Données archéologiques sur les premiers Israélites

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Cet article concerne la sédentarisation et l'origine des premiers Israélites qui s'installent au début du Fer I (c. -1200 à -1000) dans les montagnes de la vallée du Jourdain, une population dont l'une des caractéristiques est de ne pas consommer de porc et qui est appelée Israël sur la stèle de Merenptah en -1200. Les installations (voir carte) se développent progressivement à partir des contreforts qui dominent le Jourdain, il s'agit à l'origine de populations nomades qui peuplent le territoire de Canaan au Bronze récent[1]. Loin des grands axes de communication sur lesquels se situent les cités-États, les Hautes Terres de Cisjordanie n'étaient peuplées au Bronze récent (c -1550 -1200), que de nomades ou semi-nomades.

L'exposé est centré sur les données archéologiques c'est-à-dire, au départ, les faits bruts, datés et validés par publication dans les revues professionnelles à comité de lecture. Il convient de noter que certaines données sont interprétées différemment selon les auteurs et selon les époques. L'exposé de l'historique des différents modèles archéologiques est décrite dans Histoire des théories sur l'origine des premiers Israélites. Le consensus qui se dégage parmi les experts permet maintenant de reconstituer l'Histoire de l'Israël antique.

Sédentarisation des premiers israélites au Fer I (environ -1200 à -1000)[modifier | modifier le code]

Sites archéologiques d’implantation des premiers Israélites entre la fin du XIIIe siècle et le milieu du Xe siècle av. J.-C., sur les Hautes Terres de Canaan. Carte d’après le film « La Bible dévoilée », montrant le résultat des prospections de surface (Israël Finkelstein).

La connaissance de cette période a fait un grand saut qualitatif avec les "regionals survey", une méthode archéologique consistant en une étude statistique régionale, notamment sur des prospections de surface, et non pas sur une étude locale, notamment sur des fouilles. Elles ont permis de mettre en évidence la sédentarisation d'une nouvelle population entre la fin du XIIIe siècle et le XIe siècle av. J.-C. Leurs résultats sont exposé dans un livre qui a marqué son époque, "The Archaeology of the Israelite settlement", écrit en 1988 par Israel Finkelstein[1]. Deux études ont discuté ces découvertes From Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early Israel[2], ainsi que Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, de William G. Dever[3]. Cette vague d'implantations reste inchangée au Fer IIA (lorsque se constituent les Royaumes d'Israël et de Juda) : on peut donc la qualifier d'israélite[4].

Les prospections archéologiques menées depuis 1990 sur les hautes terres de Canaan montrent, au début de l'Âge du fer, la sédentarisation de petites communautés de nomades qui commencent probablement à cultiver des céréales, sédentarisation marquée ensuite par l'apparition de petits villages.

Cette sédentarisation peut avoir débuté à la fin du Bronze récent (fin XIIIe siècle ou début XIIe siècle av. J.-C.), s'être amplifiée au Fer ancien (fin XIIe siècle au milieu XIe siècle) pour culminer à la fin du Fer I (fin du XIe siècle et première moitié du Xe siècle). Cette s'observe principalement dans les collines centrales, mais aussi en Transjordanie (220 sites au début du Fer contre une trentaine à la fin du Bronze) et dans le Neguev. Au XIe siècle av. J.-C., elle se continue en Galilée (Hazor XII, Dan VI).

La plupart des premières zones d'occupation datant des débuts du Fer I sont situés à l'est (côté Jourdain), ce qui permet aux habitants de faire paître leurs troupeaux de chêvres et de moutons tout en démarrant une activité agricole de blé et d'orge. Les implantations s'étendent ensuite à l'ouest, moins propice à l'élevage, mais plus propice à la culture de l'olivier et de la vigne[5][6]. Dès le début, le développement est beaucoup plus rapide dans la moitié nord, plus arrosée et traversée par les voies de communication, que dans la moitié sud, sèche et peu accessible. Débutée sous forme de petites communautés rurales, cette dernière vague se développe graduellement en un système de petits villages, de bourgades de dimensions moyennes, pour atteindre de grandes cités.

Les premiers petits villages, qu'on peut observer lorsque les habitations ultérieures n'ont pas détruit les ruines, sont organisés en ovale, à la manière des campements bédouins, témoignant d'une origine nomade : Izbet Sartah, voir ci-après, Beer Sheba, Tel Esdar. Par la suite, certaines grandes bourgades seront fortifiées. Au Bronze moyen, on trouve déjà d'imposantes fortifications sur certains sites : Silo par exemple (voir ci-après).

Quelle est la taille de cette population sédentarisée ? Selon Israël Finkelstein, on observe sur les Hautes Terres centrales au Fer récent près de 250 sites occupant une superficie de 220 hectares (voir carte), contre 30 sites occupant une superficie totale de 50 hectares au Bronze récent. À raison de 200 habitants par hectare (densité communément acceptée), cette population des Hautes Terres s'évalue à 45 000 habitants. W. Dever compte lui 12.000 personnes vers -1200, 55.000 au XIIe siècle et 75.000 au XIe siècle.

Cette population utilise de nombreux silos, des citernes et des terrassements agricoles font leur apparition, montrant l'évolution agraire accompagnant la sédentarisation.

La question se pose de la continuité de cette période avec la suivante, le Fer II (à partir d'environ -1000). La plupart des sites sont abandonnés, de façon temporaire ou définitive. De tous les sites du Fer I, seuls 5 présentent une activité continue du Fer I au Fer II : Jérusalem, Béthel, Gibéon, Tell el-Ful et Tell er-Rumeideh. Cet abandon pourrait être dû à une stratégie économique et la peur des philistins[7] ou correspondre à l'augmentation de la population urbaine de la Shephelah et de villes côtières[8].

Traits caractéristiques[modifier | modifier le code]

L'absence d'élevage et de consommation de porc reste le plus déterminant : contrairement à leurs voisins, les premiers Israélites n'élèvent pas de porc et ne mangent pas de viande de porc, ce qui permet à l'archéologie de les suivre à la trace, par l'analyse des déchets (os)[1].

À cette époque, les installations sont très simples et il n'y a pas de monuments, ni de bâtiments publics, ni de fortifications. Elles ressemblent aux campements nomades en cercles, elles sont montées dans le film de Thierry Ragobert "La Bible dévoilée. Les révélations de l'archéologie"[9]. Les sépultures sont rudimentaires.

Les potteries sont simplistes et très utilitariste et continuent le style de l'âge du bronze. Un type de poterie est typiquement associé à ces sites, ce sont les jarres à colliers, ou pithoi[10].

