Dynastie Wei du Nord

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Dynastie Wei du Nord
北魏 (zh)

386534

Description de cette image, également commentée ci-après

Territoire approximatif des Wei du Nord (en bleu) et des Song du Sud (en rouge) vers 440.

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Pingcheng, puis Luoyang
Religion Bouddhisme
Histoire et événements
386 Fondation
439 Réunification de la Chine du Nord
523 Guerre civile
534 Scission en Wei de l'Ouest et Wei de l'Est
Empereurs
(1er) 386-409 Daowudi
(Der) 532-534 Xiaowudi

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Les Wei du Nord ou Bei Wei (北魏) sont une dynastie des périodes des Seize Royaumes (316-439) et des Dynasties du Nord et du Sud (420-589), qui régna en Chine du Nord de 386 à 534.

Elle fut fondée par un peuple turc, les Tabghatch, appelés encore Tuoba en pinyin[1], qui font eux-mêmes partie du peuple appelé Xianbei par les sources chinoises médiévales, comprenant également d'autres groupes (comme les Murong). Dominant au départ le nord du Shanxi actuel, ils réunifient toute la Chine du Nord en 439. Ils luttent également avec les Ruanruan. La dynastie Wei eut d'abord sa capitale à Pingcheng (Datong) puis, à partir de 494, à Luoyang. Progressivement, elle se sinise et adopte le bouddhisme[2].

En 523, éclate une guerre civile entre l'aristocratie sinisée et les Tabghatch fidèles à la culture des steppes. En conséquence, la dynastie éclata en deux branches en 534 : les Wei de l'Ouest (Xi Wei), représentant les Turcs sinisés[3], en Chine du Nord-Ouest (trois empereurs) et les Wei de l'Est (Dong Wei), en Chine du Nord-Est (un seul empereur).

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et conquêtes[modifier | modifier le code]

Les premières traces des Tuoba dans les sources chinoises remontent au milieu du IIIe siècle dans la région des monts Xing'an, dans l'actuel nord-est de la Chine (Mongolie Intérieure et Heilongjiang), à proximité des autres groupes composant la vaste nébuleuse des Xianbei. Leur chef, Tuoba Liwei (v. 220-277) s'établit dans la cité de Shengle en 258. C'est là que les Tuoba forment un embryon d’État, reconnu par l'empereur des Jin occidentaux en 315, qui octroie au chef Tuoba le titre de « Prince de Dai ».

L’État de Dai poursuit son existence sous le règne de Tuoba Shiyiqian (338-376) durant les débuts de l'époque des Seize Royaumes qui succède à celle des Jin occidentaux, ère marquée par une forte instabilité politique et des conflits militaires récurrents entre généraux issus pour la plupart des peuples venus du Nord. En 376, il est vaincu et annexé par Fú Jiān, le souverain des Qin antérieurs. Mais ce dernier s'effondre dès 383, permettant à Tuoba Gui (383-409) de recouvrer l'indépendance pour son peuple. Il fonde alors la dynastie des Wei du Nord, et s'émancipe de la tutelle que tentent d'exercer sur lui les souverains d'un autre groupe issu des Xianbei, les Murong des Yan postérieurs, avant de les défaire et d'annexer leur royaume dans les années 390. Il établit sa capitale à Pingcheng (aujourd'hui Datong dans le Shanxi) vers 398-399. À sa mort en 409, lui succède par son fils Tuoba Si (409-423), qui joue un rôle effacé sur le plan militaire. Néanmoins ces années sont déterminantes pour le devenir des Wei du Nord, puisqu'elles voient les armées de l’État méridional des Jin orientaux, dirigées par Liu Yu, vaincre la plupart des dynasties du Nord de la Chine, sans jamais tenter quoi que ce soit contre les Wei qui sont hors de sa portée en raison de leur situation excentrée.

Une fois les troupes du Sud reparties après 420, le nouveau souverain des Wei, Tuoba Tao (423-452) profite de la stabilité et de la relative prospérité dont son État a joui dans les décennies précédentes et de la mort de la plupart des généraux de valeur des dynasties ennemies pour les soumettre chacune à leur tour : les Xia entre 427 et 431 (le coup de grâce leur étant porté par une autre tribu xianbei alliée des Wei, les Tuyuhun), les Yan du Nord en 436, les Liang du Nord en 439. Cette date marque le début de la domination des Wei sur la Chine du Nord, ne laissant face à eux que la dynastie des Song du Sud, d'origine chinoise, qui occupait la moitié méridionale de la Chine. Dans les années 450-451, Tuoba Tao lance ses troupes vers le Sud, et réussit à investir la vallée de la Huai qui est ravagée, mais bat ensuite en retraite. Il est assassiné en 452 à l'instigation de l'eunuque Zong Ai, qui a été impliqué dans des fausses accusations à l'encontre de l'héritier présomptif Tuoba Huang, qui avaient sans doute causé indirectement la mort de ce dernier de maladie en 451. Zong Ai met sur le trône un autre prince, Tuoba Yu, qu'il fait rapidement exécuter, avant d'être mis à mort par des hauts dignitaires du royaume qui installent Tuoba Jun (Wenchengdi, 452-465) au pouvoir.

