Henry Irving

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Sir Henry Irving
Henry Irving portrait.jpg
Biographie
Naissance
Décès
(à 67 ans)
Bradford
Sépulture
Période d'activité
À partir de Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
John Henry Brodribb
Nationalité
Activités
Famille
Conjoint
Florence O’Callaghan
Enfants
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Sir Henry Irving, en Hamlet ; illustration de 1893 pour le magazine The Idler.

Sir Henry Irving (6 février 1838 – 13 octobre 1905), né John Henry Brodribb, était un acteur de théâtre anglais de l'époque victorienne, connu aussi comme actor-manager (en) pour avoir endossé toutes les responsabilités du théâtre (supervision des arrangements, éclairage, mise en scène, casting, et tout en assurant les premiers rôles), saison après saison, au Lyceum Theatre de Londres ; il se définissait lui-même et sa compagnie comme représentatifs du théâtre classique anglais. Il fut le premier acteur à recevoir en récompense le titre de chevalier. Irving est supposé avoir inspiré Dracula, le personnage-titre du roman de Bram Stoker publié en 1897[1].

Sa vie et sa carrière[modifier | modifier le code]

Irving est né dans une famille ouvrière à Keinton Mandeville, petit village du comté de Somerset[2] situé à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Castle Cary. Le célèbre poète W.H. Davies était un cousin. Il fréquenta pendant 2 ans l’École Publique de Commerce (City Commercial School) avant d'aller travailler, à l'âge de 13 ans, dans un cabinet d'avocats. Peu après avoir vu Samuel Phelps (en) jouer le Prince Hamlet, Irving se mit en quête de cours, de lettres d'introduction, pour enfin travailler dans un théâtre de Sunderland en 1856. Il épousa Florence O'Callaghan le 15 juillet 1869 à St Marylebone Parish Church, à Londres. Il travailla contre vents et marées de 1856 à 1871, date du triomphe londonien de The Bells (en) à Londres, qui lui permit enfin de sortir du lot.

Par rapport à sa vie professionnelle, sa vie privée passait au second plan. À la première de The Bells, le 25 novembre 1871, Florence, la femme d'Irving, critiqua sa profession : « Est-ce que tu vas continuer à faire le fou comme ça toute ta vie » (Elle était alors enceinte de leur second garçon, Laurence). Irving sortit de leur fiacre à Hyde Park Corner, s'enfonça dans la nuit et décida de ne plus jamais la revoir. Il se tint aussi à distance relative de ses enfants, mais s'en rapprocha lorsque ceux-ci furent plus grands.

Son fils aîné, Harry Brodribb Irving (1870–1919), connu comme "H B Irving", devint un acteur réputé et, plus tard, directeur de théâtre. Il épousa l'actrice Dorothea Baird dont il eut un fils, Laurence Irving (1897–1988), qui sera un décorateur et un directeur artistique très connu à Hollywood, ainsi que biographe de son grand-père. Le plus jeune, Laurence S. Irving (1871–1914), devint dramaturge mais se noya plus tard avec sa femme dans le naufrage du Empress of Ireland.

Florence Irving ne divorça jamais d'Irving et s'auto-proclama « Lady Irving » lorsqu'il fut fait Chevalier. Irving ne se remaria jamais. En novembre 1882, Irving devint franc-maçon ; il fut initié à Londres dans la prestigieuse loge de Jérusalem no 197[3]. Il poursuivit en reprenant la gestion du Lyceum Theatre puis fit de l'actrice Ellen Terry sa partenaire Ophélie pour son Hamlet, Lady Macbeth pour son Macbeth, Portia pour son Shylock du Marchand de Venise, Béatrice pour son Bénédict, etc. On pourrait dire qu'Irving s'était trouvé une famille dans sa troupe professionnelle, qui comprenait son ardent admirateur et administrateur Bram Stoker ainsi que les deux enfants illégitimes d'Ellen Terry, Teddy et Edy.

