Trinité (christianisme)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Sainte Trinité)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Dans le christianisme, la Trinité (ou Sainte Trinité) est le Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts. Le terme Trinitas (= tri + unitas) est forgé en latin par Tertullien (155-220).

La croyance en la Trinité est commune aux principales confessions chrétiennes : catholicisme[1], orthodoxie[2], protestantisme[3] et évangélique[4], en dehors de certains mouvements minoritaires comme l'ébionisme et les Témoins de Jéhovah . Cependant, il existe différentes interprétations théologiques du concept de la trinité entre les différentes confessions.

Vocabulaire trinitaire[modifier | modifier le code]

Pour la théologie chrétienne, les trois personnes, ou hypostases, qui constituent le Dieu unique sous forme de Trinité sont divines. Cette essence qui leur est commune est désignée par le terme de consubstantialité[5] (en grec, ὁμοουσία, homoousia).

Tertullien a employé les mots latins substantia, équivalent du grec οὐσία / ousia (« essence », « substance », « être »), et persona, qui signifie « masque d'acteur », « rôle », puis « personne », et correspond au grec πρόσωπον / prosôpon. Le mot ὑπόστασις / upostasis, « hypostase », c'est-à-dire « base », « fondement », d'où « matière », « substance », a été employé au concile de Nicée concurremment avec ousia. À la suite de Basile de Césarée, s'imposera la formule : « une seule ousia en trois hypostases ».

L'expression ne figure pas dans le Nouveau Testament ; mais les trois personnes y sont clairement nommées, y agissent et s’y manifestent, à la fois dans leur distinction et dans leur unité dans divers passages, notamment dans l’Évangile selon Matthieu et dans le deuxième épître aux Corinthiens [6].

Claude Tresmontant précise :

« Si, comme c'est le cas dans tous les écrits du Nouveau Testament — sans exception — le terme « fils » désigne Jésus de Nazareth pris concrètement, c'est-à-dire l'Homme véritable uni à Dieu véritable, alors, comme c'est le cas aussi dans tous les écrits du Nouveau Testament, le terme « père » signifie et désigne Dieu, purement et simplement. Dieu est le père de tous les êtres, parce qu'il est le Créateur. » ; « Dans le langage ultérieur par contre, le terme de « fils » ne désigne plus directement Jésus de Nazareth pris concrètement, mais le Logos[7], de Dieu considéré en son éternité, avant l'incarnation, et indépendamment de l'incarnation. Dans ce cas, le terme de « père » ne peut plus signifier, comme c'est le cas dans les écrits du Nouveau Testament, Dieu purement et simplement. Il en vient à signifier Celui qui, en Dieu, est le père de son propre Logos, qui est son fils[8] ! »

La doctrine de la Trinité[modifier | modifier le code]

L'énoncé du dogme de la Trinité se présente comme la conséquence de la façon dont Dieu a révélé son mystère : ayant d'abord révélé au peuple juif son existence et son unicité, ce dont l'Ancien Testament se fait l'écho, il se révéla ensuite comme Père, Fils et Saint-Esprit par l'envoi du Fils et du Saint-Esprit, ce dont le Nouveau Testament se fait l'écho.

Le Père est « celui qui est éternel » (Eloah/Elohim) (אלהים) ou YHWH (souvent rendu en français par « le Seigneur » ou « l'Éternel », et au Moyen-Âge par la transcription Jéhovah puis jusqu'au XXe siècle par la transcription Yahweh ou Yahvé), comme il ressort du passage du Livre de l'Exode où est révélé le Nom divin[9]. Le Nouveau Testament souligne la paternité de Dieu, déjà reconnue dans l'Ancien Testament.

Le Fils, le Verbe ou la Parole de Dieu (Jésus-Christ), identifié comme celui qui était avec Dieu, est celui par qui le Père a créé le ciel, la terre et toute chose. Le père s'est incarné en Jésus-Christ[10].

Dans les Evangiles, le Saint-Esprit ou Esprit, est nommé en grec Πνεῦμα / Pneuma, ce qui signifie souffle ; il est aussi appelé (uniquement dans l'Evangile de saint Jean) Παράκλητος / Paraclet, ce qui signifie « avocat, intercesseur »[11]. Dans la doctrine chrétienne, il est l'« Esprit de Dieu » ou le « Souffle de Dieu » de l'Ancien Testament, hébreu רוח אלהים, Rûah, celui qui a inspiré les prophètes, s'est manifesté à la Pentecôte, et continue d'assister l'Église chrétienne. Il est surtout représenté par des symboles : la colombe, la tempête, le feu.

La doctrine de la Trinité exclut à la fois le trithéisme (trois dieux) ; le modalisme (Père, Fils et Saint-Esprit ne sont que les modes de présentation du Dieu unique, non pas des personnes distinctes) et les doctrines qui nient la divinité du Fils ou de l'Esprit-Saint (ainsi l'ébionisme, l'arianisme, le macédonisme).

La Bible, pour le théologien protestant Louis Berkhof (en) (1873-1957), « ne traite jamais de la doctrine de la Trinité comme d’une vérité abstraite, mais révèle la vie trinitaire dans ses diverses relations comme une réalité vivante, en rapport, en général, avec les œuvres de création et de providence et, en particulier, avec l’œuvre de rédemption. Sa révélation la plus fondamentale est donnée par les faits plutôt que par les mots. Et cette révélation s’éclaire au fur et à mesure que l’œuvre rédemptrice de Dieu est plus clairement révélée, comme l’incarnation du Fils et l’effusion du Saint-Esprit »[12].

Sources bibliques[modifier | modifier le code]

Ancien Testament[modifier | modifier le code]

Le judaïsme vénère un Dieu unique sous la forme d'une seule et même personne, même si certaines de ses appellations sont au pluriel, comme Adonaï ou Elohim[13]. Il s'agit de ce que les hébraïsants nomment un « pluriel d'excellence ». Les verbes dont « Adonaï » ou « Elohim » est le sujet sont toujours au masculin singulier.

