Michel Servet

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Michel Servet
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Michel Servet.

Nom de naissance Miguel Servet en espagnol
Naissance
Villanueva de Sigena, Royaume d'Aragon
Décès (à 42 ans)
Genève, République de Genève
Activité principale
théologien catholique, médecin
Auteur
Langue d’écriture latin, espagnol, français, grec ancien, hébreu
Signature de Michel Servet

Michel Servet (en espagnol Miguel Servet ou Serveto), né le à Villanueva de Sigena dans le Royaume d'Aragon et mort le à Genève, est un théologien et médecin français, d'origine espagnole.

Il compte parmi les hommes les plus savants de son temps. Comme eux, il s'intéresse à toutes les branches du savoir, de la géographie aux mathématiques, de l'alchimie à l'astrologie, de la médecine à la théologie.

Le médecin découvre la circulation pulmonaire. Le penseur développe une théologie radicale qui refuse le dogme de la Trinité, et remet en question la nature divine du Christ, ce qui lui vaut une double condamnation à mort par les catholiques et les protestants.

Arrêté, évadé et jugé par contumace, il est brûlé en effigie par l'Inquisition à Vienne (Dauphiné). De nouveau arrêté à Genève, il est jugé et condamné pour hérésie par le Conseil des Deux-Cents de Genève, à l'instigation de Jean Calvin qu'il avait attaqué. Brûlé vif le , il compte au nombre des martyrs de la pensée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse (1511-1529)[modifier | modifier le code]

Façade de la maison natale de Michel Servet à Villanueva de Sigena, où se trouve de nos jours l'Institut d'Études Michel Servet, centre de recherche sur sa vie et son travail[1].
Blason de la famille Servet à Tudela.

Miguel Serveto naît le [2] à Villanueva de Sigena, dans la province de Huesca en Aragon.

Son père, Antonio Servet (ou « Revés », c'est-à-dire « le contraire »), est notaire au Monastère Sainte-Marie de Sigena. Ses ancêtres sont originaires d'un hameau des Pyrénées aragonaises nommé « Serveto », d'où son patronyme. Sa mère, Catalina Conesa, descend des Zaporta, une famille de juifs convertis de la région de Monzón[3]. Michel a deux frères : l'un est notaire comme leur père, l'autre prêtre.

En 1524, il étudie à l'université - celle de Saragosse ou de Lérida. Très doué pour les langues, il étudie le latin, le grec et l'hébreu. Il suit des cours de géographie, mathématiques et astronomie.

À l'âge de quinze ans, en qualité de secrétaire ou page, il entre au service du moine franciscain Juan Quintana, un érasmien. Grâce à lui, il lit la Bible entière dans le texte en diverses langues. En 1526, Il quitte l'Espagne qu'il ne reverra plus, pour étudier le droit à l'université de Toulouse en 1528. Il abandonne vite le droit pour se consacrer aux études religieuses.

En 1529, il voyage en Allemagne et en Italie comme secrétaire de Quintana, devenu confesseur de Charles Quint, au couronnement duquel il assiste. En accompagnant Quintana en Allemagne, il s'écarte progressivement de la foi catholique en participant secrètement à des réunions d'étudiants protestants puis à des rencontres avec des réformateurs.

Premières publications (1530-1550)[modifier | modifier le code]

À l'âge de 19 ans, il cherche à établir une doctrine, en espérant trouver des appuis dans les pays rhénans. En différentes villes allemandes, il rencontre les réformateurs comme Philippe Melanchton à Augsbourg ou Œcolampade à Bâle. C'est alors qu'il se sépare de Quintana, pour rester environ dix mois à Bâle en gagnant probablement sa vie comme correcteur dans une imprimerie locale.

Ses convictions se forment à cette époque. A l'âge de 20 ans, sa réflexion se polarise sur le dogme central de la foi chrétienne, la Trinité . En mai 1531, il rencontre encore d'autres réformateurs comme Martin Bucer et Wolfgang Capiton à Strasbourg. En juillet 1531, il publie De trinitatis erroribus (« Les Erreurs concernant la Trinité »), qui heurte même ses amis protestants[4], tout en attirant l'attention de l'Inquisition catholique.

Pour éviter d'être persécuté par l'Église, il prend le pseudonyme de Michel de Villeneuve . L'année suivante, il publie Dialogorum de Trinitate libri duo (« Dialogues sur la Trinité en deux livres ») (1532) et De Justitia Regni Christi (« La Justice du Règne du Christ »).

En 1534, l'affaire des Placards l'incite à s'enfuir. Il s'installe à Lyon, où il apprend le métier d'imprimeur, de correcteur et de commentateur chez les frères Treschel. Par son métier, il fait la connaissance de Symphorien Champier, médecin humaniste ouvert à toutes les disciplines, partisan d'une nouvelle médecine par retour à la pureté des sources grecques, libérées de la scolastique médiévale et de la médecine arabe. Servet s'attache à lui et devient son disciple, de cette rencontre naît sa vocation médicale[5].

En 1537, Il acquiert une notoriété en écrivant un traité de thérapeutique portant sur les sirops. Il s'inscrit à la Faculté de Paris pour étudier la médecine, en étant pensionnaire au Collège de Calvy. Il suit les cours de Jacobus Sylvius, Jean Fernel et Johann Guinther d'Andernach (en). Il se passionne pour l'anatomie, en ayant André Vésale pour condisciple. Après le départ de Guinther, il occupe le poste de prosecteur[5].

Il devient aussi Lecteur en mathématique au Collège des Lombards, où il donne des cours de géométrie et d'astrologie. En 1538, dans un pamphlet virulent, il défend l'astrologie judiciaire[6] et la divination contre les critiques du doyen de la faculté de Médecine, Jean Tagault. Il qualifie des professeurs « d'ânes et de peste ». L'affaire est portée devant le Parlement de Paris, qui décide « de grincer des dents » ( omnes in illum dentibus frendebant ) contre lui. Michel Servet est obligé de se rétracter et de renoncer à la divination. Il se décide alors à quitter Paris[5].

En 1540, il est à Lyon, où il rencontre l'archevêque de Vienne, Pierre Palmier. Invité par ce dernier, il s'installe en 1542 à Vienne dans le Dauphiné, pour y poursuivre une carrière de médecin-juré[7]. À partir de 1548, il est logé au palais épiscopal, tout en poursuivant des activités médicales et littéraires. Il adresse une requête de naturalisation au roi de France Henri II. En 1550, il est un nouveau bourgeois de Vienne et prête serment en qualité de prieur d'une confrérie chargée des secours aux pauvres malades de l'hôtel-Dieu[8].

