fin d'une liste, ligne 27, l'avant-dernière de la stèle, parmi les populations de Canaan vaincues[35]. En résumé, parmi toutes les populations du Proche Orient, ils semblent avoir, pour les Égyptiens, une importance secondaire vers 1207 av. J.-C.

De nombreux scribes égyptiens sont rattachés à l'armée[36]. À leur tête se trouve le « superviseur des scribes de l'armée ». Amenhotep (fils de Hapou), qui remplit cette fonction sous Amenhotep III, précise[37] : « J'ai levé les impôts de mon seigneur, mon calame a compté les nombres parmi les myriades... J'ai imposé des départements selon les nombres s'y rapportant, et j'ai prélevé les contingents de leurs départements... J'ai levé des recrues, et j'ai mis les contingents en ordre de marche pour punir les étrangers dans leurs places... tout en exerçant la surveillance des mouvements des bédouins. » Les archives sont gardées, dans la capitale, par l'« archiviste en chef des dossiers militaires ». Chaque compagnie, chaque caserne, chaque fort a son scribe. Cette multiplicité des sources permet, dans certains cas, de fournir une version quelque peu différente de la version officielle. C'est ainsi que la cruauté exceptionnelle de Mérenptah vis-à-vis des Medjaÿ de Koush (certains habitants furent brûlés vifs devant les leurs, d'autres eurent leurs deux mains coupées, d'autres eurent les oreilles et les yeux enlevés) est connue grâce à un vice-roi de Koush[38]. Si un accrochage d'ampleur avait eu lieu entre l'armée égyptienne et des fugitifs Hébreux, il est difficile, compte tenu de la multitude de scribes, de penser qu'aucune trace n'en soit restée.

Les Sémites, les Shasou, les Apirou et autres Asiatiques installés en Égypte[modifier | modifier le code]

C'est dans les populations d'Asiatiques tels que qu'ils apparaissent dans les données archéologiques qu'on peut chercher l'existence ou non de la population des Hébreux décrits dans le récit biblique de l'Exode et Moïse.

Le terme Asiatiques désigne l'ensemble des populations qui vivent à l'est de l'Égypte. Depuis Thoutmosis III, une colonie syrienne installée à Karnak est attestée. Un quartier syrien existe à Louxor. Un certain nombre d'Hyksôs travaillent à Memphis[39]. Les données archéologiques attestent que des colonies d'Asiatiques, venus de tous les pays de l'Empire et groupés par ethnies, se développent de façon importante sous les Ramessides, notamment dans la région du Fayoum. Il s'agit exclusivement de travailleurs libres. Les prisonniers de guerre ou les condamnés de droit commun, s'ils ne sont plus en prison, sont répartis chez des particuliers (voir ci-dessus à propos de la non-existence de l'esclavage).

Les Sémites sont présents en Égypte, régulièrement représentés dans l'iconographie, de façon conventionnelle avec une barbiche en pointe caractéristique. Le célèbre dessin relevé par Champollion dans la tombe du vizir Rekhmirê montre[40] un groupe d'ouvriers sémites, en parfaite égalité avec les ouvriers égyptiens, fabriquant des briques et construisant un mur[41]. Les multiples données archéologiques constituées de documents écrits (voir ci-dessus et ci-dessous) définissent qui sont ces Sémites présents en Égypte, et permettent de préciser qu'il ne s'agit pas d'Hébreux. Cette constatation est conforme aux résultats des prospections archéologiques sur les premiers Israélites (ils n'apparaissent qu'en 1200 av. J.-C.) et à la stèle de Mérenptah.

Les Shasou, dont des groupes travaillent en Égypte, les données archéologiques attestent que sont des semi-nomades de Palestine et de Syrie appartenant à l'ethnie des Bédouins. Après le règne de Ramsès III, le terme Shasou devient synonyme de Bédouin[42]. Il existe quelques points de correspondance entre ces Shasou, attestés, et le récit biblique. Le « pays des Shasou », attesté dans les données archéologiques, est un toponyme désignant la région montagneuse de Se'ir (Edom) située à l'est de l'Arabah. Il apparaît plusieurs fois dans les documents égyptiens : il figure notamment sur une liste dans le temple de Soleb construit par Amenhotep III (1391/1390-1353/1352 av. J.-C.), pour six toponymes situés « au pays des Shasou »[43]. L'un de ces toponymes est « YWH au pays des Shasou ». Pour Donald Redford, il s'agit indubitablement du tétragramme YHWH désignant Yahvé. Il se peut que le toponyme provienne d'un culte, ou, à l'inverse, qu'un culte provienne du toponyme. Les listes du temple de Soleb étant établies à partir de documents du XVe siècle, le toponyme « YWH au pays des Shasou » remonte à cette époque. Selon Donald Redford, le Mont Séïr est un lieu d'origine dans le récit biblique, mais il faut se garder de toute extrapolation faisant remonter les Israélites à ce petit groupe de Shasou du XVe siècle.

Le terme Hapirou ou Habirou, dont il est attesté que des groupes travaillent en Égypte, apparaît dans des textes depuis le Dynastique archaïque jusqu'à la fin de l'Âge du Bronze, on le rencontre dans les données archéologiques sur une très large étendue géographique, de la Mésopotamie à l'Anatolie et à l'Égypte. Il désigne principalement des marginaux, mercenaires plus ou moins brigands. Il est maintenant attesté que les Apirou portent des noms d'origines ethniques variées : ils constituent donc un groupe socio-économique et non pas une ethnie. Selon Olivier Rouault, « Le terme de Hapirou/Habirou a fait couler beaucoup d'encre, en partie en raison de sa ressemblance avec le nom des Hébreux, avec lequel il semble finalement n'avoir aucun rapport »[44] (voir l'article Shasou et Apirou dans les documents égyptiens).