La Trinité dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Selon l'Encyclopædia Britannica :

« Ni le mot Trinité, ni la doctrine explicite de la Trinité n'apparaissent dans le Nouveau Testament ; Jésus et ses disciples n'avaient pas l'intention de contredire le Chema de l'Ancien Testament, savoir : « Écoute, Israël! l'Éternel, ton Dieu, est Un. » Les premiers chrétiens, cependant, ont dû faire face aux conséquences de la venue de Jésus Christ et de la présence présumée de la puissance de Dieu parmi eux (le Saint-Esprit, qui est venu à la Pentecôte). Le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont été associés dans des passages du Nouveau Testament : « Allez donc et faites des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28:19) et dans la bénédiction apostolique: « La grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous » (II Cor. 13.14) Ainsi, le Nouveau Testament a établi la base pour la doctrine de la Trinité[6]. »

L'expression ne figure pas dans le Nouveau Testament ; mais les trois personnes y sont clairement nommées, y agissent et s’y manifestent, à la fois dans leur distinction et dans leur unité (ajout ultérieur, selon l'exégèse). Cependant le concept d'un Dieu en trois personnes n'est formulé qu'à la fin du IVe siècle[14].

Les premières révélations de la Trinité[modifier | modifier le code]
La Trinité et les quatre évangélistes. Ceux-ci apparaissent sous leur aspect symbolique : l'homme (Matthieu), le lion (Marc), l'aigle (Jean) et le taureau (Luc).

La première révélation de la Trinité est une révélation implicite et privée, au seul profit de Marie. Elle se produit lors de l’Annonciation par la voix de l’ange Gabriel : « Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ». On a bien là le Père dans les cieux ; le Fils dans le sein de Marie ; et l’Esprit Saint descendant du ciel sur Marie pour la féconder.

La deuxième révélation de la Trinité, également implicite mais pour la première fois publique, a lieu au Jourdain, lors du baptême du Christ : « Et le Saint Esprit descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix fit entendre du ciel ces paroles: Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi j'ai mis toute mon affection. ». Elle eut Jean-Baptiste, le précurseur, comme principal témoin. « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et s'arrêter sur lui. ».

Cette révélation de la divinité du Fils sera confirmée sur le sommet du mont Hermon, pour le compte des trois disciples privilégiés, déjà présents au Jourdain, Pierre, Jacques et Jean, au moment de la Transfiguration.

Finale de l’Évangile selon Matthieu[modifier | modifier le code]

Le Nouveau Testament est rempli de formules qui affirment, ou supposent, la parfaite divinité du Fils, d’une part, et qui d’autre part associent pleinement l’Esprit à la vie, à l’intimité et à l’action du Père et du Fils. La mention la plus explicite des personnes divines est dans la finale de l’Évangile selon Matthieu « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. ». Cette doxologie trinitaire est la seule citation biblique des trois Personnes, ce qui fait dire à de nombreux théologiens que la doctrine trinitaire est la juste compréhension (= orthodoxie) de l'implicite biblique formulé par les conciles œcuméniques, conjuguant les autorités biblique et ecclésiale. Ainsi, la doctrine trinitaire marque l'identité du christianisme au sein des autres religions.

Évangile selon Jean[modifier | modifier le code]

Jean décrit explicitement l'unité du Père et du Fils dans plusieurs passages de l’Évangile selon Jean [15],[16], notamment au chapitre 1, verset 1 à 3 :

Selon la traduction de la Bible Segond, publiée en 1910 : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. ».

Selon la traduction œcuménique de la Bible, publiée en 2010 : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. »

À propos de Jn 10:30, Jean Calvin (qui était trinitaire) a déclaré : « Les docteurs anciens ont grandement abusé de ce passage pour prouver que Jésus Christ est d’une même essence que son Père. Car notre Seigneur Jésus ne dispute point ici de l’unité de la substance, mais de l’accord ou du consentement qu’il a avec son père. »[17]

La Trinité dans les épîtres[modifier | modifier le code]

Paul de Tarse, dans ses Épîtres, dit que Jésus est Seigneur, Κυριος, Kurios, mot employé pour Dieu dans la Septante où il traduit le Tétragramme יהוה, YHWH, et dans le Nouveau Testament. Paul utilise souvent des formules trinitaires, comme dans le deuxième épître aux Corinthiens chapitre 13, verset 13, qui associent les trois personnes divines[18]: « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous! »

De même l’épître aux Hébreux développe une christologie déjà fort avancée. « Mais [Dieu le Père] a dit au Fils : Ton trône, ô Dieu est éternel ; le sceptre de ton règne est un sceptre d'équité ». L'Apocalypse donne à Jésus les titres divins de l'Ancien Testament : « Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant. »

Exposé de la doctrine[modifier | modifier le code]

Le Scutum Fidei, « bouclier » ou l'« écusson » de la foi, un symbole traditionnel dans le christianisme occidental.
Trifons
Missel à l'usage de Langres (1517).
« Je vous donne une seule Divinité et Puissance, existant Une dans les Trois, et contenant les Trois d’une manière distincte. » (Grégoire de Nazianze, Discours, 40, 41)

« La Trinité est le mystère d'un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, reconnues comme distinctes dans l'unité d'une seule nature, ou essence, ou substance[19] », mystère qui n'est connu que par révélation, et « même révélé, ne peut pas être pénétré par l'intelligence créée[20]. » Concernant les propositions que comprend la doctrine trinitaire, Marie-Joseph Nicolas précise : « il faudrait en effet pour les concilier entre elles comprendre comment se réalisent en Dieu la notion de Père, de Fils, d'Esprit, de relation, de Verbe, d'Amour, de Personne, et même d'être. Nous savons seulement que les réalités créées que nous appelons de ces noms sont des analogies de ce qui est réalisé à l'Infini en Dieu[21]. »

La doctrine trinitaire se différencie de deux concepts : le trithéisme (trois êtres totalement distincts), contraire au strict monothéisme hébreu dont se réclame le christianisme, et le modalisme (trois modalités apparentes d'un seul être), incompatible avec l'existence du Père, du Fils et de l'Esprit en tant que personnes distinctes.

Histoire de la théologie de la Trinité[modifier | modifier le code]

Période anténicéenne[modifier | modifier le code]

L’Église des premiers siècles est multiple. On distingue généralement une christologie paulinienne, d'une christologie pétrinienne, à peu près sur les mêmes positions que Jacques le Juste. On ne connaît en revanche pas grand-chose de celle qui était développée de l'autre côté de l'Euphrate par Thomas, avec Thaddée, Nathanaël (bar Tolmaï), Simon le Zélote. Les écrits des Pères de l'Église : Clément d'Alexandrie, Justin de Naplouse, Irénée de Lyon, Tertullien, Origène, Eusèbe de Césarée, Jérôme de Stridon, témoignent des débats — parfois très vifs — qui traversent l'église des premiers siècles. Il en est de même de la dénonciation successive de différentes « hérésies ». Si le Père, le Fils et l'Esprit Saint sont bien présents dans le Nouveau Testament, on est encore bien loin de la doctrine de la Trinité telle qu'elle sera définie au IVe siècle.