Bien que sa longue et admirable relation avec cette femme de tête qu'était Ellen Terry fut aussi romantique que professionnelle, elle fut néanmoins le sujet de bon nombre de spéculations historiques. La plus grande partie de leur correspondance fut perdue ou brûlée par leurs descendants[4]. Selon l'ouvrage de Michael Holroyd sur Irving et Terry, A Strange Eventful History :

« Des années plus tard, après la mort d'Irving, à Marguerite Steen qui demandait à Ellen si elle avait vraiment été l'amante d'Irving, elle répondit vivement : « Bien sûr que je l'étais. Nous avons été terriblement amoureux à une époque. ». Mais plus tôt au cours de sa vie, alors que plus de gens étaient susceptibles de s'offenser, elle disait des choses contradictoires. »

Le fils de Terry, Teddy, plus tard connu comme Edward Gordon Craig, passa la plus grande partie de son enfance en coulisses, gâté par Irving, au Lyceum Theatre (de l'âge de 8 ans en 1879 jusqu'en 1897). Craig, qui fut considéré comme une sorte de visionnaire du théâtre du futur, écrivit un hommage particulièrement vivant sur Irving. (« Permettez-moi de dire une fois pour toutes, en termes très clairs et sans équivoque, que je n'ai jamais connu, vu ou entendu de plus grand acteur qu'Irving. ») George Bernard Shaw, à la fois critique de théâtre et jaloux de la relation entre Irving et Ellen Terry (que Shaw voulait lui-même pour ses propres pièces), reconnut le génie de celui-ci après sa mort.

Avant de rejoindre le Lyceum, Terry avait fui son premier mariage et conçu deux enfants hors mariage avec l'artiste bohémien Godwin. Elle était en quelque sorte en mesure de conserver une position élevée dans le cœur de son public victorien, indépendamment de la fréquence à laquelle son comportement défiait la moralité.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Après quelques années d'école lorsqu'il vivait à Halsetown près de St Ives, il devint employé pour une compagnie de marchands londoniens d'Inde orientale, mais stoppa bientôt sa carrière commerciale pour devenir acteur. Le 29 septembre 1856, il fit sa première apparition à Sunderland en tant que Gaston, Duc d'Orléans, dans une pièce d'Edward Bulwer-Lytton, Richelieu, sous le nom de Henry Irving, nom qu'il gardera finalement par autorisation royale.

Pendant dix ans, il passe par un difficile entraînement dans diverses compagnies de stock theater (en), en Écosse et dans le Nord de l'Angleterre, jouant dans plus de 500 pièces. Il gagna sa reconnaissance par degrés, et fut engagé en 1866 par l'actrice Ruth Herbert (en) comme homme de confiance et parfois metteur en scène au St. James's Theatre (en) de Londres où il joua pour la première fois Doricourt dans The Belle's Stratagem, de Hannah Cowley. L'une des pièces qu'il y mit en scène était la première pièce en solo à succès de William S. Gilbert, Dulcamara, or the Little Duck and the Great Quack (en) (1866)[5]. Un an plus tard, il rejoignit la compagnie du nouvellement ouvert Queen's Theatre, où il joua avec Charles Wyndham (en), J. L. Toole, Lionel Brough, John Clayton, M.. and Mrs. Alfred Wigan (en), Ellen Terry et Nellie Farren. Suivirent de petits engagements au Haymarket Theatre (en), au Drury Lane ainsi qu'au Gaiety Theatre (en). Il fit enfin son premier succès notable avec le personnage de Digby Grant dans la pièce de James Albery (en) Two Roses, produite au Vaudeville Theatre (en) le 4 juin 1870, dont le succès s'étala 300 soirs de suite.

Caricature d'Irving dans The Bells, Vanity Fair du 19 décembre 1874.

En 1871, Irving entama sa collaboration avec le Lyceum Theatre par un engagement sous la direction de H. L. Bateman. La fortune de la maison était au plus bas lorsque le flux s'inversa en raison du succès soudain d'Irving en tant que Mathias dans The Bells (en), une version du Juif Polonais d'Erckmann-Chatrian par Leopold Lewis (en), emploi qu'Irving s'était lui-même trouvé. La pièce joua 150 soirs, positionnant Irving à la pointe de l'art dramatique britannique et se révélera un moteur pour le reste de sa vie professionnelle. Avec Bateman, Irving joua dans Charles I et Eugene Aram de W. G. Wills (en), dans Richelieu d'Edward Bulwer-Lytton et, en 1874, dans Hamlet. Le non-conformisme de son jeu, au fil des 200 représentations, suscita de vives discussions et le distingua comme l'acteur anglais le plus intéressant de son époque. En 1875, toujours avec Bateman, on le vit dans le rôle-titre de Macbeth ; en 1876, dans celui d''Othello puis de Philip dans Queen Mary d'Alfred Lord Tennyson ; enfin, en 1877, il fit Richard III et The Lyons Mail. C'est à cette époque qu'il se lie d'amitié pour la vie avec Bram Stoker, qui fit son éloge dans sa critique de Hamlet et qui, par la suite, rejoignit Irving en tant qu'administrateur de la compagnie. Stoker s'inspira d'Irving pour son roman Dracula, en 1897.