Il est attesté, par les données archéologiques, que la main-d’œuvre étrangère d'Asiatiques dispose des mêmes droits que la main-d’œuvre égyptienne. Selon une vieille tradition, les enfants les plus doués, égyptiens ou étrangers, sont repérés très tôt et recrutés comme Enfants du Kep, l’école d’élite de Pharaon[45]. Dans cette école, beaucoup d’enfants sont issus des grandes familles, mais il y a également des enfants issus de milieux très modestes qui accèdent d’emblée, par cette voie, aux plus hautes fonctions dans l’État égyptien. L'ascension sociale vertigineuse d’un Moïse telle qu'elle est décrite dans le récit biblique est donc tout à fait plausible dans l'organisation de la société égyptienne telle qu'elle est attestée. Parallèlement à cette tradition, Thoutmosis III ramène en Égypte des enfants de princes étrangers qu’il forme (à Louxor) dans le but d’en faire ensuite des souverains égyptianisés dans leur pays d’origine : cette politique sera poursuivie avec succès sous les Ramessides[46].

Question du nombre d'Hébreux concernés[modifier | modifier le code]

Selon le récit biblique, la fuite concerne 600 000 hommes, sans compter les enfants[47]. Tous les commentateurs donnent à ce chiffre un sens symbolique. D'ailleurs, pour Donald B. Redford, responsable des fouilles de Mendès dans le delta, le chiffre est extravagant[48] car, à l'époque, selon les données archéologiques, la population de l'Égypte est estimée à 2 800 000 personnes : pareille fuite aurait laissé une saignée impossible à masquer dans le pays. D'autant plus que ce ne sont pas 600 000 individus qui auraient quitté le pays mais 600 000 familles, ce qui représente un nombre beaucoup plus important de personnes. On peut, approximativement, calculer ce nombre en utilisant le récit biblique.

Calcul du nombre d'Hébreux s'enfuyant d'Égypte.

Le séjour des Hébreux en Égypte dura 430 ans (Exode 12.40, 12.41) après l'arrivée de Jacob-Israël, accompagné de sa descendance et des familles de celle-ci. Les versets de la Genèse, 46.8 à 46.27, en font le dénombrement : une fille, onze fils et cinquante-quatre petits enfants. Il s'établit dans la contrée de Ramsès (Gen 47.11). En prenant 30 ans pour durée d'une génération, comme c'est la règle en généalogie, l'Exode aura donc lieu au cours de la 15e génération. Pour passer de 54 couples à 600 000 couples en 15 générations, il faut plus de 4 enfants par couple. C'est donc environ 3 600 000 Hébreux qui partent d'Égypte. C'est impossible puisque ce nombre est plus important que celui de la population estimée à l'époque. D'autre part on ne peut pas éliminer le chiffre de 600 000 car celui-ci est confirmé dans le livre des Nombres (1:46) : tous ceux dont on fit le dénombrement furent six cent trois mille cinq cent cinquante.

L'épigraphiste André Lemaire écrit : « On présente généralement l'exode[49] comme la migration massive de tous les ancêtres d'Israël. Cependant un examen détaillé des traditions anciennes révèle qu'il ne s'agissait primitivement que des ancêtres d'Éphrahim et d'une partie de Manassé, les « Benê-Israël », installés autour du sanctuaire de Silo. Les fouilles de cette région révèlent qu'elle était très peu peuplée vers 1200 av. J.-C. (environ 3 800 habitants ?). C'est dire que le groupe hébreu sorti d'Égypte ne devait pas être nombreux : de quelques centaines à un millier environ. »

Question de l'itinéraire[modifier | modifier le code]

Sur l'itinéraire qu'auraient emprunté les Hébreux, le récit biblique de l'Exode est flou (comme sur la date). Ce flou n'est pas dû à une mauvaise technologie : l'Égypte maîtrise, depuis très longtemps, la localisation des lieux géographiques avec une grande précision, y compris dans le désert, les puits décrits ont été retrouvés et les itinéraires égyptiens sont très bien identifiés. Le désert a la propriété de conserver intacts les débris de poterie qui lui sont confiés. Après avoir fouillé la région au moyen de la technique de prospection de surface, les archéologues ont trouvé des traces de vie à différentes époques, antérieures ou postérieures à l'époque de Ramsès II, mais rien à l'époque de son règne (la même technique a pourtant permis d'identifier et de compter 45 000 personnes disséminées sur les hauts plateaux de Canaan, voir ci-après). Les fouilles de l'oasis de Kadesh Barnéa (celle de la Bible) ont démontré qu'il n'y a pas eu de séjour de population entre 1300 et 1200 av. J.-C.[50]