Les débats se concentrent dans un premier temps sur la nature du Christ. Les luttes sont sévères entre les marcionistes, les Valentiniens et les partisans de Justin de Naplouse. Irénée de Lyon regroupe sous le terme « gnostiques » un ensemble de groupes auxquels il oppose les conceptions de ce qui va devenir la « Grande Église ». Il affirme :

« Nous avons reçu le baptême pour la rémission des péchés au nom de Dieu père et au nom de Jésus Christ le fils de Dieu incarné et mort et ressuscité, et dans l'Esprit saint de Dieu. (Démonstration de la prédication apostolique, 3) »

Dans la déclaration d'Irénée, il est bien difficile de percevoir une unité des trois personnes divines. De même Jésus n'est encore que « le fils de Dieu incarné et mort et ressuscité », mais n'est pas encore assimilé à Dieu lui-même.

On note par la suite aussi des luttes contre le modalisme, théorie de Sabellius faisant des personnes divines de simples modalités, ou représentations (liées aux parcellaires points de vue humains), de l’unique essence divine, le subordinatianisme voyant dans le Fils et dans l’Esprit des personnes inférieures au Père et, dans une bien moindre mesure, le trithéisme et contre le manichéisme.

Un symbole baptismal du IIIe siècle, en grec, indique :

« Je crois en Dieu le père tout-puissant et dans le Christ Jésus, son fils, son unique, notre Seigneur, engendré de l'Esprit saint et de la vierge Marie, qui sous Ponce Pilate a été crucifié, a été mis au tombeau, et le troisième jour s'est relevé des morts, qui est monté aux cieux, et qui s'est assis à la droite du père, d'où il viendra juger les vivants et les morts. Et dans l'Esprit saint, la Sainte Église, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle[22]. »

Au début du IVe siècle, le prêtre alexandrin Arius, affirme que le Fils n'était qu'une simple créature, ayant eu un commencement dans le temps, ce qui provoque l'opposition de ses adversaires, pour qui le Christ existe de tout temps. Pourtant plus tard Thomas d'Aquin développera la même idée dans l'aevum[réf. nécessaire].

Le premier concile de Nicée[modifier | modifier le code]

Le Ier concile œcuménique se réunit à Nicée en 325 pour statuer au sujet de l'arianisme[23]. Les principales personnalités engagées dans ce débat étaient présentes, dont Arius, Eusèbe de Nicomédie qui lui était favorable, Eusèbe de Césarée, modéré, Alexandre d'Alexandrie (accompagné d'Athanase d'Alexandrie comme secrétaire) qui s'opposait à lui, de même que, de façon intransigeante, Eustathe d'Antioche et Marcel d'Ancyre. Une quasi unanimité s'est prononcée pour condamner les thèses ariennes et rédiger un symbole affirmant que le Fils est consubstantiel (homoousios) au Père, c’est-à-dire de même nature que lui.

Le premier concile de Constantinople (381)[modifier | modifier le code]

Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze.

Il en est issu le symbole connu sous le nom de Nicée-Constantinople, utilisé jusqu'à nos jours dans la liturgie tant grecque que latine[24].

Le concile d'Éphèse[modifier | modifier le code]

Le troisième concile œcuménique, qui a été ouvert en 431 par Cyrille d'Alexandrie à Éphèse, s'est référé à « la foi de Nicée » en refusant d'en modifier le symbole, a condamné le nestorianisme[25].

Le concile de Chalcédoine[modifier | modifier le code]

Ce fut seulement au concile de Chalcédoine, quatrième concile œcuménique, en 451, que le vocabulaire théologique acquit sa pleine stabilité, au sujet du mystère trinitaire[26]. Ce concile, surtout christologique (consacré à la personne du Fils), a déclaré qu’il fallait assimiler les notions latines de substance et de personne (introduites par Tertullien[27]) respectivement à celles (grecques et tirées des spéculations d’un Plotin) d’essence (ousia) et d’hypostase (hupostasis), et que Jésus-Christ, Dieu fait homme, réunit en une seule personne les deux natures, « sans confusion », « sans changement », « sans division », « sans séparation », cela par opposition au monophysisme défendu par le moine Eutychès.

Le deuxième concile de Constantinople[modifier | modifier le code]

Cinquième concile œcuménique, tenu en 553, le deuxième concile de Constantinople précisa la doctrine du concile de Chalcédoine en déclarant non orthodoxes trois écrits représentatifs de l'École d'Antioche (ceux de Théodore de Mopsueste, de Théodoret de Cyr et la Lettre à Maris le Perse d'Ibas d'Édesse : condamnation dite des Trois Chapitres).

Doctrines hétérodoxes[modifier | modifier le code]

La trinité dans les confessions de foi[modifier | modifier le code]

Icône de la Trinité, dite La Paternité, icône de l'école de Novgorod, début du XVe siècle, galerie Tretiakov, Moscou.

À la suite de celles de Nicée puis de Constantinople, diverses confessions de foi chrétiennes font mention de la trinité, notamment, le symbole des apôtres et le Symbole de Nicée [28].

Extraits du XIe Concile de Tolède (675) :

« Nous professons que le Père n’est ni engendré ni créé, mais qu’il est inengendré. Il ne tire son origine de personne ; de lui le Fils reçoit sa naissance et le Saint Esprit sa procession. Il est donc lui-même source et origine de toute la divinité ; il est aussi le Père de sa propre essence et, de son ineffable substance, il a engendré ineffablement le Fils ; et cependant il n’a pas engendré autre chose que ce qu’il est lui-même : Dieu a engendré Dieu, la lumière, la lumière »

« Nous affirmons aussi que le Fils est né de la substance du Père sans avoir eu de commencement, avant les siècles, et cependant il n’a pas été fait. Car le Père n’a jamais existé sans le Fils, ni le Fils jamais sans le Père. Cependant, le Père n’est pas du Fils comme le Fils du Père, parce que le Père n’a pas reçu du Fils la génération, mais le Fils l’a reçue du Père. Le Fils est donc Dieu issu du Père, mais le Père n’est pas Dieu issu du Fils. Père du Fils, il n’est pas Dieu par le Fils. Celui-ci est Fils du Père et Dieu par le Père. Le Fils est cependant égal en toutes choses à Dieu, le Père, parce qu’il n’a jamais commencé ni cessé de naître. »

« Nous croyons aussi que l’Esprit Saint, qui est la troisième personne dans la Trinité, est Dieu, un et égal au Père et au Fils, de même substance et aussi de même nature. Il n’est cependant ni engendré ni créé, mais il procède de l’un et de l’autre, il est l’Esprit de tous les deux. »

Le Filioque[modifier | modifier le code]

Le mot Filioque (« et du Fils », en latin) a été ajouté au symbole de Nicée-Constantinople dans l'Église latine pour affirmer que l'Esprit Saint procède du Père et du Fils[29].