L'époque des réformes[modifier | modifier le code]

En 465 monte sur le trône Tuoba Hong (Xianwendi, 465-471). Alors âgé de 11 ans, la régence est assurée par sa belle-mère l'impératrice douairière Feng, avant qu'il ne prenne lui-même les rênes du pouvoir. Personnalité atypique attiré par les études savantes, il choisit en 471 de laisser le pouvoir, devenant un empereur retiré, et le trône est laissé à son fils lui aussi appelé Tuoba Hong (Xiaowendi, 471-499). L'empereur retiré continue pourtant à participer aux décisions majeures, mais l'influence de sa belle-mère Feng reste forte, et il est en conflit avec elle depuis qu'il a décidé la mise à mort de son amant. C'est à l'instigation de celle-ci qu'il est assassiné en 476, lui permettant de devenir une seconde fois régente de l'empire. Dirigeante capable et active tout autant qu'autoritaire, Feng poursuit la consolidation des structures de l'empire des Wei, entamant une série d'importantes réformes auxquelles Xiaowendi (avec qui elle n'est semble-t-il jamais entré en conflit) est progressivement associé à partir de 483, puis seul à partir de 490 quand elle décède. Par la suite les mesures prennent pour vocation la transformation de la dynastie des Wei en véritable État « chinois », à l'encontre de son héritage « barbare ». Les plus importantes mesures prises entre 480 et 499, date du décès de Xiaowendi, sont les suivantes[4] :

  • 480 : abolition du culte indigène (suppression de 1200 sanctuaires) et institution du culte impérial chinois (mingtang et taimiao) ;
  • 483 : interdiction du mariage entre familles de même nom, ce qui revient à favoriser les mariages mixtes (Chinois-Xianbei) ;
  • 485 : réforme agraire ;
  • 486 : institution du recensement de la population à l'aide d'une administration locale créée à cet effet ;
  • 486-489 : adoption du régime chinois des robes, des voitures d'apparat, etc. ;
  • 489 : culte de Confucius ;
  • 491 : délibération du nouveau Code pénal, promulgué en 492 ;
  • 494 : transfert de la capitale de l'extrême nord du Shanxi (résidence des Wei depuis 396) à Luoyang, ancienne capitale des Han (entr'autres), en pays proprement chinois dans la plaine centrale ; interdiction des costumes barbares ;
  • 495 : interdiction de la langue barbare (xianbei) à la cour sous peine de dégradation ;
  • 496 : adoption de noms de famille chinois (par exemple la maison royale Tuoba s'appelle désormais Yuan).

L'époque des révoltes[modifier | modifier le code]

Ces mesures lourdes sont vues par une partie de l'élite xianbei traditionaliste comme un reniement de leur identité, et suscitent un mécontentement important. Cela se renforce dans les premières années du VIe siècle qui voient leurs effets se manifester de plus en plus clairement, se traduisant en particulier par une coupure grandissante entre les généraux et les troupes établies dans les garnisons de la frontière Nord de l'empire, région qu'ils considèrent comme leur foyer, et les élites xianbei sinisées et leurs alliés Chinois établis à Luoyang. L'incompréhension croissante entre les deux se transforme peu à peu en tensions, et l'explosion se produit en 523 à la suite d'une crise autour de l'approvisionnement des garnisons du Nord, qui se soulèvent : c'est la révolte des « Six garnisons », d'après les six postes frontaliers qui en sont à l'origine.

La stabilité remarquable qui avait permis aux Wei du Nord de faire de leur empire un des plus puissants depuis la chute des Han s'effondre alors. Certes la révolte des Six garnisons est matée dès 525, avec l'appui des Ruanruan, contre lesquels elles avaient défendu l'empire pendant plusieurs décennies. Mais en 528 la cour tombe à son tour dans les troubles, avec l'assassinat de l'empereur Xiaomingdi à l'instigation de l'impératrice douairière Hu, qui place sur le trône un empereur fantoche, Yuan Zhao. Cela entraîne le soulèvement d'Erzhou Rong, un général d'ethnie Qifu, qui prend Luoyang, tue l'empereur et l'impératrice douairière puis massacre une grande partie de l'aristocratie de la capitale. Les années qui suivent voient les troubles se poursuivre : Erzhu Rong vainc plusieurs adversaires, dont le prince Yuan Hao qui bénéficie de l'appui de la dynastie méridionale des Liang, avant d'être battu à son tour en 530 par le prince Yuan Ziyou, qui monte sur le trône sous le nom de Xiaozhuangdi. Dès 531, ce dernier est tué par Erzhu Zhao, le neveu du général défunt, qui se taille un domaine dans l'actuel Shanxi.

