Jean Damascène

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St Jean Damascène, icône grecque moderne
St Jean Damascène, icône grecque

Jean Damascène (ou aussi Jean Mansour ou Jean de Damas), né vers 676 et mort le , est un théologien chrétien d'origine arabe mais de langue grecque, père de l'Église et considéré comme saint par les églises orthodoxes et catholiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Sources
St Jean Damascène, icône russe du mont Athos

La biographie la plus couramment utilisée comme source d'informations sur sa vie est une œuvre attribuée traditionnellement à Jean, patriarche de Jérusalem. C'est la traduction en grec d'un texte arabe antérieur. L'original en arabe contient un prologue introuvable dans la plupart des traductions, qui a été écrit par un moine arabe nommé Michel qui indique sa décision d'écrire une biographie de Jean Damascène en 1084, notant qu'aucune n'était disponible en grec ou arabe à cette époque. Le texte qui suit dans la version d'origine arabe semble avoir été écrit par l'auteur d'une autre biographie, encore plus tôt, entre le IXe siècle et la fin du Xe siècle. Écrit d'un point de vue hagiographique, il n'est pas la meilleure des sources historiques, mais fut largement reproduit et considéré comme un travail de valeur.

  • Famille
St Jean Damascène, icône arabe moderne

Jean Damascène est né dans une famille chrétienne syriaque éminente de Damas au VIIe siècle.

Son grand-père, Mansour, était chargé de la collecte des impôts de la région par l'empereur Héraclius. A la prise de la ville par les troupes arabo-musulmanes en 635, il resta en poste dans la nouvelle administration, comme nombre de fonctionnaires chrétiens.

Le père de Jean, Serge (ou, en arabe, Sarjoun ibn Mansour) servit lui aussi les califes musulmans, dans la perception des taxes, pour l'ensemble du Moyen-Orient et obtint des califes omeyyades qu'ils épargnent à Damas la basilique Saint-Jean-Baptiste ; mais elle fut transformée en mosquée 70 ans après la conquête musulmane.

Sarjoun eut deux fils, dont celui qui devait être connu comme "Jean Damascène"[1], qui reçut à la naissance le nom de Mansour, en hommage à son grand père.

Après la mort de son père, Jean a également servi un haut officier à la Cour du califat omeyyade avant de devenir moine à Jérusalem.

  • Son nom

De son véritable nom en arabe Mansour ibn Sarjoun (منصور بن سرجون التغلبي), que l'on peut traduire « Victor fils de Serge », il deviendra Yuḥannā Al Demashqi (يوحنا الدمشقي), ce qui donnera en grec Iôannês Damaskênos (Ιωάννης Δαμασκήνος) et en latin Iohannes Damascenus.

Il a aussi été nommé Manssour ibn Sarjoun Al-Taghlibi (arabe : منصور بن سرجون التغلبي) à cause de son activité auprès du Calife.

Enfin,; il reçut, à cause de son éloquence, le surnom de Chrysorrhoas (Χρυσορρόας), "qui roule de l'or dans ses flots".

  • Éducation

Jusqu'à l'âge de 12 ans, Jean a apparemment reçu une éducation traditionnelle. Son père voulait qu'il apprenne, « non seulement les ouvrages musulmans, mais aussi ceux des Grecs »[réf. souhaitée]. Jean a grandi dans un univers bilingue et biculturel, à une période de transition entre l'Antiquité tardive et l'Islam.

D'autres sources décrivent son éducation à Damas comme ayant été effectuées dans un contexte traditionnel grec moyen, appelé « laïque » par une source et « Classique chrétienne » par une autre. Un seul identifie son tuteur, un moine du nom de Cosmas, qui avait été capturé par les Arabes lors d'une razzia sur les côtes de Sicile, et pour lesquels le père de Jean a payé une somme élevée. Dans le cadre de l'instruction de Cosmas, qui a également enseigné un ami orphelin de Jean (le futur saint Cosmas de Maïouma), Jean fit de grands progrès en musique, en astronomie et théologie, bientôt et rivalisait avec Pythagore en arithmétique et Euclide en géométrie.