Et Credo in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem, qui ex Patre Filioque procedit... et je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et donne la vie, et il procède du Père et du Fils...

Il a été introduit, sans doute en Espagne à la fin du VIe siècle, de même que dans le symbole d'Athanase (dont l'attribution est incertaine) et a été explicitée par Augustin d'Hippone. Il a fait partie du Credo liturgique romain à la suite de Benoît VII.

Dans la chrétienté grecque, on estime que l'Esprit procède du Père seul, « par le Fils », ce qui est affirmé d'abord par Maxime le Confesseur, ensuite, nettement, par Jean Damascène puis par la Profession de foi du Patriarche Taraise de Constantinople au deuxième concile de Nicée en 787.

Le concile de Francfort en 794, juge qu'il n'y a pas équivalence entre les deux expressions. Ce fut une des causes du schisme en 1054 et continue d'être une difficulté entre les Églises d'Orient et d'Occident malgré les tentatives d'union comme ce fut le cas au concile de Lyon en 1274 et au concile de Florence en 1439 qui firent du Filioque un dogme de foi sans exiger son insertion dans le Symbole des Grecs. A Florence en particulier, on reconnaît l'équivalence du Filioque et de la formule « par le Fils » chez les Pères, mais Marc d'Éphèse, contestant cette interprétation (et représentant au concile ce qui demeurera la position de l'Église orthodoxe), répond que « les mots « procéder du Père par le Fils » signifient, dans le style de la théologie succincte, que l’Esprit qui procède du Père [seul], est rendu manifeste, se fait connaître, resplendit ou apparaît par le Fils » (Confession de foi).

La Summa Res[modifier | modifier le code]

Durant le XIIe siècle, la renaissance théologique, nourrie des nouvelles parties de Platon et d'Aristote traduites en arabe et ramenées en Occident[30], amenèrent à repenser des grandes parties du dogme chrétien. Dès le premier quart de ce siècle, avec Abélard, les débats trinitaires reprirent. L'articulation logique du trois et de l'Un en Dieu a mené à des querelles où ceux qui favorisaient l'Un divin simple (atomos : qu'on ne peut diviser) au détriment des trois Personnes étaient qualifiés de sabellianistes, tandis qu'à l'inverse ceux qui laissaient une place trop importante à la pluralité des Personnes étaient accusés de trithéisme[31]. Plusieurs de ces débats ont mené à des procès chargés de trancher dans des questions parfois si subtiles que les cardinaux ou juges n'y comprenaient pas grand-chose.

La première partie du siècle est dominée par l'activité de Bernard de Clairvaux en ce domaine. C'est lui qui demanda et obtint la condamnation d'Abélard, à Soissons en 1131, accusé de penchant trithéiste, puis celle de Gilbert Porreta à Reims en 1154 dont la solution pour justifier l'unité des trois Personnes repose sur la distinction entre Dieu et la divinité[32].

En 1154, Pierre Lombard publie ses Sentences, où il propose de concevoir en Dieu une réalité supérieure ou suprême (Summa Res) distincte de la divinité et ne possédant aucune des qualités des Personnes et de laquelle provient l'unité des Personnes divines. Cette solution logique lui attire les foudres de l'abbé Joachim de Flore qui l'accuse de fonder une quaternité, 3 personnes plus une réalité suprême. Le débat sera tranché au IVe Concile du Latran, par le décret Firmiter[33]. Il fut demandé aux mille deux cents prélats siégeant au Concile de répondre « nous croyons » à la proclamation du canon proposant la solution de Pierre Lombard, et « nous les rejetons » au canon concernant « les erreurs de l’abbé Joachim »[34].

Décret Firmiter[modifier | modifier le code]

Ce texte est donc capital, malgré sa complexité et sa longueur. Il est l’exacte définition dogmatique encore reconnue comme telle dans l’Église catholique romaine. Tous les auteurs catholiques, tenus par le dogme à le professer ne firent que l’approfondir et le rendre plus compréhensible. Pour se référer à la Trinité, c'est à ce concile et à ce texte que se réfère encore de nos jours le Saint-Siège[35]. De plus, il résume tous les autres débats antérieurs.

Époque scolastique : Thomas d’Aquin[modifier | modifier le code]

Gentile da Fabriano : Thomas d'Aquin.

Dans les questions 27 à 43 de la Somme théologique (appelées, peut-être improprement, traité De Deo trino : du Dieu trine)[36] Thomas d'Aquin a résumé ainsi la foi trinitaire en posant qu’on pouvait distinguer :

  • un seul Dieu, une seule essence, ou substance, ou nature ;
  • deux processions : la génération (du Fils) et la spiration (du Saint Esprit), et deux actes notionnels : l'acte de connaissance qui constitue le Fils et l'acte de volonté qui constitue l'Esprit ;
  • trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit ;
  • quatre relations : la paternité, la filiation, la spiration active (du Père et du Fils à l'Esprit) et la spiration passive (de l'Esprit au Père et au Fils) ;
  • cinq propriétés : l'innascibilité (du Père) ; la paternité (du Père) ; la filiation (du Fils) ; la spiration active (par le Père et le Fils) ; la procession passive (du Saint Esprit).

On peut considérer aussi qu'en Dieu il y a deux actes notionnels : l'acte de connaissance qui constitue le Fils et l'acte de volonté qui constitue l'Esprit.

En Dieu tout est un en dehors des relations d'opposition. Les trois personnes agissent de façon inséparable à l'extérieur d'elles-mêmes.

Quant à l'appropriation, elle consiste à attribuer à une seule Personne une propriété (par exemple la création attribuée au Père) qui est en réalité commune aux trois Personnes divines.

