Écoconception

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L’écoconception est un terme désignant la volonté de concevoir des produits respectant les principes du développement durable et de l'environnement, en - selon l'Ademe[1] - recourant « aussi peu que possible aux ressources non renouvelables en leur préférant l'utilisation de ressources renouvelables, exploitées en respectant leur taux de renouvellement et associées à une valorisation des déchets qui favorise le réemploi, la réparation et le recyclage » [2], dans un contexte qui évoluerait alors vers une économie circulaire.

L'écoconception est une approche qui prend en compte les impacts environnementaux dans la conception et le développement du produit et intègre les aspects environnementaux tout au long de son cycle de vie (de la matière première, à la fin de vie en passant par la fabrication, la logistique, la distribution et l'usage).

Tendances[modifier | modifier le code]

L'écoconception est une approche en développement actuellement, notamment depuis les années 1990 en Europe du Nord. Dans quelques secteurs, les écobilans ou analyse du cycle de vie (ACV) sont devenus des éléments courants ou systématiques de l'évaluation de la qualité et de la performance. Ils tendent à prendre une importance supplémentaire dans le contexte de la transition énergétique et des bilans matière, bilans-carbone… Elle peut entretenir des relations ambiguës avec l'obsolescence programmée.

L'écoconception est basée sur la reconnaissance du fait que tout produit ou processus a un impact environnemental, qu'il s'agisse de production de biens ou de service.

Les motivations de l'entreprise qui y souscrit peuvent être variées : volonté de mieux récupérer et recycler des matériaux ou éléments fonctionnels en fin de vie d'un produit, soucis de rentabilité et sécurité juridique pour les actionnaires (moindre pollution et moindre impact du principe pollueur-payeur[2]), image de l'entreprise, plaisir de mieux faire et de répondre à une demande sociale en faveur d’un développement plus durable et soutenable, volonté de se prémunir contre des plaintes liées à des pollutions ou nuisances induites par un produit non écoconçu.

Certains voient dans l'écoconception des solutions à la crise et un facteur de compétitivité et d'innovation alors que d'autres craignent qu'elles soit aussi utilisée comme moyen de greenwashing[2].

L'Europe devrait en 2014 élargir le nombre de produits concernés par les directives européennes promouvant ou imposant l'écoconception.
En 2013, au sein de filières traditionnellement éloignées de l'éco-conception comme la plaisance, certains acteurs ont récemment décidé d'évoluer, dont par exemple certains chantiers navals construisant des bateaux de plaisance, autour en France de l'association Econav soutenue par la Chambre régionale de métiers et de l'artisanat de Bretagne avec création d'une marque "Vague Bleue Eco-conception"[3].

Dans un futur proche, l'apparition d'imprimantes 3D encore plus économes en énergie et en matière, et de nouveaux modes collaboratifs de conception d'objets ou de services pourrait encore faire évoluer l'écoconception.

Analyse du cycle de vie[modifier | modifier le code]

Le cycle de vie
L'écoconcepteur cherche à faciliter la fin de vie de son produit. Ici l'architecte aurait pu à l'avance prévoir les trous où placer une charge de dynamite pour faciliter la démolition et le recyclage à moindre cout énergétique et environnemental de ces pieux de béton

L'analyse du cycle de vie prend en considération les aspects environnementaux liés à la conception du produit depuis l'extraction des matières premières ou l'utilisation de matières recyclées jusqu'au transport du produit, son utilisation et sa fin de vie (recyclage, réutilisation ou valorisation). Il s'agit aussi - dans la mesure du possible - d'éviter les déchets ultimes.

Méthode d'analyse[modifier | modifier le code]

L'écoconception est une approche de progrès continu qui a pour objectif de mieux respecter l'environnement aux différentes étapes du cycle de vie du produit. Parmi les méthodologies qui peuvent être intégrées dans cette approche, on peut distinguer :

  • l'analyse du cycle de vie de l'objet et de ses composantes (analyse de sa conception, production, distribution, consommation et déconsommation, étude des pollutions et des déchets générés aux différentes étapes),
  • une étude plus approfondie du comportement de l'utilisateur mais aussi de ses valeurs,
  • une attention plus réfléchie portée au choix des matériaux et des technologies mis en œuvre pour la matérialisation de l'objet la démontabilité, la traçabilité, la recyclabilité, des matériaux et technologies « propres », renouvelables ou biodégradables, intégration de matériaux recyclés…
  • des réflexions sur la mise à niveau, la modularité, la durabilité, le produit vu comme service et non plus comme objet, qui permettent de changer de point de vue et d'élaborer de nouveaux concepts de produit.

