Déchets d'équipements électriques et électroniques

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Écran d'ordinateur abandonné, contenant des métaux précieux, mais aussi toxiques (verre au plomb, etc.)
Le recyclage des déchets électronique se met peu à peu en place, dans des conditions d'hygiène et de sécurité parfois douteuses, dans certains pays pauvres
Le recyclage est rendu difficile du fait que les concepteurs et fabricants ne l'avaient pas prévu. L'éco-conception des produits vise aussi à rendre leur futur recyclage plus facile
Récupération de matériaux sur des tubes cathodiques dont le verre est fortement enrichi en plomb (sa fusion est source de vapeur toxique de plomb, facteur de saturnisme), ici à New-Delhi en Inde

Les déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE, D3E ou PEEFV - produits électriques et électroniques en fin de vie - en anglais Waste Electronic and Electrical Equipment WEEE) sont une catégorie de déchets constituée des équipements en fin de vie, fonctionnant à l'électricité ou via des champs électromagnétiques, ainsi que les équipements de production, de transfert et de mesure de ces courants et champs (ce sont surtout des ordinateurs, imprimantes, téléphones portables, appareils photos numériques, réfrigérateurs, jeux électroniques ou télévisions).

En Europe, une directive[1] visant un meilleur recyclage des produits électriques et électroniques limite cette catégorie aux matériels fonctionnant avec des tensions inférieures à 1 000 V en courant alternatif et 1 500 V en courant continu. Au-delà, ils sont considérés comme des déchets industriels.

Diverses lois et taxes sont mises en place dans les années 2000 pour gérer ces déchets et limiter l'utilisation des substances dangereuses (RoHS et DEEE en Europe, en Californie, China RoHS en Chine).

Enjeux en termes de développement durable[modifier | modifier le code]

Ces déchets ont une empreinte écologique très élevée en raison des importantes quantités de ressources en eau, métaux, et énergies mobilisées par la conception, la fabrication, le transport, l'utilisation et le recyclage des composants et objets électriques et électroniques.

Les DEEE contiennent des métaux précieux (argent, or, palladium, cuivre et indium en particulier), source potentielle d'emplois, mais d'emplois dangereux s'ils ne sont pas associés à des législations et pratiques prenant en compte que certains composants des DEE sont aussi des déchets toxiques ou dangereux (cf teneur en aluminium, cuivre, plomb, zinc, métaux du groupe du platine, argent, et des polluants persistants tels qu'arsenic, mercure, cadmium, lithium…)), ainsi que du verre, du plastique et de la céramique. Ils doivent théoriquement être traités conformément aux conventions internationales et réglementations nationales ou régionales, mais de nombreux pays envoient leurs déchets dans des pays pauvres où ils sont retraités sans précautions, et parfois par des enfants.

En électronique, de nombreux produits, sans danger lors d'une utilisation normale, sont utilisés dans un ordinateur personnel. Cependant lorsque ces produits sont abandonnés, les substances composant un ordinateur peuvent devenir toxique par le manque de stabilité. Ainsi, un moniteur à tube cathodique est constitué de verre plombé et de PVC produisant des toxines toxiques lors de son incinération. Chaque moniteur contient jusqu'à 4 kg de plomb au niveau de l'entonnoir et dans ses composants électroniques. Un moniteur contient également du baryum et du phosphore des éléments toxiques pour l'environnement et la santé humaine. L'unité centrale est également composée de produits comme le béryllium, le plomb et le chrome hexavalent[2]. le matériel électrique et informatique contient aussi des agents ignifuges bromés dont certains sont en laboratoire des perturbateurs endocriniens avérés, qui affectent l'environnement, mais auxquels les personnes qui démontent ou cassent du matériel électronique sont particulièrement exposées (Une étude suédoise a mesuré les taux de PBDE dans l'organisme de différentes catégories de travailleurs, montrant que les recycleurs de déchets électriques et électronique étaient particulièrement touchés[3]).