Époque moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

Le pape Clément adorant la Trinité
Giambattista Tiepolo, 1739
Alte Pinakothek, Munich

La Réforme ne remet pas en cause le dogme trinitaire, mais l'indépendance vis-à-vis de l'autorité de l'Église favorise les interprétations personnelles dans une perspective de théologie « humaniste » puis « libérale ». Le protestant Karl Barth[37]et le catholique Karl Rahner, en particulier, réagiront pour lui redonner sa prééminence, l'un centré sur les modes de la révélation, l'autre différenciant, pour constater qu'elles se confondent, la Trinité de Dieu (immanente) et celle qui apparaît à l'homme (« économique ») ; il en est de même d'autres théologiens notamment orthodoxes, ces derniers insistant sur la transcendance divine. Pour Hans Urs von Balthasar, sj, toute la Trinité est impliquée en Jésus-Christ et la croix réalise analogiquement ce qui s'y vérifie dans l'amour et le don, pendant que le théologien luthérien Rudolf Bultmann apporte sa propre vision de la christologie[38].

Giambattista Tiepolo a peint vers 1735, un retable pour la chapelle du palais de Nymphenburg, aujourd'hui conservé à l'Alte Pinakothek[39]. Le pape Clément s'agenouille au premier plan, une vision de la Trinité au-dessus de lui. Dieu le Père et le Christ, qui porte un linceul et tient la croix, sont assis sur un nuage; la colombe du Saint-Esprit plane en dessous.

Une analyse de la Trinité est proposée par Hegel[40] sous l'angle de la philosophie de la perception.

Positions actuelles des Églises[modifier | modifier le code]

La majorité des églises chrétiennes croient en la trinité exprimée dans le symbole de Nicée, notamment l'Église catholique et les Églises du Conseil œcuménique des Églises, qui regroupe comme membres pléniers tous les mouvements chrétiens issus des Réformes et de la Panorthodoxie reconnus comme « Églises chrétiennes » [41].

Église catholique[modifier | modifier le code]

Dans le catholicisme, comme dans les Églises des sept conciles, c'est l'un des dogmes centraux du christianisme : Césaire d'Arles († 542), un des Père de l'Église, écrit ainsi dans son Expositio symboli : « La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité ».

Tous les baptisés chrétiens de ces Églises ainsi que de celles issues de la Réforme, le sont « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », d'après la formule qui termine l'Évangile selon Matthieu

Pour montrer son importance dans la foi et souligner le caractère inconcevable par l'esprit humain de la réalité divine, les catholiques parlent souvent du mystère de la Trinité, au sens de vérité de foi non accessible aux lumières de la seule raison humaine. C'est l'un des trois principaux mystères avec la Rédemption et l'Incarnation.

La Sainte Trinité, miniature des Grandes Heures d'Anne de Bretagne illustrées par Jean Bourdichon.

Le Catéchisme de l'Église catholique, publié en 1992, indique :

« La vérité révélée de la Sainte Trinité a été dès les origines à la racine de la foi vivante de l’Église, principalement au moyen du baptême. Elle trouve son expression dans la règle de la foi baptismale, formulée dans la prédication, la catéchèse et la prière de l’Église. De telles formulations se trouvent déjà dans les écrits apostoliques, ainsi cette salutation, reprise dans la liturgie eucharistique du rite romain : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous »[42]. »

« Au cours des premiers siècles, l’Église a cherché de formuler plus explicitement sa foi trinitaire tant pour approfondir sa propre intelligence de la foi que pour la défendre contre des erreurs qui la déformaient. Ce fut l’œuvre des Conciles anciens, aidés par le travail théologique des Pères de l’Église et soutenus par le sens de la foi du peuple chrétien. Pour la formulation du dogme de la Trinité, l’Église a dû développer une terminologie propre à l’aide de notions d’origine philosophique : « substance », « personne » ou « hypostase », « relation », etc. Ce faisant, elle n’a pas soumis la foi à une sagesse humaine mais a donné un sens nouveau, inouï à ces termes appelés à signifier désormais aussi un mystère ineffable, « infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine ». »

« L’Église utilise le terme « substance » (rendu aussi parfois par « essence » ou par « nature ») pour désigner l’être divin dans son unité, le terme « personne » ou « hypostase » pour désigner le Père, le Fils et le Saint-Esprit dans leur distinction réelle entre eux, le terme « relation » pour désigner le fait que leur distinction réside dans la référence des uns aux autres. La Trinité est Une. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois hypostases : « la Trinité consubstantielle ». Les personnes divines ne se partagent pas l’unique divinité mais chacune d’elles est Dieu tout entier : « Le Père est cela même qu’est le Fils, le Fils cela même qu’est le Père, le Père et le Fils cela même qu’est le Saint-Esprit, c’est-à-dire un seul Dieu par nature ». « Chacune des trois personnes est cette réalité, c’est-à-dire la substance, l’essence ou la nature divine ». Les personnes divines sont réellement distinctes entre elles. « Dieu est unique mais non pas solitaire » . Père, Fils, Esprit Saint, ne sont pas simplement des noms désignant des modalités de l’être divin, car ils sont réellement distincts entre eux : « Celui qui est le Fils n’est pas le Père, et celui qui est le Père n’est pas le Fils, ni le Saint-Esprit n’est celui qui est le Père ou le Fils ». Ils sont distincts entre eux par leurs relations d’origine : « C’est le Père qui engendre, le Fils qui est engendré, le Saint-Esprit qui procède ». L’Unité divine est Trine. »

« Les personnes divines sont relatives les unes aux autres. Parce qu’elle ne divise pas l’unité divine, la distinction réelle des personnes entre elles réside uniquement dans les relations qui les réfèrent les unes aux autres : « Dans les noms relatifs des personnes, le Père est référé au Fils, le Fils au Père, le Saint-Esprit aux deux ; quand on parle de ces trois personnes en considérant les relations, on croit cependant en une seule nature ou substance ». En effet, « tout est un [en eux] là où l’on ne rencontre pas l’opposition de relation ». « À cause de cette unité, le Père est tout entier dans le Fils, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Fils est tout entier dans le Père, tout entier dans le Saint-Esprit ; le Saint-Esprit tout entier dans le Père, tout entier dans le Fils ». »

La Sainte Trinité. Église orthodoxe éthiopienne.

