Obsolescence programmée

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La célèbre Ford T, fiable, solide, durable et accessible à l'Américain moyen, a très peu évolué durant ses 19 ans de production (1908 – 1927). Elle n'a finalement pas pu faire face à la concurrence de General Motors qui a établi sa stratégie sur la production régulière de nouveaux modèles démodant les séries précédentes[1]. C'est un des exemples proposés d'obsolescence programmée, par le design et la mode entretenue par la publicité.

L'obsolescence programmée (OP) (parfois aussi appelée « désuétude planifiée ») est le nom donné à l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement[1].

Dans les premiers dictionnaires mentionnant le mot, l'obsolescence désigne la pression à remplacer un appareil qui marche encore parfaitement (réfrigérateur sans dégivrage automatique, automobile sans climatisation ni ABS, PC sous DOS ne pouvant accepter Windows, téléviseur à coins ronds, écran cathodique...) par un autre ayant davantage de fonctionnalités.

L'abus de langage a consisté en confusion de l'obsolescence programmée (matériel délibérément conçu pour ne pouvoir évoluer, par exemple limité arbitrairement en taille de mémoire auxiliaire), avec la conception de produits comprenant des fragilités délibérées (condensateurs électrolytiques peu durables, pièces de fatigue non renforcées…). La différence est évidemment ténue, et cet abus de langage est devenu accepté par l'usage. Néanmoins, initialement, l'obsolète est ce qui marche encore très bien, mais qu'on désire changer.

Face à la prise de conscience du public, certains pays tentent de légiférer pour limiter le recours à l'obsolescence ou au vieillissement programmés. Un exemple récent est l'interdiction des cartouches d'encre à mémoire par l'Union européenne[réf. nécessaire].

Position du problème[modifier | modifier le code]

La non-durabilité planifiée est dénoncée de nos jours, notamment par des mouvements écologistes[2],[3] ou en faveur de la décroissance, ainsi que par plusieurs organisations de défense du consommateur[4]. Ces accusations sont selon certains abusives[5]. L'une des premières lois européennes contre la fin de vie programmée (2002) concernait les cartouches d'imprimante équipées de puces interdisant leur réutilisation après remplissage[6], le législateur estimant que cette mesure était contraire à l'intérêt général, notamment en termes de pollution.

L'obsolescence programmée constitue un effet pervers de la société de consommation. Résultant de l'espoir par plusieurs entreprises d'augmenter ainsi leurs bénéfice. Elle comporte toutefois un risque réel pour l'image du constructeur (par exemple aux États-Unis les téléviseurs Sony dans les années 1960 ont ainsi acquis une réputation de durabilité qui a alors fait défaut aux téléviseurs RCA, branche dont l'activité a décru au profit du Japonais). Réciproquement, la firme Peugeot a beaucoup communiqué dans les années 1970 sur le fait que par petites améliorations successives, son modèle 404 avait réduit sa consommation moyenne d'un litre au 100 km. Créer des 404 conçues pour durer beaucoup plus de 10 ans n'aurait donc pas nécessairement eu de sens.

Des articles mentionnent par ailleurs qu'une production plus importante nécessitée par la désuétude rapide permet des gains de productivité (économies d'échelle), et que le progrès technique accélère de façon nécessairement incontrôlable l'obsolescence de produits antérieurs[1]. L'effort de modification peut cependant ne pas faire qu'améliorer le produit, mais aussi déprécier le précédent : si la Renault Super5 comportait des améliorations de confort réelles, ses feux arrières très agrandis avaient aussi pour effet - sans doute voulu - de faire paraître la Renault 5 "vieillotte". Chaque firme doit donc faire ses choix dans un contexte où le consommateur, crise aidant, devient plus exigeant en termes de qualité et de durabilité, et où l'image de qualité ou non d'une marque est un atout qui peut décider de sa survie ou de sa disparition.

L'impact écologique direct est beaucoup plus préoccupant. La surconsommation crée un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. Les circuits de recyclage ou de conditionnement des matières plastiques et des métaux[7], en particulier, ne prennent pas en charge le stockage des déchets informatiques, malgré l'abondance de matières premières de valeur qu'ils peuvent contenir (fer, aluminium, mais aussi tantale pour les condensateurs et métaux rares, etc.)[1]. L'exportation en masse de produits d'occasion en fin de vie, mais aussi de déchets, des pays de grande consommation vers des zones géographiques demandeuses de produits même périmés, ou bien où le stockage est négociable à moindre coût, est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des nuisances spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure[1]. Le problème est aggravé du fait que cette pollution peut menacer les ressources en eau potable de ces zones, certaines régions étant encore alimentés en eau potable par des puits.

Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques, met comme Daniel Schneidermann en garde contre toute schématisation : l'optimisation des processus de production a bien poussé ces temps derniers à limiter la consommation de matières premières et d'énergie[2] (pas toujours en revanche leurs déchets polluants). Nombre d'automobiles actuelles sont par ailleurs plus fiables et durables que des modèles antérieurs[2]. La durée de vie d'un bien est enfin liée aussi à son coût : si les camions durent plus que les voitures, leur coût est aussi proportionnellement plus élevé. Pour cet auteur, « certes, tout ne fonctionne pas toujours comme cela devrait, mais l'idée même d'obsolescence programmée apparaît comme une insulte au travail de quantité d'ingénieurs, techniciens et ouvriers s'efforçant chaque jour d'atteindre le zéro défaut, la qualité totale, tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix »[2].

Le débat entre les deux positions et l'information continue à leur sujet aident en tout cas à une prise de conscience des consommateurs, de leurs organisations, des services d'achat et des constructeurs. À chacun de s'informer et d'effectuer ses choix à ses risques et périls.

Définitions[modifier | modifier le code]

Obsolescence et durée de fonctionnement[modifier | modifier le code]

Il convient de distinguer les significations des termes « obsolescence » et « durée de vie fonctionnelle ». Selon le dictionnaire Larousse, l'obsolescence, au sens précis du terme, signifie la « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »[8]. Ainsi, un produit obsolète fonctionne encore, mais son usage a perdu de son intérêt : par exemple, un moulin à café manuel en parfait état de fonctionnement.