En France, par « composants dangereux provenant d'équipements électriques et électroniques », on entend les composants électroniques eux-mêmes mais aussi « des piles et accumulateurs visés (...) considérés comme dangereux, des commutateurs au mercure, du verre (plombé et traité avec des terres rares) provenant de tubes cathodiques et autres verres activés, etc. »

Terra nova parle de « mine urbaine » et met en place en 2010 un procédé nouveau de recyclage des cartes électroniques extraction mécanique du fer et de l'aluminium, pyrolyse de la résine époxy, et envoi en fonderie de l'agglomérat résiduel de cuivre et métaux précieux. Le gisement européen serait de 200 000 tonnes de cartes électroniques par an dont 130 000 tonnes pourraient être traitées par les fonderies[4].

Alternatives[modifier | modifier le code]

Pour une partie des déchets, les recycleries offrent une seconde vie pour des matériels réparés et nettoyés puis remis en vente à des prix moins élevés, ce qui permet de réduire encore l'empreinte écologique des utilisateurs et des matériels.

Paradoxe[modifier | modifier le code]

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Les DEEE devraient d'abord être réutilisés avant d'être recyclés : C'est une logique de "priorité de traitement" Voir: http://www2.ademe.fr/servlet/KBaseShow?catid=14688&cid=96&m=3&sort=-1 La remise en état et la réutilisation d'un EEE est bien plus efficace pour protéger l'environnement car elle allonge la durée d'utilisation. Paradoxalement, en France, la filière de retraitement des DEEE est financée par les particuliers (via la contribution visible nommée aussi éco-contribution ou éco participation), mais ce sont les fabricants de matériels qui pilotent les 4 éco-organismes agréés. Les fabricants n'ont pas intérêt à privilégier le reconditionnement car les produits d'occasions font concurrence aux produits neufs qu'ils vendent.

Réglementation[modifier | modifier le code]

Europe[modifier | modifier le code]

Le symbole de la directive DEEE

La Directive 2002/96/CE vise à rendre obligatoire la valorisation des DEEE / D3E.

Elle instaure le principe de la responsabilité du producteur.

Elle définit les DEEE comme « les équipements fonctionnant grâce à des courants électriques ou à des champs électromagnétiques, ainsi que les équipements de production, de transfert et de mesure de ces courants et champs, conçus pour être utilisés à une tension ne dépassant pas 1000 volts en courant alternatif et 1500 volts en courant continu » dans des catégories précisées par décret (en France, 2005-829 du 20 juillet 2005[5]).

Elle classe les appareils concernés (par la Directive 2002/96/CE) en 10 catégories :

  • Catégorie 1 : Gros appareils ménagers ;
  • Catégorie 2 : Petits appareils ménagers ;
  • Catégorie 3 : Équipements informatiques et de télécommunications ;
  • Catégorie 4 : Matériel grand public ;
  • Catégorie 5 : Matériel d'éclairage (à l'exception des appareils d'éclairage domestique et des ampoules à filament, auxquels s'appliquent néanmoins les articles 4 et 5 du décret no 2005-829 du 20 juillet 2005) ;
  • Catégorie 6 : Outils électriques et électroniques (à l'exception des gros outils industriels fixes) ;
  • Catégorie 7 : Jouets, équipements de loisir et de sport ;
  • Catégorie 8 : Dispositifs médicaux (à l'exception de tous les produits implantés ou infectés) ;
  • Catégorie 9 : Instruments de surveillance et de contrôle ;
  • Catégorie 10 : Distributeurs automatiques.

En raison des enjeux de défense, le matériel militaire n'est pas concerné par la Directive 2002/96/CE.

La directive WEEE européenne de gestion des déchets électroniques a été mise en place en octobre 2005. La Suisse n'applique pas cette directive, mais sa propre directive, plus ancienne (1998), appelée ORDEE (The Swiss Ordinance on the Return, Take-back and Disposal of Electrical and Electronic Appliances)[6]. Elle dispose également d'un programme e-Waste visant à développer le recyclage du matériel électronique dans les pays en voie de développement[7].