Sommet de carrière[modifier | modifier le code]

En 1878, Irving commença son partenariat avec l'actrice Ellen Terry et rouvrit le Lyceum Theatre pour son propre compte. Avec elle en Ophelie et en Portia, il remonta Hamlet et produisit Le Marchand de Venise (1879). Son Shylock suscita au moins autant de polémiques que son Hamlet, la dignité insufflée dans la vengeance du marchand juif marquant une nouvelle approche dans l'interprétation traditionnelle du rôle.

Henry Irving à son bureau en 1892.

Après la production de The Cup de Tennyson, de diverses reprises d'Othello (dans laquelle Irving jouait Iago, rôle qu'il abandonna au profit d'Edwin Booth) et de Roméo et Juliette, commença alors au Lyceum une période qui influença durablement la scène anglaise.

Beaucoup de bruit pour rien (1882) fut suivie de La Nuit des rois (1884) ; une adaptation de Goldsmith, Le Vicaire de Wakefield de W. G. Wills (1885) ; Faust (1886) ; Macbeth (1888, sur une musique de scène d'Arthur Sullivan[6]) ; The Dead Heart, de Watts Phillips (1889) ; Ravenswood de Herman, et la version dramatique de Merivales de La Fiancée de Lammermoor de Sir Walter Scott (1890). En 1892, des portraits du personnage de Wolsey dans Henry VIII et du personnage-titre du Roi Lear furent suivis en 1893 par une représentation de Thomas Becket dans la pièce du même nom de Tennyson. De même, dans ces années-là, Irving et toute la compagnie du Lyceum allèrent jouer ces pièces plusieurs fois aux États-Unis, lesquelles furent reprises dans les années suivantes. Il semble que, l'âge avançant, Terry ait eu moins d'occasions de jouer ; ce fut l'une des raisons qui la conduisirent à partir, poursuivant avec moins de constance, malgré son fort amour de la scène, les performances solos des femmes de Shakespeare.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Statue de Sir Henry Irving à Londres, derrière le National Portrait Gallery.

Les dernières nouveautés majeures du Lyceum sous la direction seule d'Irving (Début 1899, le théâtre passa dans les mains d'une société à responsabilité limitée) furent Waterloo de Sir Arthur Conan Doyle (1894)[7] ; King Arthur de Comyns Carr (en) en 1895 ; Cymbeline, dans laquelle Irving joua Iachimo, en 1896 ; Madame Sans-Gêne de Victorien Sardou en 1897 ; et Peter the Great, une pièce de Laurence Irving, deuxième fils de l'acteur, en 1898. En 1898, Irving fut Rede Lecturer (en) à l'Université de Cambridge[8]. Le nouveau régime au Lyceum se signala par la production du Robespierre de Sardou en 1899 - que ce dernier avait d'ailleurs spécialement écrite pour Irving et dans laquelle il reparut après une grave maladie, et, en 1901, par une reprise élaborée de Coriolan. La seule importante production d'Irving à Londres fut le Dante de Sardou (1903) donné au Drury Lane.

Peu après, Irving mourut en tournée d'un AVC à l'âge de 67 ans, durant une représentation donnée à Bradford le 13 octobre 1905.Thomas Anstey Guthrie (en) décrit la scène dans son Long Retrospect :

« Il y a trois mois, le 13 octobre 1905, Henry Irving, alors qu'il jouait Becket au Théâtre de Bradford, est tombé en syncope juste après avoir prononcé les derniers mots de Becket Entre tes mains, Ô Seigneur, entre tes mains et, s'il vécut une heure ou plus, ne prononça plus un mot. »

Il fut amené dans le hall de l'Hôtel Midland (en), où il mourut[9]. Le fauteuil dans lequel il était assis est maintenant au Garrick Club. Il fut incinéré et ses cendres enterrées dans l'Abbaye de Westminster, devenant ainsi la première personne incinérée à y être enterrée[10]. Une statue de lui est édifiée près du National Portrait Gallery de Londres. Cette statue, tout comme l'influence d'Irving lui-même, tient une place importante dans le roman de Robertson Davies, World of Wonders (en).

