Ravage du Palatinat

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Page d'aide sur l'homonymie À ne pas confondre avec le sac du Palatinat de 1689.

Le ravage du Palatinat, ou premier ravage du Palatinat, désigne la première série d’exactions commises en Palatinat, sous Louis XIV. Il est le fait de Turenne, en 1674.

Un second ravage (dit aussi sac du Palatinat) aura lieu à partir de 1689, sur ordre de Louvois.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le premier ravage du Palatinat est un épisode de la première des guerres mettant aux prises Louis XIV et Léopold Ier de Habsbourg, empereur germanique : la guerre de Hollande (1672-1678), qui oppose la France et ses alliés (Angleterre, Münster, Liège, Bavière, Suède) à la Quadruple-Alliance (Provinces-Unies, Saint-Empire, Brandebourg, Espagne).

En 1674, Turenne est en désaccord avec la stratégie de Louis XIV. Le gros des troupes se partage entre les Pays-Bas et la Franche-Comté, tandis que Turenne, chargé de contenir les Impériaux, reste en Alsace avec de maigres effectifs de couverture. Turenne redoute plus que tout une entrée des Impériaux en Alsace ou dans le pays messin : « Si le roi avait pris la plus grande place de Flandre, écrit-il, et que l’empereur fût maître de l’Alsace, je crois que les affaires du roi seraient dans le plus mauvais état du monde[1]. » Turenne va donc attaquer plutôt que défendre, pour éviter que la guerre ne soit portée en Alsace.

Il passe le Rhin (14 juin), gagne la bataille de Sinsheim[2] (16 juin), et revient aussitôt surveiller le gros de l’armée impériale, stationné sur la Moselle, et qui pourrait menacer l’Alsace.

Le 1er juillet, l’électeur de Brandebourg reprend les armes contre la France. La Diète de Ratisbonne déclare la guerre. L’empereur n’est plus seul. Tous les princes allemands combattent maintenant Louis XIV.

Turenne franchit le Rhin une nouvelle fois, à Philippsburg, le 3 juillet 1674. Il veut battre les Impériaux avant que toutes leurs forces ne soient réunies. Les résultats sont mitigés (mise en déroute de Bournonville, puis défaite de l’avant-garde française face à Dünewald). Bournonville, réfugié au nord du Main, refuse le combat. Turenne doit se résoudre à l’attente. Inquiet, il voit venir le moment où, avec 16 000 hommes, il devra affronter plus de 40 000 ennemis. Avant de se replier sur l’Alsace, il prend des dispositions pour protéger celle-ci.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Turenne sait que le point faible des Impériaux est la logistique. Le pain et le fourrage ne sont pas assurés, comme ils le sont par les munitionnaires dans l’armée française. Les soldats impériaux doivent se procurer sur place leur nourriture et celle de leurs montures. Turenne prend donc la décision de ravager le Palatinat pour leur ôter toute subsistance[3].

Dans son esprit, l’affaire est claire. Il coupe ainsi aux Impériaux la route de l’Alsace. Il punit dans le même temps l’électeur palatin, Charles Ier, qui a rompu l’alliance avec la France. Il terrorise les autres princes allemands coupables de défection. Il terrorise enfin des populations par trop indociles.

Car les habitants, excédés, ne cessent de harceler les troupes de Turenne[4]. Le soldat français est particulièrement mal vu des Palatins, qui le surnomment schnapphahn[5] (maraudeur). Comme tous les soldats en campagne, il commet des écarts. Mais ce ne sont jusqu’ici que méfaits traditionnels, qui s’opèrent plus ou moins à l’insu de la hiérarchie. La nouveauté qu’introduit Turenne, ce sont des exactions systématiques, ordonnées par le haut commandement, menées à grande échelle[6].

Elles vont dépasser tout ce qu’il est permis d’imaginer. Turenne veut frapper les esprits. Les incendies et les pires atrocités se multiplient, entre Rhin et Neckar[7]. La seconde quinzaine de juillet voit l’anéantissement de 32 localités[8]. Les temples ne sont pas épargnés, ni même les églises[9]. Du Fay, gouverneur de Philippsburg, écrit à Louvois, le 9 septembre : « Dans les deux dernières semaines, j'ai brûlé treize villes et villages [...] Il ne restait plus âme qui vive dans aucun d'eux[10]. »

Retentissement et conséquences[modifier | modifier le code]

Turenne va frapper les esprits, mais pas de la façon escomptée. Dans toute l’Europe, ce n’est qu’un cri d’horreur indigné. Ces pratiques d’une cruauté que l’on croyait l’apanage de l’armée ottomane[11], exercées dans un « pays uni et fertile, couvert de villes et de bourgs opulents[12] », au lieu d’effrayer les princes vont les dresser plus encore contre la France.