La division[modifier | modifier le code]

Quand environ 100 000 sujets d'Erzhu Zhao demandent à quitter son royaume frappé par la disette, ils sont accueillis dans le Hebei par Gao Huan, le préfet de Jinzhou, qui voit en eux un moyen de renforcer sa position alors que l'influence de la cour des Wei est en pleine décrépitude. Il se constitue une armée avec laquelle il défait le clan des Erzhu, et intègre leur domaine au sien. L'empereur Xiaowudi s'enfuit alors (en 532) à Chang'an, dans l'Est de l'empire et hors de portée de Gao Huan, mais se retrouve placé sous la tutelle d'un autre général, Yuwen Tai, d'origine Xiongnu mais dont la famille est depuis longtemps au service des Tuoba. En effet, plutôt que de fonder leur propre dynastie, les deux grands généraux préfèrent conserver des souverains fantoches : Gao Huan prend sous sa coupe un autre prince des Wei, Yuan Shanjian, qu'il fait empereur en 534 et établit à Ye, Luoyang étant trop dévastée pour servir de capitale.

L'empire des Wei du Nord est alors divisé en deux entités, connues sous le nom de Wei de l'Est et Wei de l'Ouest. Si le premier est en principe plus puissant que le second par le fait qu'il domine des régions plus riches et plus peuplées, le sort des armes ne lui est pourtant pas favorable : en 537, Gao Huan essuie une lourde défaite quand il tente de soumettre l'Ouest. Il meurt en 547, sans avoir pu reconstituer l'empire des Wei du Nord. Son fils Gao Yang choisit en 550 de destituer l'empereur des Wei, et de monter en personne sur le trône, fondant la dynastie des Qi du Nord. À l'Ouest, c'est de la même manière que le fils de Yuwen Tai, Yuwen Jue, devient le premier empereur des Zhou du Nord en 557, même si de fait le pouvoir est exercé par son cousin Yuwen Hu qui fait et défait les empereurs dans les années qui suivent, avant d'être tué en 570 à l'instigation d'une de ses créatures, Yuwen Yong. Ce dernier consolide les structures des Zhou du Nord, en particulier son armée, qui devient plus puissante que celle des Qi du Nord, qu'il soumet en 577.

Ce n'est pourtant pas le lignage de Yuwen Tai qui profite de ses succès, car après sa mort en 578 son empire tombe sous la coupe d'un de ses principaux généraux, Yang Jian, qui fonde en 581 la dynastie Sui puis réunifie la Chine en 589 quand ses troupes soumettent le Sud (alors dominé par la dynastie Chen).

Gouvernement et société[modifier | modifier le code]

Élites militaires et administratives[modifier | modifier le code]

Émergeant dans le contexte troublé des Seize Royaumes, la dynastie des Wei du Nord est représentative des royaumes de cette époque : elle est fondée par un groupe militaire d'origine non-Han, les Tuoba d'ethnie Xianbei, regroupés autour d'un chefs de guerres remarquables, en l'occurrence Tuoba Gui et surtout Tuoba Tao, qui connaît un succès sans précédant puisqu'il élimine les autres royaumes septentrionaux, ce qu'aucun autre monarque « barbare » n'avait su faire avant lui. De la même manière que bien d'autres monarques des Seize Royaumes, ils s'appuient sur des lettrés d'origine Han pour organiser leur État sur un modèle chinois, toujours regardé comme supérieur. Tuoba Gui, avait ainsi fait appel à Cui Hong (m. 418), issu du prestigieux clan des Cui de Qinghe, qui fut son conseiller lorsqu'il prit le nom dynastique de Wei au lieu de Dai et réorganisa son administration. Ses successeurs Tuoba Si et Tuoba Tao firent à leur tour appel à un représentant de ce lignage, Cui Hao (m. 450), qui participa notamment à la rédaction d'un nouveau code de lois[5]. L'élite de l'empire des Wei, en principe dominée par les Xianbei, surtout les Tuoba, fut en fait assez rapidement plurielle, notamment à la suite d'union matrimoniales entre les différentes ethnies composant l'empire. Plusieurs impératrices furent ainsi issues du clan Han des Feng, descendant des souverains des Yan postérieurs, en premier lieu l'impératrice douairière Feng[6]. Xiaowendi, dont la mère était une concubine d'origine Han, fut le principal artisan de la sinisation de l'empire qui accompagna d'importantes réformes, entreprises notamment par son ministre Li Chong qui supervisa un nouveau code de lois, réforma la fiscalité et participa à la planification de la reconstruction de Luoyang[7].