C'est une population sédentaire non urbaine répartie en petites communautés d'une douzaine de personnes formant une société égalitaire essayant de vivre dans les conditions difficiles des forêts montagnardes et des régions semi-arides. Pour Amihai Mazar, la structure socio-économique de cette population correspond à ce que décrivent les textes bibliques de la période des Juges[11].

Lieux de culte[modifier | modifier le code]

Aussi bien sur les sites cananéens à l'Âge du bronze que sur des sites de l'époque israélite à l'Âge du fer, au nord comme au sud, des objets de cultes divers ont été dégagés : des déesses de la fertilité, des compagnes de Dieu (culte de la déesse Ashera) et des représentations animales des divinités. Selon Amihai Mazar[12], qui en a retrouvé un bel exemplaire venant des collines du nord, « le taureau est le symbole de Baal, le principal dieu cananéen, et de El, le maître des dieux dans le panthéon cananéen ». Les premières traces archéologiques du culte de YHWH apparaîtront avec l'écriture, beaucoup plus tard. Cela prouve que ces populations n'avaient pas de religion différente des autres peuples de Canaan.

Identification des premiers israélites, stèle de Mérenptah[modifier | modifier le code]

Plusieurs points permettent d'associer cette population qui se sédentarise aux Israélites. D'abord la stèle du pharaon Mérenptah (voir ci-dessous) qui atteste de la présence d'un peuple nommé Israël en Canaan. Ensuite, la culture de ce peuple, l’alimentation, l'absence de consommation de porc, qui la distingue nettement de ses voisins, et la religion (les lieux de cultes), sont des traits qui semblent fédérer cette population et évoquent les traditions bibliques du futur royaume d'Israël.

Plus tard, d'autres traits culturels, comme l'habitat (la maison à quatre pièces), s'ils ne sont pas propres à cette population et se retrouvent ailleurs dans l'orient ancien, rentreront néanmoins dans les habitudes de ce peuple qui se les appropriera.

La stèle du pharaon Mérenptah, datée de -1207, cite le pays de Canaan et la population nommée Israël parmi les vaincus. C'est la seule fois que ce nom apparaît en Égypte à cette époque. L'inscription précise, par le déterminatif (bâton, suivi d'un homme et d'une femme assis avec les trois traits du pluriel), qu'Israël désigne des hommes et des femmes qui n'habitent pas dans une ville, autrement dit un groupe nomade ou semi-nomade, et non pas un peuple au sens usuel du terme, dont les noms dans la liste qui précède sur la stèle reçoivent le déterminatif de ville étrangère (le bâton suivi de trois montagnes)[13].

« Israël est dévasté, sa semence n'est plus »
i i z
Z1s Z1s
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Z1
T14 A1 B1
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G36
[14]
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t




isrAr[15] fk.t bn pr.t
Israël (?) dévasté [négatif] semence

Israël est, selon Michael G. Hasel reconnu et nommé comme un peuple distinct avant sa sédentarisation au début de l'âge du fer, la stèle de Merenptah indique une population nomade, tout d'une moins d'une population qui n'est pas lié à un État ou une cité-État, habitant la région environ un demi siècle avant la sédentarisation constatée[16].

Il y a donc une corrélation entre l'évidence archéologique d'une origine nomade des premiers Israélites avec un texte de d'époque, la stèle de Merenptah, qui atteste d'une organisation tribale développée à la toute fin du Bronze Récent. Comme ces populations occupent les hautes terres du Fer I deviendront l'Israël du Xe siècle, il y a donc une continuité de population et il n'est pas utile de parler de proto-israélites comme le fait W. Dever[17].

Franck J. Yurco identifie le mur occidental de la cour de la cachette à Karnak avec la stèle de Mérenptah. Le sceau attribuant l'ensemble mural à Ramsès II semble avoir été une usurpartion tardive[18]. Il identifie l'Israël de la stèle avec une fresque dont il ne reste qu'une partie montrant une bataille contre des Cananéens dans des collines. Anson Rainey identifie plutôt Israël avec une fresque montrant des prisonniers shasous[19],[20].

Principaux sites archéologiques au Fer I[modifier | modifier le code]

Silo[modifier | modifier le code]

À la suite d'autres fouilles (en 1926-1932 puis en 1963), Israël Finkelstein effectue quatre saisons de fouilles sur le terrain (de 1981 à 1984)[21]. Une source d'eau importante est située à 900m au nord-est du tell. Le site est situé au fond d'une vallée fertile orientée au nord.

Silo, qui a été détruit à la fin du bronze moyen, est utilisé au Bronze récent comme un lieu de culte par la population nomade des hautes terres[22][23]. Un os de porc seulement(0,7 %) y est retrouvé à cette époque[24]. D’importantes fortifications datant du Bronze moyen, sont mises à jour, d’une épaisseur variant de 3 à 5m, avec des parties retrouvées s’élevant jusqu’à 8 m de haut. Le site est détruit à la fin du Bronze moyen, il est inoccupé au Bronze récent mais sert probablement de lieu de culte isolé, des offrandes étant apportées depuis les localités environnantes[25].

Au Fer I, aucune structure cultuelle n'a été retrouvée, cependant une grande partie du site de cette époque n'a pas encore été fouillée. Selon Israël Finkelstein, « Les trouvailles ne révèlent pas de traces patentes de l'existence d'un lieu de culte majeur à Silo. Aucun vestige archéologique de sanctuaire n’a jamais été mis à jour sur le site. Idem pour les artefacts. [...] Sur toute l'étendue du site, seuls quelques fragments d'un unique support d'offrandes et quelques tessons de deux vaisselles qui peuvent avoir eu une fonction cultuelle ont été collectés. On s'attendrait pourtant à trouver ce type d'évidences sur tout site du Fer I localisé dans les Hautes Terres. Nulle favissa (fosse remplie de vaisselle de culte) comme celle découverte dans les strates du Bronze récent de ce site, nulle collection de vaisselles de culte comme dans les couches du début du Fer II à Megiddo et à Tanak. L'assemblage archéo-zoologique de la phase du Fer I à Silo fournit lui aussi une évidence in absentia. Rien dans cet assemblage n'indique des procédures sacrificielles, comme la préférence pour certaines espèces, ou pour un âge particulier au moment de l'abattage, ou le fait de privilégier des parties spécifiques du corps de l'animal abattu. Tout au contraire, l'assemblage archéo-zoologique de Silo est très semblable aux assemblages typiques des sites du Fer I au Levant. »[26] Cette absence de structure cultuelle au Fer I (contrairement au Bronze ancien ou au Bronze récent) est d'ailleurs générale, commune à tous les sites des Hautes Terres, ce qu'Israël Finkelstein a souligné dès le début : « Les villages ne possédaient pas d'autel ni de sanctuaire ; aussi leurs croyances religieuses nous sont elles inconnues. Dans un seul cas, sur un site minuscule, sis au sommet d'un mont, dans les régions montagneuses du Nord, les fouilles entreprises par Amihai Mazar, de l'université hébraïque de Jérusalem, ont mis au jour une figurine de bronze représentant un taureau, ce qui semble indiquer la vénération de quelque divinité cananéenne. Sur un autre site, le Mont Ébal, Adam Zertal, de l'université d'Haïfa, découvrit une structure de pierre insolite qu'il a identifiée à un autel israélite primitif, mais la fonction précise de ce site et de ses murs de clôture reste controversée. »[27] Les tombes sont très simples et les morts sont enterrés sans offrandes mortuaires.