Correspondance avec Calvin (1552)[modifier | modifier le code]

Vers 1552, il achève un important manuscrit, qu'il édite à compte d'auteur et de façon anonyme : la Christianismi restitutio (« La Restitution du Christianisme »). 800 exemplaires sont imprimés, dont une partie déposée chez le libraire Jean Frellon. Ce dernier envoie à Calvin et à d'autres calvinistes de Genève, un exemplaire contenant à la suite du texte, une copie de trente lettres de Servet adressées à Calvin[9], dévoilant ainsi l'identité de l'auteur anonyme.

Mais c'est une correspondance privée d'apparence anodine qui va sceller le destin de Michel Servet. Un catholique lyonnais nommé Arneis écrit à son cousin Guillaume de Trie[10], protestant exilé à Genève, que le chaos règne dans cette ville dont les habitants mènent une vie désordonnée. Piqué, de Trie rétorque qu'à Vienne on tolère les pires hérétiques, au point de les héberger au palais archiépiscopal, alors qu'à Genève on a condamné au bûcher sept étudiants protestants originaires de Lausanne[11]. Il ajoute qu'un homme qui nie la Trinité, et même jusqu'à la divinité de Jésus-Christ, est néanmoins médecin de l'archevêque de Vienne. Comme preuve, il cite la correspondance entre Servet et Calvin dont l'essentiel a été imprimé par Servet lui-même.

Dans des circonstances restées méconnues, l'Inquisition de Lyon entre en possession de pièces accablant Servet. Selon T. Vetter : « À Genève, un réfugié français se fait l'instrument de l'intrigue en communiquant les lettres au Grand Inquisiteur pour la Foi en France, Mathieu Ory. L'information judiciaire est déclenchée, la preuve est bientôt faite que Servet et Villeneuve désignent le même hérétique »[12]. Les détracteurs du livre accusent son auteur d'arianisme, c'est-à-dire de nier la divinité du Christ.

Plus tard, au cours de ses interrogatoires, Servet donnera une seule identité selon ses juges : les catholiques ne doivent pas savoir qu'il est Servet, les protestants doivent ignorer qu'il est Villeneuve[13].

Procès et condamnations - Supplice (1553)[modifier | modifier le code]

Procès de Vienne[modifier | modifier le code]

A Vienne, le bailli lieutenant général du Dauphiné, l'invite à visiter les malades de la prison royale, en compagnie du vicaire général. Servet n'a aucune raison de se méfier, car il a déjà donné des soins au premier, et il est compagnon de table du second. Pendant la visite, le vicaire l'interrompt pour lui signifier qu'il est désormais prisonnier au palais, mais qu'on lui laisse des privilèges, eu égard aux rapports passés. Il peut garder son serviteur, aller partout à l'intérieur du palais en étant bien traité. Il subit plusieurs interrogatoires, mais il profite des faveurs accordées pour s'échapper[12].

Le procès de Vienne continue sans lui. Il est condamné à mort par contumace. Le 17 juin 1553, vers midi, son effigie en bois et les exemplaires saisis de « La Restitution du Christianisme » sont brûlés en public par l'Inquisition.

Procès de Genève[modifier | modifier le code]

Dans sa fuite, Servet cherche à gagner l'Italie. Après une errance de deux mois, il arrive à Genève. Le 13 août 1553, pensant passer inaperçu car ceux qui n'assistent pas au culte protestant sont inquiétés, il se rend dans le temple où prêche Calvin. À la sortie de l'office, il est arrêté.

À Genève, le parti des « Libertins » a pris le pouvoir au Conseil des Deux-Cents, dirigé par Ami Perrin. Ses membres, adversaires de Calvin, sont plutôt favorables à Servet. Certains pensent même qu'il a été appelé par des ennemis de Calvin pour s'en débarrasser[14]. Mais refusant de passer pour hérétiques, ils ne le défendent pas.

Servet est incarcéré. Au bout de plusieurs semaines, il interpelle Calvin : « C'est lui ou moi. Il s'agit de savoir qui vous voulez suivre ». Mais il prépare aussi sa défense. Le procès est instruit par le procureur Germain Colladon. Les magistrats ne parvenant pas à comprendre les positions de Servet, le Conseil décide de faire appel à Calvin, expert en théologie, pour déterminer si sa pensée est chrétienne ou hérétique.

De son cachot, Michel Servet écrit :

« Si j'avais dit cela, non seulement dit, mais écrit publiquement, pour infecter le monde, je me condamnerais moi-même à mort. C'est pourquoi, Messeigneurs, je demande que mon faux accusateur (Jean Calvin) soit puni, et qu'il soit détenu prisonnier comme moi, jusqu'à ce que la cause soit définie pour mort de moi ou de lui, ou autre peine. Et pour ce faire, je m'inscris contre lui à ladite peine du talion. Et suis content de mourir s'il n'est convaincu de ceci et d'autre chose, que je lui mettrai dessus. Je vous demande justice, Messeigneurs, justice, justice. »

Cette requête est accompagnée d'articles sur lesquels il demande que Calvin soit interrogé. Ce dernier se prononce contre lui. On demande alors leur avis aux Églises réformées des autres cantons de la Confédération suisse. Début octobre 1553, les réponses arrivent, catégoriques : elles approuvent à l'unanimité la nécessité de neutraliser la menace[15].

Supplice[modifier | modifier le code]

Le Conseil rend sa sentence :

« Toy, Michel Servet, condamnons à debvoir estre lié et mené au lieu de Champel, et là debvoir estre à un piloris attaché et bruslé tout vifz avec ton livre, tant escript de ta main que imprimé, jusques à ce que ton corps soit réduit en cendres ; et ainsi finiras tes jours pour donner exemple aux autres qui tel cas vouldroient commettre. »

En l'entendant, Michel Servet manifeste un violent accès de désespoir. Dans sa langue natale, il s'écrit : « Misericordia ! Misericordia ! ». Il supplie qu'on remplace la peine du feu par la décapitation.

Le , vers deux heures de l'après midi, il est conduit à pied au plateau de Champel (actuellement occupé par la clinique La Colline) pour y être brûlé vif. Le bûcher est dressé depuis le matin mais il a plu. Effrayé, le condamné promet de donner, contre du bois sec, sa chaîne en or, ses bagues et ses anneaux, restés entre les mains du geôlier[13]. Le bourreau l'attache au poteau avec une chaîne de fer, « La Restitution du Christianisme » à son flanc[16], et le coiffe d'une couronne soufrée. Michel Servet prononce ces derniers mots : « O Jésus fils du dieu éternel, aie pitié de moi ! ». Il meurt dans d'atroces souffrances, brûlé à petit feu car le bois, humide, se consume avec difficulté. Son agonie dure presque trois quarts-d'heure.