Impacts que cherche prioritairement à réduire l'écoconception[modifier | modifier le code]

  • La consommation de matière renouvelable ou non renouvelable (ex : peut-on utiliser des matériaux recyclés, à la place de matériaux prélevés dans la nature ?)
  • La consommation d'énergie (ex : consommation en mode « veille » pour les produits électriques)
  • L'effet de serre
  • L'acidification atmosphérique
  • La formation d’oxydants photochimiques
  • La pollution des eaux
  • La pollution des sols
  • Les transports
  • Les déchets
  • La pénibilité du travail
  • L'utilisation de produits et de chaînes de production écocertifiés par des labels environnementaux ou socioenvironnementaux crédibles, transparents et reconnus
  • Les nuisances non prises en compte

L'écoconception intègre les principes de prévention et de précaution et porte sur tous les sites et étapes de production, transport, usage et élimination et sur le produit ou service, mais aussi sur les emballages, commodités de transport, d'usage et de recyclage, l'utilisation de produits toxiques, explosifs, dangereux, etc. L'écoconcepteur place théoriquement ses priorités là où les impacts environnementaux sont les plus importants, mais il peut être tenté de les placer là où les problèmes sont les plus faciles à traiter.

Certaines pollutions sont difficiles à mesurer, c'est le cas de la pollution sonore, de la pollution visuelle (l'impact sur le paysage) et des mauvaises odeurs. Il existe des indicateurs pour la pollution sonore (le bruit se mesure en décibels) mais souvent ils ne sont pas pris en compte.

Depuis quelques années en France, l'ADEME a mis à la disposition des entreprises un logiciel gratuit permettant d'analyser le cycle de vie d'un produit de manière théorique. Le Bilan Produit, logiciel libre sans valeur légale est téléchargeable sur le site de l'ADEME[4].

Règlementation[modifier | modifier le code]

Dans de nombreux pays, les appels d'offres des États et collectivités peuvent contenir des clauses environnementales, encourageant les entreprises à plus de responsabilité environnementale et la vente de produits écoconçus. L'écoconditionnalité et les démarches volontaires de type HQE tendent à se développer : les commanditaires (donneurs d'ordre, maîtres d'ouvrage publics ou privés) et acheteurs privés sont de plus en plus exigeants.
L'écoconception est dans la plupart des cas une démarche volontaire, mais elle est parfois (et de plus en plus) obligatoire, avec par exemple :

  • teneur maximale en certains métaux lourds dans les emballages en Europe (Directive Emballages 94/62/CE)
  • conception devant limiter la pollution et faciliter le démontage (ex en Europe : normes sur les émissions des moteurs à essence. Exemple en France : décret du 1er aout 2003 sur la construction des véhicules et l'élimination des véhicules hors d'usage).

En Europe, le droit de l'environnement se complète peu à peu ; la commission a adopté :

  • en décembre 2008, un règlement visant à réduire la consommation d'électricité des appareils électroménagers et des équipements de bureau en «mode veille » avec une réduction espérée de 73 % de la consommation des appareils dans l'UE avant 2020 (l'équivalent de 14 millions de tonnes de CO2 non-émis par an) ;
  • en février 2009, un règlement sur les décodeurs numériques simples, visant à réduire leur consommation électrique pour passer de 14 TWh à 5 TWh d’ici à 2014 ;
  • en mars 2009, deux règlements sur l'efficacité énergétique de l’éclairage tertiaire et des lampes domestiques (ampoules à incandescence, lampes halogènes et les lampes fluocompactes) visant avant 2020 une économie d'environ 80 TWh (réduction espérée : 32 millions de t de CO2/an) ;
  • en avril 2009, un règlement qui devrait permettre d'économiser 1/3 de l'énergie consommée (9 TWh/an, soit l'équivalent 3 millions de t/CO2) par les sources d’alimentation externes (chargeurs de téléphones ou d’ordinateurs, alimentations pour disques durs externes…) avant 2020 ;
  • en juillet 2009[5], 4 règlements sur l'efficacité énergétique des moteurs industriels, des circulateurs, télévisions et congélateurs, visant une économie de 190 TWh/an avant à 2020.