Selon Israël Finkelstein (même source un peu plus loin) : « Silo appartient, certes, au groupe des grands sites du Fer I dans les Hautes Terres ; mais sa taille — à peine plus d'un hectare — n'a rien d'exceptionnel. » On observe une concentration de sites dans la région environnante (voir carte), des vallées fertiles favorables à l’agriculture, avec des pâturages à l’est et des terrasses à l’ouest consacrées à la viticulture et à l’oléiculture. Les fouilles (Israël Finkelstein 1981-1984) montrent l’existence, au Fer I, de structures de stockage (des silos et des complexes édifices à piliers, sans aucun reste d'habitations sur tout le site). Les céramiques relativement abondantes retrouvées dans les édifices à piliers, principalement des jarres de stockage, ont été fabriquées dans des ateliers proches (Sichem, voir carte, et Wadi Farah, au nord-est de Sichem) à l’exception des pitoï à collier (jarres géantes pour conserver l’huile, le grain, le vin ou d’autres produits) manufacturées plus au nord (nécessairement dans des ateliers spécialisés). Plusieurs pierres à moudre le grain ont été retrouvées. Par l'absence de maisons d'habitation, Silo n'apparaît pas comme un site typique des Hautes Terres au Fer I. Silo, seul site du Fer I des Hautes Terres comportant des vestiges d’édifices publics, apparaît donc comme un centre de redistribution probable[28].

Le site est déserté après sa violente destruction au Fer I, dans la seconde moitié du XIe siècle (datation au carbone 14 des graines carbonisées)[29].

Izbet Sartah[modifier | modifier le code]

Le site a fait, de 1976 à 1978, l'objet de fouilles approfondies par réalisées[30] par Moshe Kochavi et Israël Finkelstein (Université de Tel Aviv), expédition sponsorisée par l'Université de Bar Ilan.

Le site est un des rares où le développement ultérieur des habitations n'a pas fait disparaître les restes de l'implantation initiale. Ce premier habitat est ovale, une série de pièces entourant une grande cour intérieure[31]. Il est constitué d’une ceinture elliptique de pièces (22 à 24 pièces, sur 750m2, périmètre extérieur 135 à 140 m) entourant la cour intérieure (1450m2). Le mur externe n’est pas uniforme ni égal car il a été obtenu en reliant entre eux les murs externes des pièces, dont la largeur est variable. Les pièces sont du type casemate (fortifiées), elles ouvrent sur la cour et ne communiquent pas entre elles[32]. Des restes de huit pièces ont été retrouvés, ainsi que l'entrée. Cette disposition est bien adaptée pour l'hébergement d'un troupeau de chèvres et de moutons dans la cour intérieure. Le fouilles ont mis à jour quelques silos, des lames de faucilles et des meules de pierre, signature d'une faible activité agricole. Ce plan reprend celui des campements bédouins : le mode de vie nomade s'accommode de l'élevage de chèvres et de moutons, aptes à se déplacer rapidement, et ne s'accommode pas de l'élevage d'autres animaux moins aptes à se déplacer tels que les bovins.

De telles structures (cour entourée ovale d'une ceinture de pièces) ont été retrouvées dans des couches archéologiques du Fer I à Orvat ‘Avot, Khirbet el-Tina, dans le Désert de Judée, dans les Hautes Terres du Neguev, à Beer-Sheba et à Tel Esdar. Postérieurement, on trouve des structures similaires mais dans lesquelles la ceinture est constituée de maisons à piliers comprenant trois ou quatre pièces (Ai, Beer-Sheba strate VII).

Dans une seconde phase, l'habitat est sous forme de petites maisons à piliers, séparées mais proches les unes des autres, l'espace étant entrecoupé de silos à grains. Baruch Rosen, par l'analyse détaillée des éléments recueillis lors des fouilles, estime la population à une centaine d'habitants, sur 350 hectares de terre, dont un peu plus de la moitié sont cultivées, le reste servant à l'élevage. Compte tenu des techniques en usage, la production annuelle peut monter à 43 tonnes de blé et 21 tonnes d'orge. Les labours nécessitent l'utilisation d'environ 40 bœufs. L'élevage représente un troupeau d'environ 300 chèvres et moutons.

Beer-Sheba[modifier | modifier le code]

Dans la strate VII datant de la fin du 11ème siècle, les fouilles ont mis à jour une structure elliptique en casemates semblable à celle d'Izbet Sartah[33]. Les pièces mesurent de 1,25m à 1,75m de large sur 9m à 12m de long environ, avec un mur extérieur de 1m d'épaisseur. On estime à 18 leur nombre total, dont on n'a retrouvé que les traces de 5 d'entre elles. L'entrée, de 1,5m de large, est un passage aménagé entre deux casemates. On estime la superficie de la cour à 900m2[34]. Comme pour Izbet Sartah, une telle structure est bien adaptée à une activité d'élevage parallèlement à une activité agricole.

Hazor[modifier | modifier le code]

Cité très importante à l'Âge du bronze, Hazor est entièrement détruite dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Le site est inoccupé pendant 150 à 200 ans. Un petit village s'installe, au milieu des ruines, au milieu du Fer I, sans fortifications, sans aucun bâtiment public ni aucun bâtiment véritable, avec seulement les fondations de huttes et de tentes, ainsi que des fosses de stockage. Dans beaucoup de ces fosses, on a trouvé une grande quantité de poteries et l'une d'entre elle a reçu des dépôts votifs[35].

Le Mont Ebal[modifier | modifier le code]

Le Mont Ebal est un site qui daterait au moins du XIIIe siècle av. J.-C. (deux scarabées commémoratifs égyptiens de Ramsès II ou Ramsès III ont été retrouvés). On a mis à jour une construction rectangulaire de pierre (7x9m), sans porte, les murs de 1,5m d'épaisseur ayant été préservés jusqu'à 1m de hauteur. À l'intérieur, on a retrouvé des restes d'animaux brulés, uniquement des moutons, des chèvres, des bœufs et des daims. Le site est considéré par Adam Zertal comme un autel, ou du moins un lieu de culte, dans lequel sont faites des offrandes. Sur le site, trente-quatre pierres à moudre le grain ont été retrouvées, ce qui signe une activité agricole[36].