Aucune des villes de Pithôm et de Ramsès n'existe dans les données archéologiques et, si l'on veut chercher une correspondance, il faut recourir aux analogies. Le problème, c'est que ces analogies vont conduire à deux villes certes localisées dans le delta oriental, près de la branche pélusiaque du Nil, mais appartenant à deux époques complètement différentes : elles n'ont jamais existé ensemble. En effet, la fondation de la capitale Pi-Ramsès au début du règne de Ramsès II (1290-1224 av. J.-C.) et son abandon vers 1100 av. J.-C. sont attestés. Pourtant si, dans les données archéologiques, Pi-Ramsès est clairement rattachée à l'époque de Ramsès II, Pithom du récit biblique conduit à une analogie dans l'époque de Nékao II. Les données archéologiques montrent qu'entre l'automne 609 et le printemps 606 av. J.-C., Nékao II travaille au projet ambitieux de relier par une voie navigable la Mer Rouge à la Méditerranée. Il creuse le cours du Wady Tumillat, probablement du lac Karoum à l'extrémité nord du golfe de Suez. Sur la rive nord, à vingt kilomètres environ du golfe, il fonde une forteresse de frontière et un entrepôt appelé dans les données archéologiques « La Maison d'Atoum », un dieu qui est intimement associé à cette région orientale ; la forme égyptienne du nom est Pr-itm, qui se rapproche, selon Donald Redford, du toponyme hébreu Pithom du récit biblique[51]. Le rédacteur de la Bible, selon Donald Redford, décrit un delta oriental et un Sinaï avec des toponymes qui dénotent le renouveau d'intérêt qu'ont créés ces travaux de construction du fort et du canal, de Bubastis aux lacs Amers. Un demi-millénaire sépare donc deux villes, Ramsès et Pithom, présentées dans le récit biblique comme toutes deux de l'époque de l'Exode. Donald Redford écrit[52] : « Bref, en ce qui concerne la géographie de l'Exode, le compilateur post-exilique de la version biblique actuelle n'a eu accès à aucun détail véritablement ancien. »

Données positives sur la non-historicité de l'esclavage stricto sensu et la non-historicité du retour d'Exode[modifier | modifier le code]

Les données négatives, qui consistent en ce que l'on n'a pas trouvé, jettent un doute sur le récit biblique tel qu'il est raconté. Mais elles ne permettent pas d'affirmer que ce que l'on n'a pas trouvé n'existait pas.

Trois données positives sur la non-historicité du récit biblique ont été apportées par l'archéologie. Tout d'abord, depuis longtemps, il est établi que l'esclavage stricto sensu (condition d'un individu privé de sa liberté, qui devient la propriété, exploitable et négociable comme un bien matériel, d'une autre personne) tel qu'il est décrit dans la Bible n'existait pas en Égypte : cet aspect du récit biblique est donc, d'emblée, non historique. À cela sont venues s'ajouter, depuis les années 1990, deux données positives sur la non-historicité du récit biblique. Il s'agit de la non-existence de la conquête militaire de Canaan, prouvée par l'examen et la datation des ruines, et de l'existence des traces des premiers Israélites sur les hautes terres de Cisjordanie, petite population d'origine locale incompatible avec le retour massif en Canaan d'une population d'Hébreux. Ces deux dernières données archéologiques sont décisives[53] et permettent aux archéologues de conclure (voir ci-après le paragraphe "Compléments d'information").

L'esclavage stricto sensu n'existait pas en Égypte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Servitude dans l'Égypte antique.

Contrairement à ce que l'on peut encore lire trop souvent, on sait, depuis Champollion (voir ci-dessous tombe de Rekhmirê), que l'esclavage stricto sensu n'existait pas en Égypte. Christiane Desroches Noblecourt, médaille d'or du CNRS, souligne ce point depuis l'exposition Toutânkhamon dont elle était l'organisatrice, à Paris en 1967, sans parvenir à le faire prendre en compte par le grand public.

Les grands travaux étaient faits par des hommes libres. Les ouvriers de Deir el-Médineh, bâtisseurs de la vallée des rois n'étaient pas des esclaves, mais des petits fonctionnaires choyés par le pharaon et bénéficiant d'un logement individuel. Un texte de Ramsès II, adressé aux ouvriers de la région d'Héliopolis, ne laisse aucun doute sur la façon dont ces ouvriers étaient choyés[54]. Les 20 000 ouvriers bâtisseurs de la pyramide de Khéphren, détenteurs d'une technicité très avancée, n'avaient rien d'esclaves et étaient bien traités[55]. L'esclavage en Égypte ne sera introduit que par les Grecs, à Alexandrie, et il le sera alors massivement.

Les ouvriers de Deir el-Médineh ou d'Héliopolis sont une élite, ils sont représentatifs des bâtisseurs des grands travaux (les ouvriers du pharaon), mais ils ne sont pas représentatifs de la grande masse des paysans qui constituent l'Égyptien moyen. Par ailleurs, il existe également dans cette société égyptienne des hommes non libres, mais nous allons voir qu'il ne s'agit pas d'esclaves stricto sensu (condition d'un individu privé de sa liberté, qui devient la propriété, exploitable et négociable comme un bien matériel, d'une autre personne), car ces hommes non libres n'ont pas un statut de bien matériel.