Polémiques post mortem[modifier | modifier le code]

L'exécution de Servet suscite immédiatement des réactions divergentes, qui nourriront une durable polémique.

Le chancelier de Berne Nicolas Zurkinden affirme que la force n'est pas convaincante en matière de religion et qu'il est préférable de laver l'âme des pécheurs en les convertissant.

Sébastien Castellion publie De heraticis an sint persequendi (« Faut-il punir les hérétiques ? »). C'est un recueil de témoignages des Pères de l'Église, d'Érasme et même de Luther. Il écrit sous le pseudonyme Martinus Bellius[17], un humaniste vaudois réformé proche de Calvin (il avait logé chez celui-ci à Strasbourg en 1540 et avait même été nommé par lui à la tête du collège de Rive pour une courte période). Castellion affirme que la tradition chrétienne s'oppose à l'usage de la force en matière religieuse. « Tuer un homme ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle[18] ».

Calvin quant à lui publie un traité sur la Trinité, où il justifie sur un plan théologique son opposition aux théories anti-trinitaires de Servet, soutenu par Théodore de Bèze qui prend position en 1554 sur le plan politique et de l'ordre dans la cité, dans le Traité de l'autorité du magistrat en la punition des hérétiques et du moyen d'y procéder. « Le magistrat a l'autorité et le devoir de punir l'hérétique. La corruption par l'hérésie touche l'âme éternelle. Ceux qui corrompent l'âme sont pires que les criminels de sang ».

Œuvre théologique[modifier | modifier le code]

Doctrine[modifier | modifier le code]

De Trinitatis erroribus - Les erreurs de la Trinité, (1531).

Servet soutient que la croyance en la Trinité se fonde non pas sur la parole biblique mais plutôt sur la façon erronée dont la scholastique enseigne les philosophes grecs. Il souhaite ramener les fidèles à la simplicité authentique des Évangiles et des premiers Pères de l'Église. En outre, il espère que l'abolition du dogme trinitaire permettra de convertir par la persuasion Juifs et Musulmans.

Il affirme que le Logos divin - manifestation de Dieu et non personne divine distincte - a été uni à un être humain, Jésus, quand l'esprit de Dieu est entré dans le corps de la Vierge Marie. C'est seulement à partir de sa conception que le Fils a été réellement engendré. Donc le Fils n'est pas éternel, contrairement au Logos qui l'a formé. Pour cette raison, Servet rejette l'idée que le Christ serait « le Fils éternel de Dieu » et soutient qu'il n'est que « le Fils de Dieu éternel ». Bien qu'originale, cette doctrine est souvent comparée aux hérésies que furent l'adoptianisme ou le modalisme. Sous la pression des catholiques comme des protestants, il modifie quelque peu cette réflexion. Dans son deuxième livre, Dialogues, il fait coïncider le Logos avec le Christ. C'est presque la conception pré-concile de Nicée. Toutefois il reste accusé d'hérésie à cause de sa négation du dogme de la Trinité et de l'individualité des trois personnes divines.

Servet pousse très loin le principe du retour aux Évangiles. Il estime que ces derniers n'apportent aucune preuve du dogme de la Trinité, que l'Église catholique affirme depuis des siècles. Jésus n'est pas Dieu, mais un homme auquel l'essence divine s'est alliée temporairement. Servet s'aliène ainsi la plupart des chrétiens de son temps, d'autant plus qu'il propose une métaphore radicale : la Trinité est un « chien des Enfers à trois têtes, signe de l'Antéchrist ». Cette image est jugée blasphématoire. Prémonitoire, Calvin écrit alors : « Si Michel Servet vient à Genève, je ne réponds pas qu'il puisse en sortir vivant. »

Il s'affirme cependant chrétien et espère que l'abolition du dogme de la Trinité permettra de rallier au christianisme les fidèles des autres religions monothéistes que sont les Juifs et les Musulmans. Son intérêt pour ces religions concurrentes du christianisme lui sera reproché. De même, son célibat lui vaudra d'être suspecté de débauche. Il répondra à son procès de Genève qu'il a été « coupé d'un côté et rompu de l'autre »[19].

Sa pensée, encore mal connue, semble parfois contradictoire. Il désire « aller plus loin dans le retour aux Écritures ». Invoquant son saint patron, il se prétend, selon certaines sources[20] [réf. nécessaire], le représentant de l'archange Michel qui, dans l'Apocalypse, « chasse la bête ».

Influence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Unitarisme (théologie).

Par son refus du dogme de la Trinité et le procès au terme duquel il fut brûlé vif, les Unitariens tendent souvent à présenter Servet comme le premier martyr unitarien moderne, bien qu'il ne fût pas un unitaire au sens moderne du terme. D'autres courants de pensée opposés au concept de Trinité, comme les témoins de Jéhovah[21] et l'unité Pentecostalienne, voient en Servet un ancêtre spirituel - l'Unité Pentecostalienne[22] particulièrement, avec les enseignements de Servetus sur la divinité de Jésus Christ et son insistance sur l'unicité de Dieu, à l'opposé d'une Trinité où trois personnes différentes seraient identifiées en Dieu : « et pourquoi son esprit étant tout Dieu est appelé Dieu, ainsi que pour sa viande est appelé homme. ». Emanuel Swedenborg a écrit une théologie schématique qui présente de nombreuses similitudes avec la théologie de Servet[23].

Œuvre médicale[modifier | modifier le code]

Circulation pulmonaire[modifier | modifier le code]

Texte[modifier | modifier le code]

Servet est le premier européen à décrire une circulation pulmonaire. Elle parait en 1553 dans un traité de théologie : Christianismi Restitutio in integrum, et non dans un livre de médecine.

Il s'émerveille de la façon dont l'esprit divin pénètre l'homme. Il perçoit là le souffle de Dieu au cœur de l'homme. Il croit en un Dieu « auquel l'homme peut s'unir ». Il s'oppose ainsi radicalement à Jean Calvin, qui décrit « un souverain Seigneur (…) devant qui l'homme chétif et misérable ne peut que se prosterner dans la cendre, adorer et obéir ».

De la Bible, il sait que l'âme, insufflée en l'homme par Dieu, est contenue dans le sang. De ses connaissances anatomiques, il conclut que la meilleure zone de contact entre le sang et l'âme n'a pu être que les poumons, et non le ventricule gauche du cœur. Il refuse l'existence possible d'un passage entre les deux ventricules, s'opposant ainsi au galénisme. Il note que la largeur de l'artère pulmonaire est trop importante pour les poumons seuls, ainsi que le changement dans la couleur du sang. Il en conclut que le sang veineux provenant du cœur (ventricule droit) reçoit l'air (ou l'âme) dans les poumons[24].

