Critiques du capitalisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les critiques du capitalisme se séparent en deux parties principales, communes à toutes : la critique dite « individualiste » ou « artiste » et la critique sociale. Outre cette subdivision, plusieurs formes de critiques ont été menées au cours du temps par autant d'écoles philosophiques dont la dominante reste tout de même, de par son envergure et son opposition totale à ce système économique réellement existant, le marxisme. Ses adeptes maintiennent que le capitalisme est éloigné du libéralisme originel, établi au siècle des Lumières et auquel ils ne sont donc pas foncièrement hostiles. En effet, ils pensent que, si le capitalisme est manifestement compatible avec certaines formes de libertés individuelles et/ou collectives, il ne coïncide pas nécessairement avec un libéralisme politique, social et moral (voire donc économique, ceci étant une application directe de cette philosophie au domaine économique)[1].

Mais la critique anti-libérale vers laquelle tend tout de même en pratique la critique anti-capitaliste (en raison notamment de la disparition de l'école « classique » au profit de la plus critiquée école « néo-classique ») sans donc pour autant s'y apparenter se rapproche d'un anti-modernisme (philosophie peu revendiquée dans l'Histoire). Mais, selon certains, le libéralisme étant trop intimement liée à la Modernité pour pouvoir la contourner radicalement, ou la contester totalement, l'anti-libéralisme est une position nécessairement ambiguë, qui ne peut trouver de réelle cohérence que dans une position au moins partiellement anti-moderne, contrairement au marxisme, loin s'en faut, moderniste[1].

Néanmoins, des auteurs comme George Orwell ou Milton Friedman écrivent que la disparition de la liberté économique entraîne la perte de la liberté politique ou intellectuelle[2],[3].

De plus, ces critiques peuvent avoir également un aspect ou radical ou réformiste à l’encontre du capitalisme. Les radicaux se donnant comme but la mort du capitalisme, les réformistes son aménagement. Ceci étant notamment dû aux biens faits de la critique qui, parce qu'elle est continue et sans fin (à mettre en relation avec l'existentialisme, symbolisé par le supplice de Sisyphe) même si cela ne veut pas tout de même dire qu’il n’y a que la critique qui fasse évoluer le capitalisme (théorie de la régulation, etc.…) mais cela signifie pourtant qu’elle peut jouer un rôle non négligeable dans ces évolutions. Bref, il existe réellement des relations complexes et dialectiques qu’entretiennent le capitalisme, l’esprit du capitalisme (ou libéralisme économique) et la critique du capitalisme, d'où son importance[1].

Les différentes formes de critique du capitalisme[modifier | modifier le code]

Critique individualiste ou artiste[modifier | modifier le code]

Elle se développe à partir de deux thèmes essentiels :

  • Le capitalisme est une sorte de désenchantement et d'inauthenticité des personnes, des sentiments, des objets, des éléments, des animaux, etc. et des modes de vie qui leur sont associés (concepts d'écologie, respect, compassion, etc.). Il entraîne la perte des sens du Beau, du Grand et du Sublime.
  • Le capitalisme est une source d'oppression de l'individu, supprimant ses libertés, son autonomies, sa créativité (voir : harcèlement, etc.)[1].

La critique artiste se rapproche de l'anti-modernisme de plusieurs manières. Elle peut conduire à une remise en cause du mythe du progrès (fondateur de la modernité), car on ne peut être considéré comme moderne, en ne voyant dans le progrès que la production d'éléments superficiels éloignant le Beau, le Sublime et l'authenticité, comme pour des auteurs comme Max Weber pour qui ce qu'il appelle le désenchantement du monde est dû à l'avènement de la science moderne et entraîne la vacance des sens. Mais plus simplement et de par même le fondement de la critique artiste qu'est celle de mettre l'Homme au centre de toutes décisions politiques, elle peut en devenir totalement anti-moderne[4],[5],[6],[7],[8].