Selon Louis Berkhof, cette doctrine comprend les affirmations suivantes :

  1. L’Être divin est constitué d’une seule essence indivisible (ousia, essentia).
  2. Dans cet Être divin unique, il existe trois personnes ou existences individuelles : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  3. La totalité de l’essence de Dieu appartient également à chacune des trois personnes.
  4. L’existence et le mode d’opération des trois personnes de l’Être divin sont marqués par un ordre précis et défini.
  5. Les trois personnes se distinguent par des attributs personnels.
  6. L’Église confesse que la Trinité est un mystère que l’homme ne peut comprendre.

Résumé de la foi catholique sur la Trinité[modifier | modifier le code]

Il existe un seul Dieu personnel, transcendant au monde qui renferme en lui toutes les perfections. Il est omniscient, omnipotent, et il est l’amour.

Il y a en Dieu trois personnes, le Père, le Fils et le Saint Esprit, qui sont révélées par l’incarnation du Fils et par l’envoi du Saint Esprit. Elles possèdent l’unique nature divine et c’est la divinité entière et indivisible qui est en chacune des personnes, dans le Père, dans le Fils et dans l’Esprit. Entre les trois personnes divines il existe une distinction réelle, qui se fonde sur les relations mutuelles que ces personnes entretiennent entre elles. Le Père tient de lui-même la nature divine. Le Fils procède du Père par génération éternelle. Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, ou encore du Père par le Fils, comme d’un seul et même principe, en tant qu’ils sont un seul Dieu.

Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Icône dite de la Trinité d'Andreï Roublev. Il s'agit des trois anges apparus à Abraham au chêne de Mambré Gn 18 que Roublev, à la suite des Pères de l'Église, interprète comme une figure du mystère de la Trinité indivisible.

Dans l'Église orthodoxe, les fidèles adorent le Père, le Fils et le Saint-Esprit - la Sainte Trinité, le Dieu unique. Suivant les Écritures et les Pères de l'Église, l'Église croit que la Trinité divine est faite de trois personnes (hypostases) qui partagent une même essence (ousia). Ces trois personnes sont consubstantielles les unes avec les autres, elles sont d'une même et coéternelle essence (homoousios). Il n'y a jamais eu de moment où l'une des personnes de la Trinité n'aurait pas existé. Dieu est au-delà et antérieur au temps bien qu'il agisse aussi dans le temps, agissant et parlant dans le cours de l'histoire.

Dieu n'est pas une essence impersonnelle ou de la simple « puissance supérieure », mais plutôt chacune des personnes divines est en relation personnelle avec l'humanité. Dieu n'est pas non plus le simple nom de trois dieux (ce qui serait du polythéisme). La foi orthodoxe est monothéiste bien que trinitaire. Le Dieu de l'Église chrétienne orthodoxe est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le « JE SUIS » qui s'est révélé à Moïse dans le buisson ardent.

La source et l'unité de la Sainte Trinité est le Père, de qui le Fils est engendré et dont l'Esprit procède. Essayer de comprendre l'engendrement ou la procession conduit à la folie, dit le saint Grégoire le Théologien ; c'est ainsi que l'Eglise approche Dieu dans le mystère divin, approchant de Dieu apophatiquement, se contentant de rencontrer Dieu personnellement tout en ayant conscience de l'incapacité de l'esprit humain à Le comprendre.

La première déclaration de ce que l'Église croit au sujet de Dieu se trouve dans le Symbole de Nicée-Constantinople.

Églises issues de la Réforme[modifier | modifier le code]

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Les Églises protestantes sont trinitaires ainsi qu'en témoignent l'article premier de la confession d'Augsbourg (luthérienne[43]), l'article 6 de la confession de La Rochelle (réformée) ou le premier des trente-neuf articles de l'Église anglicane. Au XVIe siècle, pour avoir nié cet article, Michel Servet a été envoyé au bûcher, dans la Genève de Jean Calvin.

En ce qui concerne la Communion anglicane, les fidèles de cette Église bénéficient de la liberté de conscience depuis un synode des années 1980[44].

Évangélisme[modifier | modifier le code]

Les Églises et dénominations évangéliques ont une théologie trinitaire[45],[46] , [47]. Les évangéliques adhèrent au Symbole de Nicée-Constantinople adopté au premier concile de Constantinople, qui résume l’essentiel de la foi chrétienne et de la trinité [48].

Débats théologiques[modifier | modifier le code]

Certains auteurs sont d'avis que, le mot n'apparaissant pas, il s'ensuit que la Trinité n'est pas dans le Nouveau Testament (du moins si l'on exclut le « comma johannique », ci-dessus). Il en résulte que le débat théologique continue, ouvrant des perspectives à des théologies chrétiennes non chalcédonniennes.

Quand ces Églises ont une position contrastée sur les confessions de foi, on parle d'Églises non confessantes pour manifester que, pour leurs fidèles, aucun dogme n'est un point central de la vraie foi. La théologie de ces Églises considère que tout discours réputé définitif sur les sentiments intérieurs à Dieu heurte la transcendance que lui reconnaissent les trois monothéismes. Ces courants comme ces Églises ne se jugent pas moins chrétiens que les Églises confessantes ou professantes, où l'adhésion à une confession de foi est indispensable.

Mouvements non trinitaires et antitrinitaires[modifier | modifier le code]

Les participants au concile de Nicée ne furent pas sur une position unanime. Arius, un des trois opposants au credo du concile, est à l'origine de l'arianisme, qualifié d'hérésie par certaines églises chrétiennes occidentales, mais qui connut une grande diffusion parmi les Germains christianisés (Wisigoths, Ostrogoths, Vandales, etc.), en Afrique romaine ainsi que dans les églises orientales. Les donatistes, très présents en Afrique romaine, ne furent pas conviés au concile de Nicée et ne partagent pas la conception de la Trinité[réf. nécessaire].

À partir de la Réforme, plusieurs courants de pensée antitrinitaires se formèrent. Michel Servet nia la dogme de la Trinité, ce qui le mena au bûcher en 1553. La première église unitarienne chrétienne vit le jour au XVIIe, à Naples puis les unitariens pourchassés partirent vers le Nord (Suisse), puis vers l'Est de l'Europe (Pologne, puis Transylvanie), enfin ils ont fait des adeptes en Angleterre. Selon eux, les déclarations trinitaires dans l’évangile de Jean serait une preuve de l'unitarisme.