Les institutions des Wei du Nord sont organisées suivant le modèle fourni par les États antérieurs de la période de division, eux-mêmes inspirés par les Han, donc d'inspiration chinoise. L'administration centrale est traditionnellement constituée du Secrétariat impérial (zhongshu sheng)[8], de la Chancellerie (menxia sheng)[9], les principaux centres de décision (surtout le second), conseillant l'empereur, et le Département des Affaires d’État (shangshu sheng) qui pilotait les ministères (cao), au nombre et aux fonctions variables[10]. Les principaux bureaux administratifs et l'état-major de l'armée étaient dirigés par des hauts personnages, parmi lesquels ont distinguait les « Huit Ducs » (bagong ; c'est une originalité des Wei, car traditionnellement on en distinguait trois), qui étaient aussi les principaux conseillers de l'empereur. Dans les faits, ce modèle institutionnel n'est jamais strictement appliqué, puisque les conditions d'exercice du pouvoir varient suivant les situations, en fonction du profil du gouvernant (chef de guerre, jeune empereur non guerrier, impératrice douairière, régent).

Ayant réussi à constituer un État plus stable que ceux qui l'avaient précédé durant la période des Seize Royaumes, les Wei réussirent à la suite de leurs différentes réformes à modifier la structure de leur empire, reposant de moins en moins sur son élite nomade et reprenant plus les aspects d'un empire chinois traditionnel, reposant sur la légitimité dynastique, et moins les relations personnelles et le sort des armes[11]. Les limites de la politique de sinisation et de réorganisation de l'armée furent néanmoins fatales à cet empire, et les révoltes des années 520 le firent retomber dans un schéma habituel durant l'époque des dynasties du Nord, dans lequel la succession des combats favorise l'ascension de chefs de guerre, souvent d'origine non-Han à même de prendre le pouvoir et d'instaurer une nouvelle dynastie (Erzhu Rong, Gao Huan, Yuwen Tai) elle-même marquée par l'instabilité car dépendant du succès militaire[12].

Les garnisons militaires[modifier | modifier le code]

Les Wei du Nord ont connu leur succès en s'appuyant sur une armée puissante, formée au IVe siècle au cours de luttes contre les autres peuples de la steppe, qui leur ont permis de se tailler un territoire important dans celle-ci, et d'incorporer à leur armée de nombreux soldats et des chevaux, servant de base à leur puissance[13]. L'armée est contrôlée par l'élite militaire xianbei, et comprend aussi des éléments issus des autres peuples des steppes, mais reste assez peu sinisée. Elle est essentielle dans le contrôle du territoire impérial, qui repose sur un maillage de garnisons militaires[14].

À partir du moment où la capitale est déplacée à Luoyang dans la Plaine centrale chinoise, loin de la steppe, l'armée est divisée entre les garnisons établies dans la nouvelle capitale, et celles qui sont laissées pour garder la frontière Nord, face aux Ruanruan, appelées les « Six garnisons » (liuzhen) d'après le nom des six principaux camps militaires (d'est en ouest : Woye, Huaishuo, Wuchuan, Fuming, Rouxuan et Huaihuang), établis en Mongolie Intérieure et au Hebei, au cœur de zones de pâtures très disputées et essentielles pour la puissance militaire. Les troupes étaient constituées essentiellement de Xianbei, qui occupaient les fonctions de direction, et d'autres peuples turcophones comme les Gaoju et les Xiongnu qui préservaient leur organisation tribale et leur mode de vie nomade tout en étant attachés aux garnisons, ainsi que des Man qui avaient été déportés depuis le Sud de l'empire. Des paysans chinois y avaient été installés afin de produire la nourriture nécessaire à l'entretien des troupes, suivant le principe des colonies militaires (tuntian) hérité de l'empire des Cao-Wei, ainsi que des administrateurs issus des élites locales chinoises. Les garnisons contrôlaient des fortins secondaires (shu). Leur fonction était au départ surtout de servir de bases pour des expéditions préventives face aux Ruanruan, puis elles furent de plus en plus confinées à un rôle défensif[15]. Les archéologues ont repérés en Mongolie Intérieure plusieurs fortins situés sur la frontière Nord et datant sans doute de cette période, qui n'ont cependant que rarement fait l'objet de fouilles. Buzigucheng (Wuchuan ?), Tuchengzi (Fuming ?), Tuchengliang (Rouxuan ?), Shiziwan, Tuchengzi sont des établissements quadrangulaires de 130 à 800 mètres de côté, protégés par une muraille en terre damée et des tours sur chaque côté. À Shiziwan a été repérée une terrasse (45 × 85 m) ayant sans doute supporté un édifice administratif. Le plus important des ces sites est Chengkulue, près de Baotou, qui pourrait correspondre à l'ancienne garnison de Huaishao, contrôlant le principal axe de communication allant du nord vers le sud dans la région. Il est plus vaste (1 300 × 1 100 m), établi sur une hauteur, son enceinte comprend cinq côtés et est défendue par des tours situées aux portes et aux angles[16].