Les prisonniers de guerre, quand ils ne sont pas en prison ou recrutés comme hommes libres dans les temples, l'armée ou l'administration, sont placés comme domestiques chez des particuliers : contrairement aux soldats, ils ne sont jamais regroupés par ethnies (ils sont chez des particuliers) ni utilisés dans les grands travaux qui nécessitent une haute technicité (dans les temples, ils participent aux travaux de construction ordinaires en brique, mais pas à la construction des temples en pierre taillée, voir ci-dessous sémites dans la tombe du vizir Rekhmirê). Enfin, les hommes non libres (désignés sous le nom d'esclaves dans certaines traductions, voir Redford ci-après), qu'ils soient prisonniers de guerre ou condamnés de droit commun, relèvent administrativement des structures institutionnelles et sont dotés de leurs pleines capacités juridiques. Selon le Dictionnaire de l'Antiquité :

  • « Ils disposaient[56] en effet d'un état civil, de droits familiaux et patrimoniaux ; ils pouvaient contracter, ester et tester en justice[57], et ils étaient même fiscalement responsables, ce qui élimine d'emblée tout statut d'esclave les concernant. Les prétendus contrats de « ventes d'esclaves » que l'on rencontre à la basse époque sont, si l'on approche ces transactions de leur contexte archivistique[58], des cessions portant sur du travail et des services temporaires, préalablement évalués et quantifiés et pouvant aussi faire l'objet d'un usus transmissible dans le cadre des successions...//... L'exclusion qui caractérise l'esclavage n'a pas sa raison d'être dans une société qui pratiquait au contraire l'intégration à tous les niveaux. La pratique du système de la corvée—à laquelle était soumise la population dans son ensemble—permettait l'obtention périodique de journées de travail au bénéfice de l'État, de l'administration ou des temples, et rendait par là inutile le recours à l'institution de l'esclavage. »
  • « On proposera[59] du droit pharaonique la définition suivante : un ensemble de règles communautaires, coutumières et jurisprudentielles, sur lequel s'est affirmée l'autorité royale émanent du pouvoir théoriquement exclusif, maintenu et garanti par le rite, d'un roi-dieu sur la terre et sur les habitants d'Égypte, le concept de maât[60] cristallisant ce droit qui repose sur l'équité. »

Cette condition d'homme non libre est bien illustrée dans l'exemple qui suit (où le mot esclave a été utilisé dans la traduction au lieu de homme non libre). Si-Bastet, barbier de Toutmôsis III, écrit[61] : « J'ai un esclave qui m'a été affecté et qui s'appelle luwy-Amun. Je l'ai capturé moi-même quand je suivais le Chef [en campagne]… On ne doit pas le battre et aucune porte du palais ne doit lui être interdite. Je lui ai donné la fille de ma sœur Nebetto, dont le nom est Takament, comme épouse. Elle aura une part dans (ma) succession de la même façon que mon épouse et ma sœur[62]. »

Données positives sur la non-historicité d'une conquête militaire de Canaan[modifier | modifier le code]

Les villes de la conquête de Canaan telles que Jéricho et sont identifiées depuis longtemps, leurs sites en révèlent les vestiges et on sait désormais dater les constructions et les destructions de façon précise (notamment grâce aux récents progrès de la datation au carbone 14). On sait donc établir scientifiquement si, oui ou non, il y a eu dévastation d'une région par une conquête militaire. Or, les archéologues sont désormais d'accord : il n'y a pas eu de conquête militaire de Canaan[63]. Les destructions de cités s'échelonnent dans la durée sur plus d'un siècle et demi (et non pas dans le temps court du récit biblique) et, de plus, le phénomène est général dans tout le bassin oriental de la Méditerranée, touchant des régions qui n'ont clairement rien à voir avec les Hébreux. Ce phénomène de grande ampleur, lié au passage de l'Âge du bronze à l'Âge du fer, s'appelle un effondrement systémique.

Ces données positives prouvent la non historicité du récit du retour des exilés tel qu'il est raconté dans la Bible (il est prouvé qu'il n'y a pas eu de conquête militaire de grande ampleur).

Données sur les premiers Israélites : non-historicité du retour d'une population massive[modifier | modifier le code]

Suite aux prospections de surface entreprises en 1990, il est maintenant établi par l'archéologie que les premiers Israélites sont apparus (voir Données archéologiques sur les premiers Israélites) à partir de 1200 av. J.-C. sur les hautes terres. Cette sédentarisation d'un groupe de population est conforme à l'inscription sur la stèle de Mérenptah. Cette population, en continuité avec la culture cananéenne de l'époque précédente, est évaluée selon Finkelstein à 45 000 personnes vers 1000 av. J.-C. au moyen des méthodes habituelles de l'archéologie[64]. Amihai Mazar mentionne, sur ce sujet, les travaux de différents chercheurs (notamment ceux d'Israël Finkelstein), rassemblés dans From Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early Israël[65]. On estime la population en multipliant le nombre d'hectares de chaque site par un coefficient, 250 personnes par hectare pour les estimations de Finkelstein, ce qui conduit à 60 000 personnes pour la population des hautes terres à l'Âge du Fer I. Amihai Mazar note que ce chiffrage suppose que tous les sites sont occupés en même temps, et que la qualité de l'estimation dépend de l'exactitude des surfaces estimées et du bon choix du coefficient multiplicateur (la méthode ne peut fournir qu'un ordre de grandeur). Un chiffre aussi faible, même imprécis, réduit à néant toute possibilité que ces Israélites soient les descendants d'une population importante d'Hébreux venus d'ailleurs, par exemple d'Égypte. Le développement progressif de cette population, depuis les tout premiers Israélites de 1200 av. J.-C., peut être suivi jusqu'à l'époque des rois David et Salomon et au-delà. Si la découverte a été accueillie en 1990 avec un certain scepticisme, elle n’est maintenant plus contestée sérieusement et il y a consensus, parmi les archéologues, sur le lieu, sur la date et sur le nombre (voir ci-dessous Pierre de Miroschedji).