En avril 2013, le Joint Research Centre de la Commission européenne a publié le guide méthodologique pour l'empreinte environnementale des produits (Product Environmental Footprint / PEF)[6].

Coûts[modifier | modifier le code]

Les coûts de l'écoconception sont souvent significatifs (une ACV [analyse du cycle de vie] coûte de 20 000 à 30 000 euros, voire plus, selon le produit ou processus), mais dans une approche « coût global », l'entreprise y trouve généralement son compte en augmentant la valeur ajoutée de ses produits, ses marges de bénéfices, et en s'ouvrant de nouveaux marchés, en améliorant ses processus, ses capacités d'innovation, et en payant moins de taxes sur la pollution, la consommation d'eau et d'énergie, les émissions de carbone, les frais liés aux installations classées pour le risque environnemental, etc.

Limites[modifier | modifier le code]

  • Miniaturisation : la miniaturisation des composants des appareils modernes, souvent associée à une complexification multi-matériaux, rend les solutions d'écoconception de plus en plus difficiles, notamment en ce qui concerne le recyclage des métaux rares[7] .
  • Priorités : certains impacts environnementaux sont difficiles à mesurer et mal mesurables sur le court terme (ex : ceux des OGM), d'autres ne font pas l'objet d'un consensus (ex : champs électromagnétiques).
  • Crédibilité : la vérifiabilité des affirmations nécessite un minimum de transparence souvent non accordée sous couvert de secret de fabrication.
  • La part des impacts environnementaux de la logistique est souvent pour partie cachée ou discrète. (Un produit écoconçu, mais livré en 24h chrono génère un impact que le client mesure mal). De même un produit peut être totalement recyclable, mais la filière de recyclage peut ne pas exister ou être mal connue.
  • Culture d'entreprise : l'entreprise doit acquérir de nouvelles compétences ou prendre le temps de former et motiver et mobiliser son personnel, mais aussi ses sous-traitants ; un travail partagé serait bien plus rentable, mais se heurte souvent au jeu de la concurrence.
  • Réglementation : il peut arriver qu'une entreprise soit tentée de simplement remplacer un produit toxique soumis à une règlementation dure (ex : Directive Seveso) par un produit également dangereux, mais non soumis à une règlementation aussi dure. Il ne s'agit pas dans ce cas d'écoconception, mais le client peut-être trompé s'il n'y a pas d'écobilan sur le produit de substitution.

Ces limites sont pour partie repoussées par les aides publiques qui se développent.

Applications[modifier | modifier le code]

L'un des penseurs de l'écoconception est Victor Papanek, concepteur et enseignant, il a consacré sa vie à la promotion d'une conception utile et responsable.

Aujourd'hui à la mode comme le développement durable, l'écoconception est une démarche émergente cherchant à revenir aux sources de la création de produit, à savoir la fonction définissant la forme, simplicité et efficacité, évitant les abus de la société de consommation sur l'environnement. Beaucoup de concepteurs s'attachent à œuvrer en s'inscrivant dans cette démarche : Shigeru Ban, Antoine Fritsch, Kenneth Cobonpue ou Les Sismo.

L'écoconception doit accompagner le développement d'un produit en réfléchissant lors de chaque « revue de conception » (vocabulaire ISO 9000) comment réduire son impact sur l'environnement.

L'ACV est une des méthodes utilisées pour ce faire, mais l'utilisation de l'ACV requiert beaucoup de données et en général ne peut pas suivre la vitesse du développement d'un produit, de plus en plus rapide.

Une exception : les ACV simplifiées, dont Bilan Produit de l'ADEME est un bon exemple, même si sa base de données est trop réduite aujourd'hui.

