Xiongnu

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Xiongnu
匈奴 (zh)

IIIe siècle av. J.-C.IIe siècle

Description de cette image, également commentée ci-après

Le territoire des Xiongnu vers -250

Informations générales
Statut Confédération de nomades
Histoire et événements
-245 Première mention à la suite d'une bataille contre l'État du Zhao
-214 Défaite contre le général Meng Tian
-198 Traité de paix avec la Chine
-80 Scission du peuple Wusun
IIe siècle Ralliemment au Xianbei

Entités suivantes :

Xiongnu (chinois : 匈奴 ; pinyin : xiōngnú, autrefois également transcrit en Hsiung-nu) ou Hunnu (du mongol : хунну, translittération : Khünnü, et du russe : хунну, à rapprocher du terme Huns) est une confédération de peuples nomades turcs[1] vivant en Mongolie, en Transbaïkalie et dans le Nord de la Chine. Xiongnu est le nom que leur ont donné les Chinois dans l'Antiquité.

Identité des Xiongnu[modifier | modifier le code]

La question de l'identité des Xiongnu n'est pas résolue. Le sinologue français Paul Pelliot considérait les Xiongnu comme des Proto-Turcs. L'historien japonais Kurakichi Shiratori les a considérés tantôt comme des Turcs, tantôt comme des Mongols. Pour le linguiste hongrois Louis Ligetti, ils ont pu être paléoasiatiques ou iénisséiens. Dans le dernier cas, ils pourraient être apparentés aux Khantys (Ostiaks), qui vivent en Sibérie occidentale et parlent une langue finno-ougrienne. Enfin, le sinologue Edwin G. Pulleyblank a défendu une thèse selon laquelle ils étaient les ancêtres des Kets, un peuple sibérien parlant une langue isolée.

Quelques mots de vocabulaire des Xiongnu ont été conservés. Leur nom devait représenter la syllabe *kun. Le turcologue Louis Bazin l'a rapprochée du suffixe turc -gun, qui concerne les groupements humains. On peut aussi le rapprocher du mot mongol hün « homme », bien que les voyelles ne correspondent pas exactement. De nombreux peuples se sont appelés « les Hommes ». Il en serait de même des Xiongnu et ceci fournit un argument pour les considérer comme des Turco-Mongols. On sait aussi que leur désignation du ciel était apparentée au turc tängri et au mongol tängär.

De nombreux historiens ont émis l'hypothèse que les Huns d'Attila, apparus au IVe siècle en Europe, descendaient des Xiongnu ; c'est ce que suggère la ressemblance des noms. Elle n'est cependant pas certaine, puisqu'il est possible que les Huns aient pris leur nom aux Xiongnu sans avoir de lien de parenté avec eux. O. Maenchen-Helfen notamment a sévèrement critiqué la thèse de l'identité Huns-Xiongnu. Les derniers résultats de la recherche[réf. nécessaire] laissent cependant penser que ce lien était non seulement nominal, et donc politique, mais aussi culturel.

Différentes visions de l'appartenance aux différents peuples turco-mongols s'opposent. Les partisans de la théorie de la langue turque incluent E.H. Parker, Jean-Pierre Abel-Rémusat, Julius Klaproth, Kurakichi Shiratori, Gustaf John Ramstedt, Annemarie von Gabain, et Omeljan Pritsak[2]. Quelques sources disent que les classes dominantes étaient des proto-turques[3],[4] tandis-que d'autres suggèrent des proto-Hunniques. Craig Benjamin voit quant à lui les Xiongnu à la fois comme des Proto-turques or des Proto-mongols, qui parlent probablement une langue liée au turc Dingling[5].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Xiongnu entrèrent dans l'histoire en -245, à l'occasion d'un affrontement contre le royaume de Zhao. La Chine était alors divisée en royaumes en conflit permanent. L'unification fut l'œuvre du roi de Qin, qui prit en -221 le nom de Qin Shi Huang. À cette époque, les Xiongnu semblent avoir été gouvernés par un homme que les Chinois appelaient Touman (頭曼, Tóumàn). Ce nom propre était apparenté au turco-mongol tümen « dix mille » : ce serait à l'origine un titre militaire (général d'une armée de dix mille hommes) interprété comme un nom propre par les Chinois de l'époque. Les attaques que Touman lança contre la Chine motivèrent la construction de la Grande Muraille. Mais les Chinois adoptèrent également contre eux une stratégie offensive : les Xiongnu furent vaincus par le général Meng Tian en -214.