La découverte des premiers Israélites, en très petit nombre, prouve la non-historicité du retour en Canaan d'une population importante d'exilés (il est prouvé qu'il n'y a pas eu d'arrivée en Canaan d'une population de grande ampleur). L'histoire de la population des Israélites commence vers 1200 av. J.-C., c'est celle dont l'archéologie porte la trace : le récit biblique des Hébreux en Égypte, du retour de cette population nombreuse en Canaan, de leur conquête militaire, de leur installation et de leur devenir en tant qu'Israélites est sans rapport avec ce que l'archéologie démontre.

Compléments d'informations[modifier | modifier le code]

Conclusions archéologiques[modifier | modifier le code]

En 1992[66], l'égyptologue Donald Redford écrit :

« Une telle manipulation de l'évidence relève de la prestidigitation et de la numérologie ; pourtant, elle a produit les bases fragiles sur lesquelles un nombre lamentable d'« histoires » d'Israël ont été écrites. La plupart sont marquées par une acceptation quelque peu naïve des sources au pied de la lettre, à laquelle s'ajoute l'échec d'une évaluation de l'évidence quant à son origine et à son sérieux. Le résultat, c'est que toutes les données ont été réduites sur le même plan, la plupart, sinon toutes, apportant de l'eau à toutes sortes de moulins. Les savants ont déployé beaucoup d'efforts sur des questions au sujet desquelles ils ont échoué à démontrer qu'elles avaient une quelconque pertinence. […] On peut apprécier l'inutilité de ces questions si l'on pose des questions similaires sur les histoires du roi Arthur, sans soumettre au préalable le texte à une évaluation critique. »

En 1996, dans Ramsès II (éditions Pygmalion), l'égyptologue Christiane Desroches Noblecourt écrit p. 252 que

« […] le récit en question est le résultat d’un brassage de faits indépendants les uns des autres, remontant à diverses époques, recueillis très tardivement et recouvrant probablement un événement très mineur, en tout cas aux yeux des Égyptiens, qui aurait été mis en relief pour former un récit « héroïque » cohérent. »

Elle ajoute, p. 253 :

« En définitive, on pourrait conclure…. que s’il y eut escarmouche, et peut-être conflit, entre les autorités de Pharaon et un groupe de travailleurs d’origine sémitique qui abandonnèrent leur tâche et fuirent l’Égypte, l’événement prit une dimension majeure pour les Apirou (sans doute les futurs Hébreux), qui le situèrent à l’origine de leur histoire. »

En 2004, dans Symboles de l'Égypte (éditions Desclée de Brouwer), le ton est devenu beaucoup plus catégorique et Christiane Desroches Noblecourt écrit, p. 125 :

« Il est absurde, d'une part, de prendre le texte biblique pour un document historique, d'autre part d'inverser l'importance des protagonistes : Israël n'est mentionné qu'une seule fois sur une stèle de Mérenptah, alors que le mot Égypte est utilisé 680 fois dans la Bible. »

Elle ajoute, p. 126 :

« Les allusions à l'Égypte dans la Bible servent essentiellement à nourrir l'histoire interne des Hébreux, en donnant un vague décor à certains épisodes, et sont sans rapport avec ce que l'histoire actuelle enseigne. »

En 2005, l'archéologue Pierre de Miroschedji signe un article dans la revue La Recherche (voir bibliographie ci-dessous). Il écrit :

« D'une façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourd'hui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du pays, en continuité avec la culture cananéenne de l'époque précédente[67]. »

Il souligne que rien n'empêche d'utiliser la Bible en archéologie[68], à titre de document soumis à la critique, comme les archéologues le font avec tout document[69].

Sur deux ouvrages récents d'archéologie[modifier | modifier le code]

Outre les analyses sur David et Salomon, un livre d'Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman[70] brosse le tableau des populations en Pays de Canaan : Cananéens des vallées et des cités-États, Philistins des plaines côtières, jusqu'en 900 av. J.-C., et, à partir de 1200 av. J.-C., premiers Israélites semi-nomades (dont Finkelstein est l'un des découvreurs). Plusieurs lettres d'Amarna décrivent en détail les populations présentes vers 1350 av. J.-C., dont les Israélites sont absents, puis le livre montre l'alphabétisation (900 av. J.-C.) des Israélites du royaume des Omrides, redoutables guerriers détestés dans la Bible (capitale Samarie, gros centre administratif et de gestion de la production), enfin l'alphabétisation très tardive (800 av. J.-C.) des Israélites de Juda (capitale Jérusalem, société restée longtemps rurale, sans gestion de la production à l'échelle du royaume, ni gestion administrative). L'ouvrage est à jour sur les datations au carbone 14. La bibliographie comporte 363 références, classées par thèmes en 120 catégories.

Dans un premier temps, William G. Dever, avec son livre publié en 2002, Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai[71], s'oppose aux chercheurs précédents sur l'âge exact de la différenciation entre les populations cananéennes et les populations proto-israélites. Selon lui, la différence entre ces populations est d'ordre purement sociologique, les Cananéens étant les habitants des cités, administrés par les Égyptiens, tandis que les proto-israélites sont d'extraction paysanne. C'est la bonne organisation familiale des seconds, interprétée d'après les plans des habitations et vraisemblablement liée à l'alphabétisation et au respect d'interdits alimentaires (absence de porc dans les ossements animaux), et la décadence des premiers qui aurait permis l'éclosion des premiers royaumes d'Israël. Pour Dever, l'Exode est une transition culturelle et non une migration. Le livre contient une bibliographie très complète, en anglais, des travaux archéologiques sur les époques couvertes par la Bible.

