Grigore II Ghica

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Grigore II Ghica
Grigore II Ghica.jpg

Grigore II Ghica

Biographie
Naissance
Décès
Enfants

Grigore II Ghica, Grigorie Ghica III ou encore Grégoire Ghyka, né à Constantinople en 1695 et mort à Bucarest le est un prince phanariote qui, après avoir été au service du gouvernement ottoman, devint par quatre fois Hospodar de Moldavie, de 1726 à 1733, de 1735 à 1739, de 1739 à 1741 et de 1741 à 1748 et de Valachie de 1733 à 1735 et de 1748 à 1752. La monarchie était élective dans les principautés roumaines de Moldavie et Valachie, comme en Pologne voisine. Le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans : pour être nommé, régner et se maintenir, il s'appuyait sur les partis de boyards et fréquemment sur les puissances voisines, habsbourgeoise, russe et surtout ottoman, car jusqu'en 1859 les deux principautés étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte »[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Grigore II Ghica est issu d’une famille phanariote d’origine albanaise ; il est le fils de Matei Ghica (1664-1708) « Grand Ban » (« gouverneur ») et de Ruxandra Mavrocordato, fille d’Alexandre Mavrocordato.

Grégoire II Ghica est le premier membre de sa famille à exercer la fonction de Grand Drogman de la Sublime Porte de 1717 à 1727. Son grand-père Grigore Ier Ghica et son arrière-grand-père Gheorghe Ier Ghica ont, eux, occupé les fonctions princières dans les principautés roumaines au XVIIe siècle.

Règnes multiples[modifier | modifier le code]

Grâce à l’appui de son oncle Nicolas Mavrocordato, il obtient le trône de Moldavie du au au détriment de Mihai Racoviță, qui est déposé par les Ottomans. Il met à profit son habileté diplomatique pour résoudre un conflit avec les Tatars du Khanat de Crimée qui menaçaient de ravager la Moldavie en l’absence du versement d’un tribut[2].

Malgré son souci initial d’alléger la pression fiscale sur la population, il est prisonnier du système politico-financier désastreux de monarchie élective où, pour être élu et agréé, il fallait payer de plus en plus cher (sans même compter le tribut à verser aux Ottomans et à leurs alliés tatars, et la dîme versée par les églises et monastères moldaves et valaques aux monastères byzantins de l'Athos) de sorte que, comme ses prédécesseurs, il contribue au pillage des principautés roumaines et, pour rembourser ses dettes, il continue l’affermage des offices moldaves et valaques à des financiers grecs, arméniens, arvanites, romaniotes, séfarades ou levantins, ce qui crée de la xénophobie dans les masses paysannes.

En 1733 il doit céder sa place à son cousin et rival Constantin Mavrocordato. Ces princes cousins règnent respectivement en Moldavie et en Valachie jusqu’au , date à laquelle ils alternent une nouvelle fois et où Grigore II Ghica retrouve la Moldavie jusqu’au .

Pendant la Guerre austro-russo-turque de 1735-1739, il joue un rôle d’intermédiaire entre les puissances belligérantes représentées par le maréchal russe Burckhardt Christoph von Münnich, en s’appuyant sur les bonnes relations qu’il entretient avec le chargé d’affaires anglais à Saint-Pétersbourg et le marquis de Villeneuve, l’ambassadeur de France à Constantinople. Il doit toutefois quitter le pays pendant l'occupation russe, de septembre à octobre 1739.

Il est déposé le , après l’exécution pour trahison, à la suite d’un dénonciation calomnieuse, de son frère Alexandre Ghica, qui lui avait succédé comme Drogman de la « Sublime Porte » (1727-1741). Il obtient toutefois une dernière fois brièvement le trône moldave de mai 1747 à avril 1748. À cette date, il achète littéralement le trône de Valachie où il avait déjà régné entre et , et réussit à s’y maintenir d’avril 1748 à sa mort le .

À Jassy le prince Grigore II Ghica procède à la reconstruction de la Curtea Domneasca (cour princière) de Frumoasa, pillée par les troupes russes pendant la guerre. À Bucarest il termine la fondation du monastère de Saint Pantelimon qu’il dote d’un hôpital. Il est également à l’origine d’un autre centre de soins destiné aux pestiférés.

À sa mort le prince Grigore II Ghica est inhumé avec son épouse (morte en 1759) dans l’église du monastère Saint Pantelimon de Bucarest, détruite comme l’hôpital en 1985, par la dictature communiste, sous la présidence de Nicolae Ceaușescu.