Domaine d'influence des Xiongnu (209 av. J.-C.216 apr. J.-C.)

Le successeur de Touman fut son fils aîné, appelé Modu (冒頓, mòdú) par les Chinois. Il régna de -209 à -174, en portant un titre que les Chinois transcrivent par 撑犁孤涂單于, 撑犁孤涂单于, chēnglí gūtú shànyú. La désignation turco-mongole du ciel est reconnaissable en chengli, prononcé *thrangrri en vieux chinois. Comme selon les Chinois gutu signifiait « fils », ce titre peut être traduit par « shanyu, fils du ciel ». La puissance des Xiongnu s'accrut considérablement sous le règne de ce souverain. Il réorganisa l'armée en introduisant une discipline stricte. Il créa aussi une cavalerie légère armée de puissants arcs composites (les étriers n'existaient pas encore à cette époque). Son campement était situé au sud-est des monts Khangai, au centre de la Mongolie.

En -200, les Xiongnu parvinrent à encercler Liu Bang, le fondateur de la dynastie Han. Deux ans plus tard, un traité de paix fut signé avec la Chine. Les Xiongnu reconnaissaient la souveraineté des Han sur tous les territoires au sud de la Grande Muraille, mais en échange les Han devaient donner une princesse en mariage au shanyu et fournir une grande quantité de soie, de produits artisanaux, de riz et d'or. C'est une sorte de tribut à payer pour avoir la paix.

Modu remporta une victoire contre les Yuezhi (月氏) en -176. Il s'agissait de Tokhariens, originaires de l'ouest de la province de Gansu, qui avaient fondé le premier empire connu de l'Asie centrale. Selon une histoire peut-être en partie légendaire, Modu avait été envoyé en otage chez eux sous le règne de Touman. La victoire de Modu poussa les Yuezhi à émigrer vers le Tian Shan (monts Célestes), dans l'actuel Kirghizistan, et permit aux Xiongnu de contrôler trente-neuf États de l'Asie centrale. La plupart d'entre eux étaient situés sur la Route de la soie.

Laoshang (老上, lǎoshàng), le successeur de Modu, régna jusque vers -161. Continuant la politique de son père, il remporta une victoire définitive contre les Yuezhi, les poussant à émigrer vers la Bactriane. L'empereur des Yuezhi fut tué et son crâne fut transformé en une coupe à boire.

L'empereur Wudi (漢武帝) de la dynastie Han envoya l'ambassadeur Zhang Qian (張騫) chez les Yuezhi pour obtenir leur alliance contre les Xiongnu. Comme Zhang Qian devait traverser le territoire des Xiongnu pour se rendre en Bactriane, il fut capturé par eux et resta dix ans prisonnier. Il s'échappa et arriva chez les Yuezhi vers -128, mais il échoua dans sa mission diplomatique. Sur le chemin du retour, il fut de nouveau capturé. Il ne resta prisonnier qu'un an, puis il revint en Chine.

Wudi infligea par ailleurs de sévères défaites aux Xiongnu. En -121, ceux-ci furent délogés du Gansu et ce territoire tomba définitivement dans le giron de la Chine. Ils se redressèrent à la fin du règne de Wudi, vers -90.