Dans un second temps, après des recherches plus poussées, il écrit en 2007 : « J'ai écrit pour mettre en échec les minimalistes, puis je suis devenu un d'entre eux » [72].

Pour approfondir le sujet[modifier | modifier le code]

  • L'article de Pierre de Miroschedji dans la revue La Recherche no 391 du 01-11-2005, dossier spécial intitulé Les archéologues réécrivent la Bible.

Le but de ce dossier est de faire le point sur les travaux récents des archéologues en Israël, en dégageant ce qui fait maintenant consensus, et les points sur lesquels les archéologues n'ont au contraire pas encore tranché. Quand il y a consensus, c'est sur un fait et une date (une donnée archéologique), pas sur une interprétation ni sur une théorie. Il y a consensus sur la conquête militaire de Canaan (elle n'a pas eu lieu) et sur les premiers Israélites (date, lieu et nombre). Il n'y a pas consensus sur certaines datations de grandes constructions que l'on a attribué, au siècle dernier, un peu vite, à Salomon.

  • Le film (en 4 parties), La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie.

Réalisé en 2005 par Thierry Ragobert, écrit par Isy Morgensztern et Thierry Ragobert, sur le travail d'Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman, avec la participation de Jacques Briend, professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, et de Thomas Römer, professeur d'Ancien Testament à l'université de Lausanne, dans lequel Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman jouent leur propre rôle, ce film a été diffusé sur Arte et sur France 5 ; le coffret de deux DVD est sorti en février 2006 aux Éditions montparnasse.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La méthodologie de l'archéologie scientifique a été exposée, notamment, dans deux ouvrages complémentaires aux éditions La Découverte : Guide des méthodes de l'archéologie, par Jean-Paul Demoule et alia, et L'Archéologie au laboratoire, par Stéphanie Thiébault, Pascal Depaepe et alia. Il y a plusieurs centaines de doctorants en archéologie dans les universités françaises (dont plus de la moitié en région parisienne), et plusieurs dizaines de thèses d'archéologie sont soutenues chaque année.
  2. Grégor Marchand, Préhistoire atlantique. Fonctionnement et évolution des sociétés du paléolithique au néolithique, éditions Errance (Actes Sud), 519 pages (2014), p. 17. (ISBN 2877725677 et 9782877725675)
  3. Grégor Marchand précise, op. cit. p. 76 : « Enfin, lorsqu'arrive l'heure de proposer des modèles de fonctionnement de ces sociétés préhistoriques, le recours aux analogies est nécessaire, en ce qu'il permet de combattre les fausses évidences et les images d'Épinal qui viennent trop naturellement à l'esprit. »
  4. Voir aussi le cours de Thomas Römer, professeur au collège de France : cours 2013-2014 - Livre de l'Exode : mythes et histoires
  5. Pierre de Miroschedji, L'Archéologie palestinienne aujourd'hui, p. 358
  6. Le terme égyptologue ne désigne pas une profession, ce terme vague sert à désigner tous les spécialistes des études sur l'Égypte antique, notamment des archéologues, des papyrologues, des épigraphistes et des historiens, mais aussi par extension des dessinateurs ou écrivains auteurs d'ouvrages (documentaires ou romancés) sur l'Égypte antique.
  7. Christiane Desroches Noblecourt, Ramsès II, éditions Pygmalion p. 250, 1996.
  8. Voir Pierre Lévèque, “Les premières civilisations”, “Des despotismes orientaux à la cité grecque”, PUF, 1987, p. 252 ; Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, éditions Flammarion, 1995, p. 82 ; Paul Garelli, Le Proche-Orient asiatique. Des origines aux invasions des Peuples de la Mer, éditions PUF, 1969, p. 85. Une autre légende en fait un officier de l’entourage du dernier roi Sumérien. Sargon, le roi fondateur d’Akkad, est le Sémite qui a mis fin à la domination des Sumériens en établissant celle des Akkadiens (sémites) sur toute la Mésopotamie.
  9. « Alors, le prêtre-lecteur en chef Djadjaemânkh prononça les formules magiques qui étaient de sa connaissance. Il put alors placer la moitié de l'eau de l'étang sur l'autre moitié, et découvrit alors la boucle d'oreille gisant sur un fragment de roche ; il la prit et la rendit à sa propriétaire. Quant à l'eau de l'étang, qui mesurait primitivement douze coudées de profondeur, en son centre, cette profondeur devint de vingt-quatre coudées, après que l'eau eut été retournée, une moitié placée au-dessus de l'autre. Puis Djadjaemânkh, à nouveau, prononça les formules magiques de sa connaissance et rétablit l'eau de l'étang en sa situation antérieure. ». Voir Claire Lalouette, Au royaume d'Égypte, éditions Flammarion, 1995, p. 319-320.
  10. Papyrus Harris I, voir Dominique Valbelle, p. 2015, Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF 2005
  11. Par exemple, Claire Lalouette écrit, en 1995, à propos d’une stèle d’Amenhotep II : « Liste du butin...//... 3600 Hébreux » et précise « Dans la liste du butin rapporté par le pharaon triomphant figure le nom des Hébreux ; c'est la première mention connue, dans l'histoire, de la tribu. » (Thèbes ou la naissance d'un Empire, éditions Flammarion, 1995, p. 391). Dans le volume suivant, la même année, elle corrige en écrivant : « 3 600 Apirou faits prisonniers vers 1450 av. J.-C. : Si les Apirou sont bien les Hébreux, cela constitue la première mention historique de la tribu » (L’Empire des Ramsès, éditions Flammarion p. 57). En 1996, dans Ramsès II (éditions Pygmalion), Christiane Desroches Noblecourt discute le rôle des Shasou et des Apirou (p. 248) et voit, en ces derniers, sans doute les futurs Hébreux. Maintenant que l’on est sûr d’avoir localisé et daté la culture des premiers Israélites, on sait que l’assimilation des Apirou aux Hébreux, hypothèse sans doute raisonnable, était néanmoins fausse. Nombreux sont les archéologues qui, à la fin du siècle dernier, ont fait cette confusion.