Ce n'est pas exactement une circulation (retour au même endroit), la circulation pulmonaire (ou petite circulation) de Servet n'est pas un cercle, mais un arc de cercle. Toutefois, « l'opinion de Servet est prophétique allant même au delà de Harvey en ce qui concerne le rôle de la respiration »[25].

Cette démonstration n'a eu aucun écho à son époque. Le texte de 1546 du « Manuscrit de Paris » n'a pas été publié. La réédition de 1553 a été brûlée sur ordre des autorités religieuses.

Transmission[modifier | modifier le code]

Le livre de Servet fut sauvegardé grâce à l'exemplaire utilisé par l'un des magistrats pour obtenir sa condamnation[25]. Il est parvenu jusqu'à nous, sous la forme d'une édition publiée en 1694 par l'érudit anglais William Wotton[24]. En 1697, le chirurgien anglais Charles Bernard s'aperçoit qu'une dizaine de pages sur les 734 du livre concernent la médecine et la petite circulation.

Il ne reste aujourd'hui que trois exemplaires conservés à Édimbourg (Bibliothèque de l'Université, depuis 1698), Paris (Bibliothèque Nationale de France, acquis par la Bibliothèque Royale en 1779) et Vienne (Bibliothèque Nationale d'Autriche)[26],[16]. L''exemplaire de Vienne a servi à une nouvelle édition, imprimée en 1790 à Nuremberg, par Christoph Gottlieb von Murr (de). Cette réimpression, également très rare, se trouve à la Bibliothèque de l'Université de Bâle[16].

Importance[modifier | modifier le code]

Les historiens occidentaux pensent aujourd'hui que ce texte pourrait s'inspirer de la découverte de la circulation pulmonaire faite en 1242 par Ibn Nafis, né à Damas en 1213. Il est possible que Servet ait eu l'écho d'Ibn-Nafis, mais « aucune preuve ne vient le confirmer aux yeux de l'historien »[27]. Comme celle d'Ibn-Nafis, la démarche de Servet s'inscrit aussi dans un cadre théologique ou philosophique (opinion basée sur la conclusion d'un discours logique). L'anatomie reste étroitement couplée avec la religion[24]. Servet a voulu prouver l'existence de l'âme dans le sang, insufflation divine lors de la création de l'homme, conformément à la Bible (Gen. 9, Levit.17 et Deut. 12)[28].

La priorité de la démonstration expérimentale de la circulation cardio-pulmonaire est attribuée à Realdo Colombo (1510-1559) et à son élève Andrea Cesalpino (1519-1603), ce dernier utilisant les termes de capillamenta (capillaires) et de circulatio (circulation). À partir d'eux, la circulation sanguine générale sera pleinement reconnue des médecins européens avec la publication de William Harvey en 1628, fruit de son travail sur les dissections, et dans un cadre conceptuel différent (méthode expérimentale et raisonnement quantitatif)[26].

Autres[modifier | modifier le code]

Il convient enfin de signaler des notes marginales dans l'édition des œuvres complètes de Galien, Opéra Omnia ; une étude sur la syphilis dans l'Apologie contre Leonhart Fuchs, et particulièrement les 224 nouvelles recettes de sa pharmacopée Dispensarium, qui est devenue la principale référence pour les médecins et les galénistes [29].

Publications[modifier | modifier le code]

Contexte intellectuel et social[modifier | modifier le code]

Sous la Renaissance, l'invention de l'imprimerie bouleverse la diffusion du savoir. Elle permet une plus grande facilité d'expression, elle ravive les controverses et multiplie les polémiques. En réaction, les États et les Églises vont imposer des limites et une censure dans les domaines où les pouvoirs en place se sentent menacés (politique, religion, philosophie).

Avec la Réforme, l'Europe est divisée sur la question religieuse, il en est de même des imprimeries. Celles des pays catholiques (Italie, Espagne) ou de villes allemandes comme Cologne ou Inglostadt ne publient pas d'auteurs protestants, même sur des sujets non-religieux. Les imprimeries de villes lutheriennes comme Leipzig, Nuremberg ou Wittenberg ne publient pas d'auteurs catholiques ou calvinistes. Très peu d'imprimeries acceptent des auteurs anabaptistes[30].

Toutefois, il existe aussi des exceptions notables où les autorités sont plus tolérantes. Des auteurs venus de toute l'Europe, peuvent se faire imprimer à Anvers, Bâle, Francfort ou Strasbourg. Ces situations sont diverses et variables selon les lieux et les périodes.

Les intellectuels pouvaient soutenir n'importe quelle opinion non orthodoxe, à condition de le faire en privé (conversation ou lettres). Les auteurs, de toute nation ou religion opposées, restaient donc en contact, entretenant des correspondances ou échangeant des livres. Si un point de vue philosophique contredisait la doctrine religieuse locale, il ne pouvait pas être exposé publiquement et encore moins imprimé, sous peine de déclencher une machine répressive allant de la réprimande au bûcher[30].

Ouvrages principaux[modifier | modifier le code]

Claudii Ptolemaeii Alexandrinii Geographicae - La Géographie de Claude Ptolémée (1535).

En Alsace, Servet fait imprimer deux opuscules de théologie chez Jean Setzer à Haguenau : Sur les Erreurs de la Trinité. De Trinitatis erroribus (1531) et Dialogues de la Trinité. Dialogorum de Trinitate (1532). C'est le début de sa correspondance avec Calvin.

En 1535, il est correcteur d'imprimerie chez les frères Trechsel à Lyon. Il publie, sous le nom de Michel de Villeneuve, une nouvelle édition de Ptolémée : La Géographie de Claudius Ptolémée. Claudii Ptolemaeii Alexandrinii Geographicæ. L'ouvrage est dédié à Hugues de la Porte[31] dans sa première édition et à Pierre Palmier dans sa seconde. L'auteur précise qu'il s'agit d'une traduction latine de Willibald Pirckheimer à partir du grec. Mais il précise avoir compulsé lui-même les textes originels. L'expert Henri Tollin (1833-1902) considère que, vu l'exhaustivité de ses commentaires, Michel de Villeneuve est « le père de la géographie comparée » .