Union et postérité[modifier | modifier le code]

Grigore II Ghica avait épousé une Grecque de Constantinople, Zoé Manos dont il eut :

Sources[modifier | modifier le code]

  • Alexandru Dimitrie Xenopol Histoire des Roumains de la Dacie trajane : Depuis les origines jusqu'à l'union des principautés. E Leroux Paris (1896)
  • Alexandre A.C. Sturdza L'Europe Orientale et le rôle historique des Maurocordato (1660-1830). Librairie Plon Paris (1913).
  • Nicolae Iorga Histoire des Roumains et de la romanité orientale. (1920)
  • (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume III (depuis 1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1977.
  • Mihail Dimitri Sturdza, Dictionnaire historique et généalogique des grandes familles de Grèce, d'Albanie et de Constantinople, M.-D. Sturdza, Paris, chez l'auteur, 1983 (ASIN B0000EA1ET).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0)
  • Gilles Veinstein, Les Ottomans et la mort (1996) (ISBN 9004105050).
  • Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman, L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621).
  • Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler (2004), (ISBN 2-9520012-1-9).
  • Traian Sandu, Histoire de la Roumanie, Perrin (2008).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le candidat au trône devait ensuite "amortir ses investissements" par sa part sur les taxes et impôts, verser en outre le tribut aux Ottomans, payer ses mercenaires et s'enrichir néanmoins. Pour cela, un règne d'au moins six à huit mois était nécessaire, mais la "concurrence" était rude, certains princes ne parvenaient pas à se maintenir assez longtemps sur le trône, et devaient ré-essayer. Cela explique le "jeu des chaises musicales" sur les trônes, la brièveté de beaucoup de règnes, les règnes interrompus et repris, et parfois les règnes à plusieurs (co-princes). Celui qui ne parvenait pas à rembourser ses "investisseurs" et à verser le tribut dû, risquait sa vie, mais l'enjeu était si fructueux, que les candidats ne manquèrent jamais. Quant au gouvernement, il était assuré par le Mare Vornic (premier ministre), ses ministres (spatar-armée, vistiernic-finances, paharnic-économie, "stolnic"-justice, logofat-intérieur... approximativement) et par le Sfat domnesc (conseil des boyards).
    Concernant le tribut aux Ottomans, la vassalité des principautés roumaines envers l'Empire ottoman ne signifie pas, comme le montrent par erreur beaucoup de cartes historiques, qu'elles soient devenues des provinces ottomanes et des pays musulmans. Seuls quelques petits territoires moldaves et valaques sont devenus ottomans : en 1422 la Dobrogée au sud des bouches du Danube, en 1484 la Bessarabie alors dénommée Boudjak, au nord des bouches du Danube (ce nom ne désignait alors que les rives du Danube et de la mer Noire), en 1538 les rayas de Brăila alors dénommée Ibrahil et de Tighina alors dénommée Bender, et en 1713 la raya de Hotin. Le reste des principautés de Valachie et Moldavie (y compris la Moldavie entre Dniestr et Prout qui sera appelée Bessarabie en 1812, lors de l'annexion russe) ont conservé leurs propres lois, leur religion orthodoxe, leurs boyards, princes, ministres, armées et autonomie politique (au point de se dresser plus d'une fois contre le Sultan ottoman). Les erreurs cartographiques et historiques sont dues à l'ignorance ou à des simplifications réductrices. Voir Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987.
  2. La première campagne de pillage tatare en Moldavie date de 1223, la dernière de 1788, avec une fréquence de deux à trois par siècle durant cinq siècles. Les Tatars ont eu une influence importante dans l'histoire du pays : ils ont longtemps dominé des cités comme Orhei et des territoires comme le Boudjak où ils ont laissé de nombreux toponymes, certains se sont christianisés et intégrés, à l'exemple des familles Khan Temir ou Emin, et c'est avec eux que les Roms sont arrivés dans les pays roumains comme bûcherons, charretiers, chiffonniers, chaudronniers, éclaireurs, éleveurs de chevaux, fossoyeurs, tanneurs... avant de passer, lors du reflux des Tatars, sous la protection et au service des boyards et des monastères, jusqu'à leur émancipation en 1825 et à nouveau en 1856. Il reste aujourd'hui environ 26.000 Tatars en Roumanie, et entre 500.000 et 2 millions de Roms selon les recensements et les estimations.