Sites en forme de pieds[modifier | modifier le code]

À partir du XIIIe siècle apparaissent également des Sites en forme de pied dans la région des hautes terres. On retrouve 5 de ces sites, qui ont été trouvées entre 1990 et 2008, dont Bedhat esh-Sha'ab[37]. L'un d'entre eux sera en usage jusqu'au VIIIe siècle. Le pied est en Égypte à l'époque et dans la Bible un symbole de possession territoriale. Pour Adam zertal c'est un symbole de lien entre le peuple et le territoire et de présence de la déité. D'après lui, ces sites sont utilisés par la population des hautes terres comme des lieux de cultes. Regel, pied en hébreu, est aussi le mot utilisé pour “festival” et jours saints. Ainsi l'expression “aliya la-regel“, "monter au pied", serait associée à ces sites de pèlerinage utilisées par les premiers israélites, jusqu'à ce que Jérusalem soit instituée comme lieu d'un culte centralisé. Ces sites sont formées d'un enclos en forme de pied entourée d'un chemin de pierre[38],[39].

Evolution des entités vers le Fer IIA[modifier | modifier le code]

Entité de Gabaôn/Béthel[modifier | modifier le code]

Entité de Tirça[modifier | modifier le code]

Évolution des méthodes archéologiques[modifier | modifier le code]

Israël Finkelstein a été le premier à effectuer des regional surveys[1], c’est-à-dire à pratiquer une méthode statistique qui a permis cette découverte : toute une équipe a effectué un ramassage de tous les débris de matériaux liés à la présence humaine, lors d’un ratissage systématique de toute la région des hautes terres, à partir de 1990. Chaque débris, daté, a fourni un point sur la carte correspondant à cette date. L’ensemble de toutes ces cartes a, par l’accumulation des résultats, permis de localiser petit à petit les premières présences humaines sur les hautes terres. Des fouilles locales ont, finalement, permis de mettre au jour les murs des enclos, les restes des habitations et des citernes creusées dans le roc, sur le site de Silo[40]. Vers -1000, la population sédentarisée est estimée à 40 000 habitants répartis sur 230 sites dans la moitié nord, pour 5 000 habitants répartis sur vingt sites dans la moitié sud. L’étude fine de la croissance de cette population au cours du temps montre que la sédentarisation est progressive et très régulière.

Cette méthode et ses premiers résultats ont été décrits en 1988 dans le Livre de Finkelstein, The Archaeology of the Israelite settlement, et ont été présentés dans un film[9].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Plusieurs interprétations et modèles son écrits par des archéologues pour expliquer à partir de données archéologiques en quoi cette population forme un peuple et comment penser l'ethnogenesis. Qu'est-ce qui définit un peuple ? Cette population est-elle locale ou est-elle immigrée ? Quels sont sa/ses religions ?

Pour I. Finkelstein, il y a une continuité avec les époques précedentes. Pour lui il s'agit d'une période cyclique du à des aléas économiques. Antérieurement, cette vague d'implantations a été précédée par deux autres : une première vague d'implantations au Bronze ancien (-3500, -2200), suivie d'un abandon de la plupart des sites au Bronze intermédiaire (-2200, -2000), puis une seconde vague d'implantations au Bronze moyen (-2000, -1550), suivie à nouveau d'un abandon de la plupart des sites au Bronze récent (-1550, -1150)[41].

L' "approche culturelle" cherche à voir dans la fixation de certains traits matériels la formation d'une culture qui délimite un peuple.

Les "frontières signifiantes" (en anglais "meaningful boundaries"), tbc ...

Les différentes populations au Bronze Récent (environ -1550 à -1200)[modifier | modifier le code]

Les découvertes archéologiques décrivent la sédentarisation au Fer I (vers -1200) de groupes tribaux qui suivaient auparavant un mode de vie pastoral nomade ou semi-nomade[2],[3]. Du fait de ce nomadisme, il n'y a pas d'évidences purement archéologiques de cette population préalablement à sa sédentarisation. Les populations nomades laissent peu, voire pas du tout de traces archéologiques[42], à moins d'être mentionnées dans des textes anciens.

EA 161, lettre d'Aziru, leader d'Amurru (défendant son cas devant le pharaon), une des Lettres d'Amarna, écrites sur des tablettes d'argiles

Au Bronze récent (environ -1550 à -1200), Amenhotep III (environ -1391 / -1390 à -1353 / -1352) puis Amenhotep VI (-1355/-1353 à -1338/-1337), qui exercent leur pouvoir sur Canaan, entretiennent avec les gouverneurs des cités-États de Canaan une abondante correspondance : ce courrier diplomatique provenant de Canaan constitue la majorité des Lettres d'Amarna[43] (c. -1391 à -1337). Il décrit de façon précise le rôle des Égyptiens, des Cananéens, des Apirou, des Shasou, c'est-à-dire toute l'organisation sociale à cette époque. Les Lettres d'Amarna font état de nombreux troubles et du peu d'interventions de l'Égypte à cette période. Elles donnent un compte-rendu détaillé de la situation dans différentes cités-États cananéennes (voir carte ci-dessous), ainsi qu'un bon aperçu des relations entre Canaan, Amourrou et l'Égypte. Certaines fois, elles semblent être a contrario de l'archéologie, ainsi les villes de Jérusalem et Lakish y sont décrites comme des villes importantes alors que les fouilles archéologiques ne mettent pas en évidence une ville importante à cette époque[44],[45]. Ces lettres provenant de Canaan racontent les conflits entre les différentes cités-États, ainsi que leurs problèmes récurrents avec les Apirous, plus ou moins présents selon les régions. La présence de poteries dites late mycéennes IIIA à El-Amarna en Égypte et en Canaan, permet de dater les sites archéologiques et de déterminer quelles strates archéologiques correspondent à cette période historique.

À la fin du Bronze récent, loin des axes de communications, le territoire est organisés en « chefferies dimorphes ». Une « chefferie dimorphe » est un vaste territoire sur lequel cohabitent deux activités économiques : l’agriculture et l’élevage. Les liens familiaux forment le socle d’un système politique au sein duquel villageois sédentaires et éleveurs nomades vivent plus ou moins sous l’autorité d’un même chef de clan, doté d’une forte personnalité, vivant avec son entourage, dans une place forte centrale. Ce sont dans ces collines que l'on observera la sédentarisation des premiers israélites.