Un produit peut devenir obsolète pour plusieurs causes : parce que de nouveaux produits sont plus efficaces ou plus rentables, et leur changement bon marché[9] (Selon Philippe Frémaux, pour développer leurs ventes, plusieurs entreprises nous suggèrent de renouveler régulièrement nos achats, même quand nous disposons d'un produit similaire en parfait état de marche. La mode ne se limite de ce fait plus aux vêtements et aux chaussures, mais s'étend désormais à plusieurs produits industriels, du téléphone (ou tablette) mobile aux lavabos en passant par la voiture. Pour cette raison, au moins jusqu'à la crise de 2008, beaucoup de produits furent remplacés avant d'être usés, la publicité mettant l'accent sur les seuls atouts des nouveaux modèles de téléphone (qualité des capteurs ou du son, connectivité...) ou des dernières chaussures en date), ou encore parce qu'il n'existe plus de pièces de rechange ou que le produit n'est plus compatible avec le nouvel environnement (cas d'un ordinateur) tournant sous un système privateur.

En revanche, il découle de la définition citée plus haut, que ne plus utiliser un produit parce qu'il est hors d'usage ne correspond pas au sens du mot obsolescence employé seul.

Évolution de la signification[modifier | modifier le code]

L'expression anglaise planned obsolescence a été mise en avant en 1932 par un opuscule d'une vingtaine de pages intitulé Ending the depression through planned obsolescence (L’obsolescence planifiée. Pour en finir avec la grande dépression), publié par un riche agent immobilier new-yorkais, Bernard London. On ignore toutefois si London est ou non l'inventeur de cette terminologie, ou si celle-ci circulait déjà dans les milieux d'affaires[10].

Dans cette brochure, London regrette que les consommateurs aient pris l'habitude, à cause de la crise, d'utiliser un produit jusqu'à ce qu'il soit hors d'usage[11]. Il pense que le gouvernement devrait obliger les consommateurs à rendre un produit avant qu'il soit usé[12] afin de mieux faire fonctionner l'économie.

Dans les années cinquante, le designer Brooks Stevens popularise la notion en la modifiant[13] : il propose un modèle selon lequel une entreprise augmentera ses profits en provoquant volontairement l'obsolescence d'un produit, non pas en fabriquant un produit de mauvaise qualité, mais en faisant en sorte qu'il soit passé de mode rapidement. Ici, c'est l'entreprise qui stimule l'obsolescence. On voit que chez ces deux auteurs l'obsolescence programmée se distingue d'une limitation de la durée technique de fonctionnement.

Mais dans les débats actuels on désigne aussi par ce terme la volonté réelle ou supposée pour une entreprise de réduire la durée de vie en introduisant volontairement des défectuosités, des fragilités, voire un arrêt programmé[14]. Et ceci indépendamment des choix technico-économiques habituels qui consistent à arbitrer entre coût de fabrication, efficacité et durée de fonctionnalité. Il ne faut pas confondre en effet cet arbitrage avec l'obsolescence programmée, comme on le voit dans le faux exemple de l'ampoule à incandescence[15]. Un fabricant doit en effet toujours arbitrer entre coût de fabrication, efficacité, rendement et durée de vie [9],[16].

Souvent ce sont les clients qui arbitrent eux-mêmes entre un produit bon marché mais fragile et un produit fiable mais plus cher[17]. Mais lorsqu'un fabricant réduit sciemment, toutes choses égales par ailleurs (coût, efficacité) la durée de vie[14], cela s'apparente bien à de l'obsolescence programmée, car il s'agit de brider volontairement la durée d'utilisation en agissant sur la robustesse du produit en dehors de toute contrainte technique.

Voilà sans doute pourquoi dans ce débat on confond souvent ces deux notions : réduction volontaire de la durée de fonctionnement (technique) et réduction de la durée d'usage par obsolescence provoquée (subjectif). Manifestement, l'intention est semblable, mais les moyens diffèrent. Faut-il alors, dans l'expression « obsolescence programmée », ne conserver que le sens strict d'obsolescence ou au contraire élargir sa signification à la notion de limitation technique ?

Une considération écologique peut aussi entrer en compte : si les produits ont une date de fin d'existence programmée et indiquée clairement au consommateur, alors la mise en place de grandes lignes de recyclage symétriques des lignes de montage peut-elle être de ce fait rentabilisée ?

Définition de l'Ademe[modifier | modifier le code]

En 2012, l'ADEME donne sa réponse à cette question dans un rapport sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques[18]. Elle donne plusieurs définitions de l'obsolescence et de l'obsolescence programmée :

  • Obsolescence : l'ADEME reprend la définition du Larousse donnée plus haut. Elle en distingue deux types :
    • Obsolescence fonctionnelle : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux nouveaux usages attendus, pour des raisons techniques (exemple incompatibilité avec de nouveaux équipements), règlementaires et/ou économiques[19] »
    • Obsolescence d'évolution : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux envies des utilisateurs qui souhaitent acquérir un nouveau modèle du fait d’une évolution de fonctionnalité ou de design[20] »
  • Obsolescence programmée. Elle cite plusieurs définitions avant de donner la sienne :
    • Le sénat belge : « le fait de développer puis de commercialiser un produit en déterminant à l'avance le moment de sa péremption. »[21]
    • The Economist : « l’obsolescence programmée est une stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens »[22]
    • L'ADEME, après débat du comité de pilotage : « la notion d’« obsolescence programmée » dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. »[23] Précisons que la durée normative est définie dans le même rapport comme la durée de fonctionnement moyen mesurée dans des conditions normatives de test.

La définition de l'Ademe tranche avec les définitions originelles, avec celle du Sénat Belge ainsi qu'avec celle de The Economist, ou même avec la définition du mot obsolescence employé seul, puisqu'elle associe exclusivement l'obsolescence programmée à une limitation technique objective, et renvoie l'aspect subjectif (phénomène de mode, goûts) hors du champ de la définition : « Il a ainsi été décidé, dans le cadre de cette étude, de limiter l’obsolescence programmée à des raisons techniques objectives pour en exclure la dimension subjective liée aux choix de consommation »[24]. En clair, l'obsolescence programmée est pour l'ADEME la limitation technique provoquée sciemment par le fabricant : par exemple en introduisant une fragilité, une limitation technique, l'impossibilité de réparer ou la non compatibilité du produit.

Historique[modifier | modifier le code]

« Ending the depression through planned obsolescence », article de Bernard London, datant de 1932.

Comme cela a été vu dans la rubrique Définitions, l'expression (planned obsolescence en anglais) remonterait à un chapitre rédigé par un Américain courtier en immobilier, Bernard London, en 1932 en pleine crise économique : Ending the Depression Through Planned Obsolescence (« Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée ») dans son ouvrage The New Prosperity[25]. Il y faisait le constat que, sous l'effet de la crise économique, les Américains avaient rompu avec leur habitude de se débarrasser de leurs biens avant qu'ils ne soient usagés et qu'ils s'étaient mis à conserver leur voiture, leurs pneus, leur poste de radio, leurs vêtements plus longtemps que ne l'avaient prévu les statisticiens, allant ainsi à l'encontre de la « loi de l'obsolescence »[26].

L'expression aurait été popularisée ensuite au milieu des années 1950. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de mauvaise qualité, mais les renouveler tous les ans via la mode. Il produit de nombreux objets (voitures, motos, tondeuses, aspirateurs[27] et autres articles ménagers) dont les modèles sont sans cesse renouvelés. Selon B. Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire[28] ». Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.

Dans les années 1960, l'expression devient courante. Le constructeur automobile Volkswagen lance même une campagne de publicité sur ce thème[29].

L'expression a connu un regain d'intérêt en France ces dernières années, probablement à la suite de la diffusion d'un documentaire sur Arte Prêt à jeter en 2010. La candidate écologiste Eva Joly, lors de la campagne présidentielle de 2012, a proposé d'interdire cette pratique[16].

L'association environnementale Les amis de la Terre a publié avec le CNIID un rapport sur la question en 2010[30]. Elle souligne dans un nouveau rapport sur les produits high-tech que le problème est palpable en particulier pour ces produits[31]. Une proposition de loi contre l'obsolescence programmée est en cours d'élaboration chez le groupe Europe Écologie Les Verts, et le sujet sera débattu au parlement en 2013 dans le cadre du projet de loi "consommation"[32].

L'ADEME a publié en juillet 2012 une "Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques"[33], dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée.

Pendant ce temps la réalité de cette pratique fait débat chez les économistes. Serge Latouche affirme sa réalité et la dénonce dans son livre "Bon pour la casse. Les déraisons de l'obsolescence programmée"[34], tandis que Philippe Frémeaux dans Alternatives économiques[35], ou Alexandre Delaigue dans Le Figaro[36], la considèrent comme une "idée" sans véritable réalité pour le premier, ou même comme un "mythe" pour le second.

Modèle économique[modifier | modifier le code]

Macroéconomie[modifier | modifier le code]

À l'époque de la Grande Dépression, Bernard London a soutenu qu'il serait bon pour l'économie de rendre l'obsolescence programmée obligatoire, non pas en produisant des produits manufacturés de mauvaise qualité, mais en leur imposant une date limite légale, après laquelle les consommateurs devraient obligatoirement les renvoyer à un organisme ad hoc, de manière à entretenir un flux éternel de produits manufacturés[37].

Ce genre de réflexion, selon laquelle une destruction est favorable aux affaires, ressemble au sophisme de la vitre cassée décrit par l'économiste Frédéric Bastiat en 1850.

La péremption planifiée des produits peut faciliter leur recyclage de masse (qui peut dès lors être planifié de longue date lui aussi), mais pour l'historien et critique social Christopher Lasch, si « la production […] est dirigée par des stratégies marketing reposant sur la technique bien connue de l'obsolescence programmée », c'est simplement parce que « l'idéal de la publicité est un univers de biens jetables, où l'on se débarrasse de choses dès qu'elles ont perdu leur attrait initial. Que quoi que ce soit doit être réparé, rénové ou remplacé est une notion étrangère à l'éthique publicitaire. »[38], en négligeant pour le moment les questions de pollution et surtout de recyclage, y compris planifié.

Différents types d'obsolescence programmée[modifier | modifier le code]

Il existe différentes variantes d'obsolescence programmée. Certaines impliquent d'ajouter sciemment des défauts de conception au produit vendu (il ne s'agit pas alors à proprement parler d'obsolescence, mais de défectuosité) ; d'autres formes plus psychologiques tentent plutôt de dévaloriser l'image du produit auprès des consommateurs. Voici, selon Lydie Tollemer, un tour d'horizon non exhaustif des mécanismes attribués aux industriels[39].

Défauts fonctionnels[modifier | modifier le code]

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Lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit devient inutilisable. À ce moment-là, si le prix d'un appareil neuf est inférieur à celui de la réparation et de l'amortissement de l'appareil ancien, alors le neuf revient moins cher.

Le coût de réparation est constitué du prix de la pièce de rechange, du coût de la main-d'œuvre locale, des frais de transport et de logistique. Le fabricant peut influencer le coût de la main-d'œuvre en concevant des objets plus ou moins faciles à réparer. Néanmoins, les contraintes de production, d'ergonomie et de fiabilité du produit fini peuvent également conduire à compliquer les réparations. C'est le cas par exemple de produit non démontable et de pièces scellées : circuit imprimé de téléviseur, pièces scellées de matériel électroménager, etc.

Péremption planifiée[modifier | modifier le code]

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Certains produits possèdent une date de péremption à partir de laquelle ils sont annoncés comme « périmés ». Cela s'applique principalement aux aliments et aux boissons, qui ont une date limite de consommation ou une date limite d'utilisation optimale, ainsi qu'aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques. Dans plusieurs cas, les produits restent utilisables après cette date. Par exemple, un aliment ayant une date limite d'utilisation optimale risque de voir ses qualités organoleptiques diminuées au-delà de la date indiquée, tout en restant consommable sans risque pour la santé. Une date limite de consommation est en revanche plus stricte, car elle indique un risque pour la santé du consommateur s'il utilise le produit au-delà.

L'ignorance de la différence entre date limite d'utilisation optimale et date limite de consommation peut entraîner le consommateur à des mises à la poubelle prématurées, ou à des prises de risques inconsidérées. Cependant, les distributeurs sont alors conduits à solder à leurs frais les produits approchant de cette date[40], ce qui peut les inciter à changer de fournisseur.

Une forme courante de péremption planifiée concerne les logiciels dont l'éditeur annonce la fin du support à une certaine date, contraignant les utilisateurs à acheter une version supérieure dont ils n'ont pas forcément besoin et qui si elle n'est pas compatible avec le matériel de l'utilisateur entraîne alors obsolescence de celui-ci. La lassitude du consommateur peut toutefois de ce fait le pousser vers le logiciel libre, qui ne comporte plus ces inconvénients[41].

Péremption indirecte[modifier | modifier le code]

Télé cathodique mise au rebut avec le carton de la télé LCD qui l'a remplacée.

Certains produits deviennent obsolètes alors qu'ils sont totalement fonctionnels de par le fait que les produits consommables associés ne sont pas ou plus disponibles sur le marché. C'est le type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles : un téléphone en parfait état devient inutilisable lorsque sa batterie ou son chargeur ne sont plus offerts sur le marché, ou simplement parce que racheter une batterie neuve serait économiquement non rentable. Certains fabricants vont jusqu'à souder la batterie des appareils électroniques pour pousser au renouvellement de l'équipement quand la batterie ne fonctionne plus[42]. De la même façon certaines imprimantes deviennent de facto obsolètes lorsque le fabricant cesse de produire les cartouches d'encre spécifiques à ces modèles. On peut également citer l'exemple d'un moteur de voiture rendu inutilisable du simple fait qu'il est impossible de trouver des pièces de rechange. Autre exemple, les traceurs à plumes, dont la plupart fonctionnent encore parfaitement, mais dont les outils de traçage ne sont plus fabriqués.

L'arrêt de la production de pièces détachées est un levier puissant à la disposition des industriels. Le choix d'abandonner la production ou la commercialisation des produits annexes (cartouches, pièces détachées, batteries, etc.) complique la tâche de maintenance et de réparation, jusqu'à la rendre impossible.

Cette pratique ne se limite pas aux produits consommables et aux pièces dérivées. Le même mécanisme d'obsolescence indirecte est possible également pour l'industrie des services et des logiciels. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective pour les logiciels Windows 98 et Millenium[43]. Cette décision implique que, depuis cette date, les bogues et les failles de sécurité ne sont plus corrigés par Microsoft. Effet secondaire : les consommateurs vont se débarrasser du vieux matériel incapable de faire tourner les versions récentes de Windows (quantité de mémoire vive insuffisante, etc.).

La communication incomplète des spécifications, mais aussi les brevets[44] (où le procédé est communiqué, mais en contrepartie protégé pour vingt ans), empêchent des tiers de satisfaire la même demande.

Obsolescence par notification[modifier | modifier le code]

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Proche de l'obsolescence indirecte, l'obsolescence par notification est une forme évoluée d'« auto-péremption ». Elle consiste à concevoir un produit de sorte qu'il puisse signaler à l'utilisateur qu'il est nécessaire de réparer ou de remplacer, en tout ou en partie, l'appareil. On peut citer l'exemple des imprimantes qui avertissent l'utilisateur lorsque les cartouches d'encre sont vides. En soi ce mécanisme n'est pas un mécanisme d'obsolescence. Cependant si les cartouches ne sont pas complètement vides lorsque le signal est émis, il s'agit bel et bien d'une obsolescence programmée de la cartouche.

L'aspect insidieux de ce type de péremption forcée réside dans l'interaction entre deux produits : dans l'exemple de l'imprimante, un produit « consommable » (la cartouche) est déclaré obsolète par un autre produit (l'imprimante elle-même). Cette technique est plus efficace lorsque le constructeur produit à la fois la machine et les recharges.

On peut aussi noter le cas des imprimantes affichant un message d'erreur bloquant leur fonctionnement normal (« réservoir d'encre usagée plein ») et où le fabricant n'assure aucun service et invite à renouveler le matériel. L'utilisateur se retrouve avec une imprimante qui ne fonctionne plus et il ne peut aller au-delà de ce message. L'imprimante s'est ainsi rendue inutilisable elle-même et l'utilisateur est contraint de renouveler son matériel ou de nettoyer son imprimante et d'utiliser un logiciel permettant de remettre le compteur d'impressions à zéro.

La Communauté européenne a en revanche interdit désormais la commercialisation de cartouches d'encre à puce électronique refusant tout service après un certain nombre de pages (même après remplissage d'encre), n'y voyant pas d'intérêt pour le consommateur et moins encore pour l'écologie des pays.

NOTA : Cette obsolescence peut s'avérer nécessaire si elle vise à garantir une sécurité des utilisateurs. Par exemple une pièce « fusible » d'un avion, d'un bateau, d'un ascenseur cassant avant même la rupture de pièces liées à la sécurité indiquerait aux utilisateurs de passer par une case maintenance obligatoire.

Obsolescence par incompatibilité[modifier | modifier le code]

Principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. Dans le cas d'un logiciel, le changement de format de fichier entre deux versions successives d'un même programme suffira à rendre les anciennes versions obsolètes puisque non compatibles avec le nouveau standard.

Les changements de formats ou de standards sont souvent nécessaires pour prendre en compte les innovations d'un produit. Cependant ils peuvent aussi être provoqués artificiellement.

On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. La raison en est que les cartouches fournies par le fabricant disposent d'un circuit d'identification indiquant à l'imprimante que c'est bien une cartouche officielle. Si ce n'est pas le cas, l'imprimante refusera d'imprimer ou imprimera avec une qualité moindre. Pour parer à cela, il existe des logiciels permettant de passer outre cette protection de l'industriel et permettre l'usage de cartouches reconditionnées (à la maison, ou par des professionnels). À noter que certains vendeurs fournissent directement des cartouches génériques reprogrammées pour simuler une cartouche officielle à moindre coût pour l'utilisateur final.

Obsolescence esthétique[modifier | modifier le code]

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Certains produits (notamment les chaussures et les vêtements) subissent une obsolescence subjective. Les modes vestimentaires et les critères d'élégance évoluent rapidement et les vêtements perdent leur valeur simplement parce qu'ils ne sont plus « à la mode ».

Certains fabricants exploitent ce principe en lançant des opérations marketing et des campagnes publicitaires dont le but est de créer des modes et d'en discréditer d'autres. À noter tout de même l'effet « boomerang » de l'obsolescence esthétique : un objet qualifié de démodé pourrait très bien revenir au goût du jour quelques années plus tard.

Exemples[modifier | modifier le code]

Quelques exemples sont cités par Cosima Dannoritzer dans son documentaire Prêt à jeter de 2010.

Ampoule électrique à incandescence[modifier | modifier le code]

Sa durée de vie a été « harmonisée » et maintenue par les industriels (cartel Phœbus) à 1 000 heures, dans le monde entier. Le documentaire en fait un argument majeur et affirme que des technologies 10 fois plus durables à performances égales (éclairage, consommation, prix) ont été refusées par les fabricants. Le reportage présente également une ampoule de 1901, qui brille sans interruption depuis plus d'un siècle. Mais la validité de cet exemple est contestable car l'augmentation de la durée de vie se fait au détriment de la consommation[45]. L'optimum entre durée de vie et consommation serait de 1000 heures selon un calcul[46] faisant intervenir durée de vie, luminosité et consommation, mais il est facile de prolonger cette durée avec n'importe quel variateur du commerce (qui sous-volte plus ou moins l'ampoule) au détriment du rendement lumineux. D'autres techniques que le sous-voltage existent pour augmenter la durée de vie d'une ampoule tungstène et ont été commercialisées : filament à double spirale, bulbe rempli de gaz rare (Xenon, Argon, krypton) ou, au contraire, d'halogène. Un compromis est fait à chaque fois entre consommation et durée de vie, ce qui est très visible sur les ampoules survoltées dites flood. Dans les années 1950 la commission de la concurrence britannique a certes condamné le cartel Phoebus pour entente sur les prix, mais a reconnu que le standard des 1000 heures représentait un bon compromis, au bénéfice des consommateurs[47]. Il s'agirait ici d'un mauvais exemple et le documentaire semble sur ce point erroné. Voir Lampe à incandescence classique.

Automobile[modifier | modifier le code]

Pour concurrencer Henry Ford et sa Ford T volontairement vendue comme modèle unique, à portée du consommateur moyen, fiable, facile à réparer et très robuste, Alfred P. Sloan a inventé pour General Motors une Chevrolet conçue avec un châssis et un moteur uniques, mais selon le concept du changement de gamme à raison de trois nouveaux modèles de carrosserie, formes, couleurs et accessoires par an. En démodant rapidement les produits par la publicité, il pousse l'automobiliste à sans cesse abandonner son véhicule « démodé » au profit d'un modèle plus à la mode. C'est ainsi que General Motors a forcé Ford à changer de stratégie pour se lancer dans la course aux nouveaux modèles.
Il semble qu'il s'agisse-là du début du modèle d'« obsolescence programmée par l'esthétique et le design »[1]. Réciproquement, Peugeot a jadis capitalisé pour sa publicité Call Me Undestructible dans Scientific American, toujours sur la 404, sur le fait que le plus ancien véhicule automobile toujours en état de marche aux États-Unis était une Peugeot de 1898. La firme ne réussit pas pour autant à prendre durablement pied aux États-Unis.

Bas nylon[modifier | modifier le code]

Mis sur le marché par DuPont dans les années 1940, le bas-nylon était si résistant que les ventes s'effondrèrent, faute de besoin de renouvellement. En modifiant la formulation (notamment en réduisant le dosage de certains additifs destinés à protéger le polymère des rayons UV), les bas se remirent à filer[1], comme le dévoile le documentaire. Ce thème d'obsolescence industrielle est évoqué dans le film L'Homme au complet blanc.

Batterie de l'iPod[modifier | modifier le code]

La Batterie des première, deuxième et troisième générations de l'iPod (et non l'iPod dans son ensemble) est prévue pour durer 18 mois. Une fois la panne survenue, les services de soutien technique d'Apple suggéraient de remplacer l'appareil tout entier, ne proposant pas de vendre séparément une nouvelle batterie. À la suite du procès en recours collectif intenté par Elizabeth Pritzyker devant la justice américaine, Apple mit en place un service de remplacement des batteries périmées.

Imprimantes[modifier | modifier le code]

Certaines imprimantes sont équipées d'une puce compteur, bloquant l'impression au-delà d'un nombre convenu de feuilles[1]. Ces données figurent bien souvent dans le cahier des charges de l'imprimante. Certaines cartouches d'encre sont également équipées d'une puce comptant le nombre d'impressions, indiquant alors un faux niveau d'encre dans le logiciel d'impression, ce qui amène à jeter des cartouches contenant encore de l'encre[48]. Leur commercialisation est depuis 2006 interdite dans l'Union européenne[49].

Ordinateurs[modifier | modifier le code]

Les microprocesseurs pour les ordinateurs personnels, dont le marché très fortement soumis à l'obsolescence est dominé par deux constructeurs mondiaux : Intel et AMD. L'obsolescence est ici le résultat d'un progrès des performances de ceux-ci (progrès très important puisque exponentiel en ce qui concerne le nombre de transistors par microprocesseur[50] même si les fréquences plafonnent ou régressent depuis 2002 en raison de la miniaturisation). La vérification surprenante dans les faits de la loi (conjecture) de Moore sur une longue période peut avoir plusieurs explications :

  • Rythme de progression régulier conséquence de cycles de recherche et développement puis validation des nouveaux processus de microgravure selon des calendriers à peu près identiques dans le temps et pour tous les constructeurs.
  • Stratégie délibérée de rythme de progression planifié des performances pour les produits commercialisés à destination du grand public. Il y aurait un intérêt économique au contrôle de la demande par répartition distillée de l'offre. En maîtrisant dans le temps la diffusion des progrès technologiques, il est possible que les géants des semi-conducteurs définissent eux-mêmes un modèle stable de consommation et s'assurent ainsi d'une correspondance entre leurs efforts d'innovation et les désirs de renouvellements de leur clientèle. L'autolimitation de l'offre obligerait ainsi les consommateurs à mettre à jour régulièrement leur matériel. Pour être effective, il faut néanmoins qu'une telle autolimitation de l'offre puisse s'appuyer sur une cartellisation forte du marché et brider la mise sur le marché de l'innovation, ceci afin d'assurer à l'ensemble du secteur concerné une rente ou un simple retour sur investissement, étant donnés les coûts colossaux de la recherche et de la construction / mise à niveau des usines nécessaires. La cartellisation du secteur est encore loin le N°1 Intel ne représentant que 16% du marché[51].

Il faut toutefois observer que cette progressivité de toute montée d'échelle est observée dans tous les domaines industriels, en particulier les alternateurs de centrales électriques, afin justement de maîtriser les nouveaux problèmes associés aux changements de taille ou de puissance. La progression se fait délibérément en suivant des séries Renard[52], ce qui explique des choix de tension qui pourraient sembler étranges (63 kV).

Les constructeurs bénéficient de la prudence des éditeurs de logiciels. Ceux-ci mettent parfois en place des mécanismes bloquant l'installation de leurs logiciels sur des ordinateurs de faible puissance. Cette disposition évite d'associer une image de lenteur aux nouveaux logiciels en général plus gourmands en ressources. Des ordinateurs parfaitement fonctionnels sont donc rendus obsolètes par le fait que les nouvelles versions demandent des performances trop élevées. On observe cependant exactement le même phénomène de demande accrue de puissance dans le logiciel libre (sans blocage toutefois, mais avec des performances rendant néanmoins le matériel inutilisable en pratique). Cela a par exemple été le cas avec KDE sous Linux[53].

Réciproquement, les constructeurs informatiques offrent souvent les dernières versions pré-installées de certains logiciels pour chaque achat de matériel. Ils augmentent ainsi le degré de péremption des versions antérieures. Ces phénomènes sont éliminés en remplaçant les logiciels dits "propriétaires" (ou "privateurs" en français par Richard Stallman) par leurs correspondants dans le domaine du Libre.

Téléphones mobiles[modifier | modifier le code]

En septembre 2012, la compagnie Apple annonce la sortie du nouvel iPhone qui comporte un nouveau connecteur de format différent de tous les autres iPods et iPhones précédemment produits par la compagnie. Ainsi, cette décision impose aux utilisateurs possédant des accessoires d'iPod ou d'iPhone de changer ces accessoires ou d'acheter des adaptateurs pour chacun des appareils. Les Amis de la Terre - France commentent la sortie de l'iPhone en parlant d'un exemple d'obsolescence programmée[54]. L'organisation affirme aussi que l'objet même était tellement souvent renouvelé qu'il causait un gaspillage de ressources[54]..