Certaines substances dangereuses sont également interdites depuis le 1er juillet 2006 dans les équipements électriques et électroniques (directive RoHS).

Recyclage en Europe : L'ensemble des pays de l'Union Européenne a récolté en 2005-2006 en moyenne 5,1 kg/hab/an[8].

La Norvège, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni sont les pays européens qui ont collecté le plus de déchets par habitant(>= 10 kg/hab/an).

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les déchets électroniques sont pour la plupart stockés dans des décharges, une infime quantité est incinérée et une petite quantité est recyclée. Ainsi, l’Agence de protection de l'environnement (APE) estime que 70 % des ordinateurs et des écrans et 80 % des téléviseurs sont déposés dans des décharges. Et seulement, 20 % des déchets électroniques sont recyclés[9]

Sort des déchets électroniques aux États-Unis en 2005[10]
Type de déchets Quantité
(en milliers de tonnes)
Pourcentage de recyclage
TV (CRT) 759,1 13,4 %
Moniteurs (CRT) 389,8 24,5 %
Imprimantes, claviers, souris 324,9 26,1 %
Ordinateur de bureau 9,5 26,1 %
TV (LCD) 132,8 13,4 %
Portables 30,8 26,1 %
Téléphones cellulaires 11,7 19,2 %
Moniteurs (LCD) 4,9 24,5 %

Il est plus rentable d'envoyer à l'étranger ses déchets électroniques que de les faire traiter sur le territoire des États-Unis. Pour l'instant, l'Agence de protection de l'environnement n'impose pas aux fabricants et aux exportateurs de respecter des normes de traitement. Mais, elle étudie plusieurs solutions à mettre en œuvre[11].

Asie[modifier | modifier le code]

La Chine était l'un des premiers pays à récupérer les déchets électroniques pour en récupérer les métaux. Malgré l'interdiction par la Chine d'importation de déchets électroniques, le commerce n'a pas baissé. De nombreux villages sont des décharges de déchets électroniques[12], par exemple la décharge de Guiyu[13].

Recyclage[modifier | modifier le code]

Conscient que les déchets électroniques sont une source de pollution et de danger pour l'Homme, le recyclage s'organise peu à peu dans de nombreux pays afin de récupérer notamment les métaux précieux contenus dans ces déchets. Aux États-Unis ou en France, le recyclage devient obligatoire et les déchets doivent être pris en charge par des filières et entreprises spéciales. Une règlementation internationale, la convention de Bâle, impose aux pays exportateurs de déchets dangereux à signaler au destinataire la nature des déchets. L'union européenne impose aux fabricants de produits électroniques de prendre en charge le traitement de leurs propres déchets[14].

Malgré cela, de nombreux déchets électroniques quittent les pays développés vers les pays en sous-développement où toute une filière s'est mise en place comme à Accra au Ghana. Dans les années 2000, une partie des déchets exportés le sont plus facilement en étant présenté comme matériel d'occasion réutilisable, mais en réalité souvent inutilisable (dans les 3/4 des cas selon le BAN[15]. De nombreux enfants démontent, trient et brulent des déchets électroniques afin de récupérer les métaux comme le cuivre. Les autres débris non valorisés sont rejetés dans l'environnement ou brulés dégageant de nombreux produits dans l'air, l'eau et le sol, toxiques pour l'environnement et l'homme[16]. La Chine est également devenue depuis les années 1980 un cimetière pour les déchets électroniques.

Situation (production, recyclage)[modifier | modifier le code]

Dans le monde[modifier | modifier le code]

50 millions de t/an en 2006 (soit l'équivalent de plus de 1 428 000 camions de 35 t) ; C'est la production de DEEE estimée par l'ONU (UNEP) en 2006 ; et une part significative de ces déchets est toxique, dangereuse et/ou constituée de métaux rares ou précieux.