Les communautés des garnisons du Nord furent peu à peu mises à l'écart par l'élite de l'empire établie à Luoyang. Lors d'une réorganisation du système de rangs sociaux, les soldats des garnisons, issus souvent de familles illustres des tribus xianbei, furent mis dans la même catégorie que les groupes serviles de leurs communautés, descendants de prisonniers déportés. Pourtant les soldats de l'élite xianbei des garnisons du Nord restèrent fidèles au pouvoir central, puisque la révolte des Six garnisons, survenue dans un contexte de sécheresse et de disette, semble surtout avoir été le fait de soldats de second rang des fortins et non pas des postes de commandement, et comprenait au départ surtout des Xiongnu et Gaoju, avant de s'étendre à la suite de l'échec d'une expédition de représailles contre les Ruanruan. La plupart des fortins et des garnisons sombrèrent dans la révolte, et une grande partie de leur population s'enfuit en direction de Luoyang, propageant la révolte plus loin. Le système des Six garnisons s'effondra dans ces années, précédant de peu l'empire[17].

Les réformes agraires[modifier | modifier le code]

Les Wei du Nord mirent en place à partir des années 470 une politique de dotation des monastères bouddhistes en terres et en hommes (serfs et esclaves pris parmi les condamnés ou les prisonniers de guerre) sur des terres laissées en friche, souvent sur les terroirs les plus secs où seul le millet poussait convenablement. Il était attendu que les produits de ces domaines puissent notamment être employés en période de famine, suivant l'idéal de charité bouddhiste qui devait alors se substituer aux mesures de protection traditionnellement dévolues aux États[18].

En 485-486, période des grandes réformes de l'empereur Xiaowendi, fut initiée la politique des « champs égalitaires » (juntian) : les domaines étatiques furent divisés en lots concédés à des paysans suivant la taille de leur maisonnée, charge à eux de payer en échange des taxes au gouvernement, sous peine de se voir confisquer les terres qui restaient la propriété de l’État. Le but de cette mesure était sans doute la mise en culture de nouvelles terres, et peut-être aussi de lutter contre la concentration des terres au profit des aristocrates. Bien que reprise avec quelques modifications par les royaumes postérieurs, jusqu'aux Tang, elle n'a sans doute jamais été appliquée à grande échelle[19].

Les capitales[modifier | modifier le code]

La première capitale de la principauté de Dai et des Wei du Nord est Shengle, située au nord-ouest de Horinger en Mongolie Intérieure. Connue sous le nom de Chengle durant l'époque Han, les Xianbei s'y établissent en 258 sous Tuoba Liwei. En 313, Tuoba Yilu entreprend des travaux dans la ville, y érigeant une muraille rectangulaire. Par la suite la ville est rebâtie à deux reprises sur des sites au sud du premier établissement, en 337 puis en 340. On suppose que les villes murées sont surtout occupées par des Chinois, les Xianbei restant à ces périodes avant tout nomades[20]. Dès 313, une capitale méridionale des Xianbei est établie à Pingcheng, près de Datong dans le Shanxi. Les Wei du Nord en font leur seule capitale en 399. Le site a fait l'objet de fouilles superficielles, qui ont permis de repérer l'organisation classique des villes du Haut Moyen Âge chinois : la ville est divisée entre une zone palatiale au Nord, et une ville résidentielle au Sud, divisée en quartiers isolés, comprenant des parcs et de nombreux temples[21].