En 1536, il rédige un pamphlet en faveur de son ami Symphorien Champier contre les attaques de Leonhart Fuchs (à propos de croyances luthériennes et catholiques) : Les excuses contre Leonhart Fuchs. In Leonardum Fucsium Apologia. Lyon, imprimé par Gilles Hugetand avec un prologue parisien, toujours sous le nom de Michel de Villeneuve. Dans une deuxième partie, il traite des propriétés d'une plante médicinale. La dernière partie, signée par un élève qui est attaqué par un professeur, évoque l'origine de la syphilis[32].

En 1537, il fait paraitre un traité de thérapeutique : Explication Universelle des Sirops. Syruporum universia ratio. Paris, imprimé par Simon de Colines, signé Michel de Villeneuve. Ce traité comprend un prologue, L'utilisation des sirops, et cinq chapitres : I "Qui est la concocción et qui est unique et pas de multiples" ; II "quelles sont les choses que vous devriez savoir" ; III "que la concocction est toujours..." ; IV "les aphorismes d'Hippocrate" ; V "Sur la composition de sirops de l'exposition". L'auteur mentionne des traitements pharmaceutiques qu'il exposera plus longuement dans sa pharmacopée Enquiridion ou Dispensarium. Outre Claude Galien, il cite deux de ses professeurs, Jacobus Sylvius et Jean Guinter d'Andernach. L'ouvrage est l'occasion d'exalter le galénisme gréco-romain au détriment d'Avicenne et des médecins arabistes. Cette publication connaît un grand succès, avec cinq éditions en 11 ans (2 à Lyon et 3 à Venise)[5].

En 1538, il attaque les professeurs de la Faculté de médecine dans un pamphlet intitulé Discours de Michel de Villeneuve pour l'Astrologie et contre un certain médecin. Michaelis Villanovani in quedam medicum apologetica disceptatio pro Astrologia.

L'auteur réfute Jean Tagault, doyen en exercice, qui s'est attaqué à l'astrologie qu'ont pourtant louée de grands penseurs. Exposant les idées de Galien, d'Hippocrate, de Platon et d'Aristote, il explique comment un bon médecin peut prédire les effets des planètes, qui gouvernent la santé. La Lune et le Soleil influent non seulement sur l'océan, les vents et les pluies, mais aussi sur les menstruations, la vitesse de décomposition des cadavres... L'astrologie est bonne car elle génère un désir de sagesse qui élève la pensée humaine. Le premier argument de Tagault réside dans l'incohérence de l'astrologie, qui conduit à des prédictions différentes et ne constitue donc pas une science en soi. Michel de Villeneuve réfute cet argument en rappelant que l'essence de la Loi consiste à ne pas démontrer que la Loi est fausse. Il existe différents diagnostics en vertu d'une même doctrine médicale : « Toute science est une conjecture, si ce n'était pas, nous serions dieux. Nous ne devons pas condamner à la science. » Comme deuxième argument, Tagault avance que le ciel étant observé de partout de la même manière, il est statique. L'astrologie affirme donc que les choses sont comme elles ne sont pas. Michel de Villeneuve retourne cet argument en expliquant que cette affirmation peut être utilisée contre la médecine. Et partant du principe que toutes les observations sont les mêmes, il dénonce l'ignorance de Tagault en mathématiques, même s'il présume qu'il les a étudiées[33].

La polémique est tranchée par le Parlement de Paris : Servet est sommé de renier ses écrits et de renoncer à la divination, ce qu'il fait avant de quitter Paris[5].

En 1542, il publie à Lyon et à Vienne, des éditions de la Bible, d'après la traduction latine du dominicain Santes Pagnino : Bible sacrée des traductions de Santes Pagnino, hebraïste. Biblia sacra ex Santes Pagnini tralation. Michel de Villeneuve est cité dans le prologue.

On trouve aussi la Bible sacrée des anciens de l'église. Biblia sacra ex postremis doctorum. Vienne (Dauphiné), édité par Delaporte et imprimé par Trechsel. Anonyme (1542), et la Bible Sainte avec commentaires. Biblia Sacra cum Glossis. Lyon, imprimé par Trechel et Vincent. Anonyme (1545). Cette dernière est aussi appelée « Bible fantôme » par certains servetistes qui nient son existence. Cet ouvrage anonyme est édité en vertu du contrat conclu en 1540 par Michel de Villeneuve avec la compagnie des libraires. Le livre comprend 6 volumes et un index, illustrés par Hans Holbein. Une recherche sur cet ouvrage a été effectuée par Julien Baudrier dans les années 1960. González Echeverría en a démontré l'authenticité à la Société Internationale d'Histoire de la Médecine grâce à un exemplaire conservé dans les archives de la ville de Tudela[34].

Le Manuscrit de Paris ( sans date) était considéré comme un projet du Christianismi Restitutio. La paternité de Servet a été confirmée par Gonzalez Echeverria, grâce à une comparaison graphologique avec le Manuscrit de l'Université Complutense de Madrid[35].

En 1553 il publie l'ouvrage qui causera sa perte : La Restitution du Christianisme. Christianismi Restitutio. Le livre se présente comme un in-octavo avec un titre de couverture en latin, et deux sous-titres, l'un en hébreu, l'autre en grec. Il ne porte aucun nom de lieu, d'imprimeur, ou d'éditeur. La dernière page se termine par des initiales « M.S.V. » (bien que le nom de Servet apparaisse dans un dialogue) avec, en dessous, l'année de parution 1553.

Seul Balthazar Arnoullet , imprimeur lyonnais installé à Vienne, a accepté de faire paraitre le livre à compte d'auteur[8]. Il s'agit d'un travail théologique de 734 pages sur la Trinité. Au chapitre V, pages 169 à 178, Servet présente la circulation pulmonaire et le devenir de l'esprit vital dans les vaisseaux cérébraux. L'œuvre traite aussi des médicaments.

Nouvelles œuvres[modifier | modifier le code]

La Biblia Sacra Ex Postremis Doctorum a été authentifiée comme étant une œuvre de Michel Villeneuve - ou Servet - à partir des contrats passés en 1540 avec les éditeurs et imprimeurs de la Compagnies des Libraires (Melchior et Gaspard Trechsel et les frères Frellon) et par rapprochement avec des œuvres anonymes contemporaines. Le chercheur González Echeverría a démontré à la Société internationale d'histoire de la médecine[35],[36],[37],[38],[39], la Société Espagnole de l'Histoire de la Médecine[40],[41],[42], et de la Royale Académie de Médecine de Catalogne[43], que Michel a écrit cinq ouvrages médicaux, deux œuvres, deux œuvres bibliques et trois traités de grammaire latine-espagnole.