  • Cette quantité devrait encore augmenter, pour atteindre 74 millions de tonnes en 2014 (2,3 t/seconde!)[17].
    Les DEEE dans le monde constituent vers 2005 plus de 5 % des déchets municipaux en moyenne[18] et ils sont ceux dont la production augmente le plus vite parmi tous les déchets[19], (3 à 5 %/an, soit trois fois plus que pour la moyenne des autres déchets[20]).
    Les pays riches cherchent à faire recycler ces déchets dans les pays où la règlementation environnementale est moindre, ce qui génère un flux transfrontalier de DEEE estimé qui est passé de 2 à 8,5 millions de tonnes de déchets entre 1993 et 2001 selon l'UNEP[21].

En Europe[modifier | modifier le code]

  • L'Europe génèrerait ainsi annuellement environ 11 millions de t/an de DEE, dix fois plus qu'il y a dix ans[22]. L'informatique et l'électronique, ainsi que les piles en sont les premières sources, mais une source croissante est aussi l'éclairage, dont l'éclairage public : Selon un article du monde 17 avril 2002, citant un projet de directive UE, 10 % du tonnage des DEE en Europe, provenaient à la fin des années 1990 de l'éclairage public (428 000 tonnes/an pour l'éclairage sur 4 millions de tonnes de déchets électroniques). Quatre à six millions de t de déchets électriques et électroniques produits en 1998 dans l'UE (environ 15 kg/hbt, en croissance de de 3 à 5 %/an). En Europe, tout DEEE contenant un composant dangereux (exemples : vapeur de mercure, plomb, arsenic, PCB, HFC, HCFC, amiante...) est un déchet dangereux.
  • Depuis le 1er juillet 2006, certains produits commercialisés en Europe (dont éclairage et électronique, hors batteries) doivent respecter la Directive RoHS ("Restriction of the use of certain Hazardous Substances in electrical and electronic equipment" qui limite les possibilités d'utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques (Sont concernés : plomb, mercure, cadmium, chrome hexavalent, polybromobiphényles (PBB), polybromodiphényléthers (PBDE), limités à 0,1 % du poids de matériau homogène, et moins encore pour le cadmium limité à 0,01 %). Cette directive pourra être élargie à d'autres produits.

En France[modifier | modifier le code]

  • La France en produit 14 kg[23] à 24 kg[24] de déchets électronique par habitant/an. Ce taux augmente de 4 % environ par an.
    En 2009, seuls 32 % des jeunes Français de 18 à 34 ans ont recyclés leur déchets électroniques[25]. Cette même année 2009, selon Eco-systèmes, de janvier à septembre 2009, ce sont 113 000 tonnes de CO2 qui auraient été évitées via le recyclage de 193 000 t de DEEE, l'un des quatre éco-organismes de la filière DEEE. Les consommateurs contribuent au processus en payant une éco-participation, comprise dans le prix d'achat des nouveaux équipements. Cette participation va de 0,10 € à 13,00 €[26].
    la nouvelle filière DEEE (officialisée en 2007) disposait en novembre 2009 de 16 000 points de collectes sélectives sont créées, avec un poids de collecte estimé fin 2008 à 4,5 kg/hab/an[27]. Fin 2009, 3 800 producteurs devant adhérer à l’un des 4 éco-organismes agréés pour la gestion des DEEE ménagers (Ecologic, Eco-systèmes, ERP ou Récylum). Plus 18 600 points de collecte ont été ouverts par les distributeurs et 3 400 par des collectivités territoriales. Le 1er objectif européen était de 4 kg/habitant/an. Il est atteint en 2009, et même dépassé avec 5,7 kg récolté par habitant, soit 371 000 t en 2009 (objectif : 10 kg/hbt 2014). Ces déchets ont selon la filière été recyclés à 81 % et 4 000 t ont fait l’objet d’un réemploi[28].