De nos jours, plusieurs courants chrétiens minoritaires réfutent la croyance de la Trinité[49]: L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours[50], l'Église de Dieu (Septième Jour), l'Église Unitariste, la Science chrétienne, les Christadelphes, certains groupes adventistes, l'Antoinisme, les mouvements issus de l'œuvre de Charles Taze Russell (Témoins de Jéhovah, l'Association des étudiants de la Bible et l'Association philanthropique des amis de l'Homme).

Représentation dans les arts[modifier | modifier le code]

Trinité triandrique
Heures à l'usage de Rome, Angers (vers 1490).
Trinité triandrique
Lectionnaire e la Sainte-Chapelle de Bourges (vers 1410).
Trinité triandrique
Heures à l'usage de Rome, Avignon (vers 1400)
Trinité triandrique
Missel romain, Toulouse (1362)

L'iconographie chrétienne utilise plusieurs modes de symbolisation de la Sainte Trinité. Ces symboles obéissent à des schémas et à des structures connues dont l'apparition, ou la disparition, épousent l'histoire du dogme[51].

Les trois faces sont représentées dans les cieux souvent accompagnés de figures saintes qu'ils surplombent (quelques exemples).

  • En composition symbolique ou géométrique. Refusé par Augustin, le triangle fut réhabilité par Joachim de Flore pour représenter la trinité au XIIe siècle seulement[52]. Très vite cette représentation se généralisa à l'occident latin.
  • En composition triangulaire (Jésus aux cieux à droite du Père, avec ou sans sa croix, le Saint-Esprit au centre au-dessus) :
  • En composition horizontale (Jésus aux cieux à droite du Père, avec ou sans sa croix). Ces représentations lorsqu'elles figurent trois hommes sont dites triandriques. L'icône de la Trinité de Roublev appartient à cet ensemble. Fréquemment les artistes signalent l'unité des personnes divines par un vêtement commun tel qu'un unique manteau recouvrant les trois. On les voit aussi, dans l'Hortus deliciarum daté du XIIe siècle attablée. Ces représentations ont pour origine la scène dite de l'hospitalité d'Abraham. Dans le texte biblique, celui-ci reçut la visite d'anges. Saint Augustin commentant ce passage dit « tres vidit unus adoravit » : « il vit trois, adora un ». la représentation de cette scène est à l'origine des trinités triandriques.
La Trinité, 1736
Giambattista Tiepolo
S. Maria Assunta, Udine

Musique[modifier | modifier le code]

  • Marc-Antoine Charpentier a composé un Motet pour la Trinité H 319 pour 3 voix et basse continue vers 1675. Il était destiné au dimanche après la Pentecôte.
  • Alessandro Scarlatti, La Santissima Trinità, oratorio apologétique (1715).
  • Olivier Messiaen, Méditations sur le Mystère de la Sainte Trinité, suite instrumentale pour orgue (1969).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gervais Dumeige, Textes doctrinaux du magistère de l'Église sur la foi catholique, Paris, de l'Orante, 1993, p. 8 (ISBN 978-2-7031-1068-2) lire en ligne
  2. Boris Bobrinskoy, Le Mystère de la Trinité, Éditions du Cerf, 1996, (ISBN 2-204-05524-7).
  3. Martin Luther, Études sur les Psaumes, éd. Georges Laguarrigue, Labor et Fides
  4. Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 502-503
  5. « L’empereur Constantin, qui venait de réunir sous son unique pouvoir l’ensemble du monde romain, convoqua à Nicée, en 325, un concile général afin de fixer les termes mêmes du dogme de la Trinité et définir la divinité du Fils : engendré par le Père, vrai Dieu né du vrai Dieu, il lui est consubstantiel. ’ L’emploi de ce terme [consubstantiel], ne figure pas dans les Saintes Écritures et ne fut accepté que sous la contrainte par de nombreux évêques orientaux. » Bayard, Encyclopédie des religions, Paris, 1997, volume 2, p. 420, 423
  6. a et b « Trinity », sur Encyclopædia Britannica.com, (consulté le 7 juin 2014).
  7. Le mot λογος, logos, « parole », « raison », « pensée », quand il est employé pour désigner Jésus, est habituellement traduit par « Verbe » en français, transcription du mot latin Verbum qui se trouve dans la Vulgate.
  8. Claude Tresmontant, Les premiers éléments de la théologie, ŒIL, 1987.[réf. non conforme].
  9. Thomas Forsyth Torrance, The Christian Doctrine of God: One Being Three Persons, A&C Black, UK, 1996, p. 69
  10. Thomas Forsyth Torrance, The Christian Doctrine of God: One Being Three Persons, A&C Black, UK, 1996, p. 42
  11. Thomas Forsyth Torrance, The Christian Doctrine of God: One Being Three Persons, A&C Black, UK, 1996, p. 65, 191
  12. Revue Réformée, n° 222 – mars 2003 – tome LIV. Le Dieu trinitaire et ses attributs selon Louis Berkhof ; traduction dynamique des chapitres II à VIII de sa Théologie systématique par Marie-José de Visme.
  13. Millard J. Erickson, Christian Theology, Baker Academic, USA, 1998, p. 354
  14. « La formulation « un Dieu en trois personnes » a été établie et pleinement intégrée à la vie chrétienne et à sa profession de foi à la fin du IVe siècle. » New Catholic Encyclopedia (1967), volume 14, page 299.
  15. Floyd H. Barackman, Practical Christian Theology: Examining the Great Doctrines of the Faith, Kregel Academic, USA, 2001, p. 62
  16. Donald Fairbairn, Life in the Trinity: An Introduction to Theology with the Help of the Church Fathers, InterVarsity Press, USA, 2009, p. 131
  17. Commentaire sur le Nouveau Testament, T. II, Évangile selon Jean.
  18. Alister E. McGrath, Christian Theology: An Introduction, John Wiley & Sons, USA, 2011, p. 302
  19. Dictionnaire critique de théologie, dir. Yves Lacoste, article Trinité, PUF, 1998.
  20. Petit dictionnaire de théologie catholique, Karl Rahner, Herbert Vorgrimler, Seuil, 1970.
  21. Marie-Joseph Nicolas, o.p., Court traité de Théologie, Desclée, 1990.
  22. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der alten Kirche, Georg Olms Veragsbuchhandlung, Hideesheim, 1962[réf. non conforme].
  23. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 325
  24. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 117
  25. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 210
  26. John Farrelly, The Trinity: Rediscovering the Central Christian Mystery, Rowman & Littlefield, USA, 2005, p. 90
  27. Ian S. Markham, The Student's Companion to the Theologians, John Wiley & Sons, USA, 2013, p. 133
  28. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 429
  29. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 214
  30. M.D. Chenu, La Théologie au XIIe siècle, J.Vrin, Paris, 1957 [réf. non conforme]
  31. Voir le tableau récapitulatif de ces débats en Jean Devriendt, Le Psaltérion à Dix cordes de l'Abbé Joachim de Flore, Tome 1, Thèse, Université Marc Bloch, Strasbourg, 2001, p. 211.
  32. cf. Michael Williams, The teaching of Gilbert Porreta on the Trinity, Analecta Gregoriana, vol LVI, séries Facultatis Theologicæ, sectio B (n.23), Rome, 1951.
  33. a) texte latin disponible sur http://www.documentacatholicaomnia.eu/03d/1215-1215,_Concilium_Lateranense_IIII,_Documenta,_LT.pdf. b) Texte français de référence en Raymonde Foreville, Latran I, II, III, IV, L'Orante, Paris, Histoire des conciles œcuméniques, tome 6, 1965.
  34. Voir l'analyse de cette querelle et du décret conciliaire en Jean Devriendt, Le Psaltérion à Dix cordes de l'Abbé Joachim de Flore, Tome 1, Thèse, Université Marc Bloch, Strasbourg, 2001, p. 21-25.
  35. http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19720221_mysterium-filii-dei_fr.html.
  36. (en) Russell L. Friedman, Medieval Trinitarian Thought from Aquinas to Ockham [1 ed.], 0521117143, 9780521117142, Cambridge University Press, 2010.
  37. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 294
  38. Gilles Emery, O. P., Matthew Levering, The Oxford Handbook of the Trinity, OUP Oxford, UK, 2011, p. 279
  39. Alte Pinakhotek
  40. Trinité chez Hegel
  41. John Farrelly, The Trinity: Rediscovering the Central Christian Mystery, Rowman & Littlefield, USA, 2005, p. 70
  42. (2Co  1313 ; cf. 1Co  124-6 ; Ep 44-6).
  43. Luther écrit par exemple : « Dieu, en lui-même, n'est pas autre chose que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, la Trinité et les choses qui sont dites à l'accoutumée à propos de l'Unité et de la Procession. » Martin Luther, Études sur les Psaumes, éd. Georges Laguarrigue, Labor et Fides, 2001, p. 157.
  44. Georgina Dufoix, « Protestantisme et liberté de conscience », cela commence à l’Edit de Nantes.
  45. Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 502-503
  46. Alliance évangélique mondiale, Confession de Foi, worldea.org, USA, consulté le 4 mars 2019
  47. John Howard Yoder, Theology of Mission: A Believers Church Perspective, InterVarsity Press, USA, 2014, p. 132
  48. Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 95
  49. J. Gordon Melton, Encyclopedia of Protestantism, Infobase Publishing, USA, 2005, p. X111
  50. Pour les mormons, "la Trinité est formée de trois divinités séparées, contrairement au credo des chrétiens catholiques, protestants et orthodoxes", journal La Croix, Qui sont les mormons ? par Gilles Donada, le 19/05/2017
  51. François Boespflug, « Le dogme trinitaire et l’essor de son iconographie en Occident de l’époque carolingienne au IVe Concile du Latran (1215) », Cahiers de Civilisation Médiévale, Tome XXXVII, 1994, p. 181-240.
  52. Jean Devriendt, « Du triangle au Psaltérion : l’apport de Joachim de Flore à l’une des représentations majeures de la Trinité », Pensare per figure. Diagrammi e simboli in Gioacchino da Fiore, Alessandro Ghisalberti dir., Viella Ed., Opere di Gioacchino da Fiore: testi e strumenti, 23, 2010, p. 187 – 206 .

