Buisson ardent (Bible)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Buisson ardent.
Moïse et le Buisson ardent, l'une des plus anciennes représentations connues de l'épisode, dans la synagogue de Doura Europos.

Le Buisson ardent est, dans la tradition biblique, la révélation du Dieu Eternel à Moïse dans le pays de Madian. Lors de ce passage, YHWH l’appelle de l’intérieur d'un buisson qui brûle sans jamais se consumer. Dieu se donne également un nom ineffable qu'il confie à Moïse. Cette théophanie a lieu sur le mont Horeb et est relatée dans le Livre de l'Exode, chapitre 3.

L'arbuste présenté au monastère Sainte-Catherine du Sinaï comme étant le « Buisson ardent » de la Bible est une ronce commune (appelée aussi « mûrier sauvage »).

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Sébastien Bourdon, Le Buisson ardent

Le texte se trouve dans le Livre de l'Exode[1].

Exégèse et herméneutique[modifier | modifier le code]

L'histoire du buisson ardent est un récit de vocation qui montre Moïse dans une situation on ne peut plus ordinaire, celle d'un berger qui fait paître le petit bétail. Les phénoménologues qui lisent ces textes soulignent le fait qu'il s'agit d'une théophanie[2].

Dans le récit littéraire du buisson ardent, le rédacteur biblique opère un un procédé de style appelé paronomase, qui consiste en un rapprochement graphique et sonore entre le buisson (« senèh » en hébreu) et la montagne du Sinaï (« sny » en hébreu, lui-même issu de l'hébreu : סֶ֫נֶּה : Senneh). Il a ainsi pour but de relier la théophanie du buisson ardent (passage qui est un assemblage de sources littéraires élohiste et jahviste mettant en scène Dieu identifié au feu) à celle de la péricope du Sinaï (texte de traditions yahviste et élohiste mêlées à quelques éléments deutéronomistes mettant en scène l'alliance mosaïque (en) avec Dieu se manifestant sous forme de nuée)[3].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Le midrash Exode Rabba souligne la fonction pastotale de Moïse auquel un ange lui apparaît dans une flamme du buisson[4], le terme de mal’ak (en) étant une glose pour éviter l’idée que Moïse aurait pu voir Yhwh[5].

Les commentaires rabbiniques considèrent que cet épisode sert à préparer la révélation « nom propre » de Dieu, YHWH aux versets 14 (qui est une interpolation pour expliquer le nom) et 15. Ils indiquent que ce nom procède d'un savant assemblage sémiotique combinant plusieurs temps du verbe être (hébreu : אהיה, « hayah »)[6].

Christianisme[modifier | modifier le code]

Le Buisson ardent du monastère Sainte-Catherine du Sinaï.
Dans Le Buisson ardent de Nicolas Froment, Moïse se déchausse devant le buisson qui brûle sans se consumer, figure de Marie devenant mère de Dieu.

En 337, l'impératrice romaine Hélène fait construire une chapelle au pied du mont Sinaï, sur le site où elle pensait que se trouvait le Buisson ardent. En face de la « chapelle du Buisson Ardent » (dédiée à la Vierge Marie) du monastère Sainte-Catherine du Sinaï construit au VIe siècle, les pèlerins peuvent voir une vieille ronce commune grimpante (appelé aussi « mûrier sauvage ») entourée d'une palissade et destinée à rappeler cet épisode biblique. Selon la tradition, l'autel de la chapelle devant être érigé au-dessus des racines du buisson, la plante fut transplantée à l'extérieur[7].

Cette tradition chrétienne est employée pour préfigurer la Vierge Marie qui porte en elle le feu de la divinité[8].

Dans la tradition palamite et philocalique de l'orthodoxie, le Buisson ardent est la manifestation de l'énergie ou de la lumière incréée de Dieu.

L'Église d'Écosse a le Buisson pour emblème[9].

Benoît XVI, dans son homélie du 7 mars 2010, insiste sur le nom que Dieu révèle à Moïse. L'humain, grâce à Moïse, pourra désormais prier Dieu, l'appeler par son nom, précise le saint Père ; il rend le rapport avec lui possible, explique Benoit XVI, en lui disant « Je suis celui qui est » [10].