  • La défense des icônes

Au début du VIIIe siècle, apparut l'iconoclasme, un mouvement visant à interdire la prière devant les icônes, à la cour byzantine. En 726, malgré les protestations de Germain Ier, patriarche de Constantinople, l'empereur Léon III a publié son premier édit contre la vénération d'images et leur exposition dans les lieux publics. Écrivain talentueux de l'environnement de la cour du calife, Jean de Damas prit la défense des icônes en trois publications séparées : Traités contre ceux qui décrient les saintes images, ce qui lui procura une grande réputation. Utilisant un style littéraire simple, il introduisit la controverse dans le petit peuple et les gens simples, incitant à la révolte ceux qui étaient de confession chrétienne. Plus tard, ses écrits jouèrent un rôle important au cours du deuxième concile de Nicée, qui s'est réuni pour régler le différend des icônes.

Icône Tricherousa.

Pour contrer son influence, Léon III aurait fait produire des documents falsifiés impliquant Jean Damascène dans un projet d'attaque de Damas. Appelé à rendre compte de ces écrits par le calife, Jean ne put le convaincre et a été condamné à avoir la main droite tranchée, et à quitter le califat. Suite à sa prière insistante auprès de la vierge Marie, devant une icône de celle-ci, il eut la main recollée, et se présenta devant le Calife avec ses deux mains. Celui-ci vivement impressionné comprit alors qu'il était innocent et voulut le réintégrer dans son poste, mais Jean refusa, et choisit de devenir moine. Il fit faire une forme de main en argent et la fit accrocher à l'icône devant laquelle il avait prié, en signe de reconnaissance. De là est né le type d'icône de La Mère de Dieu aux trois mains (ou Tricherousa).

Cet épisode de la main tranchée et recollée, classé par certains au rang de « légende », montre à quel point Jean était personnellement impliqué dans la défense des icônes, à un niveau que l'on peut qualifier de « foi » profonde et absolue.

A cause de son engagement pour les icônes, il fut frappé d'anathème à titre posthume par le concile iconoclaste de Hiéreia, en 754. Sa mémoire a toutefois été relevée par le Septième concile œcuménique en 787.

  • Le moine

Suite à l'épisode de la main tranchée il renonce à ses charges et devient moine à la laure de Saint-Sabas près de Jérusalem. Là, il a étudié, écrit et prêche.

Il y est ordonné prêtre, en 735.

  • théologien et hymnographe

Quoiqu'il s'exprimait sans doute couramment en arabe ou en syriaque, il a rédigé tous ses traités en grec. Auteur prolifique, on a sous son nom de nombreux textes, dont certains ne sont pas de sa main. Outre ses canons liturgiques, qui sont toujours chantés dans l'Eglise orthodoxe et qui font de lui l'un des principaux hymnographes byzantins, il a écrit une somme théologique connu sous le titre de De fide orthodoxa, mais aussi des écrits concernant l'islam[2] ou encore d'homélies sur la Vierge Marie.

Dans une homélie célèbre sur l'Annonciation, il salue la Vierge comme étant la Mère de la vertu théologale d'espérance, Notre-Dame de la Sainte-Espérance (spes en latin) qu'il appelle « Espérance des désespérés », ce qui fut repris par les catholiques dans l'invocation et la prière, Marie « Notre-Dame du Sacré-Cœur, espérance des désespérés » ce qui fut parfois attribué à saint Éphrem. Il développa une théologie mariale[3]. Il écrivit trois homélies sur la Dormition.

Le roman hagiographique sur Barlaam et Josaphat, traditionnellement attribué à Jean, est en fait une œuvre du Xe siècle.

St Jean Damascène, icône grecque

Il avait une vénération particulière pour la mémoire de deux grandes saintes martyres : Thècle d'Iconium, dont le tombeau est honoré à Maaloula, près de Damas ; et Barbara d'Héliopolis, honorée non loin de là à Baalbek.

Il est mort le jour de la Sainte-Barbara, le .

  • Vénération

Il est fêté le 4 Décembre dans l'Eglise orthodoxe.

L'iconographie byzantine le représente avec un turban pour signifier ses origines arabes.