Ouvrages médicaux[modifier | modifier le code]

L'une des 4 couvertures de l'Hommage des imprimeurs Lyonnais à Michel Villeneuve du Dioscoride-Materia Medica. Imprimé par Balthazar Arnoullet à Lyon, 1554.
  • (c.1538) "Manuscrit de Complutense," Paris. Écrit sur une Dioscoride – Materia Medica de Jean Ruel de 1537, imprimé par Simon de Colines. González Echeverria a commandé une étude graphologique comparative avec le "Manuscrit de Paris", autographe Michel de Villeneuve. Des paléographes de Séville ont conclu que des centaines de notes manuscrites proviennent de la même main que celle du manuscrit de Paris, un projet de Christianismi Restitutio in integrum. Par exemple, Michel de Villeneuve utilise le même terme - "Concoctio" - que dans son Explication universelle des sirops, un recueil de théories médicales comprenant des phrases en grec et en hébreu[34].
  • 1543. La pharmacopée Dispensarium ou Enquiridion, Lyon, Frellon. Travail complémentaire de la précédente Dioscoride-Materia Medica de la même année, avec 224 recettes originales et d'autres par Lespleigney et Chappuis. Plusieurs éditions ultérieures[35],[37],[40],[41].
  • 1554. Dioscoride-Materia Medica. Appelée par Gonzalez Echeverria édition "Hommage des imprimeurs Lyonnais à Michel Villeneuve", sous la direction de Jean Frellon, Guillaume Rouillé, Antoine Vincent et Balthazar Arnoullet et imprimé par Balthazar Arnoullet à Lyon. Unique édition de cet ouvrage, c'est un hommage de ses collègues et amis juste après son supplice. Il contient des commentaires de Mattioli (signés) et Michel de Villeneuve (non signés). Ces commentaires correspondent parfaitement à l’œuvre Dioscoride-Materia Medica de 1543. Ce livre atypique comporte 4 couvertures différentes, une édition particulière ayant été réalisée pour chaque éditeur et ami de Servet[34].

Le professeur John M. Riddle de l'Université d'État de Caroline du Nord, l'un des plus grands experts des Dioscoride-Materia Medica, décrit les deux œuvres de 1543 et 1554 comme anonymes. Après examen du travail de Gonzalez Echeverría, il tient Michel de Villeneuve pour auteur des deux ouvrages[34].

Œuvres bibliques illustrées[modifier | modifier le code]

  • 1540. Le Ymagines des Histoires de l'Ancien Testament, Anvers, imprimé par J. Stelsius. Traduction du latin en espagnol, avec 92 illustrations de Hans Holbein[34],[38].
  • 1543. Portraits ou des Tableaux de l'Histoire de l'Ancien Testament, Lyon. "Novenas" et "quintillas" (une sorte de poème espagnol) avec 94 illustrations de Hans Holbein le Jeune[34],[38],[45].

Quatre œuvres grammaticales non illustrées[modifier | modifier le code]

(à part l’Andriana, elles ont été conçues pour des étudiants.)

  • 1549 Commentarius Latinae Linguae Elegantia puerorum. Livre pour enfants sur l'élégance et la variété de la langue latine. Louvain, Byrckmann Sasseno/veuve. Traduction en espagnol de l'ouvrage par Mathurin Cordier. Dans l'édition de 1551 à Lyon par Jean Frellon, il est associé à Byrckmann pour la promotion d’œuvres espagnoles[34],[39].

(paternité de Servet possible mais non assurée).

  • 1549 Andria. Le Andriana (Louvain, Byrckmann Sasseno/veuve). Traduction d'une œuvre antérieure de Charles Estienne. Gonzalez Echeverría pense qu'il s'agit probablement d'une œuvre de Servet mais ne peut le prouver[34],[39].
  • 1549 De octo orationis partium constructione libellus. Travailler sur les huit parties de la proposition." Lyon, Jean Frellon. Ce travail contient des paragraphes identiques aux travaux précédents de Michel de Villeneuve de 1543, Distiques Morales de Caton[34].

Postérité[modifier | modifier le code]

Monument de Champel
Statue d'Annemasse

En Suisse :

  • Michel Servet a sa rue à Genève, ainsi que son monument expiatoire érigé en 1903 près de l'emplacement de son bûcher à Champel. Ce menhir porte une inscription où le calvinisme genevois constate cette erreur de Calvin qui fut « celle de son temps ». Il s'agit alors, selon l'historienne Valentine Zuber, de « désamorcer l'obstacle que représente encore l'affaire Michel Servet pour la réputation de Jean Calvin, à la veille du 400e anniversaire de la naissance du réformateur de Genève en 1909 »[réf. nécessaire]. Le 3 octobre 2011, à l'occasion du 500e anniversaire de sa naissance, une statue de Michel Servet, copie d'un projet refusé de 1902 (en fait, la sculpture de Clotilde Roch placée en 1908 à Annemasse), a été inaugurée juste à côté du monument par Rémy Pagani[46].,[47] ;
  • contrairement à ce que l'on pourrait penser, Michel Servet n'a aucun lien avec le quartier de La Servette qui a donné son nom à plusieurs clubs sportifs genevois (tels que le Servette FC, le Genève-Servette Hockey Club), le nom du quartier vient du nom d'une ancienne propriété située à l'emplacement du quartier. Le nom des clubs de sport, est hérité de la présence du stade de football des Charmilles dans le haut du quartier de La Servette.

En Espagne :

  • une statue le représente près de l'église de Villanueva de Sigena en Aragon, le village où il est né. De plus, sa maison natale abrite un centre d'études qui lui est dédié[1] ;
  • l'hôpital universitaire de Saragosse porte son nom ;
  • de nombreuses villes ont des rues portant son nom (en particulier, la rue Miguel Servet à Saragosse).