Le Irving Memorial Garden a été inauguré le 19 juillet 1951 par Laurence Olivier[11].

Héritage[modifier | modifier le code]

Mémorial d'Irving à Brixton.

Que ce soit sur scène ou en dehors, Irving a toujours tenu sa profession en haute estime ; il reçut en 1895 le grade de Chevalier, jamais jusqu'alors accordé à un acteur. Il a également reçu des diplômes honorifiques des universités de Dublin, Cambridge, et Glasgow.

Son jeu d'acteur divisa les critiques ; les opinions divergent quant à la mesure dans laquelle ses tics vocaux et son comportement perturbé influençaient l'expression de ses idées.

M. Burwin-Fossleton à la façon d'Henry Irving, chapitre XI de The Diary of a Nobody.

Le style original du jeu d'Irving et son effet sur les acteurs amateurs ont été quelque peu moqués dans The Diary of a Nobody. Le fils de M. Pooter invite à dîner M. Burwin-Fosselton, de la « Holloway Comedians », jeune homme qui monopolise entièrement la conversation, et :

« ...qui ne ressemble pas vraiment à Mr Irving mais semblait s'imaginer être le célèbre acteur... et commença à se comporter en Irving durant tout le dîner. Il s'enfonça si profondément dans son fauteuil que son menton était presque au niveau de la table, et par deux fois frappa Carrie sous la table, renversa son vin, puis lança maladroitement un couteau près du visage de Gowing[12]. »

Dans la pièce The Woman in Black, située à l'époque victorienne, L'Acteur imitant Kipps dit à celui-ci dans l'acte 1 « Bientôt, nous ferons de toi un Irving » car Kipps, inexpérimenté, n'est pas un très bon acteur.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1906, Bram Stoker (l'auteur de Dracula), publia une biographie d'Henry Irving en deux volumes nommée Personal Reminiscences of Henry Irving (en)[13].

À voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Henry Irving » (voir la liste des auteurs).
  1. Lewis S Warren, Buffalo Bill Meets Dracula: William F. Cody, Bram Stoker, and the Frontiers of Racial Decay, The American Historical Review, Vol. 107, No. 4, octobre 2002, paragraphe 18
  2. Adler, Mark (March 2011). Mendip Times 6 (10): 34.
  3. [1] Prescott, Andrew ‘Brother Irving: Sir Henry Irving and Freemasonry’ The Irving Society website
  4. Irving, John H. B. "Quest for the Missing Letters", The Irving Society, accessed 12 October 2011
  5. Crowther, Andrew. Gilbert of Gilbert and Sullivan, p. 60, The History Press Ltd (2011) (ISBN 0-7524-5589-3)
  6. Information about Sullivan's incidental music to Macbeth in 1888), The Gilbert and Sullivan Archive
  7. see King, Henry Irving's 'Waterloo'
  8. Voir Alumni Cantabrigienses de John Venn : Irving, Sir Henry
  9. « Sir Henry Irving Is Dead, Sudden Collapse at the Midland Hotel », Midland Railway Hotel - Bradford (consulté le 14 juillet 2011)
  10. « Woking Crematorium », Internet, The Cremation Society of Great Britain (consulté le 28 novembre 2010)
  11. http://www.theirvingsociety.org.uk/memorial.htm
  12. Grossmith, George and Weedon. (1892). The Diary of a Nobody. Arrowsmith, Bristol. Burwin-Fosselton revient plusieurs soirs en "costume d'Irving" complet ; Mr Pooter confie à son journal qu'« ... on peut parfois même trop imiter Irving. »
  13. Stoker, Bram (1906). Personal Reminiscences of Henry Irving. On peut télécharger une version PDF complète du livre en ligne. Retrieved from http://www.bramstoker.org/nonfic/irving.html.

A lire[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :