Isabelle de Ludres

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Isabelle de Ludres représentée en Marie-Madeleine.

Marie-Élisabeth (dite Isabelle), marquise de Ludres est une maîtresse du roi Louis XIV, rivale de Madame de Montespan, née en 1642[1] à Ludres en Lorraine, et morte en 1726 à Nancy.

Une jeunesse Lorraine[modifier | modifier le code]

Isabelle nait à Ludres, dans le Duché de Lorraine. Elle est la fille de Jean de Ludres et de Claude des Salles. Admise enfant au chapitre de Poussay comme chanoinesse, elle y est élevée. En 1662, le quinquagénaire duc de Lorraine et de Bar Charles IV en visite à Poussay remarque cette jeune fille de 15 ans d’une grande beauté, et décide d’en faire sa femme. De 43 ans l'aîné d'Isabelle, il est de plus excommunié pour adultère, ayant chassé son épouse légitime la duchesse Nicole pour vivre avec sa maîtresse Béatrix de Cusance, princesse de Cantecroix, dont il a deux enfants. Il décide d’épouser Béatrix à la mort de la duchesse, mais en politique comme en amour, le duc est plutôt aventurier. Les fiançailles avec Isabelle durent un an, puis Charles se ravise et épouse effectivement sa maîtresse, qui meurt peu après (1663).

Charles IV veut alors épouser Marie-Louise d'Apremont (1651-1693) qui a alors 14 ans. Isabelle s’y oppose en raison de leurs précédentes fiançailles, et reçoit l’appui du clergé Lorrain. Le duc la menace d’engager des poursuites pour le crime de « lèse-majesté » qu’elle a selon lui commis et il épouse Marie-Louise en 1664. En 1666, Isabelle quitte Poussay pour la cour de France, en conservant son titre de chanoinesse.

La cour de France[modifier | modifier le code]

À son arrivée elle reçoit une charge de Dame d’honneur de "Madame", duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi, puis, à la mort de celle-ci, passe au service de la reine Marie-Thérèse (1670), puis de Madame Palatine nouvelle "Madame", seconde épouse du frère du roi (1673).

La lutte avec la Montespan[modifier | modifier le code]

La beauté, mais aussi le zézaiement et l'accent lorrain (un accent traînant et voluptueux) d’Isabelle de Ludres attirent les courtisans. Elle leur aurait résisté, jusqu’à ce que, suite à une disgrâce passagère de Madame de Montespan, à Pâques 1675, le roi s’intéresse à elle. Leur liaison est assez discrète, mais pas suffisamment pour ne pas éveiller la jalousie de la favorite en titre. Cette dernière fait courir le bruit que « la belle de Ludres » a le corps recouvert de dartres, ainsi que « la gale, la lèpre, et toutes les maladies imaginables ». Le roi a beau jeu de vérifier par lui-même la fausseté de ces allégations et garde Isabelle auprès de lui.

Il est cependant contraint de se séparer d’elle, ou d'en faire mine, lors du retour de la plantureuse Athénaïs. Volontiers moqueuse, celle-ci s’évertue à critiquer Isabelle devant le roi, notamment en la traitant de « haillon », mais elle ne peut empêcher Louis XIV de la fréquenter de nouveau lorsqu’elle doit quitter la cour au printemps 1676, enceinte du sixième enfant naturel qu'elle doit aux assiduités du roi.

L'apogée et la chute[modifier | modifier le code]

Pendant que le roi est en campagne contre les Espagnols, Isabelle ébruite sa liaison avec lui, disant même qu’elle est enceinte de ses œuvres. Le chroniqueur Primi Visconti raconte que les dames disposant du privilège envié du tabouret chez la reine se levaient à l’arrivée d’Isabelle de Ludres. Elle se vante d’avoir « débusqué » Madame de Montespan et se voit déjà nouvelle favorite attitrée. Elle a même l’audace d’écrire en personne au roi, qui est encore aux armées. Leur relation devant demeurer secrète, Louis XIV s’en irrite. Il ne la chasse pas de la cour, mais rompt tout commerce avec elle.

Au retour du roi, puis de la marquise de Montespan, Isabelle doit subir à nouveau les sarcasmes de cette dernière, mais publiquement. Un jour que la cour entend la messe, le roi salue Isabelle de Ludres. Athénaïs fait alors irruption et leur adresse des reproches devant toute l’assemblée.

La retraite[modifier | modifier le code]

Au début de 1678, Isabelle quitte le service de Madame et se retire au couvent de la Visitation de Sainte-Marie, après avoir refusé un don d’argent que lui propose le roi. Tout comme celui de la duchesse de La Vallière quatre ans plus tôt, le départ de la chanoinesse laisse ce dernier indifférent.

Elle vit plusieurs années dans des cloîtres parisiens. Endettée, Isabelle est contrainte de réclamer une pension au roi, qui la lui accorde. Elle regagne ensuite sa Lorraine natale (qui retrouve son indépendance au traité de Ryswick en 1697) et vit notamment dans son château de Vaucouleurs où elle a a son service le couple Bécu-Cantigny dont la petite fille sera la comtesse du Barry qui naît à Vaucouleurs en 1743.

La « belle Ludres » est créée marquise en 1720. Elle meurt à Nancy le 28 janvier 1726 âgée de près de 80 ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. date reconstitué à partir de l'acte de décès et de son âge au moment de sa mort. Voir Georges Poull, Marie Isabelle de Ludres, chanoinesse de Poussay et marquise de Bayon (La Belle de Ludres), in Les chapitres de dames nobles entre France et Empire, études réunies sous la direction de Michel Parisse et Pierre Heili. Editions Massene, Paris, 1998. (ISBN 2-911043-36-7). p. 217

Voir aussi[modifier | modifier le code]