Leur empire commença à perdre sa puissance à partir de -80, avec la scission des Wusun, un puissant peuple nomade du Tian Shan qui avait été soumis lors de la victoire de Modu sur les Yuezhi. Deux autres peuples vassaux, les Dingling et les Wuhuan, se rebellèrent en -62. Plus tard, deux frères se proclamèrent shanyu et entrèrent en lutte. L'un d’eux, Huhanye, se soumit aux Chinois en -53 et forma une sorte d'État tampon au sud de la Mongolie. Il put occuper le nord de ce pays en -48 et il mourut dans la région d'Oulan-Bator après avoir épousé en -33 la princesse chinoise Wang Zhaojun. Après la mort de Huhanye, les Xiongnu se scindèrent en deux factions et celle du Sud, constituée de huit tribus, fit définitivement allégeance aux Chinois. Elle s'installa dans l'actuelle Mongolie-Intérieure. Dès lors, les Xiongnu commencèrent à devenir moins redoutables pour les Chinois. En 89 et en 90, ils effectuèrent encore quelques incursions en Chine, mais les troupes impériales les repoussèrent. Ils furent écrasés en 91 ; le shanyu s'enfuit et toute sa famille fut capturée et emmenée en Chine.

En 155, un chef du peuple xianbei (鮮卑), appelé Tanshihuai par les Chinois, fonda en Mongolie un puissant État et cent mille familles xiongnu se rallièrent à lui. Les Xianbei fondèrent par la suite la dynastie Wei du Nord (北魏) qui domina pendant plus d'un siècle l'ensemble de la Chine du Nord.

La société xiongnu[modifier | modifier le code]

Les Xiongnu étaient des pasteurs semi-nomades, éleveurs de chevaux et de bœufs. Ils utilisaient probablement déjà la yourte, habitation toujours en usage chez les nomades de l'Asie centrale. Ils construisaient des habitations semi-troglodytiques ; pratiquaient des chasses collectives et utilisaient des faucons. La terre était cultivée par les prisonniers de guerre : des Chinois ou des hommes originaires des oasis de l'Asie centrale. Ces captifs effectuaient également des travaux artisanaux.

D'après les sources chinoises, les Xiongnu étaient divisés en vingt-quatre tribus, elles-mêmes subdivisées en clans et familles patrilinéaires. Les principaux clans sont : Huyan, Xubu et Luandi. La société était divisée en classes, comprenant des aristocrates, divisés en une noblesse de sang apparentée au shanyu et une noblesse de talent, et des hommes du peuple. Autour du shanyu, au pouvoir héréditaire mais non absolu, gravitaient des princes répartis en différents grades. Le souverain ne pouvait prendre son épouse que dans un nombre limité de clans. Les Xiongnu pratiquaient la polygamie et le lévirat.

Plusieurs peuples étrangers avaient été intégrés dans l'empire des Xiongnu. C'est peut-être le cas des Huns, s'ils n'étaient pas identiques aux Xiongnu, et cela pourrait expliquer qu'ils aient porté le nom de leurs anciens maîtres. Il en était probablement de même des Hephthalites, considérés comme des « Huns blancs » alors qu'ils n'étaient certainement pas apparentés aux Xiongnu ou aux Huns.

Les Xiongnu avaient de véritables institutions judiciaires. Les criminels étaient jugés lors de procès qui ne duraient jamais plus de dix jours. Les punitions appliquées étaient l'exécution, la confiscation des biens ou la mutilation. La violation de la discipline militaire était punie de mort. Les soldats étaient répartis en unités de dix hommes. Dix de ces unités formaient une centaine, dix centaines formaient un millier et dix milliers constituaient ce que les Mongols appellent un tümän. C'était une organisation militaire très courante en Asie centrale. Les femmes montaient à cheval et participaient à des actions de défense ainsi qu'à l'entraînement des enfants.

Fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

L'anthropologue russe Yu. D. Tal’ko Gryntsevitch serait le premier, entre 1896 et 1902, à mener des fouilles sur les tombes des Xiongnu. En 1924 et 1925, l’expédition mongolo-tibétaine du capitaine soviétique Piotr Kouzmitch Kozlov met à jour d'importants vestige, en Mongolie septentrionale, en fouillant 12 kourganes de la nécropole de Noïn Ula (en). Les soieries et laques han, parmi lesquelles une coupe datée de la kourgane n°6 font penser qu'il s'agit d'une tombe princière. Cela pourrait être celle du chanyu Wuzhuliuoruodi mort en l'an 13[6].