En France :

  • plusieurs monuments honorent son souvenir :
    • une statue le représentant se trouve sur la place de la Mairie d'Annemasse. C'est la réplique, dévoilée le 4 septembre 1960, de l'œuvre de la sculptrice Clotilde Roch placée à cet emplacement en 1908 et détruite le 13 septembre 1941 sur l'ordre du régime de Vichy. La Résistance intérieure déposera plus tard, sur le socle du monument détruit, une couronne dont le nœud porte l'inscription : À Michel Servet, la première victime du fascisme. Sur le socle de la statue, on peut lire : À Michel Servet, Apôtre de la libre croyance, né à Villeneuve d'Aragon le 29 septembre 1511, Brûlé en effigie à Vienne par l'Inquisition Catholique le 17 juin 1553, et brûlé vif à Genève le 27 octobre 1553, à l'instigation de Calvin. ;
    • une statue de marbre, le représentant enchaîné au bûcher, due au sculpteur Jean Baffier, est érigée en 1908 dans le square de l'aspirant Dunand, dans le 14e arrondissement de Paris. Sur son socle, on peut lire : « À la garde du peuple ». Ce monument est régulièrement fleuri par les chrétiens Unitaristes et les Libres penseurs ;
    • un monument dû au sculpteur Joseph Bernard se trouve à Vienne en Isère, où il vécut après 1540 ;
  • plusieurs établissements scolaires rappellent sa mémoire :
    • un collège à Annemasse[48] ;
    • un collège à Charlieu[49] ;
    • un lycée professionnel en hôtellerie à Lille ;
    • une école publique maternelle et élémentaire à Vienne ;
    • une école publique élémentaire à Lyon (1er arrondissement) ;
  • une rue porte son nom à : Bourges, Dijon, Lille, Rennes, Saint-Étienne, Valence, Villeurbanne.
  • Un boulevard porte son nom à Vienne et Romans sur Isère.

Citation[modifier | modifier le code]

Enfermé dans une prison humide, malade et privé de tout secours, Servet écrivait à ses juges : « Je vous en supplie qu'il vous plaise abréger ces grandes dilations. Vous voyez que Calvin pour son plaisir me veut ici pourrir en la prison les poux me mangent tout vif, mes chausses sont déchirées et n'ai de quoi me changer ni pourpoint, ni chemise qu'une méchante. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Saisset, Michel Servet, sa doctrine et sa vie, Revue des Deux Mondes, t. 21, 1848
  • Édouard Herriot, La vie et la passion de Michel Servet, conférence faite à Vienne le 10 mars 1907, Collection rationaliste, Paris, 1907.
  • Roland H. Bainton, Michel Servet, hérétique et martyr, Genève, Droz, 1953
  • Carlos Gilly, « Miguel Servet à Bâle » ; « Alfonsus Lyncurius et Pseudo-Servet », in: Spanien und der Basler Buchdruck bis 1600, Helbing & Lichtenhahhn, Basel & Frankfurt a.M., 1985, p. 277–298 ; 298-326 PDF; 64,1 MiB
  • Pierre Domeyne, Au risque de se perdre, Michel Servet (1511-1553), Paris, L'Harmattan, 2008.
  • Valentine Zuber, Les conflits de la tolérance. Michel Servet, entre mémoire et histoire, Paris, Honoré Champion, 2004
  • Valentine Zuber(ed.), Michel Servet (1511-1553). Hérésie et pluralisme du XVIe au XXIe siècles, Paris, Honoré Champion, 2007
  • Michel Servet, Discussion apologétique pour l´astrologie ; éd. Jean Dupèbe. Genève : Droz, 2004. (Cahiers d´humanisme et Renaissance ; 69). (ISBN 2-600-00950-7)
  • Michel Servet, Sept livres sur les erreurs de la Trinité [traduction de Rolande-Michelle Benin et Marie-Louise Gicquel], Paris, Honoré Champion, 2008
  • Michel Servet, Dialogues sur la Trinité en deux livres et De la justice du royaume du Christ en quatre chapitres, Introduction, traduction et annotations de Rolande-Michelle Bénin], Honoré Champion, 2009.
  • Vincent Schmid, Michel Servet - Du bûcher à la liberté de conscience, Les éditions de Paris, 2009
  • Dans Conscience contre violence (1936), Stefan Zweig décrit le combat de Sébastien Castellion contre Jean Calvin pour réhabiliter Michel Servet.

Opéra[modifier | modifier le code]

  • Le Procès de Michel Servet, opéra en trois actes de Shauna Beesley et Jean-Claude Humbert, créé à Genève en octobre 2011[50].