En 494, Xiaowendi décide de déplacer sa capitale à Luoyang, dans le cadre de sa politique de sinisation du royaume, car c'est une ancienne capitale des Han et des Jin occidentaux, mise à sac en 311 à la chute de ces derniers et en ruines depuis. La planification est d'ailleurs confiée à Li Chong, un Han, et largement inspirée par le modèle de Jiankang, la capitale des dynasties du Sud[22]. Luoyang est donc une (re-)fondation artificielle, l'exemple le plus manifeste de la fonction essentiellement politique des villes-capitales du Nord durant l'époque de division. De puissantes murailles furent érigées, protégées par des bastions en certains endroits, ainsi que par de véritables citadelles au nord-ouest, servant peut-être de résidences surveillées pour les empereurs déposés. La zone centrale, défendue par ses propres murailles, comprenait de manière classique plusieurs palais, les secteurs administratifs, les résidences de la famille impériale ainsi que des temples. La ville extérieure, s'étendant surtout à l'ouest et à l'est de la partie centrale en raison de la présence d'une rivière au sud et de collines au nord, disposait elle aussi de murailles, s'étendait sur un très vaste espace puisqu'elle comprenait 220 quartiers, ainsi que deux grands marchés ; la zone sud comprenait l'Académie impériale, des espaces rituels, ainsi que les quartiers des étrangers, qui donnaient une coloration cosmopolite à la cité[23].

Peuplée par les habitants déplacés depuis Pingcheng et de plusieurs villes provinciales, Luoyang était dominée dans sa vie comme dans son paysage par le secteur impérial et administratif, qui dirigeait de nombreux ateliers publics, occupant des quartiers spécifiques et travaillant pour les besoins du royaume et de ses élites (fonderies, ateliers de tissage, de céramique, de travail du bois, de production d'alcool, orfèvrerie, etc.). Les aristocrates habitaient de vastes résidences, signalées par leurs grandes portes, et disposant de plus en plus de jardins que goûtaient particulièrement les élites de l'époque. La pléthore de monastères bouddhistes qui y avaient été érigés était l'autre grande caractéristique du paysage de cette capitale, dont le Mémoire sur les monastères bouddhistes de Luoyang de Yang Xuanzhi[24] a laissé une longue description. Les grandes fêtes bouddhistes étaient des événements majeurs de la vie de cette cité. Le secteur impérial, l'aristocratie et les monastères tiraient leurs revenus de domaines situés autour de la capitale et travaillés par des dépendants et esclaves qui avaient été eux aussi implantés de force au moment de la refondation de la capitale, confirmant l'aspect artificiel de celle-ci, entièrement lié à la volonté du gouvernement[25]. La splendeur de Luoyang fut d'ailleurs courte : elle est mise à sac en 528 lors de la rébellion d'Erzhou Rong, et en 534 les Wei de l'Est s'établirent à Ye, après avoir démantelé le palais, et dans les années suivantes elle tomba en ruines[22].

Littérature[modifier | modifier le code]

La littérature de la période des dynasties du Nord est peu conservée, car elle n'a pas été incluse dans les anthologies postérieures datées de l'ère Tang, qui lui ont préféré les réalisations des auteurs contemporains des dynasties du Sud. Il est d'ailleurs généralement considéré que les auteurs du Nord étaient fortement influencés par ceux du Sud, en particulier les poètes de la cour des Liang. La littérature de la période des Wei du Nord est surtout préservée par le Livre des Wei (Wei Shu), œuvre de Wei Shou (506-572), écrivain de la cour des Qi du Nord et lui-même reconnu comme une des « talents du Nord », les plus brillants poètes de l'ère des dynasties du Nord, excellant surtout dans les poèmes en prose. Les deux autres membres de ce groupe ont vécu entre la fin des Wei du Nord et le début des dynasties qui les ont suivies : Wen Zisheng (495-547) et Xing Shao (496-561). Avant eux, d'autres écrivains s'étaient distingués à la cour des Wei du Nord : le ministre Gao You (390-487), qui a rédigé des poèmes du type appelé fu, Cui Hong (?-527) qui rédigea une histoire des Seize Royaumes (les Printemps et Automnes des Seize Royaumes, Shiliu guo Chunqiu) Li Daoyuan (?-527), auteur d'un Commentaire du Classique des rivières (Shuijing zhu). Des chansons de cour en xianbei avaient également été couchées par écrit, mais elles ont été perdues après l'époque des Tang[26].

Les arts sous la dynastie des Wei du Nord[modifier | modifier le code]

L'art bouddhique[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle[28] a lieu un vaste mouvement de traductions en chinois des textes religieux bouddhiques. De plus, l'unité de l'empire des Wei du Nord favorise la diffusion du Bouddhisme, qui est adopté par la suite comme religion officiel de la dynastie. C'est dans ce contexte que se développe l'art bouddhique en Chine. Celui-ci connaitra plusieurs formes d'expressions.