Cette sédentarisation provient nécessairement de populations présentes au Bronze récent (environ -1400 à -1200) dans la région : l'origine est locale. Certains lieux de culte du Bronze récent, comme Shilo et Beth-El sont utilisés par la population nomade des Hautes Terres au Bronze récent et expressément mentionnés dans la Bible comme lieu de culte des Israélites.

Parmi ces populations, on trouve la population nommée Israël sur la stèle de Mérenptah. D'autres populations nomades comme les Shasous et les Apirous ont souvent été évoquées, mais ce sont des termes qui déterminent un rôle social plus que des ethnies.

Égyptiens[modifier | modifier le code]

Les Égyptiens exercent une domination sur les cités-États de Canaan qui leur assurent des ressources et un soutien logistique. Ils maintiennent des garnisons à Gaza, Jaffa et Beth-Shean (voir carte ci-jointe). Ils sont plus ou moins présents selon les époques. Une partie de notre savoir sur le pays à cet époque provient de leur stèles racontant leurs exploits et surtout des archives diplomatiques retrouvées à El Amarna.

Après la campagne du pharaon Ahmosis (~-1550) contre les hyksôs à Sharuhen, il y a pendant 80 ans peu d'incursions égyptiennes en Canaan.

C'est le pharaon Thoutmôsis III (-1425) qui rétablit l'influence égyptienne sur les cités-États, notamment à la bataille de Megiddo dans laquelle il affronte une union de forces cananéennes. Il rétablit ainsi l'influence égyptienne sur Canaan et sur le sud de la Syrie. Son successeur le pharaon Amenhotep II mène deux campagnes en Canaan, le long de la voie Maris et dans le nord de la Galilée.

Les Lettres d'Amarna font état de nombreux troubles et du peu d'interventions de l'Égypte à cette période.

Puis les pharaons de la XIXe dynastie montrent à nouveau leur intérêt pour ce pays et la région plus au nord. Ils installent un contrôle plus marqué de l’Égypte sur le pays, qui continue avec la XXe dynastie. En effet la Palestine est pour eux le chemin obligatoire vers le nord. La stèle de Merenptah (vers -1210) atteste de la présence d'une population (des hommes et des femmes selon la stèle) appelée Israël en Canaan.

Cananéens[modifier | modifier le code]

Vue aérienne de Hazor, "la tête de ces royaumes" qui est la principale ville cananéenne
Carte de Canaan au Bronze récent, partie nord, établie à partir des Lettres d'Amarna, texte recoupé avec une étude pétrographique de l'argile (partie nord) et le résultat des fouilles archéologiques. Dessiné d'après Israël Finkelstein, ‘’Le royaume biblique oublié’’, éditions Odile Jacob, 282 pages pages (26 avril 2013), p. 34 (voir texte explicatif).

La civilisation cananéenne voit son apogée au Bronze Moyen II (-2000 à -1550). Elle est alors composée de puissantes cités-États, dont l'une des caractéristiques est d'être protégées de hauts remparts de terre. La plus importante de ces villes est indéniablement Hazor, mais l'on trouve aussi Acre, Megiddo, Jéricho, Tel el-Ajjul. Cette civilisation est marquée par un effondrement systémique à la fin du Bronze Moyen, longtemps associée à l'expulsion des Hyksôs par les Égyptiens (voir ci-dessous), et au Bronze Récent (-1550 à -1200) elles occupent des surfaces plus réduites et ont perdu leurs remparts.

À Karnak, la liste des 119 cités-États battues par les égyptiens à Megiddo est la liste la plus détaillée que nous ayons de ces villes.

Cette époque est souvent une époque faste où les cités cananéennes vivent une grande prospérité, mais elle est aussi marquée par de nombreuses destructions.

La correspondance entre Amenhotep III puis Amenhotep IV (Akhenaton) et les gouverneurs des cités-États de Canaan a permis de reconstituer avec précision l’organisation du territoire. Pour ce faire, trois sources d’information ont été recoupées : le contenu textuel des tablettes d’Amarna, la provenance géographique de l’argile dont chacune est constituée et les informations de terrain obtenues au moyen des fouilles archéologiques. L’analyse pétrographique détaillée pour la partie nord de Canaan, en effet, a permis de localiser géographiquement la provenance des lettres (du moins de celles fabriquées localement). Le recoupement des trois sources d’information permet d’établir le système des cités-États du nord de Canaan et de tracer, pour chacune sans trop d’incertitude, la frontière de leur zone d’influence. Il apparaît qu’à cette époque, les cités-États du nord se partagent entre une coalition pro-Sichem (dont Labayou, roi de Sichem, est le chef) et une coalition anti-Sichem (voir carte)[46].

Vers la fin du Bronze récent (c -1200 -1150), les plus grandes cités subissent des destructions violentes, qui marqueront la fin de leur époque cananéenne. Cette destruction est toujours suivie d'une période sans occupation, où l'on retrouve seulement pendant 100 ou 200 ans des traces d'occupation nomade. Ainsi en est-il de Hazor, Lakish, Dan, Megiddo. Ces villes seront habitées plus tard par des Israélites au Fer I.

Populations apirou[modifier | modifier le code]

Le terme Apirou, Hapirou ou Habirou désigne principalement des marginaux, mercenaires plus ou moins brigands. Il y est fait abondamment mention dans les Lettres d'Amarna (voir carte). On sait maintenant que les Apirou portent des noms d'origines ethniques variées : ils constituent donc un groupe socio-économique et non pas une ethnie. Des groupes d'Apirou ont travaillé en Égypte et, selon Olivier Rouault, « Le terme de Hapirou/Habirou, a fait couler beaucoup d'encre, en partie en raison de sa ressemblance avec le nom des Hébreux, avec lequel il semble finalement n'avoir aucun rapport »[47].

Populations shasous[modifier | modifier le code]

Prisonnier Shasou prisoner sur un bas-relief du temple de Ramsès IIIà Médinet Habou

Les Shasou sont des semi-nomades de Palestine et de Syrie appartenant à l'ethnie des Bédouins. Notre documentation sur leur présence en Canaan repose essentielolement sur les Lettres d'Amarna. Des groupes travaillent en Égypte et, après le règne de Ramsès III, le terme Shasou devient synonyme de Bédouin[48]. Dans sa théorie de l'infiltration pacifique, Albrecht Alt assimile les Israélites aux Shasou, mais cette assimilation est aujourd'hui abandonnée par la plupart des archéologues.

À partir du XVe siècle, le terme shasou apparaît dans les documents égyptiens. Pour R. Givéon le seul évènement pouvant expliquer l'apparition des Shasous à cette date est l'expulsion des Hyksôs (autour de -1550)[49]. Ce terme signifie en égyptien errer, traverser et désigne des populations transhumantes, à la manière du terme arabe bédouin.