En 2014, Sendhil Mullainathan, professeur d'économie à Harvard publie une tribune dans le New York Times où il note une forte corrélation entre les dates de sorties des nouveaux iPhone et les tendances de recherche des mots-clés « iphone slow » dans Google[55].

Photographie[modifier | modifier le code]

La revue Chasseur d'images[56] mentionne dans son éditorial d'avril 2013 que « la plupart des litiges tournent autour de l'obsolescence », et ajoute « À ce titre, Canon s'est taillé une solide mauvaise réputation en facturant pratiquement au prix d'un objectif neuf le moteur USM ou le système de stabilisation de certains zooms, considérant ces éléments comme des "consommables" ! »

Le rédacteur en chef (Guy-Michel Cogné) ajoute que le principe n'est pas selon lui absurde dès lors qu'il s'accompagne d'une "information loyale et complète" [du client], en ajoutant : « Mais je n'accepte pas de mettre au clou un zoom à 2 000 € seulement 37 mois après l'achat parce que le fabricant a omis de dire qu'une panne de stabilisateur se facture 1 600 € ! »[57].

Études scientifiques[modifier | modifier le code]

Dans un article de Pour la Science, un membre de l'ADEME précise que : « Ces exemples (ampoules, bas nylons) sont toutefois anciens et l'obsolescence programmée ne semble pas être la règle aujourd'hui. De nombreux témoignages d'utilisateurs font peser de sérieux soupçons sur quelques produits, telles des imprimantes qui tombent systématiquement en panne après un certain nombre d'impressions, mais ces cas restent rares et aucune stratégie des industriels pour limiter la durée de vie des produits n'a pu être prouvée. »[58].

Il existe très peu de publications scientifiques dans des revues à comité de lecture traitant de cas réels[59]. L'une des plus référencées concerne les rééditions des manuels de cours, que l'on peut légitimement suspecter d'être planifiée afin de rendre obsolètes les éditions en vente sur le marché de l'occasion[60]. Pourtant même dans ce cas l'auteur conclut que la fréquence des rééditions ne peut s'expliquer par l'obsolescence programmée seule, mais que la réédition de manuels concurrents ou la durée depuis la dernière réédition jouent également un rôle.

Exemples de produits durables[modifier | modifier le code]

  • Le fabricant d'électroménager Bauknecht a soumis en 2012 différentes machines à laver et sèche-linge à un test d'endurance de l’organisme TÜV. Ceux-ci auraient fonctionné respectivement pendant 2500 cycles et 1800 cycles. Cela correspondrait à plus de 10 ans d'utilisation[61].
  • Le fabricant d'électroménager Miele affirme que durant un test d'endurance de 2003 de l'institut de recherches de Krefeld (wfk), les machines à laver Miele auraient fonctionné pendant 5000 cycles, soit 10 000 heures. Cela correspondrait à 20 ans d'utilisation, soit 6 ans de plus que les produits concurrents[62].
  • Essayant de lancer son modèle 404 aux États-Unis, Peugeot y organisait sa publicité dans les années 1960[63] sur la durabilité de ses modèles. Sous le titre Call me Undestructible, une Peugot 1897 se revendiquait comme plus ancien véhicule encore en état de marche aux États-Unis. Cependant, Peugeot indiqua aussi dans les années 1970 qu'entre le premier et le dernier modèle de sa "404", de petites améliorations en petites améliorations, ses bureaux d'études étaient arrivés à réduire la consommation d'un litre aux 100 km : une durabilité supérieure à dix ans aurait-elle dans ces conditions été utile au consommateur, lui faisant typiquement consommer 150 litres supplémentaires d'essence chaque année ? La question reste ouverte.[réf. nécessaire]
  • Une grande partie des PC/XT sortis en 1983 étaient encore en état de marche au seuil de l'an 2000, IBM ayant pour politique de surdimensionner largement ses composants par sécurité[64]. Néanmoins, ces matériels ne répondaient plus alors à d'autres besoins que pédagogiques ou historiques, et des "clones" moins exigeants en matière de spécifications, mais moins onéreux, avaient entretemps capturé l'essentiel du marché.[réf. nécessaire]

Recherche de solutions[modifier | modifier le code]

Si certains industriels sont tentés de raccourcir la durée d'usage de leurs produits pour en vendre davantage et augmenter ainsi, peut-être temporairement et aux frais de leur image, leurs bénéfices, au prix d'un impact sur l'environnement et les ressources (voir Halte à la croissance ?), il appartient aux États de trouver des contre-mesures.

Économie de fonctionnalité[modifier | modifier le code]

L'une de ces solutions pourrait passer par l'économie de fonctionnalité promue en France par Nicolas Hulot dans l'ouvrage réalisé par la fondation du même nom : Pour un Pacte Ecologique[65] . Le principe est de remplacer l'achat et la possession d'un objet par la location du service correspondant[66]. Au lieu d'être propriétaire, on paie pour le service rendu. Les entreprises gagnent alors à fabriquer des biens durables et facilement réparables.

L'ouvrage prend exemple sur Xerox pour le marché des photocopieuses professionnelles. Il cite également Michelin, "qui vend moins de pneus que par le passé tout en augmentant son chiffre d'affaires dans le secteur du transport routier" : le fabricant de pneus gère lui-même les pneumatiques des sociétés de transport[67]. On peut citer également les systèmes d'autopartage, ou le vélib'.

Il y a également des contre exemples, comme les loueurs de voitures qui retirent les véhicule avant la 1er révision, pour ne pas payer la maintenance, et les loueurs de PC qui les retirent du marché dés que le contrat de location arrive à son terme, pour les remplacer par du neuf.

Pour diminuer ses coûts, un constructeur pourrait cesser toute amélioration de ses modèles quand il estime que la technique est à maturité (violons, par exemple, insurpassés depuis Stradivarius!). Au moyen de séries très longues, il diminuerait ses prix, ceux de ses concessionnaires, ceux des stocks (plus restreints) de pièces de rechange tout en augmentant considérablement la longévité de ses modèles rendus

Des lois antitrust doivent par ailleurs interdire à toute entreprise géante de paralyser la concurrence.

Voir l'article détaillé économie de fonctionnalité.