Dans l'Eglise catholique, où son nom fut inséré en 1890, il a été initialement affecté au 27 mars. Comme cette date relève toujours du Carême, une période pendant laquelle il n'existe pas de mémorial obligatoire, sa fête fut déplacée en 1969 au jour de la mort du saint, le 4 décembre. Il a été déclaré docteur de l'Église catholique par le pape Léon XIII en 1890.

Citation[modifier | modifier le code]

Citation : « La philosophie est Amour de la sagesse mais la vraie sagesse est Dieu. L'Amour de Dieu est donc la vraie philosophie. »

Œuvres de Jean Damascène[modifier | modifier le code]

St Georges, St Jean Damascène et St Ephrem le Syrien, partie d'un triptyque, Sinai XIVe siècle
  • La Fontaine de la connaissance ou Fontaine de la sagesse ou encore La source de la connaissance écrit en 743, est divisé en trois parties :
    1. « Chapitres philosophiques » (Kephalaia philosophika) – couramment appelé Dialectique, traite principalement de logique, son principal objectif est de préparer le lecteur pour une meilleure compréhension du reste de l'ouvrage.
    2. « Des hérésies » (haireseon péri, De Haeresibus)) – le dernier chapitre de cette partie (chapitre 101) traite de l'hérésie des Ismaélites. Différent des précédents chapitres sur les autres hérésies qui font habituellement seulement quelques lignes, ce chapitre occupe quelques pages dans son travail. Il est l'un des premiers écrits chrétiens sur l'Islam et le premier écrit par un melchite (chalcédonien).
    3. « Une Exposition exacte de la foi orthodoxe » (Ekdosis akribes tes orthodoxou pisteos, connue en occident sous le nom "De fide orthodoxa") – un résumé des écrits dogmatiques des pères église précoce, la troisième section du livre est connu pour être le plus important travail de Jean de Damas.
  • Trois Traités contre ceux qui décrient les Saintes Images (aussi nommés Défense des icônes) – ces traités ont été parmi ses premiers exposés en réponse à l'Édit de l'empereur byzantin Léon III, interdisant la vénération ou l'exposition des Saintes Images.
  • Contre les Jacobites
  • Contre les Nestoriens
  • Dialogue contre les Manichéens
  • Introduction élémentaire
  • Lettre sur l'hymne Trois fois saint
  • Sur la droite réflexion
  • Sur la foi, contre les Nestoriens
  • Sur les deux Testaments dans le Christ (contre les Monothélites)
  • Parallèles sacrés (attribution douteuse)
  • Octoèque («Octoéchos», service de l'Église des huit tons)
  • Canons hymnographiques pour diverses fêtes de l'Église.
  • Sur les esprits

Documents en liens externes[modifier | modifier le code]

Ecrits de Jean Damascène

Présentation de Jean Damascène

Editions[modifier | modifier le code]

St Jean Damascène, icone arabe

Oeuvres

  • CPG 8040-8127.
  • Dans la collection « Sources chrétiennes » sont publiés  :
    • Homélies sur la Nativité et la Dormition de la Bienheureuse Vierge Marie : SC 80
    • Écrits sur l'islam ("Dialogue entre un chrétien et un musulman" + "Sur les Hérésies, chap 100") : SC 383
    • La foi orthodoxe : chap 1-44 : SC 535 ; chap 45-100 : SC 540
  • Dans la collection « Pères dans la foi » aux Éditions Migne, est publié :
    • Le discours sur les images : Le visage de l'invisible.

Études

  • Simon-Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie. Histoire et Traditions anciennes, Beauchesne, coll. « Collection Théologie historique »,‎ , 716 p. (ISBN 9782701013206).
  • René R. Khawam, L'univers culturel des chrétiens d'Orient, Cerf, 1987.
  • J. Nasrallah, Saint Jean de Damas, son époque, sa vie, son œuvre, Off. des éd. univ., Paris, 1950.
  • K. Rozemond, La Christologie de saint Jean Damascène, Buch-Kunstverlag, Ettal (Holl.), 1959.
  • B. Studer, « Saint Jean Damascène », Dictionnaire de spiritualité, fasc. LII, LIII, Beauchesne, Paris, 1972.
  • Alain Ducellier, Chrétiens d'Orient et Islam au Moyen Âge, Armand Colin. 1997.

En anglais:

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]