Nomenclature des déchets, et modalités de recyclage en France :

  • En France, à partir de 2002, le code d'un DEEE commence toujours par 16 02 ou 20 01[29].
  • Tout distributeur doit si on achète un nouveau appareil de reprendre l'ancien gratuitement pour le remettre à un prestataire agréé par le pouvoir publique. Des nombreux magasins spécialisés et grandes surfaces se sont dotés d'un point de collecte agréé, qui se situe au guichet de retrait des appareils neufs ou au service après-vente. Pour un achat en ligne, la reprise s'effectue lors de la livraison à domicile ou dans un point de vente sur présentation de facture d'achat.
  • Contrairement à la filière grand public, la filière professionnelle n'est pas centralisée autour des 4 éco-organismes agréés. Une entreprise peut faire appel à n'importe quel prestataire certifié. À partir du 1er juillet 2010, les déchets électriques et électroniques professionnels du bâtiment (éclairages (routiers, de sécurité et autres luminaires), systèmes d’alarme, thermostats, programmateurs, systèmes de sécurité incendie, etc récupérés en grande quantité lors des chantiers de rénovation ou déconstruction) devront être recyclés via une nouvelle filière mutualisée confiée à l’éco-organisme Récylum[30],[31]. Les déchets seront enlevés sur site, ou déposés dans une déchèterie professionnelle privée (150 prévues pour juillet 2010). Tous les équipements doivent être acceptés gratuitement (quelle que soit la marque, et la date de fabrication ou de collecte).
    Selon l'Ademe, seuls moins de 8 % des équipements de ce secteur avaient été en 2007 sélectivement collectés pour être retraités et 90 % des 1,7 million de tonnes de DEEE ne sont pas recyclés ; de nombreux produits toxiques finissent ainsi encore dans les incinérateurs où ils polluent l'air ou les mâchefers. Depuis 2005, les fabricants d’onduleurs doivent assurer la collecte gratuite et le recyclage des onduleurs, et la récupération des modules photovoltaïque sera probablement également obligatoire par les vendeurs et importateurs avant 2015 en France comme dans toute l'Union européenne (Transposition de la directive européenne de 2012 sur les DEEE et la responsabilité élargie du producteur)[32].

Exportation dans les pays sous-développés[modifier | modifier le code]

Problématique générale[modifier | modifier le code]

À travers l’obsolescence programmée[33], la société occidentale actuelle, plus communément appelée société de consommation, pousse la population à toujours plus d’achats. Ainsi, de grandes quantités de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) sont produites pour la plupart en Europe et en Amérique et sont exportés de façon légale ou illégale dans des régions émergentes où il y a de grandes disparités économiques et sociales, telles que la Chine[34], l’Inde[35] et le Ghana[36] . Une minorité de personnes (gouvernements, commerçants), en tirent profit au détriment des autochtones, qui vivent généralement de l’activité agricole. L’industrie du tri étant quasi inexistante, le recyclage des déchets s’effectue au travers d’organisations informelles. À cause de la toxicité des DEEE, on assiste ainsi à la contamination des écosystèmes, sources de richesse et de revenus, et à la mise en danger des habitants. Les années 1990 ont été marquées par la multiplication de scandales environnementaux et humains[37],[34] engendrés par la mauvaise gestion des déchets toxiques. À la suite de cela, différentes législations ont tenté de réglementer le sort de ceux-ci. Jusqu’à maintenant, les gouvernements des pays producteurs se sont montrés incapables d’assurer en toute sécurité la fin de vie de ces déchets. Il parait urgent de traiter cette problématique de par les conséquences environnementales, sociales et économiques qu’elle engendre.