Critique sociale[modifier | modifier le code]

Elle se développe également autour de deux thèmes principaux :

Compatibilité de ces critiques[modifier | modifier le code]

Ceci étant dit, de certaines manières, ces deux formes de critiques ne sont pas spontanément compatibles, bien que pouvant naturellement se rejoindre au travers d'un même combat, d'un même plaidoyer: William Morris, socialiste britannique du XIXe siècle lie considérations artistique et socio-économique[9].

Néanmoins, les deux critiques restent souvent isolées du fait du rapport de chacune à la modernité :

  • La critique artiste consiste en la défense des autonomies, de l'originalité de chacun et peut alors entrer en contradiction avec la modernité de la critique sociale, qui peut vouloir fonder le progrès social et l’égalité des individus à partir du progrès économique.
  • La critique artiste est anti-moderne et donc opposée à la critique sociale lorsqu’elle cherche à retrouver la voie du Beau ou du Sublime (modèle de l’Antiquité) en remettant en cause la standardisation de la production et la consommation de masse[1].

Les différentes écoles de pensées critiques du capitalisme[modifier | modifier le code]

Le marxisme, critique dominante[modifier | modifier le code]

D'autres critiques, plus marginales[modifier | modifier le code]

Critique anarchiste[modifier | modifier le code]

Critique antimoderne[modifier | modifier le code]

La critique du capitalisme au service du capitalisme[modifier | modifier le code]

Des critiques critiquées[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Ed. Gallimard, 1999.
  2. « Précédemment on n'avait jamais imaginé que la disparition de la liberté économique pourrait affecter la liberté intellectuelle. On pensait d'ordinaire que le socialisme était une sorte de libéralisme augmenté d'une morale. L'État allait prendre votre vie économique en charge et vous libérerait de la crainte de la pauvreté, du chômage, etc., mais il n'aurait nul besoin de s'immiscer dans votre vie intellectuelle privée. Maintenant la preuve a été faite que ces vues étaient fausses. », George Orwell, Literature and Totalitarianism
  3. « La liberté humaine et politique n'a jamais existé et ne peut pas exister sans une large dose de liberté économique. » (Milton Friedman, Free to Choose, "The Power of Market")
  4. Catherine Colliot-Thélène, Max Weber et l'histoire, PUF, 1990, p. 66.
  5. Georges Sorel, Les illusions du progrès, préface et illustrations d'Yves Guchet, éd. L'Âge d'Homme, coll. Classique de la pensée politique, 2007, 315 p., ISBN 2825119709.
  6. Hannah Arendt, Crise de la culture, chap. 1
  7. Yann Toma et Rose-Marie Barrientos (dir.), Les entreprises critiques : La critique artiste à l'ère de l'économie globalisée, éd. Cité du design, coll. Chaire de recherche en création et créativité, 2008, 469 p., ISBN 2912808146.
  8. Michael Löwy et Robert Sayre, Révolte et mélancolie : le romantisme à contre-courant de la modernité, éd. Payot, coll. Critique de la politique, 1992, 306 p.
  9. « Mais c'est perdre son temps que de vouloir exprimer l'étendue du mépris que peuvent inspirer les productions de cet âge bon marché dont on vante tellement les mérites. Il suffira de dire que le style bon marché est inhérent au système d'exploitation sur lequel est fondé l'industrie moderne. Autrement dit, notre société comprend une masse énorme d'esclaves, qui doivent être nourris, vêtus, logés et divertis en tant qu'esclaves, et que leurs besoins quotidiens obligent à produire les denrées serviles dont l'usage garantit la perpétuation de leur asservissement » ; William Morris, La civilisation et le travail, Le Passager Clandestin,‎ 2013, 144 pages p. (ISBN 978-2-369350-01-9)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Boltanski & Eve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Ed. Gallimard, 1999.
  • André Gorz, Critique du capitalisme quotidien, Éditions Galilée, 1973 - 339 pages
  • Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1904