Législation[modifier | modifier le code]

En France, le groupe Europe Écologie Les Verts du Sénat a déposé le 18 mars 2013 une proposition de loi visant à lutter contre l'obsolescence et augmenter la durée de vie des produits[68]. Le texte vise à donner une définition précise du concept, à étendre la durée légale de conformité des produits, à faciliter l'accès aux pièces détachées nécessaires à la réparation d'un produit et à rendre les stratégies d'obsolescence programmée punissables de deux ans d'emprisonnement et de 37 500 € d'amendes.

Au niveau européen, le Comité Economique et Social Européen a voté dans sa séance plénière du 17 octobre 2013 un avis piloté par Thierry Libaert portant condamnation des pratiques d'obsolescence programmée. Ce premier texte issu d'un organe des Institutions Européennes ouvre la voie à une régulation européenne.

En France, en septembre 2014, dans le cadre des discussions parlementaires sur le projet de loi sur la transition énergétique, un amendement du parti écologiste prévoit d'ajouter dans le code de la consommation un article qualifiant l'obsolescence programmée de tromperie. Il permettrait de la condamner, et menace le contrevenant d'une peine de prison de deux ans et d'une amende de 300 000 euros. L'argumentaire associé à cette initiative associe ces pratiques à la fois à leur caractère nuisible pour l'environnement et aussi à leur rôle sur le pouvoir d'achat des ménages[69].

Autres usages du concept[modifier | modifier le code]