Graphique reprenant les différentes composantes des DEEE

Les régions les plus touchées et leurs particularités[modifier | modifier le code]

Chine[38] Inde[39] Ghana[40]
Nombre total d’habitants 1 1350 +1milliard 25 millions
Hab/km2 14,5 368 88
PIB (millions de $ USA) 7 298 560 1 833 382 38 592
Classement FMI 3/183 10/183 85/183

Les conséquences environnementales, humaines et sociales de l’exportation des DEEE[modifier | modifier le code]

Tableau récapitulatif des conséquences communes à la Chine, à l'Inde et au Ghana.
Environnement Pollution des sols et des sous-sols Contamination de l’eau (nappe phréatique, cours d’eau) Contamination de l’air à la suite de l’utilisation de combustibles toxiques et amas de cendres toxiques (gaz à effet de serre) Contamination de la chaine alimentaire, du lait, des produits issus de l’agriculture Augmentation du nombre de décharges
Santé Endommagement du système nerveux (problèmes neuropsychiatriques, coma, mort, sous-développement du cerveau) Endommagement du système sanguin Endommagement du système reproductif (dérèglements hormonaux, stérilité) Endommagement du système respiratoire (toux, infection, suffocation, asthme) Endommagement des reins, des yeux, de la peau et des os
Enfants Taux de mortalité élevé, infirmité, empoisonnement Mauvaises conditions de travail, accidents de travail, stigmatisation, harcèlement, exploitation des employeurs
Socioéconomique Création d’emplois et de revenus Exode rural et formation de bidonvilles Travail informel (non enregistré, conditions difficiles)
Vie privée Récupérations des données, cyber crime

Les trois régions touchées sont des zones géographiques avec de fortes populations pauvres même si la Chine et l’Inde sont aujourd’hui considérées comme des régions émergentes. Ce sont des pays où il y a beaucoup d’habitants. Les centres de recyclage se trouvent dans des bidonvilles.

Les conséquences environnementales[modifier | modifier le code]

Les trois régions présentent des caractéristiques au niveau de la pollution environnementale. Le stockage des déchets pollue les sols, les sous-sols, l’air et l’eau (nappe phréatique, cours d’eau) et rend impropre à la consommation les aliments issus de la chaine alimentaire (lait, produits issus de l’agriculture, …). L’atteinte à l’environnement[41] s’avère nocif lors des phases de démantèlement, de récupération et d’élimination finale des matériaux dangereux car les substances toxiques sont directement déchargées dans les sols. Le brûlage des fils électriques contribue à polluer l’air ambiant et à former des amas de cendres polluants. Les combustibles (pneus, mousse isolante) toxiques polluent les sites d’incinération par le rejet de substances qui appauvrissent la couche d’ozone et qui contribuent à produire des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les matériaux qui ne sont pas utiles sont enfuient sous terre ou abandonnés ce qui contribue à polluer l’environnement À Guiyu (Chine) a pour particularité d’avoir des niveaux particulièrement élevés de dioxines et furanes atmosphériques. Cette pollution de l’air entraine a posteriori des impacts sur l’écosystème local, principale source de vivres des autochtones[42]. Les méthodes de recyclage qui y sont pratiquées s’avèrent extrêmement polluantes pour le sol, et donc entrainent sa contamination et donc, celle des nappes phréatiques[34]. La pHmétrie nous renseigne sur l’acidité du sol (pH = 6,4 environ) et donc de la présence de certains métaux. C’est grâce à la spectrométrie de masse que ceux-ci seront identifiés (Cd, Co, Cu, Ni, Pb, V, Zn) avec les concentrations suivantes : « 4.09 ± 3.92, 15.5 ± 5.40, 1070 ± 1210, 181 ± 156, 230 ± 169, 54.3 ± 5.92 and 324 ± 143 mg/kg ». La certitude est au millième près[43]. C’est ainsi que la population se voit obligée d’obtenir de l’eau potable par camions.

En 2010, une étude sur les effets des substances toxiques libérées par les DEEE lors du recyclage en Chine et en Inde a été menée par des scientifiques. Il en ressort que les biens faits du recyclage des DEEE sont annulés par la pollution causée par les méthodes de recyclage. Ces méthodes de recyclage émettent des fumées toxiques directement libérées dans la nature, qui polluent ainsi l’eau, l’air, la biosphère[44].