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr)/(es)/(en)Institut d'Études Michel Servet
  2. il reçoit donc le prénom du Saint fêté le jour de sa naissance.
  3. (en) González Echeverría « Michael Servetus belonged to the famous converted Jewish family The Zaporta »”, Pliegos de Bibliofilia, no 7, 1999, Madrid, p. 33-42
  4. A. Duval, Les Essentiels d'Universalis, vol. 17, Encyclopaedia Universalis - Le Monde, (ISBN 978-2-35856-037-5), p. 594.
    article Servet Michel (1511-1553)
  5. a, b, c, d et e Théodore Vetter, Un siècle d'histoire de la circulation du sang, 1564-1664., Documenta Geigy, , chap. 2 (« Servet et la petite circulation »), p. 14-15.
  6. L'astrologie judiciaire est le jugement de Dieu annoncé par les astres. Les Universités de médecine de la Renaissance étaient traversées par deux grandes controverses : la valeur respective des sources grecques et des sources arabes, la place à accorder au symbolisme occulte dans le savoir universitaire.
  7. Un médecin-juré jouait le rôle actuel d'un médecin légiste, ou d'un médecin-expert auprès des tribunaux.
  8. a et b Théodore Vetter 1965, op. cit., p.15-19.
  9. Depuis 1530, Servet et Calvin entretenaient une relation épistolaire faite de disputes doctrinales.
  10. Guillaume de Trie (Lyon cca 1524 - Genève 27 août 1561), écuyer, baron de Lisérable, seigneur de Varennes, était avocat. Il soutint la politique répressive de Calvin. Voir la discussion[Où ?].
  11. Il semble plutôt s'agir des cinq étudiants en théologie Martial Alba, Pierre Escrivain, Bernard Seguin, Charles Favre et Pierre Navihères. Ces jeunes Français, de retour de Lausanne où ils avaient poursuivi leurs études pour être pasteurs de l'Église protestante, furent arrêtés à Lyon et brûlés vifs le 16 mai 1553.
  12. a et b Théodore Vetter 1965, op. cit., p.17.
  13. a et b Théodore Vetter 1965, op. cit., p.14.
  14. Michel Servet et Jean Calvin: le bûcher de Genève
  15. Giogio Tourn, Jean Calvin le réformateur de Genève, Turin, p. 95-97
  16. a, b et c Théodore Vetter 1965, op. cit., p.19.
  17. Vincent Schmid, pasteur et prédicateur de la cathédrale de Genève, dans Calvin et l'affaire Servet sur Canal Académie.
  18. Ceci en référence à Jésus qui mourut crucifié pour sa foi
  19. Théodore Vetter 1965, op. cit., p.15. L'auteur cite le fait sans commentaire, laissant entendre que Servet était un castrat.
  20. Par exemple le documentariste allemand Olivier ECKERT
  21. (en) Reasons of faith, Geilser & Meister
  22. (en) Bernard DK. The Oneness of God Word Aflame Press, 1983.
  23. (en) Andrew M. T. Dibb. Servetus, Swedenborg and the Nature of God, University Press of America, 2005.
  24. a, b et c (en) A. Wear, Medicine in Early Modern Europe, 1500-1700, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-38135-5), chap. 6, p. 329.
    dans The Western Medical Tradition, 800 BC to AD 1800, The Wellcome Institute for the History of Medicine, London.
  25. a et b Mirko Grmek, La première révolution biologique, Payot, , 2-228-88277-1 p. (ISBN 2-228-88277-1), p. 97-98.
  26. a et b M.D. Grmek, La machine du corps, Seuil, (ISBN 978-2-02-115707-9), p. 19-22.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol.2, De la Renaissance aux Lumières, M.D. Grmek (dir.).
  27. Danielle Jacquart, « Ibn an-Nafîs, premier découvreur de la circulation pulmonaire », La Revue du Praticien, vol. 57,‎ , p. 110-113
    Selon l'auteur, un ouvrage d'Ibn-Nafis, "Commentaires du Canon d'Ibn Sina" a bien été traduit en latin et publié à Venise, en 1527, par Andrea Alpago, médecin du Consulat de Venise à Damas. Mais son texte sur la circulation pulmonaire ne s'y trouve pas. Une transmission orale d'Alpago en Italie reste possible.
  28. Théodore Vetter 1965, op. cit., p.20 et 25.
  29. (en) 2011 Samalways, Edmund. From Alchemy to Chemotherapy. Hermes Press, pages 121-122
  30. a et b (en) Paul F. Grendler, Printing and censorship, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-25104-4), p. 49-52.
    dans The Cambridge History of Renaissance Philosophy, C.B. Schmitt et Q. Skinner (dir.).
  31. Imprimeur-libraire, Échevin de Lyon. « Hugues de La Porte », sur data.bnf.fr
  32. In Leonardum Fucsium Apologia. Michel de Villeneuve 1536
  33. 2008 Krendal, Erich. Tähtitiede ja renessanssi historioitsija painoksia Medicine
  34. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k (es) 2011 El amor a la verdad. Vida y obra de Miguel Servet [The love for truth. Life and work of Michael Servetus], printed by Navarro y Navarro, Zaragoza, collaboration with the Government of Navarra, Department of Institutional Relations and Education of the Government of Navarra, 607 p., 64 of them illustrations, p. 215-228 & 62nd illustration (XLVII)
  35. a, b, c et d (en) 2011 September 9th, Francisco González Echeverría VI International Meeting for the History of Medicine, (S-11: Biographies in History of Medicine (I)), Barcelona. New Discoveries on the biography of Michael de Villeneuve (Michael Servetus) & New discoveries on the work of Michael de Villeneuve (Michael Servetus) [1]
  36. a et b 1996 “Sesma's Dioscorides or Medical Matter: an unknown work of Michael Servetus (I)” and “Sesma's Dioscorides or Medical Matter: an unknown work of Michael Servetus (II)” González Echeverría, Francisco Javier. In: Book of Abstracts. 35th International Congress on the History of Medicine, 2nd-8th, September, 1996, Kos Island, Greece, communications nº: 6 y 7, p. 4.
  37. a, b et c 1998 “The book of work of Michael Servetus for his Dioscorides and his Dispensarium”(Le livre de travail de Michel Servet pour ses Dioscorides et Dispensarium) and “The Dispensarium or Enquiridion, complementary of the Dioscorides of Michael Servetus” (The Enquiridion, L’œuvre Le Dispensarium ou Enquiridion complémentaire sur le Dioscorides de Michel Servet) González Echeverría, in: Book of summaries, 36th International Congress on the History of Medicine, Tunis (Livre des Résumés, 36e Congrès International d’Histoire de la médecine, Tunis), 6th-11th September 1998, (two communications), p. 199 y 210.
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  39. a, b et c 2005 “Deux nouvelles œuvres de Michel Servet ou De Villeneuve: L’Andrianne en latin-espagnol et un Lexicon greco-latin”, González Echeverría, Francisco Javier. In: Book of Abstracts, 3 rd Meeting of the ISHM, 11–14 September 2005, Patrás, Greece, p. 92.
  40. a, b et c 1998 “The 'Dispensarium' or 'Enquiridion', the complementary work of the Dioscorides, both by Servetus” and “The book of work of Michael Servetus for his Dioscorides and his 'Dispensarium'”. González Echeverría, Francisco Javier. Program of the congress and abstracts of the communications, XI National Congress on History of Medicine, Santiago de Compostela, University of Santiago de Compostela, p. 83-84.
  41. a, b et c 1996 “A Spanish work attributable to Michael Servetus: 'The Dioscorides of Sesma'”. González Echeverría, Francisco Javier. Varia Histórico-Médica. Edition coordinated by: Jesús Castellanos Guerrero (coord.), Isabel Jiménez Lucena, María José Ruiz Somavilla y Pilar Gardeta Sabater. Minutes from the X Congress on History of Medicine, February 1986, Málaga. Printed by Imagraf, Málaga, p. 37-55
  42. a et b 2004 “The edition of Lyon of the ‘Opera omnia’ by Galen of the printer Jean Frellon (1548-1551) commented by Michael Servetus”, González Echeverría and Ancín Chandía, Teresa. In: Medicine in the presence of the new millennium: a historical perspective. Coordinators: José Martínez Pérez, Isabel Porras Gallo, Pedro Samblás Tilve, Mercedes Del Cura González, Minutes from the XII Congress in History of Medicine, 7–9 February 2002, Albacete. Ed. Of the University of Castilla-La Mancha. Cuenca, p. 645-657.
  43. Acte Conmmemoratiu del cinque cententary de Miguel Servet(1511-2011), 29th November 2011, Reial Acadèmia de Medicina de Catalunya
  44. 1997 “Michael Servetus, editor of the Dioscorides”, González Echeverría, Francisco Javier. Institute of Sijenienses Studies “Michael Servetus” ed, Villanueva de Sijena, Larrosa ed and “Ibercaja”, Zaragoza.
  45. 2001- “Portraits or printing boards of the stories of the Old Testament. Spanish Summary”, González Echeverría, Francisco Javier. Government of Navarra, Pamplona 2001. Double edition : facsimile(1543) and critical edition. Prologue by Julio Segura Moneo.
  46. Communiqué officiel de la Ville de Genève
  47. Article du 3 octobre 2011 de la Tribune de Genève
  48. collège Michel Servet d'Annemasse
  49. collège Michel Servet de Charlieu
  50. Affiche, sur genevox.ch