Jean Bérenger voit dans cet épisode l’origine du lourd contentieux franco-allemand, qui ne sera réglé qu’avec la construction européenne, après la Seconde Guerre mondiale[13].

La réputation de Turenne, en France, n’en souffre pas[14]. On préfère voir en lui le stratège de la campagne d’Alsace qui suivit (conclue de façon extraordinaire, en décembre 1674 et janvier 1675.)

Les deux sacs du Palatinat ont un retentissement d'autant plus grand qu'ils surviennent dans une période de relatif adoucissement des conflits. Les pillages et saccages de la Guerre de Trente Ans s'expliquaient par l'épuisement financier des États, l'impossibilité de payer les troupes, et par la haine religieuse (catholiques contre protestants). Les exactions françaises en Palatinat, comme le bombardement de Gênes en 1684, sont des actes de terreur délibérés d'un État qui dispose de finances saines et de troupes disciplinées. L'opinion du temps les juge d'autant moins excusables.

Ce premier ravage, occulté par le second, peu détaillé par les historiens français, est de nos jours mal connu. Une source de confusion est constituée par la belle marche Les Dragons de Noailles. Elle associe en effet Turenne à quelque incendie de Coblence, à un pillage du Palatinat non précisé, ainsi qu’au régiment Noailles-Dragons qui n’est pas contemporain des ravages.

Le second ravage (ou sac) du Palatinat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sac du Palatinat.

Une seconde guerre opposera Louis XIV à Léopold Ier : la Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697). Elle fournira prétexte au second ravage du Palatinat, ordonné par Louvois en 1689, et qui visera, en plus des campagnes, les villes. Ce nouveau ravage connaîtra des prolongements jusqu’en 1693, c’est-à-dire bien après la mort de Louvois.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Bérenger, Turenne, Fayard, 1987.
  • François Bluche, Dictionnaire du grand siècle, Fayard, 1990, articles Palatinat et Ravage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Général comte de Grimoard, Collection des lettres et mémoires trouvés dans les portefeuilles du maréchal de Turenne, 1782, II, p. 503, lettre du 11 juin 1674.
  2. John Childs, La guerre au XVIIe siècle, Autrement, Atlas des guerres, 2004, p. 172-173. La bataille eut lieu à Sinsheim (au sud-est de Heidelberg), et non à Sinzheim (près de Baden-Baden) comme il est dit souvent.
  3. Jean Bérenger, Turenne, p. 403.
  4. François Bluche, Dictionnaire du grand siècle, p. 1141.
  5. Qui donnera le mot français chenapan.
  6. Lucien Bély, La France au XVIIe siècle, p. 657.
  7. François Bluche, op. cit., p. 1303.
  8. Vingt-sept selon Voltaire, Le Siècle de Louis XIV, XI, p. 207. Vingt-deux, id., XVI, p. 371.
  9. L’électeur palatin, en adressant un cartel à Turenne, lui reprochera ses atrocités et « d’avoir fait consumer jusques aux églises même de votre religion » (Camille-Georges Picavet, Les Dernières Années de Turenne, Paris, 1914, p. 396). Louis XIV interdira le duel à Turenne.
  10. Service historique de l'armée de terre, Archives de la guerre, Al 414, 9 septembre 1674, Dufay à Louvois. Camille Rousset, Histoire de Louvois et de son administration politique et militaire, Didier, 1862-1864, t. II, p. 72. John Albert Lynn, Les guerres de Louis XIV : 1667-1714, Perrin, 2010, p. 387, note 36.
  11. « L’impact psychologique fut tout autre, car l’armée du Roi-Soleil se comportait comme celle du Grand Turc. » (Jean Bérenger, op. cit., p. 404).
  12. Voltaire, op. cit., XI, p. 207.
  13. « Cette pratique systématique de la terre brûlée devait laisser de profondes traces dans les mentalités collectives outre-Rhin et constituer, ultérieurement, l’un des arguments de la propagande anti-française. » Jean Bérenger, op. cit., p. 404.
  14. « Turenne aimait mieux être appelé le père des soldats qui lui étaient confiés que des peuples qui, selon les lois de la guerre, sont toujours sacrifiés. » Andrew Michael Ramsay, Histoire du vicomte de Turenne, maréchal-général des armées du roi, Jombert, Paris, 1774.