La première occurrence se trouve dans l'inscription biographique trouvée à El-Kab de l'amiral Ahmôsé[50] qui raconte avoir fait des prisonniers Shasou en servant le pharaon Âakhéperenrê Thoutmôsis II, vers -1490. Les Shasous se trouvaient sur son chemin alors qu'il menait une expédition punitive vers le nord. Ces populations sont trouvées majoritairement dans le sud de la Palestine, et prennent une certaine importance puisque à l'époque d'Amenhotep II, ils représentent un nombre signifiant de prisonniers, la moitié en nombre des Cananéens.

Ce terme de shasous semble être associé à plusieurs peuples, les Égyptiens semblant dénoter différents groupe de shasous, comme, entre autres les shasous de Séir (Edom), les shasous de Yhw (Yhwh)[51], les shasous de Maât. Donald Redford estime que nous avons affaire à un groupe qui adorait le dieu d'Israël, ce qui l'amène à parler d'Israël naissant à propos des Shasous[52]. De façon similaire Shmuel Ahituv parle des « adorateurs de Yahu, le dieu d'Israël[53] ».

L'utilisation de ce terme semble disparaitre vers le XIIe siècle.

rents groupe de shasous, comme, entre autres les shasous de Séir (Edom), les shasous de Yhw (Yhwh)[54], les shasous de Maât. Donald Redford estime que nous avons affaire à un groupe qui adorait le dieu d'Israël, ce qui l'amène à parler d'Israël naissant à propos des Shasous[55]. De façon similaire Shmuel Ahituv parle des « adorateurs de Yahu, le dieu d'Israël[56] ».

L'utilisation de ce terme semble disparaitre vers le XIIe siècle.

L'effondrement systémique à la fin du bronze moyen (-1550)[modifier | modifier le code]

La civilisation cananéenne était particulièrement développée au Bronze Moyen, et formait un ensemble conséquent de cités-États fortifiées.

De nombreuses villes, comme Hazor, la ville cananéenne la plus importante, Lakish, Jéricho, sont détruites à la fin du bronze moyen, dans ce qui est appelé un effondrement systémique[40], daté au carbone 14 aux alentours de -1550. Ces cités sont rapidement reconstruites dès le début du Bronze Récent et connaîtront pour la plupart une nouvelle prospérité. Cependant ces villes ne sont plus fortifiées au Bronze Récent[57],[58].

Voici les dates de destructions généralement acceptées, telles que proposées par les personnes en charge des fouilles respectives des villes concernées :

L'explication de cet effondrement a longtemps été l'expulsion des Hyksos d'Égypte circa -1550, et la guerre entre ces derniers et les premiers pharaons du nouvel empire. Cependant les documents égyptiens n'établissent la guerre contre Hyksos que jusqu'à Sharuhen, au sud de la Palestine (vers l'actuel Gaza). Cet effondrement massif reste donc sans explication concluante[59],[57].

I. Finkelstein pense qu'il n'y a pas d'évidence d'une destruction simultanée de plusieurs sites, pas d'évidence de la présence d'une population sémite en Égypte, mis à part les Hyksôs, qui ne sont pas des esclaves mais dominent la Deuxième Période intermédiaire égyptienne. Il se pourrait selon lui que l'histoire de l'Exode évoque de vagues souvenirs de l'expulsion des Hyksos[60].

Voici les dates de destructions telles que présentées par Finkelstein et Silberman dans le livre La Bible dévoilée chez Bayard presse :

Modèles décrivant les origines de cette population[modifier | modifier le code]

L'origine de la population qui se sédentarise au Fer I puis deviendra le royaume d'Israël au Fer II est un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre.

La plupart des vues concernent l'émergence d'Israël en Canaan dans une des quatre approches suivantes : conquête, infiltration, révolution sociale ou pastoralisme canaanéen[61].

La multitude mélangée[modifier | modifier le code]

Ann E. Killebrew propose en 2006 la théorie d'une multitude mélangée (mixed multitude)[61] en s'appuyant sur la reconnaissance par plusieurs auteurs, dont Stager, Finkelstein et Dever, du regroupement de plusieurs groupes différents dans l’Israël naissant. Cette théorie cherche à articuler les évidences contradictoire : la continuité culturelle, et l'introduction de nouveautés.

Ainsi tous les différents groupes habitant Canaan au bronze moyen auraient pu se retrouver intégrés dans une entité nouvelle, que finira par former la monarchie au Fer II.

Resédentarisation[modifier | modifier le code]

Théorie de Yohanan Aharoni[réf. souhaitée], développée principalement par Israël Finkelstein et William G. Dever :

Le modèle repose sur l'idée que la population qui se sédentarise au Fer I est une population indigène, issue de la population cananéenne du Bronze récent. Finkelstein s'appuie sur la similarité de la culture et des modes de vies du Bronze récent avec ceux du Fer I, également sur le fait que les villes du Nord retrouvent une culture cananéenne au Xe siècle. La continuité des cultures montre que la population se sédentarisant était déjà présente en Palestine pendant le Bronze récent[1].

Finkelstein s'appuie sur l'idée d'un changement cyclique au IIIe millénaire, les populations devenant tour à tour sédentaires ou nomades selon les aléas économique. C'est l'adaptation de ce modèle au IIe millénaire qu'il propose : suite à l'effondrement de la société du Bronze Moyen, la population cananéenne serait devenue nomade au Bronze récent puis se serait resédentarisée au début de l'âge du fer. En période de crise (bronze intermédiaire dans un cas, bronze récent dans l'autre) l'économie se tourne vers l'élevage de moutons et de chèvres et un mode de vie plus pastoral, tandis qu'en période stable (BM II, Fer I) il y aurait une tendance à l'agriculture irriguée et à l'élevage de bétail[1].

Selon W. Dever, les premiers Israélites seraient issus de l'effondrement de la société cananéenne du bronze récent. Ils auraient migré des basses terres de Palestine vers les hautes terres où l'archéologie les retrouve. Pour Finkelstein, cela est impossible. Selon lui, les populations expulsées des villes cananéennes à la fin du bronze moyen seraient celles qui se sédentarisent au début du Fer I après avoir été nomades pendant le bronze récent : la culture cananéenne décline au cours du XVIe siècle, certains trouveraient alors refuge dans les régions montagneuse de Galilée. Plus tard, vers la fin du Bronze récent, un processus de resédentarisation commencerait et serait à l'origine de la population israélite. « Les habitants de ces villages n'étaient autres que les peuplades indigènes de Canaan, qui, petit à petit, ont fini par développer une identité ethnique que l'on peut qualifier d'israélite. »

D'après A. Mazar, les traditions cananéenne sont générales à toutes les populations du Fer I et ne pointent pas nécessairement vers l'origine cananéenne d'Israël. La Bible décrit également un mélange culturel, les Israélites adoptant les traditions de ceux qui les entourent. Cette théorie de la resédentarisation est liée à celle d'un Israël émergeant des groupes nomades du Bronze récent, comme les Apirous ou les Shasous. Or, certains shasous ont émigré en Égypte, comme le Jacob biblique. Dans un document égyptien, leur territoire est nommé Yahu[11].