La notion d'obsolescence programmée est parfois appliquée métaphoriquement à d'autres sphères que les objets, par exemple chez la sociologue Sophie Le Garrec qui parle de « obsolescence programmée des employés » qui semble à l’œuvre dans le cadre du nouveau management[70].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Coralie Schaub, « La vie gâchée des objets », sur www.liberation.fr, Libération,‎ 28 octobre 2012 (consulté le 27 novembre 2012).
  2. a, b, c et d Frémeaux, 2011, p. 1
  3. http://www.pcinpact.com/news/78504-une-proposition-loi-veut-penaliser-l-obsolescence-programmee.htm
  4. http://www.quechoisir.org/commerce/marketing-fidelisation/actualite-obsolescence-programmee-bientot-un-delit
  5. [PDF] Daniel Schneidermann, « Obsolescence programmée : la fin d'un mythe ? », La Gazette d'@si, no 279, sur www.arretsurimages.net (consulté le 14 décembre 2013) : « La fin d'un mythe ? A mes yeux, je l'avoue, l'existence de l'obsolescence programmée allait de soi. Que les fabricants de téléviseurs ou d'ampoules déploient des trésors d'ingéniosité pour rendre leurs produits moins durables, et en écouler ainsi davantage, me semblait une évidence. Notamment depuis que j'avais vu, en 2011, un mémorable documentaire d'ARTE, Prêt à jeter, dans lequel était racontée en détail la naissance d'une entente de producteurs d'ampoules, dans les années 20, afin d'abréger la vie de ces ampoules. Et cette semaine encore, à l'occasion du dépôt d'une proposition de loi au Sénat, les JT ont encore embouché cette trompette.
    (…) En creusant le sujet, cette semaine, pour préparer l'émission, nous nous sommes rendu compte que les choses étaient moins simples. Ainsi, si ces ampoules ont été rendues moins durables, c'était pour qu'elles soient… plus lumineuses (ARTE n'en disait mot). Attention : cela ne signifie pas que les fabricants de téléviseurs, de smartphones, ou de collants, soient des anges. Leurs trucs pour nous pousser à consommer sont innombrables, et pervers. Mais il ne faudrait pas oublier le rôle que jouent, dans cette spirale, les distributeurs, la pub, et nos propres désirs de consommateurs. Bref, attention aux slogans simplistes. »
  6. http://www.gel-ink.com/10-puce-des-cartouches-puce-des-cartouches.html
  7. Taux de recyclage des métaux ferreux et non ferreux (ADEME)
  8. Définition Larousse d'obsolescence : « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »
  9. a et b Philippe Frémaux, Alternative Economique, Des produits conçus pour ne pas durer ?
  10. (en) Giles Slade, Made to Break: Technology and Obsolescence in America, Harvard University Press,‎ 2009 (ISBN 9780674043756, lire en ligne), p. 72-73
  11. [PDF] (en) Ending the depression through planned obsolescence sur Wikimedia Commons
  12. Ibid, p. 2 : "After the allotted time had expired, these things would be legally “dead” and would be controlled by the duly appointed governmental agency and destroyed if there is widespread unemployment"
  13. Industrial strength design: how Brooks Stevens shaped your world. Glenn Adamson, Milwaukee Art Museum, 2003
  14. a et b Obsolescence programmée#Exemples, voir à Imprimante
  15. Obsolescence programmée#Exemples, voir à Ampoule électrique à incandescence
  16. a et b Alexandre Delaigue, Le Figaro, Interview : Le mythe de la fabrication à dessein de produits fragiles
  17. Philippe Frémaux, Alternative Economique, Des produits conçus pour ne pas durer ? : « La durée de vie et la fiabilité des produits industriels dépendent d'abord de l'usage qui en sera fait. Quand un constructeur automobile achète une ligne d'usinage automatisée, il en attend qu'elle résiste à un usage intensif et prolongé. Le prix est évidemment un critère de choix, mais il vient bien après la certitude que le produit respectera les performances attendues, si les taxis ont longtemps plébiscité les Mercedes en raison de leur fiabilité plus grande, c'est qu'ils étaient prêts à payer un prix plus élevé en raison de l'usage intensif qu'ils font de leur véhicule »
  18. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, juillet 2012, 100 pages.
  19. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, Juillet 2012, p.15.
  20. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, Juillet 2012, p.15.
  21. Résolution du sénat Belge au gouvernement en vue de lutter contre l'obsolescence programmée des produits liés à l'énergie, adoptée le 1er février 2012.
  22. (en) The Economist, « Planned Obsolescence », sur http://www.economist.com,‎ 23 mars 2009 (consulté le 18 février 2013)
  23. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, juillet 2012, p. 15.
  24. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, juillet 2012, p. 16.
  25. Bernard London, Ending the depression through planned obsolescence, 1932
  26. (en) Bernard London, Ending the Depression Through Planned Obsolescence (1932), reproduit sur le site Adbusters : « In the earlier period of prosperity, the American people did not wait until the last possible bit of use had been extracted from every commodity. They replaced old articles with new for reasons of fashion and up-to-dateness. They gave up old homes and old automobiles long before they were worn out, merely because they were obsolete. All business, transportation, and labor had adjusted themselves to the prevailing habits of the American people. Perhaps, prior to the panic, people were too extravagant; if so, they have now gone to the other extreme and have become retrenchment-mad. People everywhere are today disobeying the law of obsolescence. They are using their old cars, their old tires, their old radios and their old clothing much longer than statisticians had expected on the basis of earlier experience. »
  27. Exemple du modern hygiene vacuum cleaner, aspirateur au design soigné, mais conçu pour rapidement se démoder.
  28. (en) Industrial Strength Design: How Brooks Stevens Shaped Your World, Milkwaukee Art Museum Biography : « Instilling in the buyer the desire to own something a little newer, a little better, a little sooner than is necessary. »
  29. (en) Thomas Frank, The Conquest of Cool: Business Culture, Counterculture, and the Rise of Hip Consumerism (University of Chicago Press, 1997) ; Randall Rothenberg, Where the Suckers Moon: The Life and Death of an Advertising Campaign, Vintage, 1994 ; et Lawrence Dobrow, When Advertising Tried Harder: The Sixties: The Golden Age of American Advertising (WH Smith Pub, 1984).
  30. Les Amis de la Terre-CNIID L'obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage : le cas des produits électriques et électroniques, septembre 2010.
  31. Les Amis de la Terre, L'obsolescence des produits high-tech :Comment les marques limitent la durée de vie de nos biens, septembre 2012.
  32. Stéphanie Senet, « Une loi pour lutter contre l’obsolescence programmée? », sur http://www.journaldelenvironnement.net,‎ 11 décembre 2012 (consulté le 18 février 2013)
  33. ADEME, Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, juillet 2012
  34. Serge Latouche, Bon pour la casse! Les déraisons de l'obsolescence programmée, Les liens qui libèrent, 2012
  35. Philippe Frémeaux, « Des produits conçus pour ne pas durer ? », sur http://www.alternatives-economiques.fr,‎ septembre 2011 (consulté le 18 février 2013)
  36. Tristan Vey, «Le mythe de la fabrication à dessein de produits fragiles», sur http://www.lefigaro.fr/,‎ 26 janvier 2012 (consulté le 18 février 2013)
  37. (en) Bernard London, Ending the Depression Through Planned Obsolescence, 1932 : « I would have the Government assign a lease of life to shoes and homes and machines, to all products of manufacture, mining and agriculture, when they are first created, and they would be sold and used within the term of their existence definitely known by the consumer. After the allotted time had expired, these things would be legally “dead” and would be controlled by the duly appointed governmental agency and destroyed if there is widespread unemployment. New products would constantly be pouring forth from the factories and marketplaces, to take the place of the obsolete, and the wheels of industry would be kept going and employment regularized and assured for the masses. »
  38. Christopher Lasch, Les Femmes et la vie ordinaire (1997), Climats, 2006, p. 164-165.
  39. Lydie Tollemer, L’obsolescence programmée, Mémoire rédigé sous la direction du Professeur Malo Depincé, Centre du droit de la consommation et du marché, UMR 5815 CNRS Dynamiques du Droit, Université 1, Master 2 Consommation et concurrence, 2011-2012.
  40. Émission de M6 sur le déstockage alimentaire, février 2012
  41. http://www.libre-tic.com/ressources/135.html
  42. Frédéric Lohier, « Batteries non amovibles : Apple et Dell défient les normes européennes », le 7 septembre 2009 [lire en ligne (page consultée le 7 décembre 2009)].
  43. Julie de Meslon, Microsoft tire un trait sur Windows 98 et Millenium, 01net, le 10 juillet 2006 [lire en ligne (page consultée le 3 décembre 2007)].
  44. Pas toujours acceptés : De nouveaux brevets sur la FAT rejetés, Clubic, publié le 5 octobre 2005.
  45. La véritable histoire de l'ampoule de Livermore
  46. Donald G. Fink, John M. Carroll (electronics, b. 1925) "Standard Handbook for Electrical Engineers" (1978) ; Donald L. Klipstein (Jr), "The Great Internet Light Bulb Book, Part I: Incandescent including halogen light bulbs"
  47. Competition Commission - Report on the Supply of electric Lamps Consultable en ligne
  48. (en) « SSC Service Utility for Epson Stylus Printers. »
  49. Loi de 2002 ayant pris effet en 2006
  50. voir l'article sur la loi de Moore
  51. Voir la Liste des principaux fabricants de semi-conducteurs au fil des ans
  52. Séries Renard
  53. http://forum.ubuntu-fr.org/viewtopic.php?id=380878
  54. a et b « La sortie du nouvel iPhone 5 : obsolescence programmée en série. », Camille Lecomte, 12 septembre 2012
  55. « Pourquoi nos smartphones ralentissent-ils quand un nouveau modèle sort ? »
  56. n° 352, avril 2013, page 3
  57. Editorial : "Idée choc : et si on exigeait l'obsolescence programmée ?", dernière colonne, page 3
  58. Alain Geldron, « L'obsolescence programmée est-elle une stratégie répandue ? », Pour la Science, n° 425, 2013.
  59. L'obsolescence est-elle programmée?
  60. T. Iizuka, “An Empirical Analysis of Planned Obsolescence” Journal of Economics Management Strategy, vol. 16, no. 1, pp. 191–226, 2007.
  61. « Certification TÜV pour les lave-linge et sèche-linge de Bauknecht »,‎ octobre 2012 (consulté le 14 janvier 2013)
  62. « Miele France - Qualité »,‎ 3 mars 2011 (consulté le 3 mars 2011)
  63. par exemple dans Scientific American
  64. En raison aussi de leur usage en entreprise : toute défaillance matérielle pouvait compromettre le lancement de ce modèle
  65. Nicolas Hulot, Pour un pacte écologique, Calmann-lévy, 2006. Voir p. 71 : "S'orienter vers une économie de fonctionnalité"
  66. Cette possibilité était utisée par IBM en 1990 pour sa ligne PS/2 Premier
  67. Opus cité, p. 72
  68. Placé, Jean-Vincent et al. « Proposition de loi visant à lutter contre l'obsolescence et à augmenter la durée de vie des produits », présentée par M. Jean-Vincent Placé et les membres du groupe écologiste, no 429, enregistré à la Présidence du Sénat le 18 mars 2013, 8 pp. (version html). Sophie Fabrégat, « L'obsolescence programmée, bientôt interdite ? », Actu-environnement, 21 mars 2013, (page consultée le 22 mars 2013).
  69. D.H. avec AFP, « Smartphone, lave-linge... L'"obsolescence programmée" sera passible de prison », sur lci.tf1.fr,‎ 27 septembre 2014 (consulté le 27 septembre 2014)
  70. « L’obsolescence programmée des employés », interview de Sophie Le Garrec, sociologue, professeure et chercheuse à l’Université de Fribourg, in Migros magazine, Ed MM 17, 22 avril 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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