Sur les conseils du moine Tanyao, le souverain Wen Chang amorce, après le rétablissement du Bouddhisme comme religion officielle en 452, une vaste campagne d'aménagement de grottes. Le site des grottes de Mogao à Dunhuang voit ainsi l'aménagement de dix grottes bouddhiques, reconnues pour leurs sculptures et leurs peintures. Sur ces peintures, on représente majoritairement le thèmes des jataka (vie antérieures du Bouddha), qui mettent en avant les qualités essentielles pour devenir un bodhisattva. On y trouve par exemple la jataka du Roi de Shivi, qui illustre le dont de soi. Les couleurs, limitées au rouge, au brun, au blanc et au vert, sont posées en aplat et cernées par un épais trait de contour. Les volumes sont plutôt ronds. L'usage des riches bijoux et des guirlandes de fleurs témoignent de la forte influence du monde indien, aux portes duquel se trouve le site de Dunhuang. Les plans sont superposées et les scènes, vue à vol d'oiseau, se développent en registres.

À côté des peintures, il se trouve que les premiers témoignages d'art bouddhique sont en bronze. Même si beaucoup d'objets ont aujourd'hui disparus car refondus, les bronzes dorés tenaient une grande place dans la production. On distingue plusieurs phases. La première, comme on peut le voir sur le Bouddha assis du Musée d'art asiatique de San Francisco, est marquée par des traits du visage particulièrement doux et un canon général encore très rond. Cette phase est influencée par l'art du Gandhara au Pakistan et en Afghanistan. La seconde phase, comme en témoigne l'autel dédié à Maitreya au Metropolitan Museum of Art de New York, est caractérisée par un tout autre canon, beaucoup plus élancé et étiré. Le corps et ses volumes sont moins prononcés, et le visage est beaucoup plus anguleux. Les plis des vêtements sont plus dynamiques et graphiques. Cette phase dénote un style bouddhique sinisé. Il se retrouve dans le groupe des Bouddhas Prabhûtaratna et Sâkyamuni dite « la Conversation mystique » du musée Guimet[29].

Cette évolution du style bouddhique se retrouve dans la sculpture des grottes bouddhiques. On a ainsi deux phases pour l'art bouddhique chinois à cette période. La première est incarnée par le site des grottes de Yungang dans le Shanxi, comme en témoigne le Bouddha rupestre monumental de la grotte no 20. Comme pour la première phase des bronzes, le canon est rond et robuste. Le visage est tout en rondeur, et les yeux, grands, sont ouverts. Le corps, sous des vêtements à l'indienne, est très présent. Avec le changement de capitale des Wei pour la ville de Luoyang, le style bouddhique devient plus dynamique. C'est ce qu'on peut voir sur le site des grottes de Longmen, qui marque la deuxième phase du style bouddhique. Les figures sont élancées, et le corps, aplati, est dissimulé sous les grands plis des vêtements. Ce style sinisé, beaucoup plus graphique, est caractérisé par ses yeux fermés.

Chronologie politique de la période[modifier | modifier le code]

La période de désunion
« Trois Royaumes » 220-280 : 60 ans
Chine du Nord : Wei à Luoyang Chine du Sud-Ouest: Shu, Chine du Sud-Est : Wu
brève réunification : Jin occidentaux à Luoyang 265-316 : 51 ans
nouvelles fragmentations
au Nord : « Seize Royaumes » : 304-439 : 135 ans au Sud : Jin orientaux 317-420 : 103 ans
« Dynasties du Nord » « Dynasties du Sud »
Wei du Nord 386-534 : 148 ans Liu Song 420-479 : 59 ans
Wei de l'Est 534-550 : 16 ans Qi ou Qi du Sud 479-502 : 23 ans
Wei de l'Ouest 535-556 : 21 ans Liang 502-557 : 55 ans
Qi du Nord 550-577 : 27 ans Liang postérieurs, ou Liang du Sud 555-587 : 32 ans
Zhou du Nord 557-581 : 24 ans Chen 557-589 : 32 ans

Liste des empereurs[modifier | modifier le code]

  1. Daowudi (Tuoba Gui) (386-409)
  2. Mingyandi (Tuoba Si] (409-423)
  3. Taiwudi (Tuoba Tao) (423-451)
  4. Wenchengdi (Tuoba Jun) (451-465)
  5. Xianwendi (Tuoba Hong) (465-470)
  6. Xiaowendi (Yuan Hong) (471-499)
  7. Xuanwudi (Yuan Ke) (499-515)
  8. Xiaomingdi (Yuan Xe) (515-528)
  9. Xiaozhuangdi (Yuan Ziyou) (528-530)
  10. Jiemindi (Yuan Gong) (530-531)
  11. Yuan Lang (531-532)
  12. Xiaowudi (Yuan Xiu) (532-534)

À la mort de Xiaowudi en 534, la Chine du Nord est divisée en deux États (Chine du Nord-Ouest et Chine du Nord-Est).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La description du paysage, les personnages aux silhouettes minces et leur cheval décorés par de fins ornements ciselés sur cette dalle de pierre provenant d'un cercueil sont de beaux exemples du style pictural, en Chine, au cours des premières années du Vie siècle.
  2. Devant le socle : brûle-parfum tenu par un génie. Au-dessus : deux moines en adoration. Chine du Nord, Hebei, dynastie Wei du Nord (386-534). Ref. : [5] : notice dans la base Joconde, Portail des collections des musées de France.