Le modèle Albright - Wright de la conquête[modifier | modifier le code]

C'est le modèle issu de l'archéologie biblique du milieu du XXe siècle. Albright et Wright aux États-Unis et Y. Yadin en Israël représentent le fer de lance de l'archéologie biblique dans les années 1940-70. En se basant sur les fouilles d'Albright ainsi que sur la découverte par Wright d'une épaisse couche de cendre à Beitin, ils développent l'idée que la conquête de Canaan par les Israélites a eu lieu au XIIIe siècle av. J.-C. en liant les destructions de Beitin, Hazor, Lachish.

Ce modèle est devenu obsolète, il est totalement remis en cause car il représente une conquête rapide et totale de Canaan qui ne correspond ni à l'archéologie ni au texte biblique. Les destructions qui leur servaient d'exemple ont eu lieu à des moments trop espacés pour faire partie de la même campagne. En particulier la destruction de Jéricho est bien trop précoce pour ce modèle.

L’archéologue Pierre de Miroschedji un article dans la revue La Recherche, dans lequel il fait le point sur l’état des connaissances aujourd’hui et sur leur degré de fiabilité (consensus ou pas de la communauté des chercheurs sur le terrain). Il rappelle les mésaventures de ce qu’on a appelé l’Archéologie biblique[62] et, en particulier, la certitude, une par une, que les villes de la conquête militaire de Canaan n’ont jamais été conquises par les Hébreux[63]. Les destructions constatées signent ce qu’on appelle un effondrement systémique, celui d’ailleurs qui a conduit les premiers Israélites à se sédentariser sur la région la plus à l’écart de grandes perturbations qui l’ont accompagné. Pierre de Miroschedji écrit :

« D’une façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourd’hui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du pays, en continuité avec la culture cananéenne de l’époque précédente[63]. »

Il souligne néanmoins que l’on peut tout à fait, en archéologie, se tourner vers le texte biblique et, après l’avoir soumis à la critique, voir quelle part d’information on peut en tirer.

Entrée en Canaan puis occupation tardive[modifier | modifier le code]

Ce modèle, proposé dans différentes variantes (conquête à différents moments du Bronze récent, entre le XVe et le XIIIe siècles) s'appuie sur une relecture des textes bibliques et les avancées de l'archéologie.

Le texte de Josué indique précisément que seules trois villes sont détruites pendant la conquête, sans toutefois être occupées par les Israélites par la suite : Jéricho, Ai et Hazor. Cette conquête aurait eu pour seul effet de tuer les chefs cananéens et une partie de la population. L'Ancien Testament raconte l'échec de cette conquête rapide et les difficultés des Israélites pour s'installer en Canaan.

Selon Kenneth Kitchen, les villes cités dans le livre de Josué correspondent effectivement à des villes existantes au XIIIe siècle av. J.-C., et certaines présentent des traces de destruction à ce moment[64]. Pour d'autres comme John J. Bimson, la conquête correspond à la destruction de certaines villes cananéennes qui marque la fin du Bronze Moyen, tandis que l'histoire des populations nomades et tribales correspond au Bronze Récent[65].

Infiltration[modifier | modifier le code]

Albrect Alt en 1925 propose une infiltration progressive des Israélites en Canaan, certains pouvant être passés par l'Égypte et ayant rapporté leur tradition particulière[66]. Ce sont des peuples nomades ou semi-nomades qui arrivent sur une période étendue. Martin Noth y ajoute l'idée d'une fédération de douze tribus liées par un dieu commun et un lieu de culte.

Révolte paysanne[modifier | modifier le code]

Georges Mendenhall propose ce modèle en 1962. Selon lui, l'apparition d'un mouvement religieux rendit possible la révolte des paysans cananéens contre les collecteurs de taxe venus des villes. Ce serait l'apparition d'un petit groupe d'esclaves venant d'Égypte qui aurait permis le soulèvement de tout un pays contre ses rois. C'est un constat sociologique et culturel qui l'amène à cette conclusion[67]. Cette idée est reprise par Norman Gottwald dans The Tribes of Yahwe, qui, au grand dam de Medenhall inscrit cette théorie dans une version plus marxiste de l'histoire. Gottwald sera sévèrement critiqué par Lemche, qui reprend l'idée de Medenhall, proposant les Israélites comme descendant des Apirous, mais en fait une évolution progressive, d'abord vers une organisation tribale, puis vers une nation, identifiable en tant que telle sur la stèle de Merenpath. Il n'y aurait pas selon lui d'origine étrangère.


Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Margreet L. Steiner, Ann E. Killebrew, The Oxford Handbook of the Archaeology of the Levant: C. 8000-332 BCE, Oxford University Press, 2014
  • Israel Finkelstein, Amihay Mazar, The Quest for the Historical Israel: Debating Archaeology and the History of Early Israel, Society of Biblical Lit, 24 oct. 2007
  • Ann E. Killebrew, Biblical Peoples and Ethnicity: An Archaeological Study of Egyptians, Canaanites, Philistines, and Early Israel, 1300–1100 B.C.E., Society of Biblical Lit, 2005
  • William G. Dever, Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, Bayard, 2005
  • André Lemaire, La Naissance du monothéisme : Point de vue d'un historien, Bayard, 2003
  • La Bible dévoilée, The Bible unearthed : archaeology's new vision of ancient Israel and the origin of its sacred texts, New York, Free Press, 2001. La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de archéologie, Folio histoire, 2004.
  • Stager, Lawrence E. (2001), « Forging an Identity: The Emergence of Ancient Israel », dans Michael Coogan (Ed.), The Oxford History of the Biblical World, Oxford University Press.
  • Israel Finkelstein, The Archaeology of the Israelite settlement, Israel Exploration Society, 1988
  • Amihai Mazar, Archaeology of the land of the Bible, 10,000-586 BCE, 1990
  • Baruch Halpern, The Emergence of Israel in Canaan, SBL, 1983