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Auteurs anciens[modifier | modifier le code]

Auteurs modernes[modifier | modifier le code]

  • (en) The acts of the Council of Chalcedon (traduits, introduits et annotés par Richard Price et Michael Gaddis), Liverpool University Press, Liverpool, 2005 (ISBN 0-85323-039-0) ; 3 vol. ; vol. 1 : General introduction; documents before the Council; Session I, XVI-365 p. ; vol. 2 : Sessions II-X; Session on Carosus and Dorotheus; Session on Photius and Eustathius; Session on Domnus, X-312 p. ; vol. 3 : Sessions XI-XVI; documents after the Council; appendices; glossary; bibliography; maps; indices, X-312 p.
  • Pierre-Thomas Camelot, Les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine : 431 et 451, Fayard, Paris, 2006 (257 pages). (ISBN 2-213-62986-2)
  • René Coste, La Symphonie trinitaire : Méditation théologique sur les écrits johanniques, Cerf, 2010.
  • Jean-Claude Larchet, « La question du Filioque. À propos de la récente Clarification du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens », dans Theologia, vol. 70, no 4, Athènes, 1999, article en ligne.
  • Jules Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité des origines à saint Augustin, T. 1. Les origines, Beauchesne, 1919; réédition 2018 par Sr Pascale-Dominique Nau, OP, Rome. [1].
  • Marie-Joseph Nicolas, o.p., Court traité de théologie, Desclée, 1990.
  • Raimon Panikkar, La Trinité : Une expérience humaine primordiale, « Parole présente », Cerf, 2003.
  • Karl Rahner, sj, Herbert Vorgrimler, Petit dictionnaire de théologie catholique, Seuil, 1997.
  • Joseph Robert (Mgr), Notre Dieu. Trinité de vie, de lumière et d'amour, Éditions Saint-Paul, Paris, 1979 (120 pages). (ISBN 2-85049-166-7)
  • Jean-Marc Rouvière Brèves méditations sur la création du monde, L'Harmattan, Paris, 2006.
  • Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, La Découverte, 2004 (Sous-titre : L' « affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l'Empire romain).
  • Bernard Sesboüé, Christ, Seigneur et Fils de Dieu, Lethielleux, DDB, Paris, 2010.
  • Claude Tresmontant, Les Premiers Éléments de la théologie, ŒIL, 1987.

Divers[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire critique de théologie, dir. Yves Lacoste, PUF, 1998
  • Catéchisme de l'Église catholique, Mame/Plon, 1992
  • Revue réformée, no 222 – – tome LIV. Le Dieu trinitaire et ses attributs selon Louis Berkhof (en) ; traduction dynamique des chapitres II à VIII de sa Théologie systématique par Marie-José de Visme, VII, La Sainte Trinité. Édition numérique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]