Références[modifier | modifier le code]

  1. T'o-pa dans l'ancienne transcription EFEO.
  2. Jean Sellier, Atlas des peuples d'Asie méridionale et orientale, La Découverte, Paris, 2008, p. 136.
  3. Jean Sellier, op. cit., p. 136.
  4. Maspéro et Balazs 1967, p. 120, n. 1
  5. Xiong 2009, p. 98-99
  6. Xiong 2009, p. 154-155
  7. Xiong 2009, p. 293
  8. Xiong 2009, p. 685
  9. Xiong 2009, p. 360
  10. Xiong 2009, p. 438 et 469
  11. Lewis 2009, p. 79-81
  12. Lewis 2009, p. 81-84
  13. Graff 2002, p. 72
  14. Lewis 2009, p. 80-81
  15. Graff 2002, p. 98-99
  16. Dien 2007, p. 15-17
  17. Graff 2002, p. 99-100
  18. Lewis 2009, p. 138-139
  19. Maspéro et Balazs 1967, p. 108-110 ; Lewis 2009, p. 139-140 ; Xiong 2009, p. 144
  20. Dien 2007, p. 24 ; Xiong 2009, p. 446
  21. Dien 2007, p. 24-25 ; Xiong 2009, p. 393
  22. a et b Xiong 2009, p. 347
  23. Dien 2007, p. 25-31
  24. Yang Xuanzhi, Mémoire sur les monastères bouddhiques de Luoyang, Texte présenté, traduit et annoté par Jean-Marie Lourme, Paris, 2014
  25. Dien 2007, p. 354-355 ; Lewis 2009, p. 114-116
  26. (en) X. Tian, « From the Eastern Jin through the early Tang (317–649) », dans Kang-i Sun Chang et S. Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume 1: To 1375, Cambridge, 2010, p. 273-281
  27. Trois mille ans de peinture chinoise,ouvrage collectif, Philippe Piquier éditeur, 2003, ISBN 2-87730-667-4, pages 47-48. Et La peinture chinoise, Emmanuelle Lesbre et Liu Jianliong, hazan, 2004, ISBN 2-85025-922-5, pages 20-22.
  28. Sur toute la période : Béguin 2009, p. 297-305 et Danielle Elisseeff 2008, p. 244-259
  29. Danielle Elisseeff 2008, p. 258-259

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Albert E. Dien, Six Dynasties Civilization, New Haven, Yale University Press, coll. « Early Chinese civilization series »,
  • (en) Mark Edward Lewis, China Between Empires : The Northern and Southern Dynasties, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China »,
  • (en) David A. Graff, Medieval Chinese Warfare, 300-900, Londres et New York, Routledge, coll. « Warfare & History »,
  • (en) Victor Cunrui Xiong, Historical Dictionary of Medieval China, Lanham, Scarecrow Press, coll. « Historical dictionaries of ancient civilizations and historical eras », (ISBN 978-0-8108-6053-7)
  • Henri Maspéro et Étienne Balazs, Histoire et institutions de la Chine ancienne, Presses universitaires de France, coll. « Annales du musée Guimet / Bibliothèque d'études » (no LXXIII),
  • Gilles Béguin, L'art bouddhique, Paris, CNRS éditions, , 415 p. (ISBN 978-2-271-06812-5). La Chine fait l'objet d'une partie, une vue d'ensemble actualisée et bien documentée, pages 278 - 331.
  • Flora Blanchon, Isabelle Robinet, Jacques Giès et André Kneib, Arts et histoire de Chine : Volume 2, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, , 496 p. (ISBN 2-84050-123-6)
  • Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux, coll. « Manuels de l'École du Louvre », , 381 p. (ISBN 978-2-7118-5269-7)
  • Emmanuelle Lesbre,Liu Jianlong, La peinture chinoise, Paris, Hazan, , 480 p. (ISBN 2850259225)
  • (en) James C. Y. Watt (dir.), China : Dawn of a Golden Age, 200-750 AD, New York, New Haven et Londres, Metropolitan Museum of Art et Yale University Press, (lire en ligne)

Liens internes[modifier | modifier le code]