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Israel Finkelstein, The Archaeology of the Israelite settlement, Israel Exploration Society, 1988"
  2. a et b From Nomadism to Monarchy: Archaeological and Historical Aspects of Early Israel, 1994, Israel Finkelstein, Nadav Na'Aman, Biblical Archaeology Society, de I. Finkelstein et Nadav Naaman
  3. a et b Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai, William G. Dever, Bayard, 2005
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  6. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de archéologie, 560 pages Folio histoire (2004), p. 180-189. (ISBN 2070429393 et 978-2070429394)
  7. Juval Portugali, Theoretical Speculations on the Transition from Nomadism to Monarchy. In Finkelstein I. and Na'aman N. (eds.), From Nomadism to Monarchy. Jerusalem, Yad Ishak Ben Zvi and the Israeli Exploration Society, 1994
  8. E. Bloch-Smith, Beth Alpert Nakhai, A Landscape Comes to Life: The Iron I Period, Near Eastern Archaeology, 1999
  9. a et b Dans le film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, Thierry Ragobert montre de très belles vues aériennes de ces habitats (chap. 3 de l'épisode 4)
  10. "The Collared-rim Jars and Settlement of the Tribe of the Dan", Avraham Biran, in Recent Excavations in Israel: Studies in Iron Age Archaeology, Seymour Gitin, William G. Dever, Eisenbrauns, 1989
  11. a et b Amihai Mazar, Archaeology of the land of the Bible, 10,000-586 BCE, 1990
  12. Amihai Mazar dans le film La Bible dévoilée, épisode n°4.
  13. Jacques Briend, Institut Catholique de Paris, film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chap. 2 de l'épisode 4
  14. Dans le texte original, l'oiseau (une hirondelle) est placé en dessous du signe t (le demi-cercle) mais pour des raisons de lisibilité, nous avons pris la liberté de le placer à côté.
  15. D'après Flinders Petrie.
  16. Michael G. Hasel, « Israel in the Merneptah Stele », Bulletin of the American Schools of Oriental Research, no 296, 1994, p. 45-61.
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  20. Laurence Stager, Merenptah, Israel and Sea Peoples: New light on an old relief. Eretz-Israel
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  22. Israel Finkelstein, Shlomo Bunimovitz, Pottery, in Shiloh: The Archaeology of a Biblical Site, Israel Finkelstein, Shlomo Bunimovitz and Zvi Lederman, Tel Aviv 1993
  23. Donald G. Schley, Shiloh: A Biblical City in Tradition and History" Sheffield: JSOT Press, 1989, 2009, pp. 191ff.
  24. Brian Hesse, “Husbandry, Dietary Taboos, and the Bones of the Ancient Near East: Zooarchaeology in the Post-Processual World, ” in Methods in the Mediterranean: Historical and Archaeological Views on Texts and Archaeology (ed. D. Small; Leiden/New York: Brill, 1995)
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  27. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de archéologie, op. cit., p. 174.
  28. Israël Finkelstein, ‘’Le royaume biblique oublié’’, p. 48-54 et p. 245-247.
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  32. Israël Finkelstein, The Archaeology of the Israelite Settlement, Brill Academic Pub, 380 pages (April 1988), p. 212-220. (ISBN 9652210072 et 978-9652210074)
  33. Z. Herzog, Beer-Sheba II The Early Iron Age Settlements, Tel Aviv (1984), p.80.
  34. Israël Finkelstein, "The Archaeology of the Israelite Settlement", op. cit., p. 242-243. (ISBN 9652210072 et 978-9652210074)
  35. Israël Finkelstein, "The Archaeology of the Israelite Settlement", op. cit., p. 98-103. (ISBN 9652210072 et 978-9652210074)
  36. Israël Finkelstein, The Archaeology of the Israelite Settlement, op. cit., p. 82-85. (ISBN 9652210072 et 978-9652210074)
  37. Adam zertal, Bedhat Esh-shams, An Iron I enclosure in the Jordan Valley, In : Exploring the Longue Durée : essays in honor of Lawrence E. Stager / edited by J. David Schloen, Eisenbrauns, 2009
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  39. Zertal Adam, « Sites en forme de plante de pied », Pardès 2/2011 (no 50),
  40. a et b Pierre de Miroschedji, revue “La Recherche” no 391, p. 32, 38 et 40.
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  42. Living on the Fringe: The Archaeology and History of the Negev, Sinai, and Neighbouring Regions in the Bronze and Iron Ages. monographs in mediterranean archaeology 6. sheffield: sheffield academic Press.
  43. Anson F. Rainey, William M. Schniedewind, Zipora Cochavi-Rainey, The El-Amarna Correspondence: A New Edition of the Cuneiform Letters from the Site of El-Amarna Based on Collations of All Extant Tablets , éditions Brill Academic Publishers (14 novembre 2014) (ISBN 9004281452 et 978-9004281455)
  44. "The Contribution of the Amarna Letters to the Debate on Jerusalem's Political Position in the Tenth Century B. C. E.", Nadav Naʾaman, Bulletin of the American Schools of Oriental Research, No. 304 (Nov., 1996)
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  46. Israël Finkelstein, ‘’Le royaume biblique oublié’’, éditions Odile Jacob, 282 pages pages (26 avril 2013), pp. 31-44. (ISBN 2738129471 et 978-2738129475)
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  56. S.Y. Ahituv, Canaanite Toponyms in Ancient Egyptian Documents, Magnes Press,‎ (ISBN 965-223-564-4)
  57. a et b Manfred Bietak, “Egypt and Canaan During the Middle Bronze Âge, ” Bulletin of the American Schools of Oriental Research, 281,1991
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  59. REDFORD (D.B.), « A Gate Inscription from Karnak and Egyptian Involvement in Western Asia During the Early 18th Dynasty », JAOS 99
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  61. a et b "The Emergence of Ancient Israel: The Social Boundaries of a “Mixed Multitude” in Canaan", Ann E. Killebrew_2006, Pages 555–572 in “I Will Speak the Riddles of Ancient Times”: Archaeological and Historical Studies in Honor of Amihai Mazar on the Occasion of His Sixtieth Birthday, Vol. 2, ed. A. M. Maeir and P. de Miroschedji. Winona Lake, IN: Eisenbrauns.
  62. L’Archéologie biblique, c’était, selon l’expression consacrée, une bible dans une main, une pioche dans l’autre
  63. a et b p. 32
  64. A. Kitchen, On the reliability of the Old Testament, 2003
  65. J. Bimson, Redating the Exodus and Conquest. 2nd Ed. The Almond press. Sheffield. 1981
  66. Albrect Alt, The Settlement of the Israelites in Palestine, 1925
  67. The Tenth Generation: The Origins of the Biblical Tradition Johns Hopkins, 1973

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]