  12. Papyrus Harris I, voir Dominique Valbelle, p. 1025, Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF 2005
  13. Papyrus Leyde 348 et papyrus O. Strasbourg H, voir idem
  14. Israel Finkelstein and Amihai Mazar, edited by Brian B. Schmidt, The Quest for the Historical Israel. Debating Archaeology and the History of Early Israel, 232 pages, Society of Biblical Literature, n°17, Atlanta (October 24, 2007). (ISBN 1589832779 et 9781589832770)
  15. Alain Zivie, “Ramsès II et l’Exode, une idée reçue”, texte no 51 p. 450-460, in “Le Monde de la Bible”, 707 pages, reprise d'une centaine de textes parus dans la revue du même nom, textes remis à jour et présentés sous la direction d'André Lemaire, (4 septembre 1998) (ISBN 2070403653 et 978-2070403653) Repris p. 139-140 dans Alain Zivie, “La prison de Joseph. L’Égypte des pharaons et le monde de la Bible”, p. 131-142, éditions Bayard, 160 pages (26 février 2004) (ISBN 2227470704 et 978-2227470705)
  16. Claude Vandersleyen (bibliographie), De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, p. 232-237.
  17. Donald Redford (bibliographie), Egypt, Canaan, and Israël in Ancient Times, p. 98-122.
  18. Alain Zivie, p. 141, op. cit.
  19. Pierre de Miroschedji, revue La Recherche no 391 du 01-11-2005, dossier “Les archéologues réécrivent la Bible”, p. 38.
  20. The Amarna Letters, EA 286 p. 326-327, edited and translated by William L. Moran, 448 pages, The Johns Hopkins University Press, (1992, october 31 2000, september 08 2010). (ISBN 0801867150 et 9780801867156) (édition intégrale des 350 lettres et inventaires)
  21. Claude Vandersleyen (bibliographie), De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, p. 234.
  22. The Quest for the Historical Israël. Debating Archaeology and the History of Early Israël, Israël Finkelstein and Amihai Mazar, p. 51, edited by Society of Biblical Literature (2007).
  23. Donald Redford (bibliographie), p. 257-258.
  24. Alain Zivie, p. 140-141, op. cit.
  25. The Amarna Letters, EA 286 p. 326-327, op. cit.
  26. Alain Michel, « Quand le professeur Anati déménage le Mont Sinaï », in Histoire du christianisme magazine, no 51, juillet 2010, p. 21
  27. Alain Zivie, p. 141-142, op. cit.
  28. Mais un/une papyrologue, dont on dit de même qu'il est égyptologue, ne peut pas diriger un chantier de fouilles car il/elle ne maîtrise pas la technicité du métier d'archéologue.
  29. Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, éditions Flammarion, 1995, p. 273-376.
  30. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon, Éditions Bayard, 2006, p. 50-54.
  31. Claude Vandersleyen (bibliographie), De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, p. 163, 370 et 377.
  32. Donald Redford (bibliographie), p. 202-203.
  33. Ramesside Inscriptions, 7 volumes, edited by K.A. Kitchen (London, 1969), volume III, p. 274-275.
  34. Claude Vandersleyen (bibliographie), De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, l'ensemble du livre.
  35. Jean-Pierre Corteggiani, Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chapitre 5 de l'épisode 2.
  36. Donald Redford (bibliographie), pp. 217-218
  37. Urk, Urkunden des ägyptischen Altertums, edited by G. Steindorff (Leipzig and Berlin, 1906-1958), volume IV, pp. 1820-1821.
  38. Claude Vandersleyen (bibliographie), De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel Empire, p. 568, op. cit. KRI, Ramesside Inscriptions, volume IV, p. 37:14, op. cit.
  39. Contrairement à ce qu'on a cru jusque tout récemment encore, la langue des Hyksôs n'appartient pas à la famille sémitique (Dominique Valbelle, p. 1106, Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF 2005
  40. dessin reproduit par Christiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l'Égypte, p. 190, éditions Télémaque, 2004.
  41. Ces sémites sont probablement des prisonniers de guerre, certains des 1 588 Syriens que Thoutmosis III a attribué au domaine d'Amon (voir Dominique Valbelle, Les neuf arcs. L'Égyptien et les étrangers de la préhistoire à la conquête d'Alexandre, éditions Armand Colin, 1990, p. 190 (ISBN 2-200-37214-0).) Dans le domaine d'Amon, que Rekhmirê administre, seules les constructions ordinaires sont en brique, les monuments sont tous en pierre taillée.
  42. Dominique Valbelle, p. 2015, Dictionnaire de l'Antiquité sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF 2005
  43. Donald Redford (bibliographie), p. 272-273.
  44. Olivier Rouault, p. 1026 du Dictionnaire de l'Antiquité, direction Jean Leclant, édition PUF, 2005
  45. Christiane Desroches Noblecourt, La Femme au temps des pharaons, éditions Stock, 1988. p. 84.
  46. Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d’un Empire, éditions Flammarion, 1995 p. 290.
  47. in Ex 12. 37
  48. Donald B. Redford, film “La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie”, chapitre 5 de l'épisode 2.
  49. Le « e » minuscule figure ici dans le texte. André Lemaire, Les Hébreux en Égypte, in Le monde de la Bible, p. 441, op. cit.
  50. film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chapitre 5 de l'épisode 2.
  51. Donald Redford (bibliographie), p. 451.
  52. Donald Redford (bibliographie), p. 381. Voir, de même, Redford dans le film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chapitre 5 de l'épisode 2.
  53. Il faut noter qu'aucune de ces deux données archéologiques décisives ne relève de l'égyptologie.
  54. Claire Lalouette, L'empire des Ramsès, éditions Flammarion, 1995, p. 254-255. Ramsès II, s'adressant aux ouvriers de la région d'Héliopolis, fait graver sur une stèle le texte suivant :