Les conséquences humaines[modifier | modifier le code]

La santé[45] de la population est mise à rude épreuve. Les travailleurs ne disposent pas de protection adéquate lorsqu’ils sont en contact direct avec les produits chimiques. Ils inhalent de la poussière ce qui porte atteinte à leur système respiratoire (toux, infection, suffocation, asthme) et ils souffrent d’irritation des yeux. Leur peau est fortement endommagée. Ils sont exposés à des métaux lourds[46] qui sont cancérigènes (plomb, mercure, cadmium, PVC) et qui endommagent le système nerveux, sanguin, reproductif, respiratoire, les reins et les os. Ils peuvent recevoir des chocs électriques lors du démantèlement des objets. Les enfants et les femmes enceintes sont une catégorie particulièrement vulnérable parmi laquelle on constate un taux de mortalité élevé et des anomalies au niveau du système reproducteur. Beaucoup d’enfants sont recrutés pour collecter, démanteler et brûler les matériaux. Face à un travail non adapté ils sont victimes d’accidents de travail et travaillent dans de mauvaises conditions, ils sont stigmatisés, harcelés et exploités par les employeurs.

La protection de la vie privée[modifier | modifier le code]

Un autre impact concerne la protection de la vie privée[47]. En effet, des informations et des données personnelles sont facilement récupérables et peuvent être utilisées à des fins frauduleuses (cyber crime, usurpation d’identité).

Les conséquences socioéconomiques[modifier | modifier le code]

Évoquons maintenant les impacts positifs et négatifs d’ordre socioéconomique[48]. Cette industrie du recyclage contribue à créer de l’emploi et permet d’assurer un revenu domestique à plus de 30 000 personnes au Ghana. À Delhi cela représente environ 150.000 personnes (0,9% de la population de Delhi). Au niveau national, ce secteur compte approximativement 2,86 millions travailleurs, soit 0,23% de la population totale indienne. Le poids du secteur informel du recyclage des déchets en Inde est l’un des plus importants en comparaison avec les autres pays du monde[49]. Le travail effectué permet de réduire et de recycler les déchets. Les impacts socioéconomiques négatifs[50] font qu’on assiste à un effet d’exode rural[51] et de formation de bidonvilles à la suite de l’afflux important de la population vers les centres urbains, les travailleurs ont des journées de travail très longues, ils n’ont pas de sécurité sociale et n’ont donc pas droit aux congés maladie ni aux congés périodiques afin de se reposer (ils travaillent en général tous les jours). En travaillant dans le secteur informel, les travailleurs ne sont pas légalement enregistrés au niveau étatique et ils sont à la merci de leurs employeurs.

Prospective[modifier | modifier le code]

En février 2010 l'ONU alertait[52],[53] sur l’explosion prévisible de la quantité de déchets électroniques de 2010 à 2020 dans les pays émergents, qui pourrait avoir de graves impacts environnementaux, en particulier en Inde, Brésil, au Mexique et surtout en Chine (second producteur de déchets électroniques après les États-Unis). Dans ces pays, l'incinération ou le traitement sommaire de grandes quantités de déchets électroniques et électriques 2,3 millions de t/an rien qu'en Chine) par le secteur de l'économie informelle entraîne déjà une pollution (toxique, grave et diffuse)[52].