On peut par contre mettre en œuvre plus facilement et en temps réel des méthodes autres que l'ACV, notamment la méthode des « listes de contrôle » ou « questionnaires » qui fournissent des résultats beaucoup plus « proches » du produit et qui parlent aux concepteurs : le poids, les substances dangereuses, le transport et la logistique des matières premières et des produits finis, ainsi que l'ergonomie, la fiabilité ou la durée de vie, et le traitement de fin de vie.

Statistiques sur le développement de l'écoconception[modifier | modifier le code]

Il reste des progrès à faire en matière d'écoconception, puisque en France, en 2011, selon une enquête de l'Insee sur les entreprises et le développement durable, seulement 18 % des entreprises industrielles déclaraient avoir engagé des démarches d'écoconception[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) ADEME , Passeport éco-produit, 4e édition, 2006, 76 pages.
  • (fr) ADEME et MATE, Module de sensibilisation à l'écoconception, 2002, (CD-Rom).
  • (fr) ADEME (2011), Étude d'opportunités sur l’écoconception de produits (biens et services), les modèles d’affaires et l’écologie industrielle, étude réalisée pour le compte de l’ADEME par I Care Environnement, ENEA Consulting (ADEME, 2011)
  • (fr) ADEME (2010), Le développement de produits écoconçus : un intérêt économique et environnemental certain, Stratégie & études no 23 (ADEME, janvier 2010)
  • (fr) AFNOR, Écoconception, recueil de normes sur le sujet, 848 pages. Plus d'infos
  • (fr) AFNOR. Pratiquer l'écoconception – Lignes directrices, Duranthon Georges, Grisel Laurent, septembre 2001, 128 pages Afnor pratique collection.
  • (fr) AFNOR, L'analyse du cycle de vie d'un produit ou d'un service, Grisel Laurent, Osset Philippe, 2004, 360 pages.
  • (fr) AFNOR, Étude sur l'écoconception : État de l'art dans le domaine de l'écoconception, Brun Émilie, Saillet Florence, 2005, 63 pages.
  • (fr) Collectif AFNOR, Management environnemental des produits, AFNOR. 2005, 520 pages.
  • (fr) Boeglin Nadia, Wetterwald Philippe, Autodéclarations : la promotion environnementale des produits – la norme NF ISO 14021, Afnor éd., 2001.
  • (fr) Collectif Economica, Écoconcevoir – Appliquer et communiquer, Economica. 2004, 215 pages.
  • (fr) La Conception écologique des produits, manuel des cours dispensés à l’ENSCI-Les Ateliers, 1996.
  • (fr) ENSCI, Démarches d'écoconception en entreprises, Les Techniques de l’Ingénieur, 1998.
  • (fr) CETIM et Ecoeff (bureau d'études), L’écoconception pour les mécaniciens, CETIM, 2003, ISBN 2-85400-546-5 PDF, 51 pages
  • (fr) Kazazian Thierry, Il y aura l'âge des choses légères, Victoires –Éditions. Condé-sur-Noireau : Corlet, 2003, 192 pages.
  • (fr) Millet Dominique, Intégration de l'environnement en conception : l'entreprise et le développement durable, Éditions Lavoisier, 2003, 250 pages.
  • (fr) UNEP / Global Compact / Utopies, Talk the Walk - Advancing Sustainable Lifestyles through Marketing & Communications, décembre 2005.
  • (fr) NF ISO 14025, Marquage et déclarations environnementaux - Déclarations environnementales de type III - Principes et modes opératoires, Afnor, octobre 2006.
  • (fr) Schiesser, Philippe., Écoconception, indicateurs, méthodes, règlementation, , éditions DUNOD, janvier 2011,
  • (fr) UNEP , "Pourquoi l’approche du cycle de vie ?" Publié en 2004. Explications sur l'ACV et comment les personnes, les entreprises et les gouvernements peuvent adopter cette approche.
  • (fr) ADEME, Le Guide de l'éco-communication, éditions Eyrolles, 2007, 220 pages.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Normalisation / certification[modifier | modifier le code]

Le domaine des normes est encore peu impliqué pour l'écoconception, mais certaines normes et certificats y contribuent

Liens externes[modifier | modifier le code]