    « Ô vous…, (hommes) braves et puissants lorsque vous construisez des monuments, grâce à vous je vais pouvoir garnir tous les temples que j'ai élevés… Je pourvoirai à vos besoins de toutes les façons ; ainsi, vous travaillerez pour moi d'un cœur aimant. Je suis le protecteur puissant et le défenseur de votre métier.… Je connais votre besogne, dure et utile, et (je sais) que le travail est chose réjouissante quand le ventre est plein. Pour vous, les greniers seront gonflés de blé… ; chacun d'entre vous aura des provisions pour un mois. J'ai aussi empli les magasins de toutes sortes de choses…, des sandales, des vêtements, de nombreux onguents, afin que vous puissiez oindre votre tête tous les dix jours, vous habiller (de neuf) chaque année, et que vos pieds soient fermes chaque jour. J'ai aussi mis en place un nombreux personnel pour subvenir à vos besoins… Pour vous aussi, sans cesse, la Haute Égypte navigue vers le Delta et le Delta vers la Haute Égypte, avec (des cargaisons) d'orge, d'épeautre, de froment, du sel et des fèves, en quantité innombrable. J'ai fait tout cela afin que l'on dise que vous prospérez, tandis que, d'un seul cœur, vous travaillez pour moi. »

    Le texte fait allusion au droit de grève (ce qui se dit rester en paix) « Aucun d'entre vous ne restera en paix, affligé par la disette ». La grève des ouvriers de Deir el-Médineh en l'an 29 de Ramsès III, relatée dans les documents, est restée célèbre.
  55. On a retrouvé les installations pour loger et nourrir les ouvriers des pyramides de Khéphren et Mykérinos ainsi que leurs tombes (emplacement d'honneur près des pyramides). Ils étaient bien nourris et bénéficiaient d'une assistance médicale efficace (soins en cas d'accident, y compris amputations proprement effectuées). Voir catalogue de l'exposition "Pharaons", p. 29 et p. 34-35 (éditions Flammarion, Institut de Monde Arabe, 2004).
  56. Bernadette Menu, article Esclavage (Égypte), p. 839 du Dictionnaire de l’Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, PUF 2005.
  57. Ester : se présenter devant un tribunal comme demandeur ou comme défendeur. Tester : énoncer sa volonté testamentaire.
  58. Quand, de nos jours, un club de football vend un joueur, tout le monde sait, par le contexte, qu'il ne s'agit pas d'esclavage.
  59. Bernadette Menu, article Droit (Égypte), p. 728 du Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF, 2005.
  60. Maât : harmonie universelle nécessaire à la marche du monde en général et à l'exercice de la monarchie égyptienne en particulier, selon Dominique Valbelle, p. 1307 du Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant, éditions PUF, 2005.
  61. Donald Redford (bibliographie), p. 230.
  62. Urk, Urkunden des ägyptischen Altertums, edited by G. Steindorff (Leipzig and Berlin, 1906-1958), volume IV, p. 1369.
  63. Pierre de Miroschedji, revue La Recherche no 391 du 01-11-2005, dossier Les archéologues réécrivent la Bible,
    film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie. Même Emmanuel Anati, qui pense avoir trouvé en Har Karkom le Mont Sinaï de la Bible, reconnait que les datations de Jéricho et d'Aï rendent impossible une telle conquête au bronze récent.
  64. film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chapitre 4 de l'épisode 4
  65. From Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early Israël, Jerusalem: Yad Izhaq Ben-Zvi, 1994.
  66. Copyright 1992 : Donald Redford (bibliographie), p. 260.
  67. Pierre de Miroschedji, revue La Recherche no 391 du 01-11-2005, dossier Les archéologues réécrivent la Bible, p. 32
  68. idem page 33
  69. Cependant, le simple lecteur de la Bible qui ne maîtrise pas les connaissances archéologiques devrait avoir présent à l'esprit, si la période à laquelle il s'intéresse est très antérieure à 700 av. J.-C., qu'il est en train de lire un document écrit très tardivement
  70. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon, Éditions Bayard, 2006.
  71. William G. Dever, Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, Éditions Bayard, 2005. Édition originale : Who where the Early Israelites and where did they come from ?, éditions Eerdmans, 2003, (ISBN 0-8028-0975-8).
  72. Dever, William G. (mars / avril 2007). "Perdre la foi". Biblical Archaeology Review 33 (2): 54.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]