Les deux sites de Egiin Gol, dans le Nord de la Mongolie, puis la nécropole aristocratique Xiongnu découverte à Gol Mod, dans le Nord de l'aïmag d'Arkhangaï, près de la rivière Khunnu on permit dans les années 1990 et 2000 d'avancer dans la compréhension de ces peuples. Sur ces sites, le sol est sableux et herbeux, on peut y trouver boulot et mélèzes, daims, cerfs, chevreuils, élans, loups[7],[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Corinne Debaine-Francfort, Entre l'Empire du Milieu et le cœur de l'Asie. Etudes pluridisciplinaires du Néolithique final à l'Antiquité , Mémoire ou thèse (version d'origine), Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2010. 7 volumes : (258, 440, 129 f., pagination multiple, 159, 245, 435 p.) (référence : catalogue SUDOC)
  • René Grousset, L'Empire des steppes, Payot, Paris, 1939, 639 pages.
  • Louis Hambis, « Langues et littératures turco-mongoles », in Encyclopedia Universalis.
  • N. Ishjamts, « Nomads in eastern Central Asia », History of Civilizations of Central Asia, Volume II, The development of sedentary and nomadic civilizations: 700 B.C. to A.D. 250, UNESCO Publishing, 1996.
  • Otto Maenchen-Helfen, The world of the Huns, Berkeley, 1973.
  • Étienne de la Vaissière, « Huns et Xiongnu », in Central Asiatic Journal, 2005-1, p. 3-26.
  • Jean-Paul Desroches (commissaire), Mongolie, le premier empire des steppes exposition,: Monaco, Grimaldi Forum, 12 avril-2 mai 2003, Paris, Musée national des arts asiatiques-Guimet, 29 avril-19 mai 2003, Musée des beaux-arts d'Oulan-Bator, 17 juin-17 septembre 2003, Actes Sud, Arles, 2003, 227 p., (ISBN 2-7427-4395-2)
  • Susan Whitfield (sous la dir. de), La route de la Soie. Un voyage à travers la vie et la mort, édité à l'occasion de l'exposition aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles, 2009 - 20010, Fonds Mercator, p. 207 (ISBN 978-90-6153-892-9) Sur les Xiongnu : pages 53-63.
  • Docteur Adolphe Bloch, « De l'origine des Turcs et en particulier des Osmanlis », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Année 1915, Volume 6, Numéro 6-3, pp. 158-168 », Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris,‎ (lire en ligne)
  • Juliana Holotová Szinek, « L’organisation sociale et économique des Xiongnu de Mongolie. Interprétation des sources archéologiques et textuelles (iiie siècle avant notre ère –iiie siècle de notre ère) », Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines,‎ (lire en ligne)


Vidéographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. De l'origine des turcs et en particulier des Osmanlis . Dr Adolphe Bloche
  2. Pritsak 1959
  3. Wink 2002: 60-61
  4. Hucker 1975: 136
  5. Craig Benjamin (2007, 49), In: Hyun Jin Kim, The Huns, Rome and the Birth of Europe. Cambridge University Press. 2013. page 176.
  6. « Quelques jalons de l'archéologie xiongnu au 20e siècle », sur Gol Mod — Mission archéologique française en Mongolie
  7. Jean-Paul Desroches, Guilhem André, « Une tombe princière Xiongnu à Gol Mod, Mongolie (campagnes de fouilles 2000-2001) », Arts asiatiques,‎
  8. Jean-Paul Desroches, « Que savons-nous des Khunnu, maîtres de la Mongolie du IIIe siècle avant notre ère au IIe siècle de notre ère ? », Archives audiovisuelle de la recherche

Articles connexes[modifier | modifier le code]