Explications rationalistes[modifier | modifier le code]

Bien que l'auteur biblique ne se soit pas forcément inspiré de phénomènes naturels pour forger son récit littéraire, plusieurs hypothèses rationalistes sont proposées pour expliquer un buisson en feu : le séné (paronomase) ou le sinû (dénomination assyrienen de la ronce) ; la fraxinelle ou dictame, aussi appelée « buisson ardent », qui a des tiges recouvertes de glandes oléifères secrétant des essence inflammables qui prennent fugacement feu quand il fait chaud ; le Loranthus acaciae dont les fleurs rouges peuvent évoquer les tisons d'un buisson en flamme ; les aubépines (type Crataegus × sinaica (en)) ou les Pyracantha qui produisent le même effet avec leurs fleurs rouges[11].

Une autre hypothèse rationaliste veut que Moïse ait été sous l'emprise de substances psychotropes appelées enthéogènes, issues d'espèces d'acacia et bues en potions[12].

Autres tentatives d'explications : le buisson ardent ne serait qu'un simple buisson épineux illuminé par des photométéores, en proie aux feux de Saint-Elme[13].

Symbolique[modifier | modifier le code]

Le récit biblique n"a pas forcément besoin d'être démythologisé par des explications rationalistes, l'auteur biblique ayant pu simplement vouloir y introduire la symbolique de l'arbre de vie ou de la menorah qui serait un arbre en or stylisé en buisson ardent. Dans ce dernier cas, la scène du Buisson ardent serait la transposition du Temple dans le désert, comme le suggère le fait que le Seigneur demande à Moïse d'ôter ses sandales (référence à la sacralité du temple)[14] et comme le montre le tableau Moïse et le buisson ardent d'Ernst Fuchs[15].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Le philosohe Jean Greish a analysé la thématique du Buisson ardent[16].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ex 3,1-6 dans la Bible Segond, Exode 3:1-6 dans la Bible du Rabbinat.
  2. Jean Greisch, Le buisson ardent et les lumières de la raison. Les approches phénoménologiques et analytiques, Cerf,‎ 2002, p. 480
  3. André Wénin, « La théophanie au Sinaï: Structures littéraires et narration en Exode 19,10-20,21 », In Marc Vervenne (en) (éds) Studies in the Book of Exodus, Leuven University Press, 1996, p. 471-480
  4. Ex 3,2 dans la Bible Segond, Exode 3:2 dans la Bible du Rabbinat.
  5. (en) Marc Vervenne, Studies in the Book of Exodus. Redaction, Reception, Interpretation, Peeters Publishers,‎ 1996, p. 119
  6. Alain de Libera, Celui qui est. Interprétations juives et chrétiennes d'Exode 3-14, Cerf,‎ 1986, p. 251
  7. Hyacinth Louis Rabino, Le monastère de Sainte-Catherine du Mont Sinaï, Impr. D. Spada,‎ 1938, p. 38
  8. Michel Quenot, La mère de Dieu, Editions Saint-Augustin,‎ 2006, p. 50
  9. (en) « Church of Scotland - How We Are Organised- Church Emblem » (consulté le 19 mars 2015) sur le site officiel de l'Église d'Écosse.
  10. Homélie du 7 mars 2010 lors de la visite de la paroisse San Giovanni della Croce, neuvième paragraphe [1]
  11. (en) Richard S. Barnett, All Kinds of Scented Wood, Xulon Press,‎ 2002, p. 213
  12. (en) Benny Shanon, « Biblical Entheogens : a Speculative Hypothesis », Time and Mind, vol. 1, no 1,‎ mars 2008, p. 51–74 (DOI 10.2752/175169608783489116)
  13. Thomas Römer, La naissance de Moïse. Moïse chez les Madianites, Chaire des Milieux bibliques du Collège de France, 20 mars 2014, 31 min 30 s.
  14. Ex 3,5 dans la Bible Segond, Exode 3:5 dans la Bible du Rabbinat.
  15. (en) Michael Kaniel, A guide to Jewish art, Philosophical Library,‎ 1989, p. 137
  16. Vincent Delecroix, « Jean Greisch, Le Buisson ardent et les Lumières de la raison : L'invention de la philosophie de la religion », Archives de sciences sociales des religions, no 130 « Les Saints et les Anges... »,‎ 2005, p. 113-202 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]