  • En Afrique du Sud et en Chine, le rapport prévoit une augmentation des déchets d'ordinateurs de 200 à 400 % d'ici à 2020.
  • En Inde, l'ONU prévoit une augmentation de 500 %[52].
  • Les déchets issus de la téléphonie mobile devraient être multipliés par sept entre 2007 et 2020 rien qu'en Chine, et l'ONU prévoit une augmentation dix-huit fois plus importante en Inde entre 2007 et 2020[52]
  • Le taux de téléviseurs en fin de vie devrait doubler dans ces deux pays entre 2007 et 2020[52]
  • le nombre des réfrigérateurs à traiter devrait tripler en Inde entre 2007 et 2020[52]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Directive 2002/96/CE
  2. Attention, Dangers, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.62
  3. Article Seattlepi/sur les PDE
  4. lettre (article intitulé Terra Nova crée la « mine urbaine », qui est une interview de Michel Labitte, de Terra Nova
  5. (fr) Décret no 2005-829 du 20 juillet 2005 relatif à la composition des équipements électriques et électroniques et à l'élimination des déchets issus de ces équipements
  6. (en) e-Waste Definition
  7. (en) Swiss e-Waste Programme
  8. (en) Suiss e-Waste - WEEE collected
  9. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.61
  10. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.63
  11. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.70
  12. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.68
  13. GuiYu Reportage France 2, 2007
  14. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.64
  15. Jeffries E. (2006). Produit électroniques : la carte-amère. L’Etat de la Planète, no 28, Juillet/Août 2006
  16. Chris Carroll, Déchets High-Tech, National Geographic France, no 100, janvier 2008, p.56, 57
  17. Planetoscope, Consoglobe Le nombre de "kilos de déchets rejetés dans le monde" , consulté 2012-11-02, citant une étude prospective de Pike Research
  18. Schwarzer S., De Bono A., Giuliani G., Kluser S. & Peduzzi P. (2005). Les déchets électroniques, la face cachée del’ascension des technologies de l’information et des communications. PNUE, (s.l.). [consulté le 15 février 2008]
  19. Puckett J., Byster L., Westervelt S., Gutierrez R., Davis S., Hussain A. & Dutta M. (2002). Exporting Harm: The High- Tech Trashing of Asia. The Basel Action Network (BAN) & Silicon Valley Toxics Coalition (SVTC).
  20. Savage M. (2006), Implementation of the WEEE directive in the EU. Office for Official Publications of EuropeanCommunities, Luxembourg
  21. Basel Convention. (2004). Trends in transboundary movement of waste among Parties to the Basel Convention. UNEP
  22. France info, Planète Géo La spirale infernale des déchets électroniques 2012-10-14 (Lien)
  23. (fr) ecologie.gouv.fr - Déchets d’équipements électriques et électroniques
  24. (en) Swiss e-Waste - WEEE generated
  25. Etude Dell réalisée par l'institut Research Now TM dans 5 pays européens début 2009.
  26. (fr) Barème des éco-participations, sur le site de eco-systèmes.
  27. (fr) Ministère de lécologie - Fiche d'information
  28. Source : bilan de la filière Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), ministère du Développement durable
  29. Décret n°2002-540 du 18 avril 2002, relatif à la classification des déchets, abrogé par le Décret n° 2007-1467 du 12 octobre 2007, publié au JORF no 240 du 16 octobre 2007, et relatif au livre V de la partie réglementaire du code de l'environnement et modifiant certaines autres dispositions de ce code
  30. Conférence le 9 juin 2010
  31. Art. R. 543-178 du Code de l'environnement, prévoyant que « pour chaque type de nouvel équipement électrique et électronique mis sur le marché après le 13 août 2005, les producteurs tiennent à la disposition des exploitants d'installations chargées du traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques les informations nécessaires à ce traitement ».
  32. Directive 2012/19/UE du 4 juillet 2012 relative aux Déchets d'Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) ; Extension du champ d'application aux panneaux photovoltaïques, PDF, 6 pages, consulté 2014-09-01, version 1
  33. J. PUCKETT, L.B., S. W., R.G., S.D., A.H. et M.D. (2002). Exporting Harm, The High-Tech Trashing of Asia. Rapport de The Basel Action Network (BAN), Silicon Valley Toxics Coalition (SVTC).
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  52. a, b, c, d, e et f PNUE : Il faut se préparer à gérer l'explosion des déchets électroniques
  53. [Rapport « Recycling – from E-Waste to Resources », pour 11 PVD]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

  • [vidéo] « La tragédie électronique », de Cosima Dannoritzer, 86 min [présentation en ligne]. Production France/Espagne. Diffusé sur Arte le 20 mai 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles sur l'éco